Le Jardin de Santé translaté de latin en françois.

Retours
 

TABLE

Le prohesme de l'acteur
Le premier chapitre. De l'erbe nommee aaron dicte en françois barbe d'aaron : ou petite serpentaire.
Le second chapitre. De l'erbe appellee abrotanum   Aurone
Le tiers chapitre. De absinthium : dicte aluyne.
Le IV chapitre : De accatia, c'est jus de prunelles
Le V chapitre De l'erbe nommee acetosa dicte ozeille.
Le VI chapitre De l'erbe appellee acorus    Glay
Le VII. Chapitre De l'erbe appellee affodillus.
Le VIII. Chapitre De l'herbe nommee agaricus.
Le .IX. Chapitre. De l'erbe appellee agrimoine.
Le .X. Chapitre. De agrifolium.
Le .XI. Chapitre. De agnus castus.
Le .XII. Chapitre. De l'erbe marine appellee alga.
Le .XIII. Chapitre. De alcanna.
Le .XIV. Chapitre. De alio dit ail.
Le .XV. Chapitre. De l'erbe appellee altea    maulue.
Le .XVI. Chapitre. De l'erbe appellee alleluya.
Le .XVII. Chapitre. De l'erbe appellee alkekengi.
Le .XVIII. Chapitre. De aloes.
Le .XIX. chapitre Du boys nommé aloes.
Le .XX. chapitre. De ambre.
Le .XXI. chapitre. De ambrosia.
Le .XXII. chapitre. De l’erbe appellee amomum.
Le .XXIII. chapitre. De ameos.
Le .XXIV. chapitre. De amidum ou amilum.
Le .XXV. chapitre.De amigdala  amande.
Le .XXVI. chapitre. De anacardus.
Le .XXVII. chapitre.De anetum  anet
Le XXVIII. chapitre : De anteflorum ou fleur de vigne saulvage.
Le .XXIX. chapitre De anisum   anis.
Le .XXX. chapitre. De l’erbe appellee antillis.
Le .XXXI. chapitre. De anthos ou rosmarin.
Le .XXXII. chapitre. De l’erbe appellee ancusa
Le .XXXIII. chapitre. De l’erbe appellee apium. ache.
Le .XXXIIII. chapitre. De apium silvestre. Ache champestre.
Le .XXXV. chapitre.De apium rusticum. Ache rustique.
Le .XXXVI. chapitre. De apium emorroidarum, c’est ache des emorroydes.
Le .XXXVII. chapitre. De l’erbe appellee appios.
Le .XXXVIII. chapitre. De l’erbe appellee aprostilla.
Le .XXXIX. chapitre. De l’erbe appellee arthemisia.
 

Le prohesme de l'acteur :

Du tout puissant et eternel Dieu creatur de toute nature : souvent en moy mesmes et par plusieurs foys reiterees en precogitant ay revolvé et consideré les euvres merveilleuses et admirables. Comment des le commencement du monde le ciel cree il a icelluy aorné de trés cleres et reluisantes estoilles : ausquelles en donnant leurs influences a donné force et vertu sus toutes choses crees soubz le ciel. Et aussi comment il a produit et ordonné de nyent les quatre elemens par une merveilleuse maniere et difference entre eulx par ung tres bel ordre. C'est assavoir. Le feu chault et sec. L'air chault et humide. L'eaue froide et humide. La terre seiche et froide : a ung chascun d'iceulx donnant sa propre nature. Et comment oultre plus, le trés souverain ouvrier et maistre, sur les herbes, pierres, et toutes choses produictes et vivantes a fait et formé l'omme le plus noble de toutes les autres creatures. Et a tellement toutes choses disposees que toutes ont vie et mouvement soubz le ciel. Et que les estoilles moyennantes sortissent et produisent leur nature et parmanance de leur estre et subsistence. Et que en toutes choses provenentes des quatre elemens, comme herbes, pierres, et aussi bestes fussent les natures des quatre elemens mixtionnees et meslees. C'est assavoir, chaleur, froideur, humidité, et seicheresse. Et aussi fussent es corps humains en une trés grande attrempance et mesure convenable a la vie et nature de l'omme. Et estans en icelle attrempance l'omme usast de parfaicte santé. Et icelle attrempance dissoulte par dissolucion de vray regime, et que la chaleur fust vainqueresse sus les autres natures : et labourast a expeller la froideur. Du que la froideur voulsist estaindre la chaleur : ou que l'omme fust replet de humeurs desordonnees : ou que par trop grant deffault il deviast de l'umidité naturelle : si que il encheust incontinent en grandes infirmités et maladies approuchantes de la mort. La raison certes de ceste dissolucion des natures, esquelles la vie et santé des hommes consiste : seulement n'en est pas une a assigner mais plusieurs. Maintenant (f° II, r°, col. a) ou que l'influence occulte du ciel est contraire. L'impureté de l'air : ou l'inconvenient de l'air. La paine et le labour desordonné. Et moult plusieurs autres choses desvoyans l'omme de parfaicte santé. Lesquelles si je vouloye toutes nombrer : il me fauldroit (si comme il me semble) rendre raison de la raine de la mer pource certainement que plus de mille perilz environnent l'omme. Certes ilz sont des accidens dissolvans et destruisans la santé de l'omme selon la diverse influence des cieulx et astres presque innombrables : tellement que vrayement a paine peut estre trouvé ung seul moment de temps pour secourir a la vie et santé de l'omme. Ces choses quant en moy mesmes taisiblement je revolvoye et pensoye : au contraire je remembroye la sapience du createur par laquelle des le commencement : au genre humain par luy constitue en tant de perilz : a prouveu de remede opportun et convenable, c'est assavoir, par les herbes : bestes animaulx, et autres creatures. Ausquelles il a donné telle vertus que les matieres dissoultes et hors de attrempance : elles reduyroient a vraye attrempance, armonie : et proporcion. Et pource une herbe eschauffe. L'autre amayne froideur : et une chascune selon le degré de sa complexion et nature. Et les autres creatures pareillement qui sont et ont leur estre es eaues et en terre prouffitent a la conservation de la vie de l'homme, le createur de nature ainsi le disposant. Affin que par la vertu de ces herbes et les autres creatures : l'homme debilité et destitué de vertus par la distemperance des premieres qualités : puisse retourner en vraie et entiere santé. Et pource que en ceste mortelle et transitoire vie il n'est possible a l'homme posseder plus chier ne plus desiderable tresor que la vraye santé du corps ainsi que dit le sage. Ecclesiastici XXX. Le salut de l'ame (dit il) est meilleur que tout or ne argent. Et le corps sain que le cens et rente mesuree. Il n'est cens ne tresor qui soit sus le cens et richesse de la santé du corps. Il me a esté advis estre chose trés grande et prouffitable composer et faire ung livre contenant la multitude des figures sus certaines ppres couleurs semblables aux herbes, pierres, bestes et autres creatures. Et aussi leurs natures dessus escriptes. Ne aussi n'eusse peu avoir fait chose plus convenable que cest oeuvre, quant aux sains et bien disposez il donne et apporte ung grant soulas. Et aux paciens et malades ne donne pas petite utilité.(f° II, r°, col. b). Certes de parfaire icelluy oeuvre premierement et principalement charité me contraignoit. Laquelle m'a fait avoir compassion et pitié de la povreté et souffreté de ceulx ausquelz la faculté temporelle ne peut administrer pour la necessité de avoir les medicins et apoticaires la pecune defaillant. Certes ceulx cy aidez par la doctrine de cestuy livre : petis despens et mises faictes se pourront donner et conferer remedez preservatifz et medicinemens parfaitz. Et aussi non pas moins m’a esmeu a ceste chose aggreger mais trés grandement aucun noble seigneur : lequel en allant par divers royaulmes et diverses terres : c'est assavoir : Allemaigne : Ytalie, Hystrie, Salvonie, Croatie, Dalmacie, Grece, Corfonie, Moree, Candie, Rhodes, Cyprie, et la terre saincte avec sa cité de Hierusalem. Et de la en allant en la petite Arabie vers la montaigne de Synay. Et de la montaigne de Sinay vers la mer rouge. Alcayr et Babiloyne par Alexandrie jusques en Egypte. A prinse grande experience des souvent dictes herbes, bestes, pierres, et autres choses a la confection des medicines necessaires et incongneues par leur rareté. En escrivant leurs vertus et leurs semblances et similitudes soubz figures convenables et par certaines couleurs a procure faire leur semblance. Toutes lesquelles et chascune d'icelles soubz forme, figure et couleur devez, et par ordre exquis tu trouveras despaintes en ceste presente euvre. Par ces deux choses doncques esmeu a l'ayde de Dieu ceste louable oeuvre ay commencee et parfaicte, par les trés approuvez maistres des medicins. C'est assavoir de Avicenne : Ypocras, Galien, Vincent, Serapion, Plateaire, Plinius, Dyascorides, Pandecta, Jehan Mesue, Paladie, Constantin, Almansore, et moult plusieurs autres non moins expers. Et m'a pleu que il fust appellé le Jardin de Santé. Cestuy livre est divisé en huit traictiez, desquelz ung chascun contient speciale et singuliere matiere. Le premier traicte des herbes et des autres choses qui conqueurent a l'usage de medicine auquel tu trouveras convenables figures des herbes. Le second traicte de la nature et complexion de moult de bestes vivantes sus terre. Le tiers des oyseaulx et de leurs natures. Le quart des poissons et de leurs proprietés et natures. Le .V. des pierres precieuses et de leurs vertus. Le .VI. de la disposicion de l'orine, de sa couleur et signification. Le .VII. contient le registre pour plus facile invention des maladies et leurs (f° II, v°, col. a) remedes. Le .VIII. et derrenier contient la table selon l'ordre de a. b. c. demonstrant toutes les choses contenues en cestuy livre. S'en voise doncques cestuy nostre jardin trés delectable et odorant par tout l'universel monde, et recree tous ceulx qui le desireront. A toy doncques o createur des cieulx et de la terre qui a toutes herbes, bestes, pierres et autres choses en cestuy oeuvre contenues as influvertus curative rends graces immeuses que cestuy tresor abscond et muce jusques a ores, tu m'as donné vertus de produire a lumiere. Honneur soit a toy et gloire es sempiternelz siecles. Amen.

Le premier chapitre. De l'erbe nommee aaron dicte en françois barbe d'aaron : ou petite serpentaire.

Pandecta au premier chapitre. Ceste herbe est appellee en grec aaron. En arabe siricantica. En langue latine : barba aaron ou larus ou serpentaria minor. En françois est nommee barbe d'aaron : ou petite serpentine. La Pandecte mesmes au lieu preallegue. Aaron est une herbe qui a les fueilles semblables a l'herbe appellee dragontea : mais elles sont plus petites et plus planees, et non pas touteffois variables. Elle a la verge et branche de deux palmes (f° II, v°, col. b) de hault et a la couleur purpuree. Sa semence a la couleur jaune : et sa racine est blanche qui a la rondeur d'ung petit oignon qui est en commun langaige appellé eschalote : et en latin bulbus : et si est semblable a la dragontee : c'est l'herbe appellee communement l'herbe du dragon. Ceste herbe aaron se peut manger crue et cuyte : car elle n'est pas gramment amere. Ses fueilles mises dedans le sel se mangeussent. Elle est chaulde et seiche au premier degré de complexion et vertus de dissouldre lascher et etendre. Galien au .II. livre de Cibis vers la fin au chapitre de aaron. Il est mangee une racine semblable a ceste plante etc. Et puis il submet et dit. Il fault premierement depurer et espandre l'eaue ou elle aura esté boullue : et puis aprés la mectre en autre eaue chaulde. Ainsi qu'il est dit es choux et lentilles. Galien mesmes au .VI. livre de simplici farmacia au chapitre aaron ou serpentaria minor. Ceste herbe est procedee de la chaulde substance de la terre. Et pource elle est de vertus exsiccative : touteffois non pas violentement comme est dragontea : mais en eschauffant et deseichant selon ung chascun premier degré. Les racines d'icelle toutefuois sont plus utiles. Paulus au chapitre aaron. Aaron est de complexion chaulde et seiche au premier degré.

Les operations de ceste herbe. Dyascorides au chapitre aaron. La vertus ou operation de ceste herbe est en sa semence, racines et fueilles. Laquelle quant elle est mise et mixtionnee avecques fiente de beuf et mise en emplastres medicine et guerist les podagres. La racine de ceste herbe subtilie et attenurist trés fort les grasses humeurs. Toute l'herbe est trés utile a expeller et degecter l'humeur de la poictrine. Elle a la vertus extensive : c'est a dire dilative, non pas si fort comme a la dragonte. Mais touteffoys elle eschauffe ainsi que fait la dragonte. La racine de ceste herbe aaron cueillie est mise et ordonnee ainsi que sont les racines de la dragonte et de ciclamis. Pandecta. Pour prevocquer et faire venir les fleurs et menstrues aux femmes : soit le jus de ceste herbe mis dedans la nature et membre secret de la femme par le pessaire. C'est a dire par l'instrument par lequel (f° III, r°, col. a) on baille les clistoires, ainsi appellé. Contre les inflations des oreilles : soient prinses les tuberosites de ceste herbe (c'est a dire les superfluités qui croissent entour l'erbe). Et avecques l'herbe soient boullues en vin et huille commune, et y soit adjoustee l'herbe appellee cyminum, c'est cumin en françois. Et de ceste chose soit faicte emplastre et mise dessus la douleur. Contre emorroydes et une autre maladie nommee ficus. Ceste herbe et une autre herbe appellee tapsus barbatus soient cuytes en vin ou eaue : et de ce soit fait sur lesdictes maladies eucatisme : c'est a dire estuvement. Contre froides apostumes. Ceste herbe avecques ses tuberosites ( ce sont superfluités comme est dit dessus) soit broyee avec vieil oingt et toute chaulde soit mise en ung vaisseau de terre, et puis de cecy soit faicte emplastre et mise dessus l'apostume. Contre strophules nouvelles, c'est une maniere de apostumes qui croissent aux petis enfans entour le col. Ceste herbe et une autre herbe nommee squilla, c'est l'oignon de la souris, soient broyees avecques gresse de ours, et de ce soit faicte emplastre et mise dessus la maladie. Pour nectoier le visage et la face et adoulcir et subtilier la peau. Soit faicte pouldre trés deliee et subtile des fueilles et tuberosites de ceste herbe deseichees (c'est a dire les surperfluités qui croissent entour l'erbe). Et soit ceste pouldre confite avecques eaue rose et mise au soleil tant que toute l'eaue soit evaporee et consumee. Puis y soit de rechief mise eaue rose et soit mise au soleil comme devant. Et soit ainsi fait par trois ou quatre fois ou plus. Et de ceste pouldre ainsi faicte toute seule ou confite avec eaue rose soit la face oingte. Et cecy est appellé gerse ou ceruse de la petite serpentaire. Et si se pourroit faire semblablement de la grande serpentaire. Galien au .II. livre de Cibis. De ceste herbe mangee est bon le nourrissement si aucun vouloit expelller et degecter de la poictrine et du poulmon aucune chose des humeurs grosses et visqueuses assemblees et congreguees en iceulx. Galien mesmes De Simplici Farmatia. Les racines de ceste herbe aaron mangees decoupent et incisent par incision attrempee la grossesse des humeurs. Par quoy icelles racines sont ydoines et prouffitables aux excreations. Mais la dragonte est plus ydoine a ceste chose.(f° III, r°, col. b).
 

Le second chapitre. De l'erbe appellee abrotanum   Aurone

Ceste herbe est appellee en grec et en latin abrotanum. En langue arabique est nommee hesum. Et en françois aurone. Plinius au .XXI. livre. Abrotanum est herbe de joyeuse odeur forte et grave. Elle florist en esté : et est sa fleur de couleur d'or, et si croist voluntairement en lieu vague. Mieulx vault estre plantee par sa semence que par ses branches ou racine. Serapion au livre des aggregations au chapitre abrotanum. Ilz sont deux especes de abrotanum. L'une est dicte masle, et l'autre femelle mais la femelle est presque telle que le masle. Touteffois elles different en ceste chose.
Car la femelle a sa plante semblable a ung petit arbre nouveau et tendre et a les fueilles blanches. Et si est plaine de fueilles qui sont dessus les branches et rameaulx d'icelle decouppeez et inciseez de petite inciseure, comme sont les fueilles de fenoil. Et au dessus en sa summité et haultesse a une fleur qui tend a rondeur qui est de couleur d'or apparente en esté. Et a bonne odeur avecques une petite graveté et force de amere saveur. Le masle a les rameaulx et branches aucun pou ligneuses, subtiles (f° III, v°, col. a) et tenues : et a la semence petite comme celle de absinthium, c'est aluyne.Dyascorides au chapitre de abrotano. Abrotanum que plusieurs dient Eracleam, ou gliciaconon, et si est femelle, a ses branches et verges avecques fueilles blanches, menues et divisees : ainsi comme a l'erbe nommee eritius. Et entour les fueilles a fleurs de couleur d'or qui naissent en esté. Et a son odeur avecques aucune force et graveté. Et si a le goust trés amer celluy abrotanum qui croist en Sicile est itel. Galien au .VI. livre de simple medicine au premier chapitre. Abrotanum. De icelluy est masle et femelle, et est sa substance terrestre laquelle la chaleur a subtiliee. La saveur d'icelluy est amere et en luy est ung pou de condensite et aspreté. Il est chault au .III. degré, et sec au second. Et si est plus chault que n'est absinthium, et moins stiptique ou aspre, et si a aucune salsitude par quoy il est cacostomatique. C'est a dire faisant mal a l'estomach. Mais absinthium est eustomatique, qui est a dire, faisant bien a l'estomach. Et principalement elle est pontique, c'est a dire picquante ou poignante. Avicenne au .II. livre au chapitre de abrotano. Abrotanum est chault et sec au second degré. Il est subtil et amer, et en luy sont terreite et subtiliation. Plateaire. Abrotanum est chault au premier degré et sec au second. Il est subtil, amer, et aduste, c'est a dire vrent ou bruslant.

Les operations de ceste herbe abrotanum.

Pandecta au .X. chapitre. Se on fait cendres de abrotanum, et de ces cendres on fait lexive de laquelle soit la teste lavee, elle guerist et garde de la maladie de alopicie, c'est de la cheuste des cheveulx de la teste. Ceste mesmes chose fait l'erbe quant elle est boullue en lexive clere et de la lexive la teste est lavee. La semence de ceste herbe boullue en eaue et l'eaue beue guerist de la maladie appellee asma. C'est quant une personne a son alayne courte ou la traict a paine. Et si oste et guerist l'estrainture et empeschement de la poictrine. La fumee et fumigation faicte de ceste herbe abrotanum fait fouyr les serpens hors de leurs clostures et lieux par son odeur. Et vault et est medicinable le jus d'icelle beu contre le venin desdis serpens et reptiles (f° III, v°, col. b). Le eucatisme (c'est a dire l'estuvement) fait de l'eaue ou ceste herbe aura esté boullue et cuyte, provocque et fait decourir les fleurs et menstrues aux femmes. Ceste herbe broyee avecques vieille huylle, et de ce la poictrine oingte du patient guerist des froidures siptiques des fievres. Galien au livre devant dit. Les fueilles et fleurs de abrotanum apparoissent estre mundificatives des playes et maturatives. Et combien qu’elles soient occupees selon leurs periodes, touteffoys si elles sont oingtes du jus d'icelles fueilles et fleurs devant l'invasion : elles se endurciront moins. Que ceste herbe tue et occie les vers : il est convenable : car elle est amere. Quant ceste herbe est cuyte et boullue avecques malum citonium ou du pain, et de cela fait emplastre et mis sus les yeulx : ce guerist leurs inflations et enfleures. Ceste herbe crue ou cuyte est bonne et vallable contre pustules et vessies : et leur donne guerison. Quant elle est arse et mise en cendre elle est de vertus chaulde et seiche, et plus que n'est la curcubite, c'est l'erbe que nous appellons en langaige françoys courge quant elle est deseichee et arse. Ceste mesmes herbe est convenable aux apostumes et ulceres humides qui sont sans inflammation. Et mesmement est prouffitable a ceulx qui ont mal au membre virile : appellé en latin prepucium.
Elle est aussi medicinable a ceulx qui sont malades de la maladie dicte alopicie. C'est cheute de cheveulx de la teste : ou de la barbe ou sourcilz des yeulx, ou ailleurs la ou le poil est.
Alopicie aussi est prinse pour ceulx qui ont le loup aux jambes. A ces maladies quant elle est joincte et mixtionnee avecques vieille huille de anet ou de sisamine est moult prouffitable. Ceste herbe abrotanum est composee de subtiles parties, et est chaulde et mordificative.
Avicenne. Abrotanum bruslé et mis en pouldre est prouffitable a alopicie : et proprement quant il est mixtionné et mis avecques huylle de alkerua, ou huylle de raphane. Et si vault a faire croistre et venir la barbe qui est de tardive venue et naissance quant ladicte herbe est cuyte avecques aucunes huylles. Et ce est pour son apercion et ouverture, car elle ouvre les partuis ditz pores. Elle arreste et restraint le sang des gencives. Et amolist et mect hors du corps les apostumes fleumatiques. Diascorides.( f° IV, r°, col. a). La semence de abrotanum cuyte et boullue en eaue, ou toute crue myse dedans eaue, quant elle est donnee en potage avecques bethoine guerist des conquassations et rouptures dedans le corps. Aussi est medicinable aux malades et patiens des maladies qui s'ensuyvent. C'est assavoir. Ortonicie : c'est asmaticie quant la personne ne peut avoir son alayne, ou qu'elle la trait a grant paine et travail. De pleuresie, c'est mal de costé avecques fievre ague. De paralisie, qui est quant ung membre ou plusieurs de la personne deviennent telz que on ne s'en peut aider. Et quant il advient a la langue on ne peut parler. Et aussi est ung singulier secours et aide a ceulx qui ont goute es hanches qui est une maladie appellee sciasis. Aussi est prouffitable contre dissurie, c'est quant la personne ne peut uriner ou pisser. Serapion. La semence de abrotanum amollist et dissoult le ventre, et si degecte et expelle les vers et les ascarides. Et dissoult aussi les superfluités fleumatiques des rains. En ces pays et parties n'avons point de ceste semence.

