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Le texte qui suit a été édité par Mario Longtin dans le cadre de sa maîtrise de l'université McGill, sous  la direction du professeur G. Di Stefano. Il était jusqu'ici inédit.
Après la mise en ligne d'une première mouture imparfaite, voici le texte révisé et corrigé par Mario Longtin
Merci à Mario Longtin de nous avoir offert ce texte.
– Une succincte présentation viendra ultérieurement –
La mise en page a été assurée par Denis Hüe.
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LA VIE DE MA DAME


SAINTE BARBE
PAR PERSONNAGES

(Bibliothèque Nationale,
Réserve Yf 1652, Yf 1651)

Texte établi et présenté par
Mario Longtin


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La vie et hystoire de ma dame saincte Barbe 

par personnaiges 

avec plusieurs des miracles d'icelle.


(Bibliothèque Nationale, 
Réserve Yf 1652)
Texte établi et présenté par 
Mario Longtin
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La vie et hystoire de ma dame saincte Barbe par personnaiges avec plusieurs des miracles d'icelle. Et si est a [quarante]1 personnaiges dont les noms s'ensuivent.
S'ensuivent les noms des personnaiges de ce present livre et premierement :
Sathan
Leviathan
Astaroth
Crochart
Belial
Lucifer
La Folle Femme
Le Messaigier de Marcian
Le Premier Chevalier de Marcian
Marcian Empereur
Le Second Chevalier de Marcian
Le Messagier Dioscorus
Le Premier Chevalier Dioscorus
Dioscorus Roy
Le Second Chevalier de Dioscorus
La Royne
Barbe
La Premiere Pucelle
La Seconde Pucelle
La Tierce Pucelle
Le Premier Tirant
Le S[e]cond Tirant
Le Tiers Tirant
L[e] Quart Tirant2
Le Chartrenier
Le Premier Chevalier du Prevost
Le Prevost
Le Second Chevalier du Prevost
L'Evesque de la loy
Le Prestre de la loy
Le Premier Masson
Le Second Masson
Le Pr[em]ier Pastour
Le Second Pastour
L'Hermite
Dieu
Gabriel
Sainct Michel
[Le Boyteux]3
[L'Aveugle]4
Prologue
A conspectu astantium adjutor factus es michi. Et liberasti corpus meum a perditione et eripuisti me de tempore iniquo.
                Trescheres gens, vueillez entendre
          Les paroles que j'ay cy dictes.
          Chascun de vous lé doit apprendre,
4        Car pour nous tous sont bien licites.
                Et soyez seurs qu'ilz sont escriptes
          Ou livre de grant sapïence.
          Plusieurs docteurs les ont predictes
8        Par leur grant divine scïence.
                Ou livre des vierges est prins,
          Comment cy aprés dire orrés.
          Affin que je n'en soys reprins,
12      Gardez bien vous luy trouverez :

          A conspectu astantium, etc.
              En autre lieu est sans doubtance
          Ung chapitre bien approuvé
          En cil livre de sapïence
16      Qui des clers n'est point reprouvé :

          Sapientia vincit maliciam etc.
                Le chapitre que j'ay cy dit,
          Salomon le dist de sa bouche.
          De nulz docteurs ne fut desdit,
20      Car ilz n'y trouvoient nul reprouche.
                Ces clers vous veulent demonstrer
          Ung mistere bon et propice,
          Comme vous orrez remonstrer
24      Que sapïence vainct malice.
                Une vierge de grant regnon,
          Moult remplië de sapïence,
          De Barbare portant le nom,
28      Vaincquit malice par scïence :

          Igitur sapientia vincit maliciam.
                Barbare estoit nettë et pure ;
          Bien jeune fut crestïennee
          Com nous tesmoigne l'escripture
32       Emmy sa legende doree.
                Barbare fut fille d'ung roy,
          Qu'on nommoit par nom Dïoscore,
          Qui la mist en piteux arroy,
36      Comme racompte son hystore.
                Par luy, souffrit moult griefz tormens,
          Mainte douleur et maint martire
          Et, sur son corps, maintz batemens,
40      Comme verrez joüer et dire.
                Il n'est ja bon, com il me semble,
          De vous racompter de sa vie ;
          Les joueurs qui cy sont ensemble,
44      Chascun en dira sa partie.
                Monstrer vous vueil tous noz estages,
          L'ordonnance de nostre jeu,
          Selon l'estat des personnages,
48      Lesquelz ont prins chascun son lieu.
                Premier veez la Dieu et ses anges,
          En ce chauffault, c'est paradis,
          Avironné des sainctz archanges
52      Que Dieu a forméz des jadis.
                Aprés veez cy l'imperateur
        Qui est appellé Marcïen.
        Il est mauvais persecuteur
56    De tout le peuple crestïen.
                Ou luy, ses gens et son bernage
        Qui a tout mal l'atiseront
        Et en la fin mourra de rage
60    Et les diables l'emporteront.
                Par Dïoscore, mauvais roy,
        Crüel en cueur et en pensee,
        Barbe sera mise en arroy,
64    Par ses chevaliers tormentee.
               Barbe fuyt moult leur compaignie
        Et pense bien qu'el(le) n'a pas tors,
        Car a la fin je vous affie
68    Que par eulx, elle prendra mors.
                A celle fin que me remembre,
        Voyez cy Barbe, belle et courtoise,
        Qui est cy bas en ceste chambre
72            Et a le cueur moult a malaise.
        Voyez cy quatre mauvais tirans
        Qui sont bourciers a Marcïen ;
        A toujours mais sont desirans
76    De destruire tout crestïen.
                Voyez cy aprés le messagier
        De Marcïen l'imperateur,
        Jeune, jolys, et fort leger,
80    Qui ains le soir fera maint tour.
                Voyez cy le messagier du roy
        Qui est pere de la pucelle,
        Gentil, galant, en bel aroy,
84    Qui portera mainte nouvelle.
                Voyez cy la chartre a l'empereur,
        Le chartrenier qui en est garde.
        On n'y voit clarté ne lueur
88    Au parfond, quant on y regarde.
                Icy endroit, en cest estage,
        Est le prevost de l'empereur,
        Fort crüel et moult plain d'oultrage,
92    De la foy grant persecuteur.
                Voyez cy ung tas de povres gens
        Que la vierge ennuyt secourra.
        Je croy qu'ilz n'ont guere d'argent,
96    Benoist soit qui leur en don(ne)ra.
                A ce gibet sera pendue
        Par les piedz, contre val la teste.
        Tant qu'el(le) pendra sera batue
100  Plus dur(e)ment que ne fut onc beste.
                Marcïen contre elle se fume
        Et contre elle veult batailler.
        L'on luy mettra sus une enclume
104  La teste pour la chamailler.
                En ceste chambre sera mise,
        A celle fin qu'on ne la voye
        Trestoute nuë sans chemise,
108  Avecques la femme de joye.
                Voyez cy enfer le püant gouffre,
        La ou maint ame est a martire,
        Qui est punais plus que n'est souffre ;
112  Ceulx de dedens ne sçauroient rire !
                Tout nostre fait je vous recite,
        Devant ay bien tout publïé.
        Il n'y a plus que cest hermite
116  Que j'avoys icy oublïé.
                Vous avez veu nostre ordonnance
        Et tout le jeu et le mistere,
        Je vous suplie, faictes silence,
120  Grans et petis, vueillez vous taire.
                Se nous dison riens contre droit
        Et contre la saincte Escripture,
        Nous le revocon cy endroit
124  Et rappellon a l'adventure.
            A trestous notaires publicques,
        Tous d'ung commun assentement,
        Imperïaulx, apostoliques :
128  Nous en demandon instrument.
                Prenez trestous chascun son lieu,
        Car il est temps que l'en s'avance.
        Or entendez bien nostre jeu.
132  Qui dev(e)ra commencer commence :
èQuo finito meretrix cantet quendam cantilenam voluntariam et faciet signa amoris illicite ; postea dicat :
La Folle commence
        Or doy je bien demener joye
        Et chanter amoureusement.
        Je me tiendray jolie et gaye,
136  Maulgré qu'en ait faulx parlement.
        Tousjours je vivray en lesse
        Et maineray joye et deport.
        Je ne pense point en tristesse,
140  Si n'est en joye et en confort.
            Elle chante aucune chanson.
Marcien Empereur
        Seigneurs, les dieux de nostre temple
        Fault visiter, c'est bien raison.
        Pour nous monstrer aucun exemple,
144  A eulx yron en leur maison,
        Car il en est tresbien saison
        D'aller trestous Mahom requerre.
        De ce fait, point ne nous taison.
148  Sus messagier, allez sur terre
        Dirë es maistres de la loy
        Que nous facent ung beau sabat.
Le Messagier
        Mon cher seigneur, sans nul delay
152  G'iray sans en prendre debat.
        Je m'en vois donc ce fait leur dire
        Sans prendre terme ne espace.
èIl s'en va aux docteurs au temple.
        Seigneurs Jupin, le dieu des dieux,
156  Qui a formé terrë et cieulx,
        Vous doint ennuyt tresbonne vie.
        Le roy, aussi sa compagnie,
        Vous viennent cy veoir en esbat
160  Et veulent que facez sabbat ;
        Il veult prïer les dieux du temple.
L'Evesque commence
        Par Jupin qui les estans emple,
        J'ay grant joyë de sa venue.
164  Il sera fait sans detenue.
        Nous pareron tous noz autieux
        Et sacrifieron a noz dieux.
        Et feron ung beau sacrifice
168  Qui sera aux dieux bien propice.
        Nous vienne veoir quant luy plaira.
Le Messagier
        Par Mahommet, present sera
        Venu icy, je le sçay bien.
L'Evesque
172  Seigneurs, nous devon avoir joye
        Que le roy vient aussi sa gent,
        Car nous auron de la monnoye.
        Chascun de nous soit diligent
176  De faire chascun son office
        Et de chanter a haulte notte.
        […………………………ice]
        Nul de nous ne facent riotte,
        Nostre fait sera bien a point.
180  D'avoir argent, j'ay grant talente.
        Nous chanteron le contrepoint
        Et qui pourra chanter si chante.
        Nous y entendron haultement.
184  N'y aura si sourt qui ne l'oye,
        Je vous prometz finablement !
Le Prestre
        Que de ce fait ay moult grant joye.
        Il nous fault, puis qu'il le commande,
188  Prier noz dieux a jointes mains,
        Car il mettra a son offrande
        Deux ou trois escus, pour le moins.
        Tous luy porterons grant honneur,
192  Car il est seigneur de la terre.
Le Messagier
        Je suis venu, mon cher seigneur.
        Allez vous en Mahom requerre.
        L'evesquë et tous ses docteurs
196  Vous attendent ; il est tout prest.
Marcien
        Nous yron veoir les bons recteurs
        Et le dieu Mahom, s'i luy plaist.
èIlz vont au temple.
        Mahom vous doint ennuit tel grace
200  Que puissez faire sacrifice.
L'Evesque
        Bien soyez venu en ceste place,        [+1]
        Car c'est ung lieu bon et propice.
        Nous devon tous avoir grant joye
204  Dont estes venu ceste part.
        Mais qu'aportez assez monnoye,
        Le grant Mahom de mal vous gard.
        Or sus, seigneurs, ou diligence
208  Il convient Mahom faire rire,
        Que monstre cy de sa puissance
        A l'imperateur nostre sire.
        Or vous revestez prestement
212  Pour faire dieu sacrifïer.
Le Prestre
        Nous chanteron bien haultement.
        En luy nous devon bien fïer.
        Il fault faire processïon
216  Environ ce lieu et ce temple
        Trestous, par grant devotïon,
        Pour nous monstrer aucun exemple.
        Revestez vous de vostre chappe,
220  Si feron nostre sacrifice.
L'Evesque
        Il n'y a touaïlle ne nappe
        Qui ne serve de son office.
        Prenez tous torches et chandelles,
224  Et de l'encens pour l'encenser,
        Des plus honnestes et plus belles.
        Je vous pry que vous commencez.
èHabeant insensum et candellas ut melius potuit.
        Vous porterez vostre Apolin
228  Entour cest temple, entour cest lieu ;
        Vous le porterez sur colin.
        Et puis sera ung tresbeau jeu.
        Nous chanteron la haulte game
232  Et luy donron de bon encens.
Le Prestre
        Or n'y ait donc homme ne femme
        Qui ne chante, je m'y consens.
èIl prent Apolin sur son col et trestous vont chantant entour le temple. Puis, dit le prestre :
        Oncques mais ne fus si lassé !
236  Par Jupiter, je suis bien fol !
        J'ay le corps de moy tout cassé
        De porter Apolin au col.
        Onc mais ne vy dieu si pesant !
240  Je le vous dy, point je ne mens en ce.        [+2]
        Vous n'avez pas esté leisent
        De vous fourrer tresbien la pance.
        Haro ! je cuyde que il chie !
244  Il y a merde en quelque voye.
        Je prie a dieu qu'il me meschie
        Se plus le porte champ ne voye.
èIl le boute a terre.
        En mon col plus ne hucherés ;
248  Et vous deussiez vous le col rompre !
L'Evesque
        Avant, Mahom, vous prescherés.
        Nous sommes prestz de vous respondre.
        Je vous mettray sur nostre autel
252  Et vous donray de bon ensens.
        Oncques n'en vistes point [de tel]5,
        Je le sçay bien, car je le sens.
        Or sus, Mahom, voyez la le roy
256  Qui a vous servir bien s'apreste,
        Qui est venu en grant aroy
        Et te veult faire une requeste :
        Que luy donnes ennuyt victoire
260  Sur crestïens pour les confondre.
Sathan parle par l'ydolle
        Je t'ay tousjours en mon memoire.
        S'il y a nul crestien qui gronde,
        Metz les a mort, je le commande,
264  Et a grant persecutïon.
        Si a moy ne se veulent rendre,
        Metz les tous a occisïon.
        Que ma loy ne soit corrumpue !
268  Tu en es tout conservateur.
L'Empereur
        Las ! mon vray dieu, je te salue.
        Je suis forment a mon retour.
èIcy commance le maistre saincte Barbe vierge. Et Dioscorus parle a la royne :
        Dame, celer ne vous vouldroye
272  Chose qui soit en mon couraige.
        Trestout mon secret vous diroye
        Comme femme veillant et saige.
        Il m'est venu en voulenté
276  D'adorer mon dieu Mahommet.
        Mon cueur en est entallenté,
        A tout son plaisir me soubmet.
        A noz dieux vueil sacrifïer
280  Pour mieulx exaulcer nostre loy.
        En eulx nous devons tous fier,
        En tous temps, et adjouster foy.
        Nostre fille sy demourra
284  Icy pour garder le mesnage
        Et Jupiter la gardera.
        Elle est belle, prudente et sage.
        Nous n'avon enfant si n'est elle,
288  Augmenter la fault haultement.
        Elle est gente de corps et belle,
        Marïer la fault grandement.
        Marïer soit, c'est mon desir,
292  Dame sera de ma maison.
La Royne
        Mon cher seigneur, c'est mon plaisir,
        Car il en est desja saison.
        Quant nous aurons fait le voyage
296  De noz dieux et nous reviendron,
        A ung seigneur de hault parage
        A la marïer entendron.
        Elle est sage, de bel atour,
300  (Et) de beau langaige et bien aprinse.        [+1]
        Ou le filz d'ung imperatour,
        Par son sens, devroit estre mise.
        Et tiendra grans possessïons
304  Aprés nostre mort, treschier sire,
        Et a bonnes condicïons.
        Certes, il n'y a que redire,
        Elle est fornye selon nature,
308  De quoy je suis grandement aise.
        En ce monde n'a creäture
        Soubz le soleil qui tant me plaise.
        Il vous en convient conseil prendre
312  Ou voz chevaliers, treschier sire.
Le Roy
        Or sus, seigneurs, sans plus attendre,
        Voz voulentéz vueillez en dire.
        Nous sommes bien entalentéz,
316  Ma femme et moy, par voz devis,
        De marïer et augmenter
        Nostre fille par voz advis.
        Conseillez moy pour mon honneur
320  Si nous avon bien advisé.
Le Premier Chevalier
        Je vous respons, treschier seigneur,
        Le devis est bien devisé.
        De son fait, fort je m'esmerveille.
324  En elle est toute loyaulté.
        Soubz le ciel n'a point sa pareille
        De sens, d'honneur ne de beaulté.
        Elle est simplë et debonnaire,
328  De beau parler, de beau langaige,
        Si courtoise et de bel affaire.
        Il convient sçavoir son courage
        Et s'el veult estre marïee.
332  Il fault que soit ou son plaisir.
        Je vous conseille, sans demouree,
        Parlez a elle sans loisir.
        Il est bien en vostre puissance
336  De la marïer haultement.
Le Second Chevalier
        Je conseille que l'on sç'avance
        De parler a [el] prestement.6
        Envoyés tout present grant erre
340  Ung messagier legierement :
        Que vostre fille aille tost querre
        Pour parler a vous prestement.
        Elle fera vostre ordonnance,
344  Je le sçay bien, car c'est raison.
Le Roy
        Messagier, va ou diligence
        Querir Barbe, il en est saison,
        Et luy dy tost, sans faire pause,
348  Que viengne parler a son pere
        Hastivement, et tout pour cause,
        Et que viengne devers sa mere.
        Va y tost, sans (et) faire sejour        [+1]
352  Et la nous fay icy venir.
Va-le-sault le messaigier
        Je vous certifie, monseigneur,
        Qu'en cest fait n'aura que tenir.
        Je vous serviray nuyt et jour
356  Comme varlet doit servir maistre.
        A el(le) m'en vois, sans nul sejour,
        La salüer jusque a son estre.
Il va par le champ et dit :
        De messaigier tiendray coustume,
360  Aussi chascun le me conseille,
        Et que bon vin cleret je hume
        Qui est cy, dedans ma bouteille.
Il va a la pucelle et dit :
        Tarvagant, dame, vous doint joye.
364  A vous suis venu de grant tire.
        Je vous ay quise en mainte terre.
        Venez parler a vostre s[i]re,7
        Car, par moy, il vous envoye querre.
368  Venés a lui sans demouree,
        Moult expressement le vous mande.
èBarbe estant en une tente commence
        Benoiste soit ton arrivee.
        A luy iray, quant le commande,
372  Sans arrester, ne pas ne heure,
        Car raison est de luy complaire.
Le Messaigier
        Mahommet, dame, vous secoure
        Et qu'en tout temps luy puisson plaire.
Ilz vont a Dioscorus.
376  Je suis venu a moult grant peine
        Et si ay fait grant diligence.
        Voyez cy Barbe que vous amaine,
        De vous obeir prent grant plaisance.
380  Or, ai ge bien fait mon devoir ?
        Parlés a elle en beau langaige.
Le Roy mue le mettre
        Tu auras argent et avoir
        Et en tour moy grant avantaige.
384  Ma fillë, entendés a moy.
        De plusieurs fais suis en esmoy.
        J'ay entreprins une besongne
        Que je feray sans point d'eslongne :
388  Faire vueil ung pelerinage
        Vers nos dieux et Mahom le saige
        Qui pain et vin et blé nous donne,
        Tout autre bien nous habandonne.
392  Si n'ay nul hoir qui maintenist
        Ma terre ne a qui el venist,
        Fille, fors a vous seullement.
        Je suis en ung grant pensement
396  D'ung seigneur qui vous a requise :
        Moult riche, de tresbonne guise.
        Plusieurs en sont a moy venus,
        Lesquelz, je n'ays pas soustenus.
400  Il me semble qu'il est ja temps,
        […………………………emps]
        Par voz amis et vostre mere.
        […………………………ere]
        Nous en sommes en grant malaise.
Barbe
        Mon cher seigneur, ne vous desplaise,
404  Car sachés bien que pour richesse
        Ne pour honneur ne pour haultesse,
        Pour possesïon ne pour rente
        Ne pour homme qui s'en demante
408  Ne pour vostre terre tenir
        Ne voz seigneuries maintenir,
        Je ne vueil copulacïon
        D'homme ne habitacïon,
412  Que je vive moys ne sepmaine !
        Pour ce, n'en prenés ja la peine,
        Car ainsi useray ma vie.
Le Roy
        Barbare, ma fille et m'amye,
416  Vous ferés a mon ordonnance
        Et grant honneur et grant puissance
        Vous en viendres aprés ma mort.
        Dea, ma fille, vous avez tort,
420  Car c'est bien le consentement
        De voz amis communement.
        Je vous mettray en hault parage
        Ou ung seigneur vaillant et saige,
424  Et quant serés son espousee,
        De luy aurez belle lignee
        Qui succedera vostre terre.
        S'aucun vous vouloit faire guerre,
428  Par force la deffend[e]roit        [-1]
        Et en grant paix le pais tiendroit.
        Pour ce, fault il au fait pourveoir.
La Royne
        Ma fille, vous pouez bien veoir
432  Qu'il vous raconte verité.
        Fille, faictes sa voulenté,
        Il vous marira haultement
        Se faictes son commandement.
436  Vous ne le devez pas enfraindre,
        Mais aymer le devez et craindre.
        Nous vous aymon d'amour parfaicte.
        Chiere fille, quant il luy hayte,
440  Obeissés a sa volenté,
        Puis qu'il en est entalenté,
        Car il est vostre sire et pere.
Barbe
        Je vous diray, ma chiere mere,
444  Certes, ainçoys seroys destruicte
        Ou mise en chartre ou en soubite
        Ou en tourment de maincte guise,
        Marïé suis a ma devise :
448  Jamais homme par mariage
        N'aura de moy le pucellage ;
        Jamais mon cueur ne changeray !
La Royne
        Ton cueur est moult desesperé !
452  Honte feras a ton lignage !
        Nous te tenïon la plus saige
        Qui fust en tout ce pais pour vray,
        Mais au contraire, bien le croy
456  Que tu seras paillarde et folle,
        Car tu as une faulce colle
        Qui par orgueil trop te nuyra
        Et en la fin te destruira ;
460  Dont au cueur suis moult plaine d'ire.
Le Roy dit au messagier
        Sus, Va-le-sault, entens a moy.
        Va moy tantost et sans delay
        Tous les massons de ce pais querre
464  Qui sont demourans en ma terre.
        Dy leur a tous que sans demeure
        Viennent a moy tout en cest heure,
        Tous les meilleurs et plus subtilz,
468  Et qu'ilz apportent leurs oustiz.
        Fay tost et ne demeure mye.
Le Messaigier du roy
        Sire je ne vous fauldray mye.
        Tresvoulentiers je le feray
472  Et en ce jour je leur diray.
        Par Jupiter, ains que je dorge,
        J'arouseray ung peu ma gorge
        De ce bon vin pour cheminer.
476  Or me fault aller sans finer
        Querir les massons a mon maistre
        Et me remüer de cest estre.
Pause.
        Gallans, entendés ma raison :
480  Il vous fault faire une maison
        A nostre roy Dïoscorus.
        Venez a luy sans tarder plus,
        Car pour certain il le vous mande.
Le Premier Masson
484  Sire, depuis qu'il le commande,
        De luy obeir c'est bien raison.
        Nous luy feron bien sa maison
        Ou chasteau ou ung grant palais.
488  Nous sommes deux gentilz Galois
        Qui feron son commandement.
Le Second Masson
        Faicte luy sera promptement,
        Mais qu'il baillë or et argent.
492  Oncque ne veit plus diligent
        Que je suis quant je voy monnoye.
        Quant je la tiens j'ay si grant joye…
        Le roy en a une grant somme.
Le Messagier
496  Allon a luy, car trop je chomme.
        Il ne vous fault plus icy estre.
Tous les Massons ensemble
        Allon parler a nostre maistre.
èIlz chantent ensemble.
Le Messagier
        J'ay bien pourveu en voz façons,
500  Monseigneur, voyez cy les massons.
        De rien ne soyez en esmoy,
        Ilz s'en(t) son[t] venus quant et moy.
Le Roy
        Gallans sachez pour quel raison
504  Je vous mande ceste saison.
        Il vous fault fairë une tour,
        Grande, haulte, de bel atour.
        Qu'elle me soit tresbien muree,
508  Bien massonnee et (et) bien paree.
        Je vous diray sans plus d'eslongne
        Trestut le fait de ma besongne.
        Beaux seigneurs, ainsi je devise,
512  Qu'el(le) me sera icy assise.
        Icy aura une fenestre,
        Affin du jour apparoistre.        [-1]
        Vous ferés une arbalestriere
516  De ceste costé pour estre clere.
        Qu'elle me soit haulte et bien faicte,
        Et quant la tour sera parfaicte,
        Je vous payray a voz plaisirs.
Le Premier Masson
520  Nous la feron sans nul loisirs,
        Tant qu'il n'y aura que redire.
        Je vous prometz, mon trescher sire,
        Qu'el vous sera faictes bref(ve)ment.
Le Second Masson
524  N'en soyez plus en nul dement,
        El sera faicte en hault ouvrage.
        Oncques ne fut si beau mesnage
        Comme el sera, je m'en fais fort.
Le Roy
528  Or sus, nous sommes tous d'acort ?
        Allés moy faire ma besongne
        Sans prendre terme ne eslongne.
        Gardez qu'el me soit rendue preste.
Tous les Massons
532   Chascun de nous tost si s'appreste
        A parfaire ceste maison.
Tunc faciant turrim et fenestras quo adusque Barbara veniat ad ipsos.
Le Roy en muant le maistre
        Or ça, dame, il est saison
        Que nous parton de ceste ville.
536  Il fault avoir Barbe, ma fille.
        Sa voulenté ne puis sçavoir
        Ne qu'elle garde en son courage,
        Mais je mettray tout mon pouoir
540  A la tenir et mettre en caige.
        D'elle, nous convient congé prendre ;
        Si yron noz dieux adorer.
La Royne
        Messagier, allez sans attendre
544  La querir, sans plus demourer.
        Que vienne tost et sans delay,
        Prestement, parler a son pere.
Le Messagier
        Tresvoulentiers, dame, g'iray,
548  Affin de tousjours vous complaire.
èPause
        Dame, venez hastivement
        A vostre pere, il le vous mande.
Barbe
        A luy iray begninement,
552  C'est raison, quant il le commande.
èElle va a son pere.
Le Roy
        Barbe, sav'ous que vous ferez ?
        Gardez que soyez prude femme.
        Dame de tous noz bien sere[z]
556  Et deviendrez une grant dame.
        Ces troys pucelles cy seront
        Ou vous, toutes par compaignie,
        Et loyaulment vous serviront
560  Affin que trop ne vous ennuye.
        Baisez moy, ma doulce fillette,
        De vous nous voulon congé prendre.
èIl la baise.
Barbe
        Vostre mercy, puis qu'il vous haicte,
564  Dieu le vous vueille ennuit rendre
        Qui vous garde de tout dommage,
        De bocë et d'espydimie.
La Royne la baise
        Or vous gouvernez comme sage,
568  Barbe, ma fillë et m'amye.
Ilz s'en vont.
La Premiere Fille
        Allon donc prendre esbatement,
        Nous troys ensemblë, en ung lieu.
        Pour passer temps legierement,
572  Nous fault joüer a quelque jeu.
èBarbe s'en va.
        Joüon es pingles ou es cartes,
        A celle fin de nous desduire.
La Seconde Fille
        Nous voulon que les departes.        [-1]
576  Baillez m'en trois sans y eslire.
        Celle de nous qui gaignera,
        Sur les autres aura victoire.
La Troiziesme
        Il meschie qui espergnera
580  Le vin ennuyt qu'i pourra boire !
        Baillez m'en tost, qu'assez en aye,
        Car je vueil tout mon jeu parfaire.
        Or monstrez tost et que j'en voye.
La Premiere Pucelle
584  Que dea ne vous vueille desplaire,
        Je sçay trop bien combien j'en ay.
        Tenez, voicy ce que je doy,
        Comptez les votz trestous par conte.
La Seconde
588  Or vraÿement, le mien se monte…
        Trente et ung trestout rondement.
        Or ay gaigné certainement !
        Vous devez chascune son emprise.        [+1]
La Tierce
592  Oncques mais ne fuz entreprise
        Comme ay esté presentement !
        Departez tost et vistement
        Ces cartes et m'en baillez chance.
La Premiere Pucelle
596  Or je vous pry que l'on s'avance
        De joüer tost et rondement.
        Baillez des cartes largement,
        Que dea vous m'en baillez cy quatre.
La Seconde Pucelle
600  Je m'en puis donc[que] bien esbatre,        [-1]
        J'en ay quinze !
La Premiere Pucelle
        Par ma foy, je suis bien surprinse !
        Et moy dix huit !
604  Se je sceusse bien qui s'ensuit,
        A ceste fois cy j'en ay cinq !
La Seconde
        Voyez en cy deux qui valent vingt,
        Que jamais mieux vous ne couvrez !
608  Sa cest emprinse et me baudrés
        L'argent, et eussiez trente cinq.
La Premiere
        Il n'y a gueres qu'il a vingt !
        Monstrez moy, que je le regarde.
612  Chascun de vous se prenne garde,
        Car mon jeu de cestuy est coq !
        Vous payerez tous deux tout l'escot !
        Reprenez sus ung autre jeu ;
616  Je vois commencer au millieu.
        Vous deux estes assez subtilles,
        Je ne prise pas deux coquilles
        Tout ce jeu n'est que tricherie !
620  Se chascun n'en a sa partie,
        Je n'en joueray meshuy de jeu.
La Seconde
        Barbe n'est plus dedens ce lieu !
        Dictes ou s'en est elle allee.
624  Croyez qu'el nous est eschappee.
        Il nous convient aller la querre.
La Tierce
        Nous auron o monseigneur guerre
        D'ainsi l'avoir laissee aller.
628  Pour la voir, ne sçay ou aller.
Barbe
        Vray Dieu qui as sur tous puissance,
        Donne moy de Toy remembrance.
        Vray Pere qui formas la terre,
632  Envers Toy tel vertu acquerre
        Que je puisse avoir congnoissance
        De ton sainct Nom par evidence,
        Et soye digne de Toy requerre
636  Tandis que seray sur la terre.
èLamentando
        Haa, vray Dieu, oste l'oscurté
        De mon pere et la dureté
        De ma mere semblablement,
640  Qui est tout fol et ahurté
        Par sa mauvaise mesurté
        Qu'ilz se mectent a dampnement.
        Las, povre femme toute indigne,
644  Demonstre moy aucun bon signe
        Parquoy je puisse baptesme avoir,        [+1]
        Car jour et nuyt mon cueur ne fine,
        Ma voulenté en Toy s'encline.
648  Baptesme je vueil recevoir,
        Doulx Pere, par ta saincte grace.
        Octroyë le moy, par ta grace,
        De me gouverner saigement
652  Que l'Ennemy ne me mefface
        En quelque voye ne en quel place
        Et ne me met a dampnement.
èElle va au[x] masson[s].
        Seigneurs, par amour, je vous prye
656  Que me dictes que signifie
        Ses deux fenestres que vous faictes
        Si petites et si estroittes,
        Car a la faire a grant mestrie.
Le Premier Masson
660  Dame, nous ne le sçavon mye.
        Vostre pere nous commanda,
        Et quant il partit nous manda
        Que deux fenestres y feisson.
664  Nous n'y sçavons autre raison,
        Mais il dist quel(le)s fussent estroictes.
Barbe
        Seigneurs, par amour, or en faictes
        Une cy qui soit de tel guise
668  Et soit vers Orïent assise ;
        Faicte sera a ma requeste.
        Et qu'el(le) me soit en l'heure preste,
        Je vous en pry trescherement.
Le [Second] Masson 8
672  Damoise(lle)lle certainement.
        Or ne vous vueille pas desplaire,
        Car plus n'en commanda a faire,
        Mais s'il vous plaist le blasme prendre,
676  Nous en exaulcer et deffendre,
        Bien la feron, comme je pense.
Barbe
        Et je le vous prometz a fïance
        Que bien vous en desblasmeray
680  Et tout le fais en porteray,
        Se blasme y a, noyse ne hayne.
        A Dieu, faicte bien ma besongne,
        Par amour, je vous en supplye.
       Les Massons ensemble
684  A dieu, dame, n'en doubtez mye.
        Si bien la feron sans mesprendre
        Que nul n'y sçaura que reprendre.
        De ce ne soyez point en doubte.
èElle retourne en son lieu et dit a genoulx ce qui s'ensuit :
Barbe
688  Hee ! Dieu qui fist la terre toute,
        Qui sur tout est puissant et digne,
        De t'amour me monstre aucun signe
        Parquoy puisse ta loy tenir
692  Et vraye crestienne devenir.
        Vierge te porta doulcement,
        Vierge devant l'enfantement
        Et vierge aprés l'enfantement,
696  Et sans froisser virginité.
        Mais juïfz plains d'iniquité
        Aprés en la croix te pendirent,
        Parquoy tresvillain peché firent ;
700  Par celuy sont ilz tresbuchéz
        Tous en enfer et embuschéz
        En damnatïon pardurable.
        Tresdoulx Pere trespitoyable,
704  Te vueil honnourer et servir
        Et ta bonne amour desservir.
        A toy me rens, a toy me livre.
        Doulx Dieu, de peché me delivre,
708  Par ta tressaincte Passïon.
èTunc inclinet se et faciat impressionem crucis in lapide marmoreo et ex illo lapide surgat crux et dicat Barbara :
       èVray Dieu, Tu es redemptïon
        De toute humaine creäture.
        Emmy ceste pierre si dure
712  M'as fait de celle croix semblance
        Ou Tu fus fer[u] de la lance. 9
        Mon doy a entré sans nul peine
        En la pierre durë et saine.
716  De ta vertu, de ta puissance,
        M'est apparu tel demonstrance
        Dont je te rens mercy et grace.
        Hee ! tresdoulx Dieu, se je trouvasse
720  Qui crestïenté me donnast,
        Tout mon cueur si habandonnast.
        Aller m'en vueil parmy la terre
        Pour cest saint sacrement acquerre.
724  Tout droit iray au sainct hermite
        Qui en celle montaigne habite,
        Sans faire cy plus longue espace.
Pause. è Elle s'en va en la montaigne a l'ermite et dit :
        Sire preudoms, Dieu vous parface
728  Les biens qu'avez emprins a faire.
        Ou nom de Luy et de sa mere
        Je vous requiers treshumblement,
        Baptisez moy presentement
732  Et me vueillez vostre creänce
        Enseigner ou j'ay grant fïance.
        Et se Dieu plaist, je la tiendray
        Tant que rien je n'y mesprendray,
736  Jamais, a nul jour de ma vie,
        Car j'en ay au cueur grant envie.
        Et pour baptesme avoir ensemble,
        Aulmosne ferez, se me semble ;
740  Par ce, vous en requiers et prie.
L'Hermite commence
        Belle fille, tresdoulce amye,
        Veez cy la foy en verité.
        Il est ung Dieu en trinité,
744  Trois personnes sont, sans doubtance,
        Aussi une mesme substance.
        Le Pere est premiere personne,
        Si comme ma raison le sonne,
748  Et le Filz si est la seconde
        Ou tout bien et tout sens habonde,
        La tierce est le sainct Esperitz
        Qui delivre de tous perilz.
752  Si transmist Dieu son filz en terre
        Pour apaiser la mortel guerre
        De Sathan qui tint en servage
        Moult longuement l'humain lignage
756  Par le peché du premier pere,
        Adam, et Eve, nostre mere.
        Le commandement Dieu rompirent
        Quant en la pommë ilz mordirent.
760  Nous estïon a mort livréz
        Se Dieu ne nous eust delivréz,
        Qui vint prendre incarnatïon
        Et souffrir mort et passïon
764  Tout pour la cause du peché,
        De quoy Adam fut entaché.
        Et puis, en enfer devala
        Ou tous les amys querre alla.
768  Puis, establit le sainct baptesme
        Et que l'on fust oingt du sainct Cresme,
        Et que es cieulx ne monteront
        Ceulx qui baptisez ne seront.
772  Recepvez lay devotement,10
        Comme bonne fille humblement.
        Present je vous bapti[se]ray.        [-1]
èIl la baptise.
        Comme Jesucrist l'a commis :
776  Ou nom du Perë et du Filz
        Et du sainct Esperit. Amen.
        Autrement paradis n'a l'en.
        Jesucrist, par sa saincte grace,
780  De voz pechéz pardon vous face.
        Ma fille, tendez a bien faire,
        Ou nom de Dieu et de sa mere.
        Peché fuyez en toute guise
784  Et aymez Dieu et Saincte Eglise ;
        Je le vous prië et commande.
Barbe
        Sire, vostre mercy tresgrande.
        A Dieu soyez qui vous doint joye
788  Et paradis trouver la voye.
        Bien m'avez ennuyt conseillee,
        Vostre mercy, et enseignee.
èAdonc elle s'en retourne en son lieu.
Lucifer commence
        Haro ! dyables d'enfer cornus !
792  Que dyable estes vous devenus ?
        De vostre fait chascun s'eslongne.
        Point ne pensez de ma besongne.
        Dïoscorus, le faulx traitour,
796  Qui a fait faire une grant tour,
        Sa fille si est crestïenne
        Et ne tient plus la loy payenne,
        Dont c'est pour nous tresgrant dommage !
800  Or sa, venez tout mon bernage,
        Faictes tantost qu'el(le) soit destruicte
        Ou el nous fera, com je cuyde
        Ung dommaigë irreparable.
Sathan commence
804  Trestout son fait ce n'est que fable !
        Je m'en iray droit a son pere
        Qui luy fera souffrir misere.
        Elle en mourra villainement
808  A martirë et a tourment.
        Mïeulx luy vaulsist estre morte !
Leviathan commence
        Je la serviray d'aultre sorte.
        Tout droit iray a Marcïen
812  Qui la hait fort sur toute rien,
        Et la mettra en tel torment
        Qu'el en mourra villainement.
        Par mon conseil et par mon stille,
816  Sera destruicte celle fille !
        Laissez faire ; n'en parlez plus.
Astaroth
        Son corps sera rendu confus.
        Tantost el aura sa desserte ;
820  Je metz sur elle dure perte.
        Mainteffois el(le) mauldira l'heure…
        Il n'y aura qui la seceure.
        Quant el(le) sera batue et morte,
824  Son pere viendra par la porte
        En nostre enfer, au plus parfont.
        Et tous ceux qui mal luy feront
        Je les mettray en mes lïens.
828  Pitié je n'en ay que de chiens !
        Je pense tout le pays conquerre.
Belial
        En ses vielles qui sont en l'erre
        Qui font benisson a la gent
832  Et es bestes semblablement,
        Et ceulx qui font chermes et sors,
        Je les auray ames et corps.
        Houlliers et vieilles maquerelles
836  Ou feu d'enfer, en lieu d'atelles,
        Je les mettray bien a desserre.
Crochart commence
        Il n'est plus loyaulté sur terre,
        Tout est tourné en brouet d'andoule !
840  Tout le monde s'entregredoule :
        L'ung vouldroit bien l'autre pendu !
        Justice n'a plus de vertu,
        Mais chascun aura sa desserte !
Lucifer
844  Ilz trouveront la porte ouverte.
        Amenez les [a grans] fardeaulx 11
        Au feu d'enfer, a grans monceaux,
        Et je leur feray beau sabat !
Tous ensemble
848  Or n'en pren plus ou nous debat.
        Nous ferons tant qu'il y perra
        Et qu'a plusieurs il mescherra
        Avant le bout de la sepmaine.
Lucifer
852  Allez tost ! que fievre quartaine
        Vous puisse trestous relïer !
èTous ensemble
        Amen, [et ] vous tout le premier !        [-1]
èAdonc ilz vont par le champ.
Dioscorus
        Il fault penser de retourner ;
856  Plus n'a du temps de sejourner.
        Allons nous en, je vous en prie.
La Royne
        Monseigneur, je le vous octroye,
        Allons nous en quant vous plaira.
Dioscorus
860  Present vueil veoir qu'elle sera
        La tour que j'avoys devisee,
        Pour sçavoir s'el est achevee.
        Allons nous en quant vous plaira.
Il dit aux massons :
864  Seigneurs, Mahommet vous doint joye.
        Avez vous fait mon command(e)ment ?
Le Premier Masson
        Mon chier seigneur, ou vrayment.
        Vous estes com vaillant et saige.
868  Regardez bien tout nostre ouvraige
        S'el est comment la devisastes.
Dioscorus
        Dictes pourquoy ! Vous ordonnastes
        Icy ceste tierce fenestre ?
872  Icy endroit ne doit point estre.
        Par tous mes dieux, vous le dirés
        Ou point d'icy ne partirés
        Que je ne vous face destruire !
Le Second Masson
876  Or entendés, mon treschier sire,
        La verité vous en diray
        Ne ja ne vous en mentiray
        Par faveur ne par aultre stille.
880  Barbe vint a nous, vostre fille,
        Qui la nous commanda a faire,
        Et si nous dist que vers son pere
        Moult fort nous en excuseroit
884  Et que la peine en porteroit.
        Vous avez toute la maniere.
Dioscorus
        Moult luy sera la folie chiere,
        Par Venus, se dis verité.
888  La garce plaine de vil(i)té !12
        Messaigier, va la tost querir.
        De malle mort puisse mourir !
        Dy luy tantost que je luy mande
892  Et expressement luy commande
        Qu[e] vienne tost a moy parler.
Le Messagier
        Veez me cy tout prest d'y aller.
Pause. Il s'en va.



notes
1    trente et huit : on aura oublié les deux miraculés que j'ajoute à la fin de la liste. retour
2    La retour
3    Voir la note 1.retour
4    Voir la note 1.retour
5    dautel : probablement un saut du même au même.retour
6    tel retour
7    s.re retour
8    L'imprimé indique " .iii. masson ", mais puisqu'il n'y a que deux maçons…retour
9    fera retour
10  lay pour le retour.
11  grans a retour
12  Voir v. 2942 : même vers, cette fois avec vilté. retour