LA CHANSON DU DUC ERNST

Das Lied von Herzog Ernst

Transcrite, traduite
par Jean Carles (†) et
Claude Lecouteux

mise en page Denis Hüe




 

LA CHANSON DU DUC ERNST

Das Lied von Herzog Ernst

Transcrite, traduite par Jean Carles (†) et Claude Lecouteux

 

A la fin du XIIe siècle, Herzog Ernst, un roman d’aventures de 6022 vers, voit le jour. Il connut un succès considérable, sans doute parce qu’il rapporte un périple fantastique, met en scène la montagne d’Aimant, des monstres, notamment les hommes-grues, jamais mentionnés avant lui, qu’il introduit dans la littérature européenne. Caroline Cazenave a montré qu’Esclarmonde s’en était inspiré[1]. En voici le résumé :

            La belle duchesse Adelheit, devenue veuve très tôt, donne à son fils Ernst la meilleure éducation en même temps qu'une solide instruction. Le jeune duc grandit, entouré de l'affection de sa mère, du respect de ses vassaux et de l'amitié du fidèle comte Wetzel. Otto, souverain puissant et redouté du Saint-Empire, a perdu son épouse Ottegebe, princesse d'Angleterre et, sur les conseils de ses barons, demande la main d'Adelheit qu'il obtient avec l'accord du duc Ernst. Dès le début de cette nouvelle vie conjugale, les relations de l'empereur avec son beau-fils sont troublées par les calomnies de Heinrich, comte palatin du Rhin, qui est fort jaloux de Ernst. Otto prête une oreille complaisante à ces médisances et entre dans une grande colère. Malgré les conseils de sagesse que lui prodigue son ami Wetzel, le duc attaque Heinrich et en triomphe. En vain l'impératrice et les barons s'entremettent en faveur de Ernst ; l'empereur refuse d'accorder son pardon à celui qui vient de troubler la paix de l'Etat. Désespérant de voir son bon droit reconnu, le duc assassine le comte palatin à Spire et prend la fuite. Pendant cinq années le rebelle lutte contre son souverain ; il est frappé de bannissement et décide d'entreprendre, à la tête de mille guerriers, un pèlerinage en Terre Sainte, après avoir pris congé de sa mère éplorée.

            Ce roman pseudo-historique de 1.998 vers est suivi de la description encore plus longue (3.699 vers) des aventures fantastiques vécues par les voyageurs. Par la Hongrie et la Grèce où ils reçoivent un cordial accueil des souverains, ils s'embarquent sur la mer, essuient une tempête de laquelle seul réchappe le vaisseau qui porte le duc Ernst. Au bout de deux mois de navigation ils débarquent au pays de Grippiâ et découvrent un magnifique château abandonné de ses habitants. Les pèlerins y pénètrent, s'y restaurent à des tables mises, visitent la ville voisine puis rentrent à la forteresse. Bientôt un grand vacarme annonce l'arrivée d'une armée ; ce sont les occupants du château qui rentrent d'une expédition guerrière ; leur aspect est surprenant, car si leur corps a forme humaine, leur cou et leur tête sont semblables à ceux des grues. Les hommes-grues — ainsi les appelons-nous, mais l'épopée ne leur donne aucun nom précis — ramènent du pays d'Inde dont ils ont massacré le roi, la reine et toute leur famille, une princesse, seule rescapée de cette tuerie, dont leur souverain veut faire sa femme. L'aspect de la prisonnière est lamentable ; elle ne cesse de pleurer, refuse toute nourriture et subit avec dégoût les embrassades du monstre. Ernst et Wetzel assistent, dissimulés dans un recoin de la pièce, à cette scène tragi-comique. Ils sont enfin découverts et les hommes-grues, croyant avoir affaire à des amis de la princesse, la blessent grièvement à coups de bec. Lorsqu’Ernst et Wetzel peuvent intervenir, il est trop tard ; ils parviennent bien à tuer le roi et tous les assistants, mais la jeune fille expire dans leurs bras. Il ne reste plus aux héros et à leurs soldats que de prendre la fuite. Ils y parviennent à grand-peine, laissant sur le terrain cinq cents de leurs compagnons d'armes.
 
       D'autres aventures les attendent : leur navire, engagé sur la mer qui se coagule, ou mer betée » (lebermer), est attiré par une montagne mystérieuse, dénommée Magnes dont la propriété est de retenir les vaisseaux[3]. La famine décime l'équipage et il ne reste en vie que sept navigateurs, dont le duc lui-même. Les survivants ont remarqué que des griffons viennent du haut des airs s'emparer des cadavres ; il leur vient alors à l'idée de se faire coudre les uns après les autres dans des peaux de veaux marins ; les griffons, abusés, enlèvent ainsi les guerriers qui, parvenus à l'aire des monstres, se libèrent de leur enveloppe et s'enfuient.

        La petite troupe parcourt une grande forêt, découvre un fleuve et constate que ce dernier s'engouffre dans une montagne. Le comte Wetzel donne à ses compagnons le conseil de construire un radeau sur lequel ils montent et, se laissant porter par le courant, ils pénètrent dans la caverne. L'esquif est dangereusement ballotté dans l'obscurité d'une paroi à l'autre, mais bientôt des pierres précieuses, fixées dans la roche, illuminent le passage. D'un coup d'épée le duc en détache une ; il la rapportera plus tard en Allemagne où elle prendra place, sous le nom d' Orphelin » (weise) dans la couronne impériale.
       
        Après ce voyage souterrain, dont la durée n'est pas précisée, les compagnons abandonnent leur radeau et se trouvent au pays d'Arimaspî, séjour des Cyclopes, où les accueille un comte. Celui-ci les conduit à son roi et ils séjournent une année entière à sa cour. Ernst, par ses talents de cavalier et par le récit qu'il fait de ses origines et de ses aventures, gagne la confiance du souverain. Il devient le chef de ses armées et mène des campagnes victorieuses contre les ennemis du royaume. Ce sont d'abord les Pieds plats[4], monstres dont les pieds sont si larges qu'ils leur servent d'abri quand il pleut ; le duc en triomphe et cette première victoire lui vaut un duché et à Wetzel un comté. Le peuple des Longues oreilles[5] est soumis à son tour. Ernst vient alors au secours d'une peuplade de nains, les Pygmées, dont le pays est occupé et dévasté par des grues, puis se retourne contre de nouveaux adversaires, les géants de Cânâân, qui osent exiger du roi d'Arimaspî le versement d'un tribut ; il sait attirer les géants dans une forêt où ils ne peuvent faire usage de leurs armes favorites, des barres de fer ; blessés aux jambes par les soldats du duc, ils s'écroulent ou prennent la fuite.

        De chacune de ses expéditions contre les monstres, Ernst a ramené un échantillon vivant de ces êtres extraordinaires et c'est accompagné de cette troupe singulière qu'il s'embarque au bout de six ans pour le pays des Maures dont il vainc une fois encore un ennemi, le roi de Babylone. Cependant, toujours poussé par le désir de connaître de nouveaux horizons, le due prie son adversaire vaincu de l'emmener dans son pays d'où il se fait accompagner par une armée jusqu'aux portes de Jérusalem.

        Il demeure une année dans la ville sainte et assiste les Templiers dans leurs luttes contre les païens. Le renom de sa vaillance parvient en Allemagne par le truchement de pèlerins. L'impératrice, qui n'a jamais désespéré du retour de son fils, obtient des princes qu'ils intercèdent avec elle auprès de son époux pour obtenir le pardon du due Ernst. Elle fait ensuite mander à son fils de revenir dans son pays.

        Epilogue. Par Bari et par Rome le voyageur gagne la Bavière où il sait que l'empereur doit tenir sa cour, pour les fêtes de Noël, dans la ville de Babenberg. Un peu avant la messe de minuit le duc pénètre dans l'église et y trouve Adelheit en prière. Sur le conseil de sa mère, il attend l'évangile pour se jeter aux pieds de l'empereur et implorer son pardon. Ce dernier, sans le reconnaître, le lui accorde. Lorsqu'il apprend l'identité de l'étranger il fait grise mine, mais demeure lié par sa parole. En gage de réconciliation le duc cède à Otto sa pierre précieuse et quelques exemplaires de ses monstres. Jusqu'à la mort de l'empereur, Ernst connaît à la cour considération et amitié.


Nous disposons de diverses rédactions de ce roman d’aventures :

— A : des  fragments de la fin du XIIe siècle. Karl Bartsch, Herzog Ernst, Vienne, 1869.

— B : un texte complet versifié daté de 1198-1208. Cornelia Weber (éd.), Untersuchung und überlieferungskritische Edition des Herzog Ernst B mit einem Abdruck der Fragmente von A. G.A.G. 611 (Göppingen, Kümmerle, 1994.

— C : une rédaction en prose latine du XIIIe siècle. Thomas Ehlen (éd.), Hystoria ducis Bauarie Ernesti. Kritische Edition des « Herzog Ernst » C und Untersuchungen zu Struktur und Darstellung des Stoffes in den volkssprachlichen und lateinischen Fassungen, Tübingen, 1996 (ScriptOralia 96).

— D : remaniement de la fin du XIIIe siècle, attribué à Ulrich von Etzenbach. H.-F. Rosenfeld (éd.), Herzog Ernst D, Tübingen, 1991 (ATB 104). Cf. C. Lecouteux, « Kleine Beiträge zum Herzog Ernst », Zeitschrift f. deutsches Altertum 110 (1981), p. 210-221.

— E : une rédaction versifiée faite vers 1220 par Odon de Magdebourg. Brigitte Gansweidt (éd.) Der 'Ernestus' des Odo von Magdeburg, München, 1989 (Münchener Beiträge z. Mediävistik und Renaissance-Forschung 39).

— Erf : une rédaction latine en prose du milieu du XIIIe siècle. Gesta Ernesti ducis. Die Erfurter Prosa-Fassung der Sage von den Kämpfen und Abenteuern des Herzog Ernst, éd. Peter Christian Jacobsen & Peter Orth, Erlangen, 1997 (Erlanger Forschungen, Reihe A : Geisteswissenschaften, Bd. 82).

— F : une traduction en moyen haut-allemand de C, puis abrégée, remaniée et divisée en 52 chapitres vers 1560. John L. Flood (éd.), Die Historie von Herzog Ernst. Die Frankfurter Prosafassung des 16. Jahrhunderts, aus dem Nachlaß von K.C. King, Berlin, 1992 (TSMA 26).

— Kl : le fragment d’une rédaction abrégée datant du XIVe siècle. Hermann Mennhardt (éd.), « Ein neuer mitteldeutscher Herzog Ernst aus Klagenfurt », Zeitschrift für deutsches Altertum 65 (1928p, p. 201-212.

— G : l’adaptation en chanson strophique[6], dans deux rédactions, une longue de 89 strophes, et une brève de 54 strophes. K. C. King (éd.), Das Lied von Herzog Ernst, kritisch hrsg. nach den Drucken des 15. und 16. Jahrhunderts, Berlin, 1959 (TSMA 11). Fr. H. von der Hagen & A. Primisser, Deutsche Gedichte des Mittelalters, t. 2, Berlin, 1820, p. 227-233 (version brève).

Le roman fut traduit en tchèque au XVIe siècle[7], en danois au XVIIIe siècle et en Islandais[8].



Nous donnons ici le texte de la version longue d’après l’édition de King et sa traduction et marquons d’un astérisque les strophes éliminées par la rédaction brève.

 

 

 

1

Un souverain glorieux

Il avait nom l'empereur Friderich[9]

Disparut, ainsi qu'on nous le conte encore,

Mais personne, à ce jour, ne sait

En quels lieux il s'est rendu.

On entendit bien loin déplorer sa perte

Chevaliers et varlets,

Paysans et bourgeois aussi.

Aucun différend ne pouvait sans lui être aplani,

Où que ce fût dans l'empire ;

Quiconque avait agi au mépris de la loi

Ne pouvait revenir en grâce,

A moins de payer lourde réparation.

 

2

Il prit pour épouse la plus belle femme[10]

Qu'ait jamaie eue

Et puisse jamais avoir un prince.

Elle avait — cela est sans mentir — un fils

De vingt-quatre années.

Celui-ci ayant conçu le projet

D'empoisonner l'empereur Friderich,

On avertit le souverain.

L'empereur chercha à lui enlever la vie ;

En vérité, il devait payer son forfait. —

Duc Ernst était nommé ce fils ;

L'empereur l'aurait fait mettre à mort

Si sa mère ne l'avait éloigné.

 

3

La mère avait son fils en si grande affection !

Elle lui donna de l'argent, et puis de l'or,

Destriers, harnois et hommes d'armes.

Elle lui prodigua ses tendres bénédictions

Et dit : « Que le bon Dieu prenne soin de toi

Toujours et à chaque instant.

Me voici privée de toute joie ;

Que va-t-il m'advenir maintenant

— Mon chagrin a grandi —

Si je dois ne plus te revoir ? ».

Aussitôt, les pleurs rougirent ses yeux ;

Une larme rejoignait l'autre,

Tout comme si son fils gisait mort devant elle.

 

4

Elle le baisa tendrement sur la bouche

Et dit : « Que Dieu maintenant te garde en vie ».

Sur ce, il se mit en route.
Une troupe nombreuse et imposante composait son escorte ;

Dieu ! Si vive que fût sa contrariété,

Il agit cependant de la manière que voici :

Se disant : « Si je gaspille maintenant mes biens

Où en trouverai-je d'autres ?

Mais, en ce cas, je vais être sans défense

Et cela me remplit d'effroi »,

Il congédia toute son escorte.

Ainsi le fils prit-il congé de sa mère

Qui dit : « Dieu veuille lui accorder bonne route ».

 

5*

(Il ne conserva) qu'un compagnon bien connu delui.

Cet homme avait exploré mainte contrée

Et portait le titre de comte[11].

II connaissait bien aussi les langues étrangères ;

Sa bouche en savait articuler les sons

Et elles lui étaient familières.

Il avait exploré les pays de maints souverains

Proches et lointains.

Cela leur fut d'un secours constant

Chaque fois qu'il eut recours à ses connaissances,

Comme dans mainte principauté

Où, souvent, il avait acquis

Auprès de nombreux princes grande réputation.

 

6

Il le conserva auprès de lui

Parce qu'il ne lui ménageait pas sa fidélité

Au milieu de tous ses tourments.

Il dit : « Tu possèdes grande sagesse

Et puis tu es noble et avisé,

Généreux et avide de montrer ta magnanimité ;

Tu as, à coup sûr, les qualités physiques d'un guerrier ;

En vérité, je le dis.

J'ai mis en jeu ma vie ;

Hâtons-nous de fuir

Là où nul ne saurait nous reconnaître ».

Ils descendirent le Danube,

Traversèrent la Hongrie pour parvenir en Grèce.

 

7*

Le comte dit : « Noble prince, où que vous portent

Les désirs de votre cœur et votre volonté,

Je m'y rendrai volontiers,

Car, mon très cher seigneur,

Je demeurerai toujours auprès de vous

Et ne vous quitterai pas.

En tout ce qui vous touche

— Je parle ici sans nulle dissimulation —

Je vous assisterai de ma présence,

Soir et matin,

Quoi que vous ordonniez à tout moment

Pour notre commun bénéfice

Et sans que notre âme en pâtisse ».

 

8*

Le duc dit : « Mon serviteur bien-aimé,

Je te prodiguerai mon assistance

Là où tu en auras besoin ;

Tu es de haute et noble naissance,

C'est pourquoi je t'ai distingué

Et choisi sans partage

Entre tous mes chevaliers.

Fais que ce choix, en retour, me soit profitable,

Car tu auras toi-même tel pouvoir

Que je ne te cacherai

Aucune de mes secrètes intentions :

Quels que soient à chaque instant tes désirs,

Je suis disposé à te servir.

 

9*

Dans ce but, c'est toi-même qui dois être notre chef *.

Le comte dit : « Mon noble prince,

Cela porte préjudice à votre honneur ! ».

Alors le prince reprit, en toute humilité :

« Oh ! noble comte, je t'en prie,

Veux-tu bien me prêter attention ?

Comprends bien quelle est ma pensée

Et n'y trouve aucune cause de chagrin ;

Nous serons frères en tout point,

Il dit cela avec des mots pleins de douceur —

Quelle que soit, à notre endroit, la volonté de  Dieu».

Le comte répliqua : « Alors, en selle !

Nous partons, au nom de Dieu ! ».

 

10

Ils descendirent le Danube,

Parcourant d'innombrables lieues,

Et parvinrent à une bonne ville

Située près d'une énorme montagne,

Là où le Danube s'engouffre dans ses flancs.

Une grande douleur leur serrait le cœur.

Le duc Ernst demanda

S'il pourrait, par cette route, traverser la montagne

Un vieillard lui répondit :

« Je n'ai jamais entendu dire

Qu'aucun homme y ait pénétré ;

Personne ne sait où conduisent les eaux.

Vous seriez mieux hors de ce souterrain ».

 

11

Le duc Ernst réfléchit

A la colère de l'empereur

Lorsque celui-ci l'avait banni.

« S'il met la main sur moi, je m'en trouverai mal ;

Je préfère de beaucoup la mort ici.

— C'étaient là bonnes réflexions —

Oh ! mon cher compagnon,

N'en éprouve aucun chagrin.

Qui ne risque rien, n'a rien

Et le jeu vaut la chandelle !

Nous avons richesses en suffisance.

— Puisqu'avec vous je me suis exilé,

Je prendrai avec vous tous les risques du jeu. »

 

12

Le duc Ernst et son vassal,

Les deux glorieux seigneurs,

Etaient étrangers en ce pays.

Ils étaient, l'un et l'autre, héros vaillants.

Ils achetèrent une bonne barque

Qu'ils firent renforcer

De fer et d'acier résistant

Pour l'usage qu'ils voulaient en faire.

Ils ignoraient où aboutissait leur route

— Cela leur était très désagréable —

Et vers quels lieux les eaux s'écoulaient.

Ils rassemblèrent des vivres pour une année,

Tant en nourriture qu'en vin.

 

13

Un beau matin, ils embarquèrent

Ce qui est nécessaire aux besoins,

Aliments et provisions de réserve

Et le meilleur des vins

Qui se pût trouver dans la contrée,

Sans oublier leurs armures.

Leurs lances et leurs épées tranchantes,

Ils les conservèrent à bon escient.

Ils vendirent chacun sa bonne monture

Et, pressant leur départ,

Ils s'enfoncèrent dans la montagne.

Aucun d'eux n'en ressortit de ce côté.

 — Le chanteur voudrait boire du vin.

 

14

Ils installèrent leur fanal à la vive clarté.

La barque prit une vitesse excessive

Et le passage sous la montagne était si étroit !

Le duc Ernst reprit alors :

« Ce sera, ce me semble, peu confortable séjour

De devoir demeurer longtemps

Au sein de cette montagne ;

Nous n'en tirerons aucun profit ».

Il dit : « Cher compagnon,

Que cela ne te chagrine point :

L'abandon nous est maintenant impossible.

Nous n'aurions pas eu motif de honte

A suivre les avis du vieil homme

 

15*

Qui nous avait déconseillé cette entreprise.

Nous ignorons maintenant quel sera notre sort ».

Les flots les entraînaient

Et les précipitaient dans les ténèbres.

Alors leur manqua la clarté du jour,

L'éclat de leur fanal s'affaiblit,

Le brouillard et la vapeur épaisse

Obscurcirent sa lueur

Tout comme on le voit lors d'un incendie.

Les héros scrutaient leur chemin

Et le glorieux prince alors déclara :

« Nous