Le tiers chapitre. De absinthium : dicte aluyne.

(f° IV, r°, col. b).
Ceste herbe appellee en françoys aluyne, est nommee en latin et en grec absinthium. Et en arabic : saricon. Ce nom absinthium est nom grec. Et est ceste herbe ainsi appellee pource que en une ysle qui est en Grece que on appelle Pontum le vray et le plus probable absinthium y croist par quoy il est appellé pontique. Platearius au livre de simple medicine. Ilz sont deux manieres de absinthium. L'ung est trouvé en l'ysle nommee Pontum au pays de Grece : par quoy est appellé pontique. Du est ainsi appellé pource qu'il a saveur pontique : c'est a dire poignante. Cestuy absinthium a couleur verte et a saveur amere : et est de moindre effect et bonté que n'est l'autre. L'autre est nommé absinthium rom nain. Et est meilleur que celluy de Grece : pource que il croist plus loing de l'odeur de la mer et en terres liberales. Cestuy cy a les fueilles blanches, subtilles et plaines. On le doit cueillir en la fin de ver, c'est du printemps. Et doit estre seiché en l'ombre, et peut estre gardé tout ung an en bonté. Ceste herbe absinthium a deux vertus contraires, car elle a vertu constrictive, c'est a dire restraintive, par la grosseur de sa substance et de sa ponticité. Et si a vertu laxative venant de sa chaleur et amertume. Galien en l'epistre qu'il envoya a Gluton. Absinthium (dit il) a vertus contraires : une laxative, et l'autre stiptique : c'est a dire restraintive. Et pource on ne le doit point bailler se la matiere n'est digeree affni qu'il la dissolve par sa chaleur. Et par sa ponticité l'espraigne et evacue. Car se il est donné avant que la matiere de la maladie ne soit bien digeree : il endurcist la matiere et la garde comme inobediente de s'en fuyr et evacuer. Et fait aussi comme une guerre et bataille. Car la vertus laxative esmeut la matiere affin que elle ysse hors avec l'evacuation. Et la vertus stiptique endurcist la matiere et garde qu'elle ne se esmeuve : par quoy nature y a travail et y labeure. Mais quant la matiere de la maladie est bien digeree : et adonc il est baillé : il rend celle matiere obeyssante et facile a yssir par deux manieres. L'une est : car la vertus laxative d'icelluy dissoult la matiere. L'autre est : car sa ponticité contraignante ayde a expeller et gecter hors la matiere de la maladie qui est es concavités ( f° IV, v°, col. a) des membres. Ypocras en une certaine epistre. Absinthium est moyennement chault. Le jus d'icelluy mis dedans du vin et beu purge treffort par l'urine les humeurs coleriques par quoy il ne ayde en riens quant la fleugme est au ventre. Il a vertus stiptique et est la vertus qui est en luy amere. Constantin au livre des degrés. Absinthium est chault au premier degré et sec au second. Item dit au livre de la nature des choses. Il est ung genre et maniere de absinthium qui est vert et est trés fort amer. L'autre maniere est tyrant sus le blanc : et n'est pas cestuy tant amer. Il est dit avoir qualités contraires. C'est assavoir constrictive par la grosseur de sa substance. Et laxative par son amertume et chaleur. Avicenne. Absinthium est une herbe semblable aux fueilles de l'erbe nommee origane. Et est chault au premier degré et sec au second. Le jus d'icelluy est encores plus sec : c'est assavoir au tiers degré. L'erbe est amere, stiptique, aperitive, et ague. Plinius au XXVII livre. Ils sont plusieurs especes et genres de absinthium. L'ung est nommé santomicum. Ainsi dit a cause d'une cité de Galle ainsi appelee. L'autre est appellé ponticum : pour une ylle qui est en grece appellee Ponti, en laquelle les bestes se engraissent de ceste herbe : et pour ceste cause lesdictes bestes n'ont point de fiel. L'autre est meilleur et plus valable que cestuy cy : et est moult plus amer que celluy d'Ytalie. Mais la moille du Pontique est doulce. L'erbe est trés facile et entre pou d'autres trés utile.

Les operations de ceste herbe absinthium dicte aluyne.

Plinius au XXVII livre devant dit. Absinthium reconforte l'estomach. Et pour ceste cause on le mect dedans les vins affin qu'ilz ayent sa saveur. Il garde et empesche du vomissement appellé nausea qui vient a cause de la santeur et amaritude de la mer quant il est beu avant que entrer sur mer. Le jus de absinthium garde et preserve par moult de ans les boys et les livres qui en sont oings et frotés des vers et souris, et ne les rongent point. Il vault aussi moult a la digestion et a reconforter l'estomach. Quant il est cuyt avecques huille et en on oingt le corps, ce preserve (f° IV, v°, col.b) de la morsure et moleste des puces.
Ceste herbe absinthium quant elle est beue est trés bon et utile remede contre la parole perdue. Et pource elle est herbe moult prouffitable a la santé et salut du corps humain et est trés amere. Avicenne. Absinthium preserve les draps des taignes et de la corruption des vers. Absinthium garde les livres d'estre endommagés et les rend seurs et indamnes des souris et des taignes. Contre les vers soit donné le jus de ceste herbe absinthium avecques pouldre de bethoine, ou centaure ou persicaire. Du soit donné avecques le jus de nucleorum persicorum ou leur fueille.
Jehan Mesue au chapitre de absinthium : absinthium oste et degecte la colere de l'estomach et des entrailles et du foye. Et se extend son operation jusques es vaines et les purge et mundifie de l'umeur colerique et aquatique : et la conduit et maine par les voyes de l'urine. Absinthium aussi preserve de pourriture et putrefaction. Et mesmement quant on boyt tous les jours du vin ou il aura esté cuyt et sa decoction faicte, environ une once ou deux : ou de l'eaue de la sublimation, c'est de sa distilation. L'uylle faicte de absinthium oste et guerist la douleur des oreilles et le son et tintement d'icelles, et si en oste la surdité. La bouche lavee de vin aigre ou decoction de ladicte herbe aura esté faicte avecques l'escorce de l'erbe appellee citrum sera nectoyee et purgee de puantise. Absinthium conforte l'estomach et le foye et si excite l'appetit et le donne quant il est perdu. Absinthium ouvre et destouppe les opilations : et si cure et guerist les maladies venantes de opilations. Il occist et tue les vers au ventre et les fait yssir. Principalement en faisant ung tel emplastre. Prenez de absinthium II dragmes, de euforbium I dragme : de la corne de cerf bruslee demye once et du miel tant qu'il suffist et soit mise sus le ventre. Absinthium donne ung grant alegement aux fievres qui tiennent de longtemps. Et aussi aux fievres causees de opilations. La maniere de l'operation du jus d'icelle est telle. Expreignez du jus de absinthium telle quantité que vous vouldres. Et que ce soit proprement en la moitié du temps de ver qui est dit printemps. Et puis le purifiez ainsi que on scet. Puis le faictes seicher au soleil ou en cendre chaulde en ung vaisseau de voirre en la maniere (f° V, r°, col. a) comme on deseiche aloes et puis le garde a ton usage. L'eaue de la sublimation se fait par distilation ainsi comme l'eaue de roses et autres semblables qui se font en vaisseaulx de sublimation et distillation.

Le IV chapitre : De accatia, c'est jus de prunelles

 

Accatia est nom grec et latin. Mais en langue arabicque il est nommé altarti. Pource que on n'a pas en ces pays et quartiers de la dicte accatie on le fait de jus de prunelles saulvages et est fait en ceste maniere. On cueille les prunelles saulvages avant qu'elles soient meures et en extrait on le jus : et puis on le seiche au soleil. Ce jus ainsi seiché est appellé accatia. On le peut garder ung an entier. Avicenne au II livre au chapitre de accatia dit que c'est le jus de altarti. Altarti est nom arabique comme devant est dit. Mais (dit il) pource que nous n'avons pas de ce altarti : nous le faisons de jus de prunelles saulvages. Selon aucuns accatia est le jus de prunelles non meures lesquelles sont appellees en latin acrinee. Mais (f° V, r°, col. b) cela est faulx. Car ainsi que dit Serapion au livre des aggregations. Accatia est faicte du fruict d'ung arbre spineux dont procede de gomme arabicque lequel est appellé aingailem. Dyascorides au chapitre de accatia.
Accatia est le fruict d'ung arbre spineux, lequel croist grandement en Egypte. Cestuy fruict est pressé et estraint ainsi comme on fait les olives et le jus en est deseiché au soleil. Celle accatia doncques est la meilleur qui est legiere et tirant sus le roux et est de odeur souef, et au goust est fort stiptique et poignante. Ceste cy est pressee et faicte de fruict non meur.
Et celle qui est noire est faicte de fruict meur. Toute accatie estraint et deseiche grandement et si refroidist habundamment. Elle est froide au second degré et seiche au tiers.
Galien au VI livre des simples medicines au chapitre de accatia. La fueille de accatie est aigre. Le fruict et le jus d'icelle lavé est plus debile et de moindre effect, et est moins mordificatif et aspre, car en la laveure il pert et laisse aucune aigreur. Si aucun membre sain est oingt et froté de ceste chose : incontinent il demonstre estre plus sec et plus aride. Jamais accatie ne porte sentement de chaleur. Elle a froideur, mais non pas fort vehentement. Et pour ce doncques c'est chose manifeste que elle est medicine froide et terrestre. Aussi bien quant on adjousteroit avecques elle aucune substance aquatique. Elle sera certes cuidee n'estre pas de parties subtiles, mais avoir des subtiles parties aucunes parties disperses la chaleur en la laveure laissee et perie. Soit doncques mise aprés qu'elle aura esté lavee, au tiers degré des choses deseichantes et au second degré des refroidissantes.

Les operations de Accatia :

Diascorides. Accatia destaint le feu que on appelle feu sacré ou saint. Elle guerist les permones : et aussi oste la pterigie et chacie des yeulx. Elle prouffite moult contre les playes et enfleures des yeulx. Elle restraint et estanche le flux des fleurs aux femmes. Et subvient et est prouffitable a ceulx qui sont sterices et ont celle maladie. C'est quant on seuffre douleur en la petite peau et pellicule en laquelle l'enfant demeure et est enveloppé (f° V, v°, col. a) au ventre de la mere. Elle estanche le flux du ventre quant elle est beue ou mise par dessoubz sus le fondement. Elle noircist les cheveulx et les fait venir de bonne couleur. Et quant elle est lavee ainsi comme on lave la cathimie c'est la tuthie elle est prouffitable a estre meslee et mixtionnee aux contections des yeulx. Aussi le jus d'icelle soit meslé aux collires c'est a dire aux medicines qui sont en substance cleres. Humay au livre de tiriaca. Accatia son terme est que elle est de trefforte stipticité, c'est de trefforte aspreté.

Le V chapitre De l'erbe nommee acetosa dicte ozeille.

Ceste herbe que nous appellons en françois ozeille : est appellee en latin acetosa. En grec opilapatium. Et en langue arabique humad. Il est assavoir que selon Avicenne au II livre au chapitre propre de acetosa. Et aussi selon Diascorides au chapitre propre. Et selon Serapion au chapitre propre. Acetosa vault autant a dire comme lappacium, c'est chardon ou herbe qui est chardonneuse, mais ce nom icy acetosa est convenable a ceste espece de chardons appellez lappacez : pour (f° V, v°, col. b) ce que elle a saveur de aigreur. Laquelle herbe est dicte avoir esté trouvee de Avicenne quant il dit. En l'acetose champestre et silvestre n'est point trouvé comme ilz dient de acetosite ne aigreur. Comme s'il disoit : je l'ay bien congneu. Avicenne au II livre au chapitre de acetosa appelle ceste herbe ozeille lappacium acutum. C'est chardon agu, en disant ainsi. Acetose, l'une est domestique, et l'autre est champestre et silvestre. La domestique acetose est le vray lappacium domestic auquel est aigreur car l'acetose ou lappacium champestre et silvestre n'est point aigre. Et pource dit Avicenne que il n'y a point de aigreur en l'acetose champestre comme ilz dient, mais en aucune d'icelles est aigreur, c'est en la domestique. Et dit aussi Avicenne que l'acetose ou lappacium champestre est plus forte en toutes chose et plus ague que n'est la domestique. Dyascorides dit qu'ilz sont quatre manieres et especes de lappacium ou acetoses. Desquelles en est une que on appelle oxilapatium, c'est a dire lappacium aigre. Et cestuy lappacium est l'acetose que nous disons ozeille. Dyascorides au chapitre de acetosa. Deux manieres sont de acetose. L'une est grant. Et l'autre plus petite. La plus grande est appellee oxilapacium. La plus petite a les fueilles menues et la branche et le tronc petit plain de semences. Elles conviennent et se resemblent en vertus, mais la plus grant fait son operation et oeuvre plus parfaictement et vigoreusement. Ces paroles et choses dictes tu trouveras aussi es aggregations de Nicaise. Mais il est assavoir que la plus grande acetose est celle que les modernes et nouveaulx appellent acetoselle. Pandecta au chapitre de acetosa. Acetose est froide et seiche au second degré. Et sa semence est froide au premier degré et seiche au second.

 Les operations de ceste herbe Acetose.

Avicenne. La racine de ceste herbe acetose avecques vin aigre est prouffitable et vault aux roignes et gratelles, et mesmement contre roigne apostumee. Et est aussi valable a l'escorcheure et excoriation de l'ongle. Et quant elle est cuite avecques vin : l'emplastre faicte d'icelle est convenable et prouffite aux (f° VI, r°, col. a) maladies nommees albaras et impetigini.
Ce sont maladies telles. C'est assavoir albaras c'est a dire morfee blanche ou trop grant albification de corps. Et impetigo c'est roigne et une maniere de gratelle seche qui est dure et de forme ronde. Contre scrofules, ce sont maladies et apostumes qui viennent au col et mesmement aux jeunes enfans : soit faicte emplastre de acetose et mise dessus. Et dit on que se la racine de l'acetose est pendue au col de celluy qui a les scrofules : il est secouru et aydé par icelle. La decoction de la dicte racine avecques eaue chaulde est prouffitable au demengeuement de la chair quant on en est lavé. Et semblablement l'erbe mesmes mise dedans le baing chault y est trés utile et prouffitable. Quant la bouche est lavee du jus de ceste herbe acetose avecques vin : ce prouffite a la bouche et la nectoye et purge de immundicités et ordures. Et aussi est proufitable aux apostumes qui sont soubz les oreilles. Elle est utile et et et convenable quant elle est mise avecques du vin contre la noire yctericie, c'est a dire contre noire jaunisse. Elle empeche le vomissement qui se fait sur mer a cause de la senteur de la mer : lequel vomissement est appellé nausea maris. Et est mangee pour avoir appetit et pour purger et nectoyer les ordures de la bouche et du gosier. Elle et sa semence estraingnent. Et poprement celle qui est la plus grant. Serapion et Diascorides. Les fueilles des acetoses quant elles sont mangees elles estraingnent le ventre.
Et si a la semence de l'acetose une manifeste stipticité, c'est a dire aguité et aspreté. La semence d'icelle beue avecques vin et eaue et semblablement sa fleur sont prouffitables aux plays et ulceres des entrailles et au flus antique. Et aussi contre la picqueure et morsure de le scorpion.

Le VI chapitre De l'erbe appellee acorus    Glay

Acorus est appellé en françois glay. Et croist es eaues et aussi es montaignes et en hault pays et est appellee d'aucuns venerea ou affrodisia. Ysidore au VII livre des Ethimologies dit, que ceste hebe nommee Acorus est une (f° VI, r°, col. b)   herbe qui a les fueilles semblables a l'erbe appellee yris. Et sont ses racines de odeur trés aigre, mais l'odeur en est joyeux, par quoy elle est aromatique. Diascorides. Acorus : c'est venerea ou affrodisia, est une herbe qui a les fueilles semblables aux fueilles de l'erbe yris. Et sont lesdictes fueilles larges et longuettes tirans sus le blanc. Et sont au bout et en leur summité sont espesses et agues quasi comme ung cousteau : elle a la fleur de couleur d'or. La racine dissemblable, torse, geniculeuse et nodeuse declinans a rougeur  par embas. Elle a le goust aigre et est aucunement odorante. Et est sa semence plaine, espesse et entiere et de odeur souef. Avicenne au second canon. Acorus est la racine d'une plante sus laquelle sont aucuns neuz declinans a blancheur.
En laquelle est une odeur horrible et est bien peu de bonne odeur. Elle est chaulde et ague. Galien dit que en medicine n'est seulement mise ne administree que sa racine. Sa vertus est prouchaine a la vertus de l'erbe nommee aristologia, et d'une autre herbe appellee yreos. Celluy accorus qui est le plus espes est le meilleur, et si est plus ferme et plus doulx et aussi de meilliur odeur. Il est de sa nature chault et sec au commencement du second degré et jusques au millieu. La Pandecte. Acorus (f° VI, v°, col. a) est chault et sec au second degré. Lequel acorus semblablement est appellé gladiolus. Et ne croist pas tant seulement es lieux aquatiques et es eaues, mais aussi es lieux secz et marins. Il est une autre espece d'erbe dicte gladiolus ainsi que on trouvera en lisant le chapitre de gladiolus en la lettre G.

Les operations de acorus appellé glay en françois.

Contre le mal et vice de la rate et du foye soit prinse une livre de acorus ung pou broyé et par trois jours soit mis et mollifié en vin aigre. Puis aprés soit boulu et cuyt jusques a la consummation de la moitié du vin aigre. Et puis soit coulé et en la couleure soit adjousté du miel. Et de rechief celle couleure avecques ledit miel soit cuyte jusques a la consummation du vin aigre. Cecy est appellé oximel. De cestuy oximel tous les jours au matin soit donné au pacient et malade avecques la decoction de acorus. Pour ceste chose mesmes. Prenez demye livre du jus de l'erbe appellee ache en latin apium : et de la pouldre d'icelle demye unce : demye livre de vin aigre. De huylle commune une dragme : de une gomme nommee serapin deux dragmes de la pouldre de armoniac deux dragmes. Toutes ces choses ensemble meslees laissez reposer une nuyt. Et au matin faictes les cuire et boullir jusques a la consumation et consumption de la moitié. Puis aprés en ce qui est demouré mectez de la pouldre de acorus. Et de cestuy oingnement en le mollifiant entre voz mains oingnez et frotez la rate et le foye. Et si vous voulez faire de la chose dessus dicte ung cirot : adjoustez a la cuisson et decoction devant dicte de la cire. Puis de ce cyrot oingnez les parties dessus dictes. Le vin aussi de la decoction, c'est a dire la ou elle aura esté cuyte est prouffitable et moult vault a ceste mesmes chose et maladie. Mais il ne le fault pas bailler a celluy qui aura fievre. Contre la maladie appellee yctericie, c'est jaunisse. La racine de acorus soit cuite en eaue, et puys soit coulee et en la couleure soient cuites ciches rouges, c'est une maniere de potage qui se nomme en latin cicer. Et puis le jus de ce soit donné au pacient. Ceste chose est ung souverain remede se le pacient est sans (f° VI, v°, col. b) fievre. A ceste mesme chose est prouffitable le baing ou aura esté cuyt cestuy acorus. On dit que se une personne a sus soy du acorus appellé glay en françois jamais ne peut encourir ne avoir flux de sang ou spasme qui est une maladie et passion qui fait les nerfz contraitz par violence. Galien. Acorus provocque les urines et prouffite contre les apostumes de la rate et si en nectoye et subtilie la grossesse. Le jus d'icellui est meilleur que n'est l'escorce. Dyascorides. Le jus de la racine de acorus conforte merveilleusement la clarté des yeulx. Laquelle racine est de trop grande vertus de chaleur et seicheresse. Et le jus d'icelluy beu ayde et est secourable a ceulx qui ont apostumes et douleurs en la rate. Et a ceulx qui ont perdu la memoire par trop boire vin. Et si esmeut l'urine. L'eaue en laquelle elle aura esté cuite est diuretique. C'est a dire, qu'elle destoupe les conduis de l'urine et en oste les grosses humeurs. Elle est aussi utile a ceulx qui sont malades de pleuresie, qui est une douleur de costé avecques fievre ague. Et si est aussi prouffitable contre les passions et maladies de la poictrine et du foye. Elle est plus utile a ceulx qui ont douleur en la rate, et a ceulx qui ont strangurie qui font leur urine avecques douleur. Et si est vigoureuse et prouffitable contre la morsure du serpent. Ceste herbe est prouffitable et utile pour les menstrues et fleurs des femmes quant la femme est assise sur l'erbe cuite et y est estuvee par embas. Elle est aussi bonne a estre mise et meslee es antidotes et triacles. La racine de cestuy acorus cuite en eaue jusques a la consumation de la tierce partie de l'eaue. Et puis ceste decoction beue par trois jours oste la dureté de l'urine et fait uriner merveilleusement. Et si guerist la douleur qui vient a cause de non povoir uriner qui est appellee strangurie. Affin que les mouches qui font le miel ne se estrangent et ne s'en fuyent point de leurs vaisseaulx. Prenez ceste herbe acorus et la liez et pendez dedans leurs vaisseaulx : elles ne s'en fuyront point, ne ne seront du vent  transportees, mais multiplieront en leurs ditz vaisseaulx et y viendront les autres estranges. Ceste herbe est bien pou touvee : ne nul ne la peut scavoir ne congnoistre si non quant elle flourist et gette ses fleurs. Elle croist en lieux cultivés et labourés. Et se doit prendre (f° VII, r° , col. a) et cueillir au moys d'aoust. Car a paine peut elle estre trouvee sans fleur et par la fleur elle est congneue.

Le VII. Chapitre De l'erbe appellee affodillus.

Ysidore au .XVII. Livre des Ethimologies dit ainsi. Affodillus est une herbe que les latins appellent par sa chaleur albutium. Dyascorides. Affodillus est une herbe congneue de tous : laquelle est nommee de plusieurs albutiul. Elle a les fueilles semblables aux fueilles de porreaulx et est sa verge doulce et souefue sur laquelle elle a une semence noire. Ses racines sont longuettes et rondes semblables a ung glan. Esquelles racines est vertus chaulde et aigre.

Les operations de ceste herbe affodillus.

Ceste herbe affodillus provocque l'urine et fait pisser. Et si par force et fait decovrir les menstrues et fleurs aux femmes. Elle oste la douleur du couste provenante de conquassations et rouptures. Elle guerist et cure ceulx (f° VII, r°, col.b) qui ont la toux quant elle est beue avecques eaue tiede jusques a la quantité d'une once. Elle fait estre joieux. Et si est medicinable contre les morsures de bestes venimeuses quant ses fueilles et sa racine sont mises en emplastre et mise sur la morsure. Semblablement les fleurs d'icelle boullues avecques vin curent et guerissent les playes ordes et pourries quant elles en sont souilent abluees et lavees. Elle guerist l'enfleure des genitoires et des mammelles quant elle est mise dessus. Et si guerist et estraint les pustules et vessies et aussi les ordioles qui viennent au poil des paulpieres des yeulx qui sont semblables a grains d'orge quant elle est cuite avecques lye de vin, mierte, et saffren et vin et miel tout meslé et boullu ensemble et de cecy faicte emplastre et mise dessus. Elle donne grant effect et reconfort aux yeulx. Et si guerist et nectoye les douleurs et pourritures des oreilles quant elle est mise et boullue avecques vin et encens et miel et mise dessus. Le jus de ceste herbe mis tiede dedans l'oreille oste la douleur des dens, mais si la dent qui fait mal est du costé dextre il fault mettre le jus en l'oreille senestre. La cendre faicte de la racine de affodille amende et guerist de alopicie et garde de cheoir les cheveulx quant on fait d'icelle cendre lexive et on s'en lave la teste. La racine d'icelle concavee et avecques huille mise dedans et eschauffee est ung singulier ayde et deffense contre les permones ce sont maladies et enfleures qui viennent aux extremités des piedz a cause de froit et sont vermeilles comme roses : et aussi vault contre les douleurs des oreilles. Ceste racine oste les macules blanches qui sont faictes sur la peau au soleil. Ceste racine beue avecques eaue molifie le ventre. La semence d'icelle et sa fleur sont contrires aux serpens quant elles sont beuez avecques vin.

Le VIII. Chapitre De l'herbe nommee agaricus.

Ceste herbe est en grec et en latin appellee agaricus. En arabic est dicte garicus. En françois agaric. Dyascorides. Agaricus est une racine semblable a ung champignon : ou c'est une croissance qui croist entour les racines (f° VII, v°, col. a) d'ung arbre en maniere de champignon. Et par especial croist en Babiloine ou Lombardie. Et en sont de deux manieres et especes, c'est assavoir le masle et la femelle. Mais la femelle est la meilleur. Et a la forme et figure ronde. Elle est deseichee et en deseichant elle devient trés blanche. Le masle a la figure longue et n'est pas si blanche. La femelle est blanche, legiere et frangible et est creuse dedans, et a aucunes tuberosites et petites pieces divisees ainsi comme pores. Plinius au XVI. Livre. Les arbres qui portent glan qui sont presque comme ceulx de Galles portent le agaric. C'est une maniere de champignon blanc, resplendissant et odorant, vigoureux et convenable es antidotes et medicines. Il croist au summet et haultesse des arbres et reluit de nuyt. Et par ce signe on le prent et couppe on de nuyt en tenebres. Plinius mesmes au XXV. livre. Agaric croist es arbres ainsi comme ung champignon environ le lieu ou les beufz conviennent et vont en pasture, et est de couleur blanche. Celluy agaric qui croist en Galle est le moins ferme. Le masle est le plus espes et le plus grant et fait douleur a la teste. La femelle est le plus soluble. Et a au commencement le goust doulx. Mais aprees il vient en amertume. Serapion au livre des aggregations au chapitre garicus (f° VII, v°, col. b) par l'auctorité de Diascorides dit. Agaric est semblable a la racine  de l'erbe nommee anniden, mais agaric n'est pas si dur que est la racine et est plus spongieux. Et cuident aucuns que ce soit la racine d'une herbe. Aucuns dient que agaric est engendré de la pourriture des arbres ainsi comme ung champignon. Et en est trouvé sus les arbres de Serbin, mais il est de facile frangibilité et fort debile. Et est racine spongieuse et de mole substance. Ilz en sont deux manieres et especes. C'est assavoir masle et femelle. Mais la femelle a en soy de degré en degré ainsi comme tuniques. Et le masle n'en a point, mais est toute sa substance continue. Et si est la femelle plus grande. Galien au .VII. Livre des simples medicines au chapitre de agaric. Agaric est ainsi comme une racine. Du est une plante qui naist dessus aucuns arbres, et est en sa composition de substance subtile. Sa substance est composee de la substance de l'air, laquelle la chaleur a subtiliee, et n'est totalement aucune chose en luy de aquosité. En sa saveur au commencement quant elle vient au goust est aucune doulceur, mais puis aprés il est amer. Et si apparoist en luy aucun pou d'acuité avecques aspreté. Sa vertus est chaulde et seiche, de tous lesquelz est ung ferment et medicament composé de la substance aeree et terrestre subtiliee par chaleur : et n'y est point participante la substance aqueuse. Et pource il est diaforetique selon sa vertus et incisif de grossesse. C'est a dire, il espart les humeurs et vapeurs insensibles et les appetice tellement que elles s'en vont ou invisiblement ou par sueur deliee. Et par la subtilité aussi perse et devise en plusieurs parties les grosses humeurs : et ainsi est dit diaforetique et incisif. De rechief. Agaric est comme une racine semblable a l'erbe nommee silphio, mais elle ne est pas si dure. Duquel agaric sont deux genres : masle et femelle. Le masle est rond, en soy congregé et amassé, et si est le plus grant. La femelle est semblable a ung peigne, duquel on espart les cheveulx. Il gette rays et resplandeur, et est de couleur clere et blanche. De ces deux, c'est assavoir masle et femelle le goust en est tout ung. Il est doulx au commencement et pui aprés il vient a amertume et est amer. Il croist en Arabie et en Samarie, et en Grece en une ylle nommee Pontum. Et cestuy est le meilleur (f° VIII, r°, col. a ) de tous. Sa vertus est chaulde et stiptique, et diaforetique. Jehan Mesue au chapitre de agaric. Agaric est de grant secours et ayde entre toutes medecines. Duquel la croissance est auprés des arbres esquels advient corrosion et pourriture. Et sa generation est comme la generation des champignons. Pour laquelle chose aucuns ont cuide et extime que c'est ung champignon. Et aussi il le semble estre. Et ont aucuns dit que il est engendré de putrefaction comme sont apostumes. Ilz sont deux manieres et façons de agaric. L'ung masle et l'autre femelle. Le masle est mauvais et est celluy qui est long et grave. Et en a ses fractions et rouptures ainsi comme productions de nerfz. Et est dur et espes. Le agaric que les saiges anciens ont loué et prise est la femelle lequel a cinq bonnes proprietés. Et proprement que il soit blanc et legier, fort mobile, frangible et poroseux, et trés grandement rare. Et que son goust apparoisse doulx au commencement. Et puis aprés s'en ensuyve amertume et aspreté. La meilleur partie de tout son corps c'est la plus haulte. Et n'est pas bon le tronc ne le pied d'icelluy. Il est chault au premier degré et sec au second.

Les operations de agaric.
 La Pandecte au .XXII. Chapitre. Pour provocquer les menstrues et fleurs aux femmes. Pren de la pouldre trés subtile et bien deliee de agaric et la confis avec le jus de l'erbe nommee ciclamen et de huille. Puis soit chauffee au feu et metz dedans du couton et l'oings trés bien de ceste chose et puis le metz par embas sur la nature de la femme. Contre fistule. Prenez sel commun bruslé, tartre et agaric autant de ung que d'autre et de ce soit faicte pouldre trés subtile et deliee, et puis soit confite avec miel, et de ceste chose oingnez une tente et la mettez dedans la fistule. Ce attirera les os froissez, et corosera et mangera la maulvaise chair, et si guerira la fistule. Contre morfee blanche. Morfee est une maladie ou le corps en aucune partie a perdu sa couleur naturelle et est ladicte partie du corps coulouree de estrange couleur. Et y a deux manieres de morfee. L'une est blanche et l'autre est noire. Doncques contre morfee blanche. Prenez sel commun bruslé et agaric et tartre autant de ung que d'autre, et en soit fait pouldre, et de ceste pouldre mettez sur la morfee et frotez fort, mais premierement (f° VIII, r°, col. b) il fault que scarification y soit faicte. C'est a dire que elle soit gercee. Dyascorides. Le agaric est moult utile a ceulx qui cheent de hault quant il leur en est donné a boire environ le poix de deux mailles avecques vin, mais qu'ilz n'ayent point de fievre. Et s'ilz ont fievre leur soit donné avecques eaue chaulde. A ceulx qui seuffre douleur et maladie du foye appellez epatiques. Et a ceulx qui ne peuent avoir leur alaine ditz asmatiques. Aussi a ceulx qui ne peuent pisser ne faire leur urine que on dit dissuriques. Aux nefretiques, c'est qui ont et seuffrent grant douleur aux rains. Et aux ycteriques, ce sont ceulx qui ont jaunisse : le agaric leur fait ung trés grant effect et ayde. Quant on prent d'icelluy agaric une dragme il amende et oste la maulvaise couleur. Il medicine et guerist de la maladie appellee ptisique. C'est une maladie qui tient au poulmon, quant aucun a le poulmon entamé et crache ordure seiche. Il ayde aussi et donne secours aux splenetiques. C'est a ceulx qui ont douleur en la rate, quant il est prins avec oximel, c'est une mixtion de vin aigre et miel ainsi nommee. Le agaric quant il est mangé estanche le sang en ceulx qui font sang et le rejectent. Il fait bonne digestion. Si on en prent le poix de une maille et le boire avec eaue il oste la douleur de la goute artetique. Et quant le agaric est mis en une mixtion faicte de vin et d'eaue plus d'eaue que de vin nommee en latin pustula, et on le donne a ceulx qui ont douleur de teste appellee epilencie : ce leur est trés utile et les guerist. Et cure toutes les causes des douleurs et maladies qui sont dedans le corps quant il est donné selon la vertus ou la age de la personne. Car d'aucuns le fault bailler avecques eaue. Aux autres avecques vin. Aux autres avecques une mixtion faicte de deux parties de vin aigre : et la tierce partie de miel qui est appellé oximel. Et aux autres avecques ung bruvage fait de vin ou eaue avecques miel appellé en latin mulsa. Serapion au chapitre garicus. Agaric atenurist et dissoult les parties grosses, et ouvre les opilations qui sont au foye et es rains : et si guerist et cure la jaunisse qui procede de opilation du foye. Il est medicinable contre epilencie et si cure les rigueurs et maulvaisties des fievres qui proviennent de grosses humeurs. Et si est prouffitable contre la morsure d'ung serpent nommé tirus, ou d'autre beste venimeuse quant on le met dessus (f° VIII, v°, col. a) en  lieu d'emplastre. Et que on en boit avec vin mixtionné avec eaue la quantité du poix nommé aureus c'est ung poix qui est moindre que d'une dragme : et est medecine laxative. Serapion mesmes de l'auctorité Redagoras. La proprieté de icelluy agaric est contre fleugme et melancolie. Et luy mesmes de l'auctorité Rasis. J'ay trouvé universellement de tous hommes que agaric purge les humeurs nuysables. Luy mesmes aussi par l'auctorité de Humay au livre de Tiriacle. Le agaric expelle et degette les humeurs des nerfz et du cerveau avec une merveilleuse proprieté qui est en luy. Encores luy mesmes de l'auctorité Abemmesuay. La proprieté de agaric est lascher et purger la fleugme. Et si est contraire aux venins. Luy mesmes de rechief de l'auctorité Abix. Le agaric purge la colere et la fleugme ensemble, et si fortifie les grandes medicines quant il est meslé et mixtionné avecques elles, et les fait penetree jusques aux extremes parties du corps. Il empesche quant il est beu seul ou meslé avecques autres medicines le venim et est contraire aux medicines mortelles. Galien. Agaric purge les opilations et estoupemens qui sont es entrailles. Et pource il guerist ceulx qui ont jaunisse qui procede de opilation du foye. Et aussi guerist par une mesme vertus ceulx qui sont malades d'une maladie appellee epilencie. Et est appellee communement le hault mal.

Le .IX. Chapitre. De l'erbe appellee agrimoine.

(f° VIII, v°, col. b)

ceste herbe agrimoine est congneue de tous. Et est dicte estre la petite ferrare. Dyascorides. Agrimoine est en toutes choses semblable au pavot champestre ou a l'erbe nommee amomum. Mais elle est differente et divisee d'iceulx en ce, car l'agrimoine a la teste en hault plus large et si fleurist plus tard : et n'est pas sa fleur si rouge, mais est jaune. Elle a la racine ronde par embas de laquelle le jus est jaune et est la vertus aigre. Lequel jus est prouffitable contre les obscurités et nebulosités des yeulx. Elle croist es champs et environ les hayes que on fait entour les blés pour les garder des bestes. La racine de ceste herbe est nommee en langage grec euperatorium. Plinius au chapitre de agrimoine. Agrimoine a les fueilles egalement divisees en la façon de l'erbe appellee hache, et a sa summité et teste sus une branche et tronc semblable au pavot champestre. Elle a racine de laquelle le jus est de couleur jaune et est aigre et agu. Elle croist en noz quartiers en terres labourees.

Les operations de ceste herbe agrimoine.

La Pandecte au chapitre de agrimoine. Agrimoine est chaulde et seiche. Et si est trés grandement diuretique et aperitive. Laquelle herbe quant elle est verde et est broyee et beue elle guerist les maulvaises vessies et pustules. Elle vault aussi et est prouffitable contre les morsures des serpens ou d'ung chien ou homme enragé, et contre venins et la douleur du ventre quant elle est ainsi beue. Aussi elle guerist les playes qui sont chancreures quant elle est broyee toute verde et mise dessus. Aussi contre la morsure des serpens soit donné deux onces de la pouldre de agrimoine avec deux mesures de vin la mesure appellee ciatus au pacient : ce boute hors tout venin et l'expelle merveilleusement. A ceulx qui ont playes, de lance ou d'autre fer : broyez agrimoine avec vin aigre : et puis la mectez sus la playe et elle sera tantost guerie. Elle guerist des verrues et poireaux quant elle est en la maniere dessus dicte mise dessus. Elle oste et consume la douleur de la rate quant elle est souvent (f° IX, r°, col. a) mangee. La racine d'icelle cuite en vin et puis beue prouffite aux paralitiques. Galien au livre Dinamidiarum au chapitre du chancre dit ceste herbe agrimoine estre prouffitable contre le chancre quant on la mangue.

Le .X. Chapitre. De agrifolium.

Agrifolium. Serapion au livre des Aggregations au chapitre Sadar : c'est a dire agrifolium. Agrifolium est ung arbre duquel le fruict est appellé nabach. Ilz sont deux especes de cest arbre. L'ung est dit asri : l'autre dahal, mais asri n'a point d'espines et si sont ses fueilles agues. Et les fueilles de l'autre espece, c'est assavoir dahal sont larges et rondes et a son arbre des espines. Et nabach de l'espece dicte asri : c'est a dire les fuitz sont petis. Et les meilleurs d'iceulx sont ceulx qui sont de celle region et sont plus doulx que tous les autres et de moyenne odeur, et aromatizent et donnent bonne odeur a la bouche de celluy qui les mange ainsi comme font les autres choses aromatiques, et nabach de l'espece dahal sont plus grans. Serapion mesmes de l'auctorité Ysaac Ebem Aragi. Nabach est en froideur ainsi comme est l'arbre nommé sorba : mais il est plus que n'est sorba en seicheresse. Galien au .VII. Livre des Simples Medicines au chapitre lotos c'est a dire agrifolium. Agrifolium est ung (f° IX, r°, col. b) arbre stiptique et ne participe pas moult en qualités, et est de subtiles parties et desiccatif.

Les operations de agrifolium.

Serapion de l'auctorité Dyascorides. Quant agrifolium est cuyt avecques eaue ou avecques vin selon la necessité il est prouffitable au flux de la marris et au flux du ventre quant de ce est fait clistere. Et si estraint les racines des cheveulx et les garde de cheoir. Quant la decoction des seyeures du boys de agrifolium est beue et que on en fait clistere, ce prouffite aux ulceres et au flux ancien des humidités de la marris. Ceste chose aussi rougist les cheveulx et restraint les racines d'iceulx et les garde de cheoir. Serapion mesmes de l'auctorité Habenguesit. Agrifolium doulx ou nabach, c'est le fruict d'icelluy ainsi nommé comme devant est dit : lasche et adoulcist la colere qui est en l'estomach et es entrailles et si restraint et appaise la chaleur. Luy mesmes de l'auctorité Albasar. Nabach c'est le fruict de agrifolium, restraint le ventre et appaise la colere, et est de grave et forte digestion. Et quant il n'est pas bien meur il est stiptique et restriant trés fort le ventre. Et quant il est meur et doulx il est moins stiptique que tous les autres, et descend plus tost de la bouche et entree de l'estomach pour la doulceur qui est en luy. Il restraint et appaise la colere. Et quant on en use trop souvent il cause ennuy et melencolye. Encores luy mesmes de l'auctorité de Ysaac Ebenaram. Quand nabach, c'est agrifolium : est mangé devant les viandes il est meilleur et si provocque et fait avoir bon appetit. Toutes ces manieres de choses qui sont trop seiches quant elles treuvent humidités en l'estomach ou es entrailles : elles les pressent et font venir flux de ventre. Quant les fueilles de agrifolium sont broyees et mises sus apostumes chauldes : elles les mollifient et resolvent. Galien. Les seyeures du boys de agrifolium sont convenables au flux des menstrues des femmes : et aux disposicions des flans et entrailles : aucuneffois on le fait cuire avecques eaue et aucuneffois avecques vin ainsi que necessité l'ordonne. Et n'y est pas seulement mys et osté : mais est beu. Et en ce qu'il retient les cheveulx et les garde de cheoir n'est pas petit signe (f° IX, v°, col. a). Car avecques ce qu'il deseiche : il est modereement de vertus stipticque. Et ainsi qu'il est dit en ung sermon. Il deveroit estre de telle vertus que il doyve retenir les cheveulx qui cheent.

Le .XI. Chapitre. De agnus castus.

Ceste plante est en latin appellee agnus castus.Et nous l'appellons en françois l'aignel chaste. Le Plateaire au livre de simple medecine au chapitre de agnus castus. Agnus castus est une plante chaulde et seiche au quart degré. Et est trouvee en tout temps verte : et si est plus trouvee en lieux eaueux et plains d'eaues que en lieux secz. On prent pour l'usage de medicine les fueilles et non pas sa racine. Et aussi prent on les fleurs qui valent mieulx que les fueilles. Sa fleur est appellee zuccarium. Et si appellent aucuns les verges faulx marins. Ses fleurs qui doyvent estre mises en garde doyvent estre cueillies en prin temps : et se gardent ung an en moult grant bonté et efficace. On l'appelle agnus castus pource que ainsi comme on dit il rend la personne chaste comme ung aignel et reprime luxure. Il est chault et sec au second (f° IX, v°, col. b) degré. Avicenne au second livre au chapitre de agnus castus. Agnus castus est chault au premier degré et sec au second. Il est resolutif, subtiliatif, et disgregatif de ventosites. Il a en luy une apercion et ouverture avecques stipticité et aspreté. Et si  toult et oste les douleurs du corps. Serapion au livre des aggregations au chapitre amarikest : c'est a dire agnus castus. Agnus castus c'est l'arbre d'Abraham : et est sa semence dicte la semence de agnus castus : et est nommee piperelle : et est le poivre des eunuches. Ils sont de cestuy agnus castus deux especes. L'une est nommee kistos pource que les religieux mectent dessoubz leurs litz ceste plante pour restraindre luxure. Et l'autre espece est nommee login pour la dureté de ses verges et branches. Et est une plante qui est de la grandeur des arbres. Elle croist prés des eaues : et es lieux eaueux et aquatiques. Elle a ses branches dures et fortes a rompre : et ses fueilles sont semblables aux fueilles des oliviers sinon que elles sont plus longues, plus grandes et plus molles.Et y a aucune espece de ceste plante qui a la fleur rouge et purpuree : et aucune autre qui a la fleur blanche et la semence semblable a poivre. Serapion mesmes de l'auctorité de Galien. Ce qui est mis et administré en medicine de cestuy arbre agnus castus : se sont sa semence, ses fueilles et ses fleurs. Et est sa substance de sa semence et de ses fleurs trés fort utile. Et est chault et sec au tiers degré. Galien au sixiesme livre de la Simple Medicine au chapitre de agnus castus. Ce qui de cet arbre agnus castus est administré es medicines : ce sont sa semence et ses fleurs. Et est la substance de sa semence et de ses fleurs trés subtile. Et a en sa saveur acuité, aigreur et stipticité. Et est sa vertus chaulde et seiche au tiers degré.

Les operations de agnus castus.

Pour reprimer luxure et faire l'homme chaste soit fait ung lict des fueilles de agnus castus :et soient les genitoires de l'homme fomentez et eschaudiez de l'eaue en quoy il aura esté cuyt. Et soit aussi son jus beu. Contre une maladie qui est appellee gomorrea. C'est quant la nature de l'homme, c'est assavoir le sperne yst de luy sans sa voulente comme de nuyt en dormant. Soient les fleurs ou les fueilles de agnus castus cuytes en vin aigre et y adjoustez du castoreum (f° X, r°, col.a) : et de soit faicte emplastre et mise dessus les genitoires. Agnus castus est merveilleusement bon a estaindre luxure en degastant les esperitz du corps et consumant la semence, c'est assavoir le sperme. Semblablement fait ceste chose la rue, maiorane, cumin, calament, et anet. Mais en ceste chose agnus castus est le plus puissant. Ces chose icy c'est assavoir les herbes dessus dictes sont chauldes et apperitives et attenuent et degastent la semence et sperme. Autres choses sont aussi qui estaignent luxure en espessissant et congellant le sperme et semence de l'homme. Sicomme sont la semence de psillium, la semence de laictue, de citrules, de melones, de courges, de pourpied, et des scariolaires, vin aigre, sumach champestre, camphore et leurs semblables. Soient prinses trois dragmes de la semence de fenoil, et deux dragmes de esule, et soient cuytes avecques le jus de agnus castus : puis soit coulé et au matin donné a celluy qui est malade de ydropisie appellee lencoflegmance qui vient de froide cause. Le vin aussi ou il a esté cuyt luy prouffite moult. Soit agnus castus laissé en lie de huylle tant qu'il pourrisse, puis soit tout cuyt en fort vin et soit la decoction coulee, et puis y soit adjousté de la cire et de l'uylle et en soit fait oignement. Cestuy oignement oste la dureté de la rate quant on en oingt les parties et regions d'icelle, et si consume et degaste sa superfluité, et aussi estroissist son ouverture et entree. Pour provocquer les fleurs aux femmes soit faicte fomentacion de sa decoction de luy et d'une herbe nommee centrum galli. Contre litargie soit faicte decoction de agnus castus avec hache et saulge en eaue salee. De laquelle decoction soit trés fort frottee la partie de derriere la teste du pacient. Serapion de l'auctorité de Galien. Agnus castus oste la voulente de luxure. Et mesmement quant on mangue sa semence. Il provocque les fleurs es femmes et amollist les apostumes dures qui se font es membres du corps. Dyascorides. Agnus castus est approuvé mediciner les morsures des serpens. Aussi sa semence beue est prouffitable aux ydropiques et a ceulx qui ont douleur en la rate. Il fait venir le laict aux femmes quant il en est beu une dragme avec vin vieulx. Et aussi estaint le vouloir de luxure. Et si oste la douleur de la teste en donnant vouloir de dormir. Galien. Agnus (f° X, r°, col.b) castus degaste et oste la voulente a l'homme et a la femme de assembler charnellement. Et principalement quant sa semence est mangee. Et est agnus castus des femmes de Athenes preparé et mys dedans le lict, et il reprime le vouloir de l'oeuvre charnelle et de libidineuseté. Avicenne. Quant du tronc de l'arbre de agnus castus est mys soubz le dos de la personne : il en garde de pollution et empesche la verge virile de soy eslever et droisser. Et quant les femmes ont ung grant et vehement desir de habiter charnellement : elles se suffumiguent a la fumee de agnus castus. Et ce leur oste celluy vouloir et desir. Serapion de l'auctorité de Dyascorides. La semence de agnus castus quant elle est prinse en bruvage reconforte et guerist des morsures des bestes venimeuses. Et quant de la dicte semence on prent deux dragmes et on les boit avecques vin ce prouffite contre ydropisie. Et si provocque l'urine et les menstrues et fleurs des femmes et debilite la vertu du sperme et amayne douleur de teste appellee soda.

Le .XII. Chapitre. De l'erbe marine appellee alga.

(f° X, v°, col.a)

Alga est une herbe qui croist en la mer qui a les fueilles longues aindi comme corroyes. Et est aussi appellé alga tout ce que la mer gecte et est trouvé aux rivages. Plinius au chapitre de alga. Alga croist es eaues qui sont manantes et ne queurent point : si que elle a prins son nom pour la froidure de l'eaue : ou pource que elle noue et lye lee piedz. Elle est grasse : et surmontent en partie ses fueilles l'eaue. Dyascorides. En alosachne y a ung incident qui est ainsi comme escume de mer, lequel se lye aux pierres et y demeure : laquelle chose nous appellons alga.

Les operations de alga.

Dyascorides. La vertus de alga est semblable a celle du sel. Il est mis et introduit par clistere pour paralisie : ou pour le vice des entrailles qui vient de pourriture : et si toult et oste les choses alienigenes et estranges. Il a la vertus semblable au sel. Et la par dedans stiptique semipticque et leptitique. Le clistere fait de alga prouffite a ceulx qui sont malades des longtemps de dissinterie. Et aussi prouffite aux sciatiques anciens : c'est a ceulx qui sont d'ancienneté malades de goute en la hanche. Et semblablement est utile a iceulx quant on fait de luy ung foment et eschaudement.

 Le .XIII. Chapitre. De alcanna.

(f° X, v°, col.b)
Alcanna est nom latin. En grec il est appellé cyprus. Alcanna est ung petit arbre comme ung esglantier : duquel on fait  l'uylle cyprus : et est celle qui est dicte huylle de alcanna : comme il apparoist par la concordance. Serapion au livre des Aggregations au chapitre henne : c'est a dire alcanna. La fleur de alcanna est semblable aux fleurs de nitrum : sinon que elle est es rameaulx. Et si est blanche declinant a noirceur et verdeur : et est de odeur ague. Serapion mesmes de l'auctorité de Dyascorides. Alcanna est ung esglantier ou boutonnier qui a ses fueilles dessus ses rameaulx et branches semblables aux fueilles de l'olive, sinon que elles sont plus larges et plus molles et plus vertes. Il a la fleur blanche semblable a usnee : et est de bonne odeur. Sa semence est noire semblable a actis. Ce qui est administré de alcanna en medicine sont ses fueilles et les haultesses et summités d'icelluy. Le Plateaire. Alcanna est une herbe qui est es parties transmarines. Et aussi est trouvee en grant habondance en Sicile. Elle est froide au premier degré et seiche au commencement du second. Et pource que elle n'est pas tout partout trouvee ceulx qui l'ont la pulverisent : et ainsi mise en pouldre la portent par les pays et regions. Et est la pouldre de couleur tirant sus le noir. Et est gardee par trois ans. Et si a vertus de consolider, nectoyer et mundifier. Galien au septiesme livre des Simples medicines : au chapitre de cyprus : selon la translation arab. Cyprus : c'est a dire alcanna. Les fueilles de cest arbre et ses extremités sont parvenues a utilité. Sa substance est composee de ague chaleur avecques attrempance et substance terrestre, froide et seiche. La saveur de luy est stiptique. Et sa vertus deseiche sans mordication. Par ainsi sa vertus repercute et dissoult.

Les operations de alcanna.

Serapion de l'auctorité Dyascorides. La vertus des fueilles de alcanna est stiptique (f° XI, r°, col. a) et pource quant elles sont maschees elles nectoient et curent les ascoles. Se sont petites apostumes qui viennent en la bouche. Se l'eaue ou elle aura esté cuyte est infusé et mise dessus la brusleure de feu en l'estuvant : ce la guerist. Et quant il est broyé et est mys en eaue de astaratios : et de ce les cheveulx en sont oings ilz deviennent rouges. Les oignemens qui se font d'elle amolissent les nerfz et fait aux playes ce que fait le sang de dragon. Galien. Alcanna deffend la dilatation et extension de la pupille de l'oeil : et guerist de la combustion et brusleure du feu. Et quant il est cuyt en eaue et l'eaue est gectee sus le lieu bruslé : ce prouffite a cela mesmes. Alcanna e administree es medicines herisiprie. Et est alcanna aussi convenable aux ulceres : c'est assavoir alcoles qui se font en la bouche des petis enfans.

 

Le .XIV. Chapitre. De alio dit ail.

(f° XI, r°, col. b)

Alium en latin est a dire ail en françois. Et est ainsi appelle pource que il sent et put. Ambrosius au .V. Livre de Exameron. L'ail a si grant force de senteur et de odeur que le leopard ne le peut endurer et s'en fuyt. Et par ainsi se aucun met ou frote des aulx en aucun lieu ou il y a des leopars : le leopard s'en va du lieu et le delaisse sans resister. Plinius au .XIX. Livre de l'Hystoire naturelle. L'ail est cuyder prouffiter principalement aux laboureux et ruraires a plusieurs medicinemens. Ypocras en certaine epistre. L'ail est de chaulde vertus. Il est apperitif et abstersif : et si consolide les frauduleuses ulceres. Raby Moyses au chapitre de l'ail : et au chapitre de scordeon, c'est de l'ail champestre et saulvage. L'ail est chault et sec venant jusques au quart degré. Palladius au livre .II. Du moys de janvier. L'ail et ulpicum peuent bien estre semez en janvier, mais a l'an la terre blanche prouffitera. Luy mesmes au .XII. Livre. L'ail et ulpicum peuent bien estre semez au moys de novembre. Et requiert terre fort blanche, les fosses basses sans siens : et fault faire les rayes en lieux secz et mectre la semence es plus haulx lieux separee de quatre doys l'une de l'autre : et non point plus hault l'une que l'autre. Et doyvent estre les fosses egalement faicte et serclees. Et ainsi ilz germent et se multiplient. Avicenne au second canon. Il est ung ail domestique et ung autre champestre lequel est amer et stiptique. Il en est aussi ung autre lequel est dit porretique. Et est composé des vertus de l'ail et du pourreau. Aussi en est ung autre appellé l'ail de la serpent. L'ail est calesactif et exsiccatif au tiers degré jusques au quart : et le champestre l'est plus que l'autre. Dyascorides. Ilz sont deux genres et manieres de ail. C'est assavoir ung qui croist es jardins. Et ung autre qui croist en Egypte et n'est pas trop dissemblable a l'autre des jardins. Sa vertus est visqueuse, inflatile, stiptique et chaulde. Constantin. Deux manieres sont de ail. L'ung est domestique et l'autre est champestre : et est appellé scordeon. Le domestique est chault au meillieu du quart degré. Constantin mesmes en pantegni. Les aulx sont plus chaulx que les oignons et plus secz. Ilz sont agus et font douleur a la teste.(f° XI, v°, col. a). Et quant ilz sont cuytz ilz perdent celle ardeur. Ilz sont meilleurs en breuvages que en viandes. Quant ilz sont cuytz ilz nourrissent plus que quant ilz sont mangez crus. Ilz gardent la santé. Car ilz confortent la chaleur naturelle : et si font digerer.

Les operacions de l'ail.

Plinius au .XX. Livre. La vertus de l'ail est fort grande contre les mutacions des eaues : c'est quant on boit maulvaises eaues : et quant on se mue en aucun lieu il en empesche le venin et mauvaistie. Par son odeur il dechasse les serpens et les scorpions. Et si est medicinable et moult prouffite contre les morsures de toutes beste. Quant il est mis avecques vin et on en oingt les emorroides il les medicine et guerist. Comme les morsures d'ung chien soit mis l'ail avecques miel dessus les playes. Aucuns ont donné l'ail cuyt a ceulx qui avoyent souspirs. Les autres leur ont donné cru et broyé avecques laict. Paraxagoras le donna mixtionné avecques vin contre les escrouelles qui est une maladie guerissable aux roys. Les anciens donnoient l'ail tout cru aux insensés et folz. Et contre la douleur des petites entrailles qui sont entour les rains appellez ylia mectoient l'ail avecques huille et potaige et en frotoient les parties et regions des entrailles. Dyocles le donnoit cuyt aux frenetiques. Et contre les douleurs des dens il prenoit trois testes d'ail et les broyoit en vin aigre et les mectoit dessus les dens. Et quant il est cuyt en eaue et les dens en sont lavees et en est mis en leurs concavités et persures : ce les guerist. Quant l'ail est beu il guerist le demangement de la chair. Et aussi les pthyriases, c'est a dire les fursures de la teste. Et quant il est broyé avecques vin aigre ou nitre il resraint les humeurs distillantes. Ou quant il est cuyt ou broyé avecques laict, ou meslé et mixtionné avecques fromage mol. En ceste façon aussi oste l'enroueure et esclarcist la voix. Quant il est cuyt il est plus utile et prouffitable que il n'est tout cru. L'ail cuit avecques vin aigre et miel tue et expelle les vers appellés taignes et toutes autres bestes qui sont dedans (f° XI, v°, col. b) le corps. Quant l'ail est mangé en potage il medicine et guerist de tanasme, c'est quant on a grant desir de aller au retrait et on n'y fait riens. Et quant il est cuyt avecques vieil gresse ou avecques lait il guerist de la toux et quant on crache le sang ou qu'il y a pourriture. Il fait avoir sommeil et voulente de dormir. Et si fait les corps en tout estre trés rouges. Et quant il est broyé avecques coriandre verte il incite luxure. Les vices et mauvaisties de l'ail sont telz. Il empesche la veue et gaste les yeulx. Il fait et engendre inflations et enfleures. Il blesse et greve l'estomach. Et quant on en mangue en grant habundance il engendre et fait avoir soif. Le Plateaire. L'ail (dit il) dissoult et amolist la grosse ventosite et si amoitist le ventre. Il tue et expelle les vers et les ascarides. Il provocque l'urine et fait pisser. Il guerist et cure de la morsure du chien enraigé. Et aussi il subvient et prouffite a ceulx qui ont beu mauvaises eaues. Quant l'ail est mis en emplastre et elle est mise sur les lieux qui ont grosses humeurs, il les dissoult et amollist. Il appaise et guerist la douleur des dens qui vient a cause de froidure. Il oste la soif qui vient a cause de fleugme coagulee en l'estomach. Il guerist puissamment et cure les roignes, la morfee : ce sont les taches de la peau. La gratelle et dertres et les pustules et vessies en quelque lieu que toutes ces choses soient, se elles en sont frotees ou que il en soit fait emplastre et mise dessus. Il provocque les menstrues aux femmes et si fait pisser et uriner. Quant la femme est souvent estuvee et assise a la fummee de l'ail ars et bruslé : il attire et expelle la secundine, c'est a dire la petite pellicule ou l'enfant est envelopé quant il est au ventre de sa mere et yst et vient aprés l'enfant quant il est né. L'ail champestre a vertus comme le domestique : touteffois il est plus chault et plus sec. Toutes ces choses et plusieurs autres on trouvera au XI. Livre du Miroir Naturel de Vincent.

 Le .XV. Chapitre. De l'erbe appellee altea    maulue.

(F° XII, r°, col. a)
Altea est maulue champestre ou maulue appellee viscus, mais elle est dicte altea pource que elle se eslieve en hault. Et est appellee viscus pource que elle est glueuse. Altea bismaulue. Eviscus maua viscus, ibiscus, toutes ces choses est tout ung comme il est dit es sinonimes. Maulue viscus a les fueilles rondes ainsi comme le pain porcelin, et est sa fleur semblable a la rose. Sa racine est muscilagineuse et nodeuse. Sa complexion est chaulde avecques equalité. Galien au VI. Livre de Simplici farmatia au chapitre eviscus ou altea. Altea est maulue champestre et est dyaforetique et laxative. C'est a dire elle espart les humeurs et vapeurs et les appetice et relache et n'est point ardante. Elle est abstersive, mitigative et digestive difficile des choses digestibles. Dyascorides au chapitre de altea. Altea a les fueilles rondes semblables a l'erbe appellee ciclamen. Ella a la fleur semblable a la rose. Et a sa branche et verge longue de deux coudees. Sa racine est muscilagineuse et nodeuse : et est par dedans blanche. Et est dicte altea pource que elle s'eslieve en hault. Et si est dicte eviscus pource que elle est glueuse.(f° XII, r°, col. b). Serapion au livre des Aggregations au chapitre de maluavisco. La racine de la maulve a vertus stiptique. Et aussi a tout ce qui est en l'erbe. Je veulx dire, la racine, les rameaulx, les fleurs, les fueilles et la semence. Certes sa vertus est telle que elle deseiche. Mais la racine et la semence sont plus desiccatives et plus subtiliatives. Galien au VII. Livre de Simplici Farmatia au chapitre de malua. Altea ou maluaviscus est plus diaforetique que n'est la maulue. Avicenne au second livre au chapitre de altea. Altea est chaulde avecques equalité. En elle est souefueté et resolution. Sa racine et sa semence sont en sa vertus beaucoup plus les plus fortes et sont moult plus exsiccatives et resolutives.

Les operations de ceste herbe altea ou maulue.

La Pandecte au XXX. Chapitre. Les fueilles de altea ou maulue broyees avecques axonge, c'est sain de porc et puis aprés ung pou chauffees et mises dessus apostumes les maturent et meurissent. Elles relachent la dureté et la mollifient. Aussi l'erbe avecques sa racine soit cuite en eaue presque juques a la consumption de l'eaue. Et ainsi il y apperra une viscosité, laquelle glueuseté soit mise sus apostumes, et elle les mature, et relache et amollist la dureté. Et aussi pour les dictes choses on fait ung convenable oignement de son eaue avecques cire et huylle. L'eaue de la decoction de ses semences et de la maulue vault et est prouffitable contre la toux seiche. Et est convenable a ceulx qui sont ethiques. Les semences d'icelles ensemble mises et cuittes en huille dissolvent et amollissent la dureté des apostumes. Ypocras a donné le jus de la racine de la maulue cuite a boire a ceulx qui estoient navrés et qui avoient soif par deffaulte de sang. Et si a applicqué l'erbe mesmes avecques miel et rasine aux playes et navreures. Ypocras mesmes a donné ceste herbe a boire avecques vin a ceulx qui ne povoient avoir leur alaine et estoient asmatiques. Et aussi a ceulx qui souffroient dissinterie et avoient flux de sang avecques excoriation des entrailles. Aussi a applicqué la dicte herbe a ceulx qui habondoient trop en desir et volupté de luxure et libidinité (f° XII, v°, col. a). Et aussi aux enfleures des muscules qui sont les chiefz des nerfz, c'est assavoir, celle chair nodeuse qui est es jambes et bras, et aussi aux nerfz et articules. Avicenne. Altea est nom grec lequel est derivé du nom de plusieurs secours et aydes. De laquelle la nature est chaulde avecques equalité. En icelle y a souefveté et maturation et mollification et resolution. Sa semence et sa racine sont en la vertus moult plus fortes et plus exsiccatives et subtiles. Contre morfee soit altea broyee avecques vin aigre, et de ce soit oingte la morfee. Elle mollifie les apostumes et les deffend. Et si resolve et desveloppe le sang. Et aussi mature et meurist les navreures et playes. Elle est prouffitable contre les apostumes enflees et les scrofules qui viennent au col. Et si est vallable contre la dureté de la marris. Elle oste la douleur des joinctures et proprement quant elle est mise avecques gresse de oye. Elle resolve les enfleures et inflations qui sont es paulpieres. La semence d'icelle est prouffitable contre la toux chaulde. Et fait de legier et facillement cracher. Et aussi deffend et garde avecques sa vertus stiptique du flux de sang. Ses fueilles sont utiles contre les apostumes des mammelles. Ceste herbe est mise es emplastres qui sont contre pleuresie et douleur de costé. Et aussi en celles qui sont faictes pour la douleur et vice du poulmon appellee peripleumone. Et si estanche la soif la gomme d'icelle beue, c'est a dire les lermes et gouttes qui cheent et degouttent d'elle. L'eaue ou la decoction de la racine d'icelle aura esté faicte est bonne et prouffitable contre l'ardeur de l'urine et des entrailles et aussi aux apostumes du sondement. Dyascorides au chapitre melochia. Altea mixtionnee avecques gresse de oye et mise sur les parties genitales fait advorter. Elle est inutile a l'estomach. Et si mollist et amoitist le ventre. Les fueilles de ceste herbe curent et guerissent les navreures et playes fresches. Les fueilles d'icelle broyees et mises ou lieu ou il y a scorpions ainsi que on dit leur font avoir paour et crainte. Celle mesmes herbe lyee entour les cuisses de la personne aguillonne et esmeut a luxure. Elle mesme envelopee en layne noire et liee entour les mammelles : leur oste leur vice et douleur. Luy mesmes Diascorides (f° XII, v°, col. b) au chapitre de altea. La fleur de ceste herbe altea cuite avecques ung bruvage fait d'eaue et de miel appellé mulsa ou avecques vin et puis broyé ensemble et mis dessus les plaies et navreures, ce les cure et guerist, et si despart et cure les scrophules. Et aussi cure et nectoie les cicatrices des navreures et playes. Ceste herbe cuyte en eaue et broyee avecques axonge de poruceau ou de oye, rasine et tormentine et mise dessus les enfleures steriques, c'est a dire qui viennent en la petite peau en laquelle l'enfant est envelopé et demeure au ventre de sa mere, ce les guerist. Aussi sa decoction et cuisson fait ceste mesme chose, et attire les secundines. Quant ceste herbe seule est cuite en eaue et de ce sont fomentez et estuvés les entrailles elle en oste la douleur au tiers jour. Et sommes experimentez que ceste dicte herbe broyee avecques vieil oingt et mise dessus les podagres, ce sont enfleures qui viennent es talons des piedz qui communeent sont appellees mules, ce les guerist dedans le tiers jour. Et dient plusieurs aucteurs que ceste herbe cuite avecques fenu grec et semence de lin oste toutes les duretés et enfleures et collections de tout le corps quant elle est mise dessus. Serapion.
Altea oste et prohibe les apostumes et si en oste la douleur et les mature quant elle est fresche. Et sa racine et aussi se semence pource que en iceulx est vertus abstersive curent et guerissent la morfee. Sa semence et aussi l'eaue en quoy sa racine aura esté cuite par son acuité rompt et degaste la pierre qui croist et s'engendre es rains. Elle est aussi prouffitable aux ulceres des entrailles et contre le flux du ventre et quant on crache le sang. Quant ceste dicte herbe est toute seule cuite et broyee elle est prouffitable contre les apostumes et exitures qui viennent prés les oreilles, aussi aux scrophules. Et si est vallable contre les apostumes chauldes du fondement. Galien. La racine de la maulue et sa semence euvrent plus apertement que l'erbe, et si demonstrent vertus plus abstertive et nectoyante et guerissent la morfee. Et la semence devise et rompt la pierre qui est es rains. Sa racine est bonne contre dissinterie et dyarrie et aussi contre emission de sang.(f° XIII, r°, col.a).

 Le .XVI. Chapitre. De l'erbe appellee alleluya.

Ceste herbe alleluya ou luyula ou pain de cucule est communement appellee en françois trefle et est une herbe qui a la saveur aigre et si a ses fueilles petites et trois fois divisees. Et au hault de chascune partie y a une autre incisure. Sa semence est  petites gosses et gueynes semblable a cornicules, laquelle ou temps qu'elle est meure chet d'icelles gosses quant on les touche. Elle est appellee trefle acetux ou aigre ainsi qu'il appert au chapitre de trifolium. Trefle aceteux, c'est a dire alleluya est mis par Damascene en l'oingnement diafinicon, et est celluy appellé trefle. Plinius au chapitre Bachahel : c'est trifolium acetosum. Les fueilles les fleurs et le fruict du trefle sont froiz et secs. Touteffois les fueilles sont plus humides que les autres choses dictes. Le fruict ou semence d'icelle herbe quant elle est meure et aucune doulceur.

Les operations de alleluya ou trefle.(f° XIII, r°, col.b)

Luyula ou alleluya est medicinable et vault contre les ulceres de la bouche et fistules. Elle est semblable en vertus a l'acetose ou ozeille champestre. Elle est stiptique, et si consolide les playes et ulceres. Le jus de ceste herbe alleluya est prouffitable contre les anciennes navreures et ulceres de la bouche et aux alcoles. Plinius au chapitre bachahel. Pour l'acetosité et aigreur qui est en ceste herbe bachahel, c'est a dire alleluya elle est prouffitable et vault contre les alcoles et autres maladies de la bouche.

Le .XVII. Chapitre. De l'erbe appellee alkekengi.

Alkekengi ou kekengi sicomme dit Serapion est une espece de solatre lequel est nommé kekengi et a les fueilles semblables aux fueilles de solatre sinon que elles sont plus larges que les autres. Et ses branches et rameaulx quant elles croissent et se allongent elles penchent et s'enclinent contre bas vers terre. Et si a son fruict en une gosse ronde semblable a une vecie. Et est son fruict ung grain qui est aucunement rouge semblable a ung rasin, lequel aucuns appellent kikilium.(f° XIII, v°, col. a).
Les operations de ceste herbe alkekengi.

Serapion. Kekengi que aucuns nomment kakabum sa vertus est que son fruict provocque l'urine et fait pisser. Et pource cestuy fruict est mis en plusieurs medicines qui sont prouffitables contre les douleurs du foye, de la vecie, et des rains. Ceste herbe est mise et administree en medicines et n'est pas mangee. Son fruit nectoye et guerist la jaunisse et si provocque l'urine. Luy mesmes Serapion de l'auctorité Habix. Alkekengi. L'ung est qui croist es montaignes. Et ung autre qui croist es terres champestres, il est blanc et si est semblable en forme au superieur solatre. Le jus d'icelluy beu est prouffitable aux apostumes tant interiores que exteriores. Quant on oingt les apostumes qui sont exteriores de celluy jus, ce leur est prouffitable et medicinable. Quant on boit sa graine, ce est prouffitable contre les ulceres et navreures des rains et de la vecie. Et est sa graine la plus forte. Le jus des grains de alkekengi provocque l'urine par une forte provocation.

Le .XVIII. Chapitre. De aloes.

(f° XIII, r°, col. b).

Aloes sicomme dit Ysidore au livre des Ethimologies est une herbe qui a le jus trés amer. Le Plateaire. Aloes est fait du jus d’une herbe qui est aussi par ce nom mesmes aloes appellee. Ceste herbe n’est pas tant seulement trouuee en Grece et en Ynde et en Perse, mais aussi est trouvee en Puylle. Et si est son jus prouffitable et utile a moult de choses ainsi comme cy aprés sera dit. Ilz sont trois genres et manieres de aloes. C’est assavoir. Aloes epaticium, succotrinum et caballinum. La maniere et façon de le faire est en diverses manieres sicomme on dit. Aucuns dient que l’erbe mesmes est broyee et en est le jus tiré et extraict. Et puis est mis au feu tant qu’il bouille et puis est osté du feu et mis au soleil et deseiché. Et ce qui est cueilly le premier par dessus est appellé succotrinum.Et ce qui est le plus pur au meillieu : est dit epaticum. Et ce qui est au fons le plus ort est appellé caballinum. Aucuns dient que aloes est fait de diverses herbes et par diverses façons et manieres non pas que les herbes soient de divers genres, mais sont differentes en bonté desquelles ces trois manieres de aloes sont faictes. Les autres dient que aloes est de trois façons. L’ung est rouge et se prent en une certaine ysle en Ynde qui est appellee Scotra. L’autre est noir et vient de Perse. Et l’autre est de couleur jaune et est fait en Arabie. Desquelz tous le meilleur et le plus louable est celluy de Ynde de l’isle Scotra principalement se il est trés cler et rouge, et soit frangible et odorent et trés amer. Mais la premiere opinion devant dicte est la meilleur. Et est prins le aloes succotrinum pour le meilleur, lequel est de couleur citrine ou rousse. Et principalement quant il est rompu et froissé la pouldre en apparoist jaune comme celle de saffren, et si est tost rompu et fort frangible et n’est point puant ne trop amer. Aloes epaticum est de couleur tirant sus le noir semblable a la couleur du foye et si a des partuis ainsi comme boutz de vaines. Et a substance obscure et non pas clere. Et le aloes caballinum est noir et a sa substance obscure et orde et trés amere. Et a une horrible odeur, car il est trés puant. Mais il fault entendre que ce qui est de sa nature aromatique, tant plus est aromatique, et tant plus est meilleur. Et celluy (f°XIV, r°, col. a) qui est puant, tant plus est puant, tant plus est meilleur : fors et excepté le aloes. Semblablement tout ce qui doit avoir aucune saveur de tant est la saveur plus grande, de tant plus est meilleur excepté le aloes. Car combien qu’il soit de la nature des choses qui ont amertume de tant moins est amer, tant meilleur est. Et est assavoir que quant on dit simplement aloes, il est entendu de aloes succotrinum : combien que selon Alexandre soit entendu aloes epaticum. Serapion au livre des Aggregations au chapitre fabet, c’est a dire aloes. Aloes est fait d’une plante qui a les fueilles semblables aux fueilles de l’erbe appellee squilla, esquelles fueilles y a une humidité moult glueuse et prenante aux mains quant on la touche et manie. Et sont lesdictes fueilles ung pou plus larges que ne sont les fueilles de squilla et sont presque rondes et se endurcissent et enclinent contre bas. Et sont icelles espines qui croissent et sortent d’elles petites et rares et si a le tronc et branche semblable au tronc de l’erbe nommee affodillus. Et a toute l’erbe une odeur forte et grave et la saveur moult amere. Et sa racine est une seule semblable a une petite canne de boys. Elle croist moult en Ynde et es terres de Arabie. Et aussi es terres dictes Atima et es ysles qui sont appellees Ancaros. Et n’est pas tant seulement sa gomme et liqueur de grant ayde et secours, mais aussi ses fleurs. Car quant ses fleurs sont broyees et mises sus navreures et playes elles les font rejoingdre. Deux manieres sont de aloes, dont l’une est areneuse et est boe et ordure. Et l’autre est epatique. Jehan Mesué au chapitre de aloes. Aloes est des plus excellentes medicines et des meilleurs ayant prerogative sur les autres medicines. Car combien que l’intencion de une chascune medicine solutive soit selon le plus de debiliter les vertus et les membres qui sont les minieres des vertus, touteffois ceste intencion est ostee en aloes, car seulement elle ne nuist pas, mais est trouvee estre adjoustee pour reconforter les membres debiles.

Les operations de ceste herbe alloes.

Pandecta au chapitre .XXXIII.. Aloes purge la colere et le fleugme. Elle esclarcist et clarifie (f°XIV, r°, col. b) la veue. Elle ouvre et destouppe les opilations de la rate et du foye et fait venir les fleurs aux dames. Et si nectoye d’entour les membres pudiques et ors les superfluités si aucunes en y a qui sont de froide cause, et si cure et guerist la roigne. Elle engendre et rend bonne couleur au corps decoulouré et qui l’a maulvaise. Contre roigne et pourriturre des membres ors et le demengement des dois soit confit aloes avecques vin aigre et de cela en soient oingtes lesdictes choses. Aussi soit donné aloes avecques le jus de l’erbe nommee bardana, c’est gleteron, contre la goute artetique. Contre alopicie c’est cheement de cheveulx. La racine d’ung vieil olivier soit boullue en treffort vin aigre et puis soit coulé et en la couleure soient mis les deux pars de la farine de lupins amers et la tierce de aloes et soient ensemble confis et y soit adjoustee pouldre de scatisagrie et en soit le chief oingt par les discrimes, c’est a dire les aournemens de la teste. La pouldre de aloes trés bien destrampee et deffaicte avecques vin blanc et eaue rose vault moult a la demangeure des yeulx. Le suppositoire fait de la magna tresaria avecques pouldre de aloes et mastic provocque les fleurs aux femmes. La pouldre de aloes donnee avecques miel tue les vers au ventre. Et quant elle est donnee avecques le jus d’une herbe appellee persicaria, c’est culrage elle tue les vers et les bestes qui sont entrees es oreilles se on degoute dedans. Dyascorides au chapitre de aloes. La vertus de aloes est stiptique et moyennement chaulde et ainsi il en amollist moins le ventre. Il purge la pourriture et si cure et purge la colere et la fleugme. Galien. Aloes guerist difficilement les plaies et ulceres cicatrisables, et mesmement celles qui sont au fondement et es lieux ors et honteux. Il est aussi prouffitable quant il est pris avecques eaue contre une maladie et douleur qui vient esdis lieux honteux appellee fleumon qui est une maladie impaciente avecques rougeur et douleur et dureté. Et en ceste mesmes maniere elle solide et enfermist les playes. Jehan Mesué. Aloes cure par dissolution la colere et la fleugme. Et si nectoye et mundifie la teste et l’estomach desdis colere et fleugme et donne ung grant secours et ayde aux maladies et douleurs d’iceulx. Elle est aussi moult convenable (f°XIV, v°, col. a) contre l’enfleure de l’estomach et contre la soif et la douleur d’icelluy qui est causee de colere. Celluy qui a coustume de prendre de aloes tous les jours continuelz, ne verra point en son corps ne es instrumens des sens d’icelluy aucune maladie qui ne soit ydoine et abile d’estre guerie. Et si preserve de putrefaction, mesmement les corps mors meslé avecques mirre. Garde que il ne soit donné en temps froit, car il fait excoriation et amayne par dissolution le sang. La quantité qui peut d’icelluy estre administree est d’ung demy poix nommé aureus jusques a deux dragmes. Et es infusions d’ung poix dudit aureus jusques a trois dragmes. Serapion au livre des Aggregations au chapitre propre dit moult de choses de aloes. Lesquelles sont toutes de la pensee et intencion de Dyoscorides. Moult de choses sont dictes de aloes par Galien et autres lesquelles sont cy dessus declarees simplement ou manifestement, par quoy pour cause de briefveté les ay laissees a icy mettre.

Le .XIX. chapitre Du boys nommé aloes.

Aloes boys. Aloa ou agalaym. C’est a dire arbre de trés souefue odeur. Il est ainsi appellé en grec. En arabic se nomme hoad, et en langue latine est appellé lignum aloes, ou piloaloes ou (f°XIV, v°, col. b) aloes lignum. Et est appellé aloa pource que celluy boys est mys es autelz et eglises pour cause qu’il est de bonne odeur et sent bon. Ce boys est trouvé en ung grant fleuve de la haulte Babiloine auquel se adjouste ung des fleuves de Paradis terrestre. Et dient aucuns que par la roideur de ce fleuve ce boys est amené des arbres de Paradis terrestre. Touteffois nul ne dit avoir veu la premiere naissance de celluy boys lignum aloes. Les autres dient que es haultesses des montaignes desertes qui sont environ les lieux devant ditz ce boys croist et que par la force des vens, ou par la vieillesse des arbres ce boys chiet en icelle riviere et fleuve. Il est chault et sec au second degré. Mais il est assavoir que ilz sont aucuns trompeurs et deceptifz qui prennent les racines d’ung boys nommé camelia qui croist es montaignes d’une contree appellee Almaphia. Et pource que cestuy boys de Almaphia est semblable en couleur, poix, et saveur a lignum aloes, ilz le sophistiquent en le mectant dedans du vin ou la pouldre de lignum aloes aura esté boullue, et luy laissent par aucuns jours, qui est une chose fort abhominable et a Dieu et aux hommes. Car ce boys camelia est moult laxatif. Et lignum aloes est restraintif. Et aussi ledit boys camelia n’a de soy nulle odeur ne senteur. Et lignum aloes est de trés souefue odeur. De lignum aloes il est trois manieres. L’un est trouvé en une region nommee Cume. Il y en a ung autre qui est fait en une ysle de la grande Ynde appellee Cumar. Le tiers croist en une region de Ynde. Et est appellé fales. On doit prendre et eslire le lignum aloés qui n’est point cuyt en eaue. Car les Arabes le font boullir en eaue. Et usent de celle eaue a plusieurs utilités et prouffitz. Doncques celluy boys a perdu l’esperit : et n’a nulle ou bien petite operation. Avicenne au second livre au chapitre xiloaloes. Xiloaloes est chault et sec au second degré : et est subtil aperitif de opilations et frangitif de ventosités.

Les operations de lignum aloés.

La Pandecte au chapitre trente deuxieme. Lignum aloés vault et est prouffitable contre la debilité du cueur, de l’estomach, du foye, et du cerveau. Il est aussi vallable et (f°XV, r°, col. a) fort bon contre une passion appellee cardiaque, c’est quant le cueur pousse et alaicte pour cause de soif : ou maladie du cueur ancienne. Et est vallable aussi pour provocquer et faire fluyr les fleurs aux femmes quant elles sont retenues. Et contre toutes passions et debilités du cueur, mesmement quant elles sont causees de froidure. Le vin ou sa decoction et cuisson aura esté faicte beu conforte la digestion. Il conforte l’estomach quant il est refroidy et l’eschauffe. Et se sa decoction est trop abhominable ou trop amere a boire soit mys un pou du boys entier en vin par une nuyt : et au matin soit donné a boire le vin au dit pacient. Quant on fait d’icelluy lignum aloés une suffumigation et que elle est prinse de la femme par embas, ce provocque et fait fluyr les fleurs. Et si vault contre les suffocations de la marris. Semblablement trifera magna. C’est une confection ainsi appellee, prinse et beue avecques la decoction de lignum aloes provocque les fleurs aux dames. La fumee d’icelluy prinse et reçeue par les narilles conforte le cerveau. Semblablement se on prent de la pouldre de lignum aloés, des clos de girofle et de los du cueur de cerf, et cuytz ensemble ce vault contre la foiblesse du cerveau et contre pasmoison et deffaillance de cueur. Ces choses dessus dictes confites avecques huylle si on en oingt la teste d’ung coq tout celluy jour et toute la nuyt ne cessera de chanter. Cassius Felix. Lignum aloés conforte l’estomach et tous les membres interiores. Il expelle l’humidité superflue du corps. Et mesmement il dissoult la ventosité de l’estomach. Il fait ouverture aux opilations et les destouppe. Et si endurcist le ventre, et aussi resongne et empesche le flux de l’urine. Serapion. Lignum aloés est moult competent et vallable a ceulx qui sont epatiques, c’est qui ont maladies et douleurs au foye. Et est pareillement prouffitable contre dissinterie. Et si pacifie et oste la douleur du costé. Et est des bonnes oudeurs, fumees et senteurs. Et quant il est donné d’icelluy ung poix dit aureus a la personne il oste la pourriture de l’estomach et le fortifie. Luy mesmes Serapion de l’auctorité Atabari. Lignum aloés estraint le ventre et corrobore les entrailles pour la vertus stiptique qui est en luy avecques aromaticité. Et degecte et expelle (f°XV, r°, col. b) du corps la superfluité des humidités corrompues. Luy mesmes de l’auctorité de Rasis. Lignum aloés est bon et vallable a l’estomach humide. Encores luy mesmes par l’auctorité de Ysaac Abearan. Lignum aloés est bon pour le cerveau et fortifie les entrailles et expelle les superfluités humides. Et quant on fait de luy suffumigation aux narilles il fait descendre les fleugmes du cerveau. Et principalement celluy fleugme qui est engendré des vapeurs qui montent de l’estomach. Et si expelle les ventosités. Lignum aloés oste les superfluités de l’umidité, et conforte les entrailles, et si oste tristesse et ire. Quant il est masché il donne a la bouche bonne odeur, et conforte les nefz et leur acquiert une unctuosité subtile. Et si est moult vallable au cerveau, et si conforte le cueur et le resjouyst. Il reconforte aussi le foye. Et est en icelluy une vertus constringente nature. Et si est prouffitable contre dissinterie procedente de melancolie. Luy mesmes Serapion dit au livre des vertus du cueur que lignum aloés conforte le cueur.

Le .XX. chapitre. De ambre.

(f°XV, v°, col. a)
Ambra en grec et en latin est ainsi appellé. Selon aucuns ambre c’est le sperme d’ung poisson nommé balaine. Et selon aucuns autres c’est le fruict d’ung arbre qui croist dessus la mer, ou gomme : ou manacor d’une fontaine en mer. Et selon aucuns c’est le gesier d’ung poisson. Et selon aucuns autres c’est escume de mer. Et selon autres, c’est la fiente d’une beste de mer. Mais cecy est faulx. Car ambre est engendré dessus la mer en l’espece de champignons qui croissent en terre. Il est chault au second degré et sec au premier vers la fin. Ambra est sophistiqué avecques lignum aloés : storax, qui est une espece de rasine, calamite et laudanum deffais avecques ung pou de musque en eaue rose : et mise petite quantité d’eaue. Mais il est bien congneu, car le sophistique se peult bien amollir et estre demenee a la main comme cire. La vraye ambre ne le peut pas. Serapion au livre des Aggregations au chapitre hambar, c’est ambre. Hambar : cest ambre croist en la mer, et est engendré en espece de champignons qui sont engendrés en terre. Et quant la mer se trouble et tormente elle attire du fons d’icelle grandes pierres. Et avecques icelles pierres elle attire des pieces et morceaulx de ambre. Et le plus en sort de la mer qui est es terres dictes Zingios, et en occident, et elle est portee a Almacayde, et la portent la hommes qui sont appellez Mihere, c’est a dire legiers quant ilz voyent et congnoissent que leur mer gecte ambre. La meilleur qui soit de toutes ces ambres icy c’est celle qui est trouvee es ysles de celles regions et es rivages d’icelles : qui est avecques une figure ronde de couleur celeste. Celle qui est blanche ainsi comme ung oeuf d’une beste qui est en semblance de ung oyseau et a esles. Et touteffoys elle ne se eslieve pas hault de terre et est appellee strutio qui est ung nom grec, n’est pas bonne et est maulvaise. Et est celle que aucuns grans poissons appellez azel devorent et manguent. Lesquelz poissons comme ilz degloutissent icelle ambre incontinent elle nage dessus l’eaue. Et quant les hommes de Zingios les voyent ilz gectent sur eulx croches de fer et les tirent hors de la mer, et ostent et extraient l’ambre de leur ventre. Et est ambre qui n’est pas bonne, mesmement (f°XV, v°, col. b) celle qui est trouvee au ventre d’iceulx poissons. Et les apoticaires le appellent persie maioris madi. Touteffoys celle qui est trouvee prés l’espine du dos est pure et nette : et est moult bonne. Avicenne au deuxiesme livre au chapitre de ambra. Ambra est chaulde et seiche. Et dit on que sa chaleur est au second degré : et sa seicheresse au premier.

Les operations de ambra.

La Pandecte au chapitre trente huitiesme. Contre faulte ou deffaillance de cueur appellee sincopis soient faictes pillules en ceste maniere. Prenez une dragme d’ambre deux onces de lignum aloés : et deux onces de os de cueur de cerf mys en pouldre et puis deffais en eaue rose, et en soient faictes pillules, desquelz le pacient preigne deux ou trois quant il s’en yra dormir. Contre epilence. Mectez ambre et l’os de cueur de cerf en ung vaisseau de voirre sus les charbons, et le pacient reçoyve la fumee par la bouche et par les narilles, et cecy y est moult prouffitable. Contre suffocation de la marris quant elle presse les membres ditz spirituels : soit mis ambre en ung vaisseau de voirre avecques autres choses aromatiques et souef flairans, et soit la fumee reçeue par le conduit de la nature de la femme. Serapion. Ambre conforte le cerveau et le corrobore, et tous les sens du corps et le cueur, et est vallable aux vieulx et a ceulx qui sont de complexions froides. Serapion. Ambre preste la vertus au cerveau, et aux autres sens du corps et au cueur. Elle aide aux vieulx et a ceulx qui sont possedés de froides humeurs. Avicenne. L’ambre convient et est prouffitable par sa subtilité aux anciens et decrepiz. Et si ayde au cerveau et aux sens du corps. Et est convenable a la poictrine. Et luy mesmes Avicenne des vertus du cueur dit que l’ambre conforte le cueur. Almansor au troisiesmes traictié : au chapitre de ambra. Ambre est chault. Il fait le cerveau et le cueur robustes et fors.

Le .XXI. chapitre. De ambrosia.

(f°XVI, r°, col. a)
Ambrosia ou autrement ambria est de vague nom. Plinius au vingtseptiesme livre. Ambrosia environ les autres herbes fluant a une branche et tronc dense tenue et plain de branches et rameaulx de trois palmes ou environ de hault. Elles a les fueilles comme la rue et sa racine est briefve, et entour le meillieu de sa branche et tronc est sa semence comme rasins pendans de odeur vineux. Pour laquelle cause est d’aucuns appellee botris. Des autres arthemisia. Les Capadociens sont couronnés d’icelle, et son usaige est es choses qui sont convenables. Ysidore au livre des Ethimologies. Ambrosia est une herbe laquelle les latins appellent apium silvaticum c’est ache saulvage et champestre. De laquelle Virgile dit. Ambrosieqz come et cetera. Les cheveleures de ceste herbe ambrosia aspirent par vertus ung odeur divin. Dyascorides. Ambrosia laquelle plusieurs appellent botrus ou armoise est une plante qui a moult de verges et rameaulx de trois palmes de hault et sont ses fueilles au commencement menues semblables a la rue. Et sont ses verges plaines de semence.(f°XVI, r°, col. b).

Les opertions de ambrosia.

Galien au sixiesme livre de Simple Medicine au chapitre de ambrosia ou ache silvatique. Ambrosia a vertus stiptique et repercutente. Quant on fait emplastre d’icelle elle oste et deffend toute reume du corps. Et quant elle est beue avecques vin elle occist et expelle les vers ronds qui sont au ventre. Le jus d’icelle mis sus laine, et par embas ceste chose mise sus la nature de la femme elle estanche son flux. Elle oste et deffend les turbosités des yeulx quant ilz sont oingts d’icelle.

Le .XXII. chapitre. De l’erbe appellee amomum.

Dyascorides au chapitre de amomum. Amomum est ung genre d’une herbe trés odorante. De laquelle la branche et tronc est semblable a botrus, et croist entour d’ung chascun arbre. Elle a ses branches et rameaulx secz et durs semblables a verges de couleur (f°XVI, v°, col.a) tirant sus le roux. Environ lesquelz rameaulx sont ses fueilles joinctes a grant quantité et faisant semence botrueuse semblable a rasins. Sa fleur est blanche ainsi comme fueilles de l’erbe appellee viole semblables a l’herbe nommee brionia. Ilz sont trois especes de amomum. L’une est appellee armenum, et est meilleur que les autres : et si a couleur d’or ou rouge et est de bonne odeur. L’autre est appellee medicon : et est moindre que le premier devant dit, et croist en lieux moistes et humides. Et pource est il plus grant de forme : et est vert et tendre au toucher. Et a la saveur de origane. Le tiers est celluy qui est appellé ponticum. Il est roux et n’est pas long ne difficile a rompre et est plain de semence botrueuse, c’est semence semblable a rasins et est de odeur stiptique et poignante. Il le fault eslire et prendre frois et blanc ayant les verges purpurees et rouges et qu’il soit espandu et large et plain de semence. Plinius au chapitre de amomum. Amomum est ainsi appellé pource que il donne odeur de cinamome. Il croist en Syrie et en Armenie. Et fait semence botrueuse semblable a rasins et a la fleur blanche ainsi comme figure de l’erbe nommee viole : et sont ses fueilles semblables a l’herbe appellee brionia. Et est aussi de bonne odeur. Il incite sommeil et voulente de dormir, et si en chault et sec au tiers degré. Galien au sixiesme livre de Simplici Farmacia au chapitre de amomum. Amomum selon sa vertu est veu estre semblable a acorus : sinon que acorus est plus sec, et amomum est plus digestible. Et dit Galien en la cinquiesme amphorisme que toutes les autres choses chauldes de forte chaleur sont semblables : c’est assavoir a cestuy amomum. Comme sont, capsia lignea, tapsus, amomum, cynamomum. Et font douleurs de teste appellee soda. Et semblablement sont plusieurs des espices qui sont subtiles et chauldes. Aucuns corrompent amomum avecques une plante qui est nommee amomides : pource que elle resemble a amomum : sinon que elle n’a pas l’odeur ne telle semence. Il croist en Armenie : et est sa fleur semblable a origane. Se tu veulx n’estre point deçeu de ceste ou de semblables garde toy de prendre la plante qui est trop jeune, et eslis celle de laquelle les rameaulx et branches sortent d’une racine. Sa vertus est calesactive.(f°XVI, v°, col. b).

Les operations de amomum.

Dyascorides. Amomum fait avoir sommeilet voulente de dormir. Quant il est mis en emplastres il guerist des enfleures. Il est meslé avecques plusieurs antidotes et medicines. Et est aussi meslé avecques plusieurs et diverses odeurs. Serapion. Amomnm fait venir sommeil et appetit de dormir, et si oste et appaise la douleur de la teste quant on fait de luy ung emplastre sus le front. Et si mature les apostumes chauldes. Et est prouffitable contre la picqueure de le scorpion quant on fait emplastre de luy et de ozimum, c’est gresse de tripes de beuf : et l’emplastre mise sus la picqueure. Lui mesmes de l’auctorité Humaym filz de Ysaac. Amomum est une chose qui enyvre. Et est de sa proprieté que il enyvre et fait dormir. Avicenne. Amomum meurist les apostumes chauldes. Et est sa decoction beue contre podagre : et que on se see en l’eaue de la dicte decoction. Et si est prouffitable contre les douleurs de la marris, et entre es pessaires de la marris, et pour la douleur des rains soit le pacient assis en sa decoction. Almansor au tiers traictié au chapitre de amomum. Amomum est chault et sec. Lequel est prouffitable contre opilation du foye causee de froidure. Il oste la douleur de la marris. Touteffois il engendre en la teste graveté et douleur, et stophomie qui est une maladie qui donne obscurté aux yeulx tuecques tournoiement et convolution de teste.

Le .XXIII. chapitre. De ameos.

Ameos. Serapion au livre des Aggregations au chapitre nachana, c’est ameos : de l’auctorité de Dyascorides. Aucuns nomment ameos pomme antomation, c’est a dire commin ethiopique. Mais certes la nature du commin de Ethiopie est autre que n’est la nature de ameos et est chose notoire. Touteffoys sa semence est presque semblable au commin de Ethiopie sinon que elle est moult plus petite que n’est (f°XVII, r°, col. a)   le commin, et est plus blanc et plus dur. Et en sa saveur est de la semblance de la saveur de origane. Et ce qui est a eslire et prendre de luy est ce qui est frois recens et net. Luy mesmes de l’auctorité de Galien. Ce qui est en luy de plus grant secours et ayde c’est la semence d’icelluy. Et en sa saveur a petit de amertume et de acuité. Et sa vertus est que il eschauffe et seiche au tiers degré.

Les operations de ameos.

Dyascorides de l’auctorité Aben Mesuay dit que il provocque l’urine. Et est sa semence bonne contre fievres anciennes. Et quant sa decoction est mise dessus la poincture de le scorpion elle en oste la douleur. Et si est bon a l’estomach refroidy, et au foye : et oste l’opilation. Et si garde et empesche le vomissement appellé nausea qui se fait sur mer. Et deseche les humidités de l’estomach. Il est aussi bon a l’umidité qui est en la poictrine. Et si mundifie et purge les voyes des rains et de la vecye et extraict la pierre qui est en iceulx aprés que elle aura esté faicte et cree.(f°XVII, r°, col. b).

Le .XXIV. chapitre. De amidum ou amilum.

Amidum ou amilum est le jus et moille du froment. Et est dit amilum pource que il est fait sans meule. Doncques amidum ou amilum est la moille du froment lequel est lavé et broyé tant qu’il ait delaissé son ordure et son. Et puis est mys avecques eaue en ung vaisseau et puis pressé et coulé. Et aprés qu’il sera coulé en un g vaisseau comme boe : mise de l’eaue dedans soit deseiché au soleil. Et aprés ces choses soit legierement estraint. Cassius Felix au chapitre de amilum. Amidum est de chaleur temperee et humide. Lequel est ainsi fait. On prent froment et le mect on tremper en eaue froide et y demeure nuyt et jour. Et de jour en jour l’eaue soit ostee et remuee jusques a tant qu’il semble que le froment soit tout pourry. Et puis soit ostee l’eaue et soit le dit froment trés bien broyé, et avecques celle eaue trés bien confit soit trés bien coulé par ung drappeau et soit mis au soleil affin qu ’il deseiche jusques a tant que toute l’eaue soit toute consumee et hors, mais il convient que avant que on le laisse du tout seicher que on renouvelle souvent et par plusieurs fois l’eaue affin qu’il soit blanc. Et adoncques soit l’eaue puree et l’espes qui demeure et reside au fons soit laisser seicher et endurcir,(f°XVII, v°, col. a) ce est amidum. Serapion au livre des Aggregations au chapitre de amilum. Amilum refroidist  et deseiche plus que ne fait le froment. Et le meilleur est celluy qui est fait en esté. La maniere de son operation et de le faire est telle. Pren du froment, et le purge et nectoye trés bien : et le metz en eaue doulce et le lavez d’icelles eaux. Et puis aprés oste celle eaue de laquelle tu l’as lavé, et y remetz d’autre eaue et fais en ceste maniere cinq foys par jour, et se tu peuz fais le autant de foys par nuyt. Et quant il se mollifie il fault que tu gectez l’eaue doulcement sans riens troubler ne aucune agitacion faire affin que avecques l’eaue il ne s’en voise et sorte aucune chose du laict. Et aprés que tu auras tout ce fait foule le avecques les piedz et gecte celle eaue. Et ce qui nagera dessus l’eaue du son et ordure concueille le avecques une cacce ou cuillier persee et laisse le residu. Aprés qu’il aura esté nectoyé et purgé de son bran et ordure et aura esté coulé : metz le dessus des tuilles neufves : et le metz et exhibe au soleil. Et si aucune humidité estoit demouree en luy : metz le dessus le feu. Sa saveur est aigre et est sa vertus de petite chaleur : mais il est composé de vertus contraires. Car l’une vertus est froide pour cause de l’aigreur et acetosité qui est en luy. Et l’autre est chaulde pour la chaleur de luy qui est de la farine qui est en luy de la chaleur pourrissante. Certes le amidum est trés bon qui est frois et nouveau, blanc, doulx et souef sans nulle aigreur et maulvaise odeur.

Les operations de amidum.

Dyascorides. Amilum est convenable pour les reumes des yeulx c’est la chaleur des humeurs qui chiet sur les yeulx. Et si les fait domourer et abstenir. Il remplist les haultes playes es yeulx, et si toult et oste les arrousemens et humeurs des yeulx. Il est ung singulier remede quant il est beu a ceulx qui font et gettent sang. Il adoulcist les chaleurs et aspretés des humeurs des arteries. Quant il est meslé avecques laict il estraint trés grandement le flux du ventre. Et peut legierement restraindre pour laquelle chose il est meslé es medicines appellés colyres qui estraignent (f°XVII, v°, col. b) les larmes des yeulx. Il est valable semblablement contre les apostumes des membres qui sont ditz espirituelz qui sont le cueur et le poulmon. Et vault aussi contre la toux cuyt en eaue d’orge avecques laict d’amendes et y sont adjoustees penicles qui sont confitures faictes de succre. Serapion. Amilum est prouffitable contre les humeurs qui decourent aux yeulx, et aussi aux navreures qui sont dictes selfeoles. Et quant il est beu il detranche et abstraint le sang qui vient de la poictrine. Et si adoulcist l’aspreté de la gorge. Et quant il est meslé et mis avecques du laict en aucune viande il fait ceste mesme chose.

Le .XXV. chapitre.De amigdala  amande.

Ce nom amidala est grec. En latin est appellee nux longua. Et en françois on les nomme amandes. Devant tous autres arbres il est le premier qui flourist, et previent les autres a porter pommes arbustes. C’est a dire son fruict. Et est cy a noter que tout fruict est dit pomme. De ces amandes aucunes sont doulces, et les autres ameres (f°XVIII, r°, col. a). Mais les laboureurs dient povoir mediciner cestuy genre et luy oster l’amertume. Ilz prenent la racine et la broient, et puis la mettent au moyen tronc de l’arbre lequel est appellé picea. Laquelle chose ainsi faicte l’amertume du jus est ostee. Ces choses dit Ysidore. Plinius au second livre. Aucuns arbres germent et boutonnent les premiers et entre les derreniers se despouillent, comme sont l’amandier, fraxine, et sambuce. De tous les arbres qui conçoivent l’iver venant : le premier de tous l’amandier flourist au moys de janvier. Au moys de mars ses pommes et fruictz se meurissent. Et pert facilement l’amandier son fruict devant qu’il soit meur. Et semblablement aussi fait le figuer et la palme. Du livre de la nature des choses. L’amandier habonde en lieux secz en fruict : et en lieux frois l’arbre vieulx ne peut flourir et nye l’abondance et plantureté des fleurs.

Les operations de amigdalus. Amande.

Plinius au .XXIIII. livre. La racine de l’amandier amer cuyte, corrige et nectoye en la face la peau et fait plus joyeuse couleur. Le fruit et les noix font sommeil et aviduité. Avicenne. Quant l’arbre des amandes ameres est broyé trés bien et est meslé avecques vin aigre et huylle rosac : et de ce est faicte emplastre et mise sus le fronc ce est prouffitable contre la douleur de la teste appellee soda. Sa racine aussi cuyte et mise et vingte sus un drappeau est une forte medicine pour la douleur de la teste. Constantin au Livre des degrés. La racine de l’amandier amer mise en pouldre et broyee et mise et temperee avecques vin aigre est ung bon oignement contre lentiles roignes et dartres. Et contre toutessordicies et ordures de la peau, et mesmement contre morfee. Quant elle est donnee a boire avecques vin elle guerist de la toux et si ront la pierre et attire. Dyascorides au chapitre de amigdalis. L’arbre des amandes doulces est de plus de bile operation que n’est l’arbre des amandes ameres. Et les amandes ameres sont subtiliatives et provocatives de l’urine. Serapion au chapitre de arthigenis. Les amandes doulces sont chauldes et  humides au premier degré //.(f°XVIII, r°, col. b). Luy mesmes de l’auctorité Mesuay. Quant elles sont mangees avecques leur escorce elles estraingnent les gencives, et si ostent et guerissent pour cause de leur ponticité ce de mal qui peut eschoir en la bouche. Et quant elles sont mangees avecques succre elles descendent de l’estomach. Et quant seches elles sont broyees, elles sont plus convenables a l’estomach, et augmentent le sperme ainsi comme avelaines et sistices. Luy mesmes de l’auctorité Albugerig. La gomme d’icelles est administree ainsi comme est la gomme arabicque et celle de prunes. Galien au .VI. livre de Simplici Farmatia au chapitre de  amigdalis. Les amandes doulces ont en elles une amertume occulte laquelle ne apparoist point, car doulceur vaint en elles, mais certainement quant elles deviennent vieilles elle apparoist manifestement . La vertus d’icelles est temperee avecques chaleur. En elles certes vault le mieulx la substance subtiliative et abstersive. Par laquelle elles purgent les entrailles et le poulmon et la poictrine, et si font expulsions des humeurs. Rabi Moyses au chapitre de amigdalis. Les doulces amandes provocquent sommeil temperé. Et ce qui est cuit avecques elles amoitist le ventre. Elles sont louables et saulvent la substance du cerveau.

Le .XXVI. chapitre. De anacardus.

(f°XVIII, v°, col. a)
Anacardus. Aucuns medicins qui ne sont pas scavans dient que anacardi sont poux de elephant, mais ce est faulx, car ce sont fruictz d’ung arbre qui est appellé pedicule de elephant. Avicenne au second livre. Anacardus est ung fruict semblable a l’os d’une dacte, et est sa moille semblable a la moille d’une noix doulce, en laquelle n’y a riens qui soit nuysable. Et son escorce n’est pas espesse, mais rare en laquelle rarité y a miel visqueux ayant odeur. Et sont aucuns hommes qui le maschent et manguent et si ne leur nuyst en riens ne ne fait nul mal, et proprement quant il est prins avecques noix. Ilz sont chaulx et secz au quart degré.

Le operations
de anacardus :

Avicenne. Le miel de anacardus est ulceratif des apostumes et adustif du sang et des humeurs. Il destruit et esrache les verrues et si oste et guerist la morfee blanche que on dit albaras. Aussi esrache et cure les macules qui se font en la face, et mesmement aux jeunes enfans pour avoir mangié du pain que les souris ont mangé qui sont appellees barules. Et si sane et guerist de alopicie fleugmatique. Il esmeut aussi les apostumes chauldes qui sont es interiorités du corps. Il est prouffitable contre la froidure des nerfz et a la molification d’iceulx et aussi a paralisie et a torture. Contre corruption de la memoire et oubliance est prouffitable quant on prent la confection notable des anacardes. C’est assavoir, soit cuyt castoreum en fort vin aigre : puis y soit adjousté l’umeur des dis anacardes et soit getté dehors le castoreum et de ce soit oingte la partie de derriere le cerveau. Mais on doit faire premierement sacrification, ce sont menues incisions a la flamete. Toutefuoyes il esmeut alienation et melancolie. Soient les emorroides de icelluy anacardus suffumiguees et estuvees et elles se deseicheront. Il est en somme des choses venimeuses et brusle et art les humeurs et donne la mort . Et est son tiriacle le laict de vache duquel le beurre aura esté osté. Et l’uylle de noix destruit et rompt sa vertus. En lieu de luy est mis le quintuple du poix d’icelluy de //(f°XVIII, v°, col. b) de badahas et  le quatriesme du poix d’icelluy de huille de basine et le troisiesme du poix d’icelluy de napta alba.

Le .XXVII. chapitre.De anetum  anet

Anet est une herbe qui croist es jardins et est odoriferante. Le Plateaire. Principalement est convenable en l’usage de medicine la semence de anet. Secondement la racine. Et tiercement l’erbe. Palladius. On seme le anet au moys de fevrier en lieux frois. Il seuffre tout l’estat du ciel, c’est a dire froit et chault. Mais il est recueilly et mis a saulveté en bonne attrempance et tiedeté. Il le fault arrouser sie la pluye luy deffault. Il ne le fault pas semer espés mais rare. Et sont aucuns qui ne le couvrent point disans et opinans que il n’est touché de nul oyseau. Serapion au livre des Aggregations au chapitre uebet, c’est a dire anet. Anet est de tous congneu. Sa vertus est que il eschauffe en la fin du tiers degré et deseiche au commencement du second. Galien au .VI. livre des Siples Medicines selon la translation grecque. Anet eschauffe tant tousjous que on le doit cuider estre chault en la fin du second degré, ou au commencement du tiers. Et en secheres//se (f°XIX, r°, col. a) est a l’entree du second degré ou a la fin du premier.

Les operations de anet.

Serapion. Anet meritablement est diaforetique, car il espart les humeurs. Il fait avoir sommeil et non moleste dormir. Et si est digestif des humeurs crues et non digerees. L’uylle qui est faicte de luy approuche des medicines aperitives et digestives, sinon qu’elle est ung pou plus chaulde que lesdictes medicines et si est de subtiles parties, et pour ce est il diaforetique, c’est a dire il depart les humeurs et vapeurs insensibles et les appetice tellement que elles s’en vont invisiblement. Et quant il est ars et calcine il fait calesactif et sec au tiers degré. Et pour ce quant il est mis aux playes moistes et molles il leur donne effect, et mesmement a celles qui sont es lieux honteux. Et doncques a ces choses il le fault diriger plus humide et moins sec, il est fort bon et aussi comme plus digestible, et si fait avoir sommeil et voulente de dormir. Luy mesmes Serapion de l’auctorité Aben Mesuay. Anet est chault. Il fait avoir voulente de dormir, et est son huille bonne aux ventosités. Et quant sa semence est mise en la bouillie, elle multiplie le laict. Mais quant elle est toute seule prinse, elle diminue le sperme, et si debilite la veue, mesmement quant on en use trop souvent. Paulus au chapitre de anet. La decoction de anet beue vault et est prouffitable a ceulx qui ont strangurie et dissurie, c’est quant on ne peut faire son urine sans douleur. Et quant on fait ung sirop de la decoction d’icelluy avecques succre : ce leur est moult plus prouffitable quant il est beu. Plinius au .XX. livre. Anet esmeut et renvoye la saveur de la viande mangee a la partie du gorier ou est la viande digeree appellee ructa, et la est cemigee et envoyee a l’estomach. Il appaise les tormens de la pensee, et retient le nourrissement. La cendre d’icelluy lieve et oste le raisin de la bouche, c’est une charneure qui vient en la bouche et pend en la maniere d’ung raisin, et est appellee vua. Elle griefve des yeulx et empesche la veue, et si garde de engendrer. Contre emorroydes pren de la pouldre de ortie et de la pouldre de anet, et les confis avecques miel. Et de ce oings les emorroydes.//(f°XIX, r°, col. b).

Le XXVIII. chapitre : De anteflorum ou fleur de vigne saulvage.

Anteflorum ou fleur de vigne saulvage, ou fleur de vitissus sont une mesmes chose. Dyascorides au chapitre evantium, c’est anteflorum ou fleur de vigne saulvage. Quant la vigne saulvage ou anteflorum commence a flourir : il fault cueillir ses fleurs et les deseicher. Ceste vigne est par une autre nom appellee lambrusca. Les fleurs d’icelle sentent treffort bon et sont deseichees en l’ombre. Et il les fault mettre en ung pot et les garder. Le meilleur croist en Syrie.

Les operations de la fleur de la vigne saulvage.

Dyascorides. La vertus de la fleur de la vigne saulvage est stiptique. Se elle est beue elle est eustomatique et diuretique. C’est  a dire reconfortative de l’estomach, et ouvre les vaynes intrinsecques, et destouppe les conduys de l’urine. Il restraint le ventre. Et si estanche le sang a ceulx qui le dejectent. Et quant il est beu et mis dessus l’estomach il oste et amen//de (f°XIX, v°, col. a) la puanteur de la bouche. Il fait en l’estomach bonne digestion. Quant il est meslé avecques huille et vin aigre et est de ce faicte fomentacion c’est a dire eschaudiement, il oste la douleur de la teste. Le jus vert d’icelluy mis en amplastres guerist les playes nouvelles qui sont sans pourriture. Il guerist les egilopes des yeulx. Ce sont cloz ou bosses qui viennent es angletz des yeulx. Il est prouffitable et utile aux playes de la bouche et gencives. Il conduit et mayne les playes jusques a parfaicte santé avecques luy adjouste miel, huille rosat, et saffren et mirre. Il est necessairement mis es medicines appellees pessaires et estraint le flux de la marris pessaire fait d’icelluy. Pessaire est quant une femme est malade de la maris, et on met aucune medicine dedans la dicte marris en clere substance, l’instrument a quoy on la met a nom pessaire, et aussi a celle medicine. Il toult et suspend la reume des yeulx, c’est a dire l’eruption des humeurs cheantes es yeulx. Quant il est mis en emplastres sur l’estomach, il dissoult l’indigestion d’icelluy. Et principalement quant il est mis et meslé avecques boullie et vin. Et quant il est bruslé en ung pot avecques charbons soit bien meslé et mixtionné es medicines appellees collyres. Il purge des pavaricies des yeulx, ce sont petites apostumes trés agues qui viennent es yeulx. Et aussi purgent les pterigies qui sont les ongles qui viennent en l’oeil. Il guerist et sane quant il luy est adjousté du miel la reume et playes des gencives.

Le .XXIX. chapitre De anisum   anis.

De anis est dit en latin anisum. Le Plateaire. Anisum lequil par ung autre nom est appellé commin doulx est la semence d’une herbe laquelle est semblablement appellee anis. Elle est chaulde et seiche au tiers degré. Et si a vertus de dissouldre et consummer. Diascorides au chapitre de aniso. Anis est de vertus fervente, c’est assavoir chaulde et seiche et de nature incensive. Serapion au livre des Aggregations au chapitre ancisin de l’auctorité de Dyascorides. Le anis qui est en frois et nouveau et //(f°XIX, v°, col. b) fig. qui a gros grains et plains est bon. Et n’est pas escorche ou escaille quant il est broyé de escailles semblables a son ou bran. Et a une bonne odeur et forte. Icelluy qui croist en l’isle de Cretense est le meilleur. Et puys aprés est le meilleur celluy qui est babiloinque et qui croist en Babiloine. Celluy qui croist en Espaigne est le moindre et le pire. Ce qui est le meilleur de toute la plante et le plus aydant est la semence. Galien au .VI. livre des Simples Medecines au chapitre de anis. La saveur de l’anis est ague et ung petit amere, et sa vertu eschauffe et deseiche au tiers degré. Pource doncques est il diuretique, c’est adire il ouvre les vaines intrinsecques et destouppe les voyes de l’urine. Aussi il oste les ventosité du ventre. Avicenne au .II. livre au chapitre de aniso. Anis est la semence du fenoil rommain de plus grande acuité que n’est nabat. Et celluy qui est le plus pesant est le meilleur. Il est chault et sec au tiers degré.

Les operations de l’anis.

Dyascorides. Pource que anisum a la vertu de faire uriner et de dissouldre. Il est prouffitable et medicinable a ceulx qui ont //(f°XX, r°, col. a) jaunisse ditz ycteriques. Il oste la soif. Et quant il est beu il resiste contre le venim et l’empesche. Il vault contre ventosités et enfleures. Et si restraint le ventre et est bon contre le vice de la marris et fait yssir les fleurs aux femmes. Il provocque et fait croistre le laict aux femmes. Et quant il est beu il vault contre la douleur des boyaulx et lasche et aguillonne le ventre. Quant on en fait fumee et en est fumigation faicte es narilles et nez il oste la douleur de la teste. Anis aussi vault contre la douleur de l’oreille et la pacifie quant il est meslé avecques huille rosat et mie en l’oreille. Et si oste la douleur et ventosité du ventre. Le fort bon anis est celluy qui croist en Crethe. Et puis aprés celluy d’Egipte. Celluy qui croist en Galle est le trés souverain Paulus au chapitre de aniso. Contre lividité et  noirceur venant de coups et batures. Soit anis broyé avecques commin et puis soit celle pouldre incorporee avecques cyre, et soit mis chault dessus la noirceure. Semblablement anis beu ou mangié es viandes augmente et accroist le laict aux femmes et le sperme et semence aux hommes, et si ouvre et eslargist les conduitz et voyes par sa chaleur. Aussi il nectoye et mundifie l’umidité de la marris. Almansor au .III. traictié au chapitre de aniso. Anis est de nature si chaulde que il est dissolutif de ventosités. Il destouppe et ouvre les opilations du foye. Et si esmeut et aguillonne de vouloir le habiter charnellement et augmente le sperme. Et fait ceste operation pource qu’il eslargist les voyes par sa chaleur. Serapion au livre des Aggregations de l’auctorité de Dyascorides. La vertus de anis est desiccative et calefactive. Il expelle les ventosités du corps et en ost la douleur. Il provocque aussi l’urine et la sueur , et est prouffitable contre ydropisie. Anis quant il est beu oste la soif qui est causee de humeurs salees. Il est aussi convenable contre venin et enfleures et restraint le ventre. Et si decouppe et guerist les humidités blanche qui fluent et decourent de la marris que communement on appelle fleurs blanches. Et aussi provoque et fait venir le laict. Anis aussi incite a luxure et libidineté, et quant la fumigation de sa vapeur est odoree. Il oste et guerist la douleur de la teste. Quant anis est broyé et meslé avecques huille rosat et est distillé et mis en l’oreille il cure et nectoye ce //(f°XX, r°, col. b) qui dedans icelle oreille a de ma l soit chose venue d’avanture ou de frappure et blesseure, et si en oste la douleur. Luy mesmes de l’auctorité Bugeri. Anis destoupe les opilations du foye, de la rate, des rains et de la marris, et si nectoye et mundifie les voyes qui sont opillees des humeurs. Et pource il est prouffitable contre les fievres anciennes, et a en soy une acuité prouchaine de adustion par quoy il dissoult les ventosités, et mesmement quant il est roty et fricace. Avicenne. Anis est aperitif avecques une petite stipticité. Et si est tolleratif de douleurs : et resolutif de ventosités. Et principalement quant il est roty et fricace. Et est en luy aucune acuité par laquelle il est fait voisin des medicines adurentes et ardantes.

Le .XXX. chapitre. De l’erbe appellee antillis.

Antillis est une herbe de laquelle on fait sel alkali. Dyascorides. Ilz sont deux genres et manieres de ceste herbe antillis. L’une a les fueilles semblables a une herbe appellee //(f°XX, v°, col. a) lenticule. L’autre a les fueilles semblables a ung arbre appellé camepithi, c’est ung petit pin. La premiere a le tronc et la hance haulte et eslevee de deux palmes avecques fueilles molles. Sa racine est tenue deliee et plus petite de l’autre. Elle croist en lieux herbeux et solaires et a le goust sallé. La seconde a les fueilles et les branches semblables a camepithi, c’est ung petit pin, mais elles sont plus aspres et moindres. Elle a la fleur purpuree et l’odeur grave et est sa racine semblable a cicoree.

Les operations de antillis.

Galien au .VI. livre des Simples Medicines au chapitre antillis. Deux manieres sont de antillis, mais touteffois les deux deseichent moyennement si que elles rejoignent et solident les playes et ulceres. Celle qui est semblable a camepitheos touteffois est de plus subtilles parties que n’est l’autre, si que elle convient et est prouffitable a ceulx qui sont malades de epilencie, c’est qui cheent du mal Saint Jehan. Et est aussi ceste cy plus abstersive et nectoyante que n’est l’autre. Almansor au .III. traictié au chapitre usuen, c’est antillis. Antillis est chaulde et seiche, si que elle ouvre et destoupe les opilations. Et si corrode et mange la chair superflue universellement est assavoir que de toutes ces herbes qui ont bonne odeur les plusieurs sont chauldes si non celles des quelles est sentu ce que nous avons dit. C’est assavoir froideur manifeste, sicomme elle est sentue en eaue rose, et en camphre et en sandal.

Le .XXXI. chapitre. De anthos ou rosmarin.

Anthos ou rosmarin qui est tout ung sicomme dit Serapion au livre des Aggregations au chapitre laieralmarien, c’est a dire anthos est ung arbre de mer, et est alpinalfac et xacola. Et dit de l’auctorité de Dyascorides. Ilz sont troys especes de rosmarin ou anthos. L'une d’icelles a semence laquelle est nommee fachi. Et a les fueilles semblables aux fueilles de maratri, sinon que elles sont plus larges et ung petit plus grosses et se estendent sur terre en rondeur et sirculai// fig. rement (f°XX, v°, col. b). Elle a bonne odeur et est la longueur de son tronc d’une brassee et plus : et si a moult de rameaulx et branches sur les haultesses et summités des queles sont petis capitelles esquelz est la semence qui est blanche semblable a la semence d’une plante nommee spondilion et est ladi te semence nette et anguleuse : et si est de ague saveur : et son odeur est semblable a l’odeur de rasine de pin. Et quant elle est maschee elle picque a la langue. Sa racine est moult blanche de laquelle l’odeur est ainsi comme odeur de encens. Il en est une autre especes semblable a celle devant dicte sinon que sa semence est large et noire semblable a la plante nommee spondilion et a bonne odeur, mais elle picque la langue, et si a la racine par dehors noire et par dedans blanche. Et en est aussi une autre espece semblable a celle devant dicte, sinon que elle n’a point de tronc, ne de semence ne de fleur et croist es montaignes nommees libanes et en lieux pierreux et champestres. Ysidore. Les latins appellent rosmarin a son effect herbe salutaire. Elle a les fueilles semblables a fenoil et sont aspres, et si sont en terre prosternees en rondeur. Le Plateaire. Rosmarin est herbe chaulde et seiche de laquelle les fueilles et fleurs sont convenables a l’usaige //(f°XXI, r°, col. a) de medicine. Sa fleur est dicte anthos, de laquelle est fait le electuaire qui est nommé dyanthos. Elle croist en lieux marins, parquoy elle est nommer rosmarinus. Elle a vertus de conforter par son aromaticité. De dissouldre par sa chaleur. De mundifier, nettoyer et consumer par sa seicheresse. Et si a vertus diaforetique par sa chaleur aperitive et destouppante. Et pource que elle est dicte estre chaulde et seiche de son excés en qualités n’est point determiné des aucteurs. L’erbe mesmes est dicte libanotides ou dendrolibanum. Aucuns toutefuoyes dient que c’est une herbe. Et quant il est trouvé es receptes de medicines anthos ou rosmarin, on doit prendre et mettre les fleurs ou les fueilles de libanotides ou de endrolibanum. Les fleurs deseichees au soleil se gardent par ung an en moult grant efficace et bonté. Et semblablement sont les fueilles.

Les operations de anthos ou rosmarin.

Contre pasmoison et que le cueur fault qui est une maladie appellee sincope. Et aussi contre cordiaque passion. Et est quant une personne a maladie enracinee au cueur de longtemps et que le cueur tremble et halecte. A ceulx qui ont telles maladies soit donné dianthos avecques du vin et y soit adjousté de la pouldre de l’os du cueur de cerf. Ou soit faicte decoction dudit rosmarin avecques vin ou eaue rose, et soit donnee la dicte decoction au pacient. Contre la froidure ou debilité du cerveau. Soit rosmarin cuyt en vin, et puis le pacient et malade la teste descouverte reçoyve la fumee d’icelle decoction. Contre l’umidité et moicteur de la luette qui est appellee en latin vua, pource que elle pend en façon de rasins. Et est une chose charnue qui croist en la bouche. Soit rosmarin cuyt en vin ou vin aigre et de ceste decoction soit fait gargarisme. Ce deseiche la dicte humidité et moicteur. Contre la froidure de l’estomach, et aussi pour conforter la digestion. Soit donné dianthos ou le vin ou que l rosmarin ou mastic auront esté cuytz. Contre la douleur de l’estomach et du ventre causee de ventosité : soit donné le dit vin ou rosmarin aura esté cuyt avecques du commin. Il est a noter comme il appert par les synonimes //(f°XXI, r°, col. b) que les grecz prennent cestuy anthos pour toute fleur, mais nous le prenons proprement pour rosmarin ou libanotidos.

Le  XXXII. chapitre. De l’erbe appellee ancusa

Ancusa est une herbe de laquelle la racine broyee deturpe et infect les doys. Et est de couleur rouge et sanguine. Et pource est elle en usage aux paintres pour faire couleur purpuree. Comme il est dit en l’erbier. Il est de deux manieres de ancusa. L’une que on appelle affabatan. Et l ’autre qui est moult convenable et utile en medecine. Ceste cy croist enclinee et pressee en terre et a les fueilles espineuses, et si n’a point de tronc ne de hance. Elle est cueillie au moys de fevrier. Dyascorides. Deux genres sont de ancusa. L’une a les fueilles semblables a laictues : mais elles sont plus agues et aspres et entieres et espineuses. Sa racine est de la grosseur d’ung doy et est de couleur sanguine. Et si infect et deturpe en esté les doys. Elle croist en lieux cultivez et labourés en Egipte, et a ses fueilles espartes et espandues sur terre. Elle est de vertus redarguente. Et si guerist sa racine de brusleure et arsure.//(f°XXI, v°, col. a).

Les operations de ancusa.

Dyascorides. Ancusa meslee avecques cyre et huylle cure et guerist parfaictement les playes des rains. Quant elle est mise avecques polente ou boullie sur le feu faict elle le destaint et guerist. Et quant elle est mise avecques vin aigre dessus les macules du corps et la lepre : elle les mundifie et purge. Aussi quant elle est mise par dessoubz sur la marris de la femme elle provocque et fait decourir les fleurs. Et si fait advorter. L’eaue ou elle aura esté cuycte est prouffitable et droictement doit estre administree et baillee aux femmes qui sont steriles. Aussi ayde moult a ceulx qui ont douleur aux rains ditz nefretiques. Et pareillement aux splenetiques. Ce sont ceulx qui ont douleur en la rate. A ceulx qui ont fievre soit donnee avecques vin. Les fueilles d’icelle beues avecques vin estraingnent le ventre. Et si guerist la decoction de la dicte herbe ung membre corbe et curue. La racine d’icelle cuyte en huylle et cire est prouffitable et medecinable contre brusleure et arseure.

Le .XXXIII. chapitre. De l’erbe appellee apium. ache.

(f°XXI, v°, col. b)
Apium : c’est ache. Ysidore au livre des Ethimologies. Ceste herbe est nommee et dicte apium : pource que on en couronnoit les testes des anciens. Hercules fut le premier qui porta entour la teste ceste herbe. Avicenne. Apium. L’ung est des montaignes. L’autre est champestre. L’autre domestique. Et ung autre qui croist en eaue.Et est cestuy moindre que le domestique, duquel est la vertus pareille a celluy qui est domestique. Il en est ung autre espece qui est nommé sumurion, qui est moindre que le domestique. Et a la cuysse et branche concave declinans a blancheur. Le plus fort est celluy qui est rommain des montaignes. Il est chault au premier degré et sec au second. La Pandecte au chapitre .L.. Ilz sont plusieurs especes de ache ou apium. L’ung est domestique ou de jardin. L’autre est apium emorroidarum. Aprés est ung autre apium qui est dit cerefolium. Et ung autre apium champestre. Et est apium de Hespaigne. Ung autre apium de Perse. L’autre est apium saulvage. L’autre apium de montaige. Et est aussi apium aquatique. Aussi apium rustique. Et si est ung apium qui est dit regalia. Et apium domestique qui croist es jardins, et est congneu de tous. Lequel Ysidore appelle apium de jardin. Lequel est chault au commencement du tiers degré, et sec au millieu d’icelluy degré. C’est une herbe assés commune. De laquelle la semence est de plus grant efficace. Puis aprés sa racine. Et puis aprés l’erbe. Et pource quant on treuve es receptes de medecine. Recipe apii. Que on preigne apium sans autre addicion : on doit mectre la semence : laquelle de plusieurs est appellee selinum, combien que toute l’erbe soit ainsi appellee. Palladius. Yposelinum est une espece de ache, et est plus dur et plus austere. Aussi en est une autre espece nommee oreoselinum qui a la fueille molle et la branche tendre, lequel croist es fosses et lacz ou il y a eaues. Et aussi y a une autre espece nommee petroselineum, lequel croist principalement en lieux aspres et pierreux. Tous ces genres icy de ache pevent avoir ceulx qui sont diligens en jardinage et cultivement. Constantin. Il est ung genre aussi de ache : lequel vulgairement on appelle cerifolium : c’est cerfueil duquel sera dit cy aprés.//(f°XXII, r°, col. a).

Les operations de apium. Ache.

Apium domestique, c’est l’ache qui croist es jardins provocque l’urine et les fleurs aux femmes et resolve les ventosités. Et mesmement la semence d’icelle. Le jus d’ache auquel on a cuyt saxifrage vault a ceuxlx qui ont  strangurie qui pissent goute a goute. Et a ceulx qui ont dissurie qui ne pevent pisser. Ou soit ainsi fait saxifrage, grinul qu’on appelle grains de soleil ou millet de soleil, filipendule, et la pierre du linx soient cuytz en jus d’ache, puis soit coulé, et en la couleure y soit mis du succre et fait sirop. Lequel soit au matin donné avecques eaue chaulde a iceulx passiens. Contre litargie et frenesie. Le jus de ache champestre vin aigre et huylle de violatz ou de roses soient meslés ensemble et fait bouillir au feu en ung vaisseau de voirre. Puis de ceste huylle chaulde soit oingte la teste du pacient qui sera malade de litargie et frenesie, mais que la teste soit reze premierement. Le jus d’ache ou on a cuyt tamarie destouppe et dissoult les opilations du foye et de la rate, et aussi la durte, mais proprement de la rate. Autre remede a ce. Soient cuites les racines d’ache, de percil et de fenoil. Et en soit donné la decoction au pacient. Contre jaunisse. Soit fait sirop de jus d’ache et de jus de cicoree domestique appellee scariola et soit donné avecques eaue chaulde. Contre ydropisie. Soient les racines d’ache et de fenoil boullus en jus de fume terre, et de l’eaue de la decoction et cuyture avecques succre soit fait sirop. Il degaste et consumme la fleugme merveilleusement. Soit ainsi fait le sirop qui ensuit a ceulx qui ont ydropisie dicte lencofleugmance ou yposarca. Prens du jus d’ache une livre, du jus de scariolaires, c’est cicoree domestique demye livre, de mastic une once, et soient cuytz et coulez, puis y soit mys succre et en soit fait sirop. Et en la fin de la decoction y soient mises deux dragmes de la pouldre de esule, et de la pouldre de reubarbe demye once. Et soit donné au matin avecques eaue chaulde. Contre amphimerine, c’est fievre quotidienne. Soit premierement faicte purgacion. Et aprés soit cuyt agaric avecques jus d’ache en la pomme de coloquintide ou en la racine dicte malum terre : c’est pain a porc. Et soit la dicte racine evacuee ou cavee. Et celle decoction soit donnee // (f°XXII, r°, col. b) tous les jours au pacient. Il est a noter que ache est nuysable aux femmes grosses, car par sa grant force et vertu elle derompt et arrache les lyemens et retenacles de l’enfant dont il est retenu et lye en la marris.

Le .XXXIIII. chapitre. De apium silvestre. Ache champestre.

Apium silvestre. Ache champestre. Galien au .VIII. livre des Simples Medecines. Apium silvestre. Aucuns l’appellent apium selinum ou equinum. Les autres le nomment apium alexandrinum. Et est d’ung mesme genre avec selinum et petroselinum, et macedonicum, mais il est plus fort que n’est apium selinum, et plus foyble et debile que celluy qui est nommé petroselinum. Ung chascun d’iceulx toutefoyes provocque et attrait les fleurs aux dames. Et si font uriner.

Les operations de apium silvestre.

Apium silvestre. Ache champestre a sa vertus en sa semence. Avicenne. Ache champestre est ulcerative et nuysable, et est convenable a ceulx qui sont plus eschauffez. Ache champestre est prouffitable contre alopicie et //(f°XXII, v°, col. a) empesche de cheoir les cheveulx. Et aussi guerist les incisures et fendure qui viennent de froit, et les verrues et poreaulx. Apium champestre mise en emplastre navre et fait playes. Et est prouffitable contre roigne et gratelle. Et aussi contre une maniere de gratelle rampante nommee en latin impetigo. Ceste gratelle est communement appellee dartre. Et est convenable aussi aux playes et navreures jusques a la sigillation. Elle nuyst a ceulx qui sont malades de epilencie et cheent, car elle deseiche les humeurs et les esmeut et fait monter a mont. Quant les poissons sont malades dedans les estangs et viviers : il leur fault donner de l’ache champestre toute verte, et ilz en seront recreez et gueris. La semence de l’ache champestre beue avecques vin vault et est prouffitable contre les opilations de la rate et du foye.

Le .XXXV. chapitre.De apium rusticum. Ache rustique.

Apium rusticum est celluy qui est dit regalia. Et est une herbe de laquelle le jus est mis en certaine confection pour les ulceres et playes roigneuses en l’antidotaire virile.//(f°XXII, v°, col. b).

Les operations de cestuy apium rusticum.

Le jus de la racine de ceste herbe appellee apium rusticum arrousé de vin aigre vault et est prouffitable contre roigne et ulceration. Galien au .VI. livre de Simple Medicine au chapitre de ambrosia : ou apium rusticum. Apium rusticum a vertus et force stiptique et repercutive, et rejoinct et afferme les membres rarefiés ou eslargis. Le jus de ceste herbe joinct avecques miel vault et est prouffitable aux yeulx. Et quant ilz en sont oings les reconforte et ayde. Elle dissoult et derompt les opilacions du foye. Cestuy apium rusticum est resolutif de inflations, aperitif de opilations, et tolleratif de douleurs.

Le .XXXVI. chapitre. De apium emorroidarum, c’est ache des emorroydes.

Apium emorroidarum. Ache de emorroides. Galien au .VI. livre de Simple Medicine au chapitre botrachion dit. Apium emorroidarum. Ache des emorroides autrement dit botrachion est une herbe qui a les fueilles tachees de goutes quasi //(f°XXIII, r°, col. a) comme goutes de sang de melancolique. La racine et semblablement toute l’erbe est vehementement chaulde et seiche.

Les operations de apium emorroidarum.

Ceste herbe apium emorroidarum cuite en vin et mise en emplastre et icelle applicquee sur les fesses et en lieu propree seiche les emorroides enflees et fleugmatiques. Mais il est bien a garder que on ne face pas ceste chose pour le temps que elles fluent. Mais soit ceste chose faicte quant elles sont sans flux et elles sont enflees et en douleur. Ce espart la douleur et l’extension d’icelles vaines et deseiche l’enfleure. Et pour ceste chose il est appellé apium emorroidarum. Aussi il deseiche et escorche les roignes et la lepre : et les ungles lepreux.

Le .XXXVII. chapitre. De l’erbe appellee appios.

Appios, c’est camebalanos. Et seilon aucuns est dit rezfort ou raffane suvage et champestre est celluy de quoy il est parlé et escript au chapitre de raffane agreste. Dyascorides au chapitre de appios. Appios a deux branches ou troys visqueuses deliees et rousses. Et sont ses fueilles semblables a la rue : belongues petites et vertes. Sa semence est petite : et est sa racine semblable a celle //(f° XXIII, r°, col. b) de l’erbe appellee affodillis, mais elle tire sur le ront semblable a une bille ou pelote, et est plaine de humeur et larmes, et si est par dehors noire et par dedans blanche. Elle a deux de ses racines dessus la terre.

Les operations de appios.

Les racines de ceste herbe appios prinses et beues font vomir et ostent et exclusent la colere et la fleugme. Et si font aussi les dictes racines ceste mesme chose yssir et purger par le dessoubz. Elle oste toute la cause semblablement quant elle est prinse de toutes ces maladies. On doit cueillir son humeur et sueur appellee larmes en ceste façon. Couppe et incise ses racines : et avecques une pleume seiche recueille les goutes qui surmonteront et sueront : et quant tout sera recueilly metz les en ung vaisseau pour les garder. Dyascorides. Si on prent le poix de trois demyes matiles des dictes larmes de ceste herbe et on les boit elle purge le ventre : et aussi fait l’erbe. Les branches et ce de dessus la dicte herbe font vomir quant on les boit, et la racine et de ce dessoubz purgent le ventre.

Le .XXXVIII. chapitre. De l’erbe appellee aprostilla.

(f°XXIII, v°, col. a)
Aprostilla. Plinius au chapitre de aprostilla. Aprostilla est une herbe qui espant et gecte en terre deux ou troys gectons courvez et en façon de croches : et si sont rouges. Elle a ses fueilles semblables a la rue. Et ses racines ainsi comme ung oignon : mais elles sont plus amples et plus grandes. Et l’appellent aucuns raffane ou rezfort champestre ou saulvaige. Elle a par dedans la moille blanche, et par dessus et dehors elle a l’escorce noire. Elle croist es montaignes et aucuneffois en lieux umbreux et durs et aspres.

Les operations de aprostilla.

Plinius. Aprostilla prinse et beue purge par dessus et par dessoubz. Elle incite et provocque libidineuseté et appetit de fornication et euvre charnelle aux hommes et aux femmes. Et pour ceste cause elle est prohibee et desfendue aux nourrices.

Le .XXXIX. chapitre. De l’erbe appellee arthemisia.

Arthemisia, c’est armoise. Ysidore. Arthemisia c’est une herbe qui est consacree des gens a la deesse Dyane. Parquoy elle en a retenu le nom et en est appellee arthemisia, car en grec ce nom //(f° XXIII, v°, col. b) arthemis est a dire Dyane. Plinius au .XXV. livre. Arthemisia laquelle par avant estoit appellee parthenis ainsi nommee de arthemide sicomme aucuns cuident, et aussi appellee arthemisia pource que la femme du roy Mansole nommee Arthemisia voulut que ceste herbe fust ainsi appellee par son nom, et laquelle comme dit Plinius estoit par avant appellee Parthenis. Et sont aucuns qui cuident que elle soit ainsi appellee arthemisia de arthemide car elle est medicine privee et convenable a toutes les maladies et maulx des femmes. Dyascorides. Ilz sont trois genres et de trois manieres de armoise. L’une est appellee arthemisia monodos, c’est a dire la mere des herbes, et est fructifieuse et semblable a absinthium, c’est a dire aluyne : et a les fueilles plus grandes et plus grasses, et si a les branches longues. Elle croist en lieux sablonneux et pierreux. Et si florist au temps d’esté et sont ses fleurs petites et blanches qui sont ameres et de odeur grave. L’autre armoise est appellee tagetes. Et est ceste cy deliee et tenue avecques une menue semence et graine, et n’a seulement que une branche plaine de fueilles. Elle croist en lieux haulx et en plaine terre. Elle a la fleur de couleur melline qui est couleur tirant sus le miel et est deliee et tenue, et a comparoison de la premiere devant dicte plus joyeuse. Et est ceste armoise cy appellee des grecz tagetes ou tanacetum. Et nous en langue latine l’appellons thanasia, c’est en françois thanasie. La tierce arthemisia est appellee leptafillos. Et croist entour les champs et fossés. Elle est amere, et si on frote ses fleurs elles ont l’odeur de sansuce. On dit que Dyane trouva ces especes d’arthemisia ou armoise, et aussi leurs vertus. Et de ceste herbe donna Dyane a Centaurus lequel en esprouva les vertus et medicinemens en plusieurs. Et pource ceste dicte herbe print le nom de Dyane qui est dicte en grec Arthemis et fut appellee arthemisia. Elle eschauffe et deseiche. Galien au .VI. livre des Simples Medicines au chapitre de arthemisia. Ilz sont deux manieres de ceste herbe armoise, mais toutefuoyes toutes les deux eschauffent moyennement et deseichent. Et sont mises secondes en eschauffant, et en deseichant premieres intensivement ou commençant au second et si sont moyennement de subtilles parties.//(f° XXIIII, r°, col. a)

Les operations de l’armoise.

Dyascorides. Armoise a vertus purgative, aigre, attenuante, chaulde et ague. Sa decoction beue appaise et oste les causes des maladies des femmns. Elle fait fluyr et provocque les fleurs et menstrues d’icelles. Elle attire les secundines, ce sont les petites pellicules qui viennent avecques l’enfant quant il naist. Elle fait yssir et expelle les enfans mors du ventre de leurs meres. Elle espart et amollist la durté et constrictions de la marris et aussi toutes les enfleures. Quant elle est prinse et beue elle desrompt et depiece les pierres qui viennent en la vecie : et si provocque l’urine et fait pisser. L’erbe mesmes broyee et mise par nuyt sus le nombril de la femme fait fluyr les fleurs et menstrues. Le jus d’icelle mixtionné et meslé avecques mirre : et mys sus la maris fait semblablement fluyr les fleurs et toutes autres choses devant dictes. Ses fueilles ou fleurs deseichees et de ce beu trois dragmes ostent et pacifient les causes des maladies steriques, c’est a dire qui viennent en la pellicule et petite peau en laquelle l’enfant demeure et est enveloppé au ventre de sa mere nommee en latin stera. Qui portera cest herbe armoise avecques soy en cheminant il ne se travaillera point, ne ne sentira douleur du labour du cheminer. Quant ceste dicte herbe armoise est en une maison ou autre quelque lieu mise toute diablerie se en fuyt du lieu ou elle est. Et aussi vault elle contre maulvaise pensee, et destourne les yeulx de mal. Aussi la dicte her broyee avecques axonge, c’est vieil oingt, et de ce fait emplastre et mise sus les piedz qui se deulent du travail de chemin, ce leur oste la douleur et les guerist. Quant elle est mise en pouldre et elle est donnee a boire avecques eaue ou autre pocion nommee mulsa, elle oste la douleur des entrailles. L’armoise qui est appellee tragetes est bonne contre la douleur de la vecie. Et quant on en donne a boire du jus deux dragmes avecques vin ce guerist ceulx qui ont strangurie, c’est qu’ilz ne pevent pisser sans douleur et qui n’ont point de fievre. A celluy qui a fievres en soit donné a boire avecques eaue chaulde deux hanaps. Le jus d’icelle broyé avecques vieil oingt et vin aigre mis et lyé sus les costés par l’espace de trois jours en guerist //(f° XXIIII, r°, col. b) et oste la douleur. Pour faire ung enfant lié et joyeulx, pren de la dicte armoise tagetes et en fais fumee soubz le lict a l’enfant. Ce oste a l’enfant l’ennuy et toutes les incursions et fantasies de choses maulvaises. Contre la douleur des nerfz. Ceste herbe cuyte en huylle commune et mise dessus merveilleusement les guerist et ayde. Aussi contre la douleur des piedz griefvement travaillez ou quant aucun a esté mis es tormens, luy soit donné a manger la racine de ceste armoise avecques miel et elle le allegera merveilleusement, si que a paine scauroit on croire qu’elle eust telle vertu et si grande. Contre trambloison des membres et febricitans, soient les lieux malades oingtz du jus de ceste herbe meslé avecques huille rosat et chauffé, et ce les guerira. Si tu brises et frote ceste herbe elle a l’odeur de assa fetida. Galien. Toutes les deux especes de armoise se conviennent et sont semblables en vertus de desrompre et expeller les pierres qui sont es rains. Et aussi a eschauffer et extraire et attirer les petites pelicules qui viennent aprés l’enfant qui est nouveau né appellees secundines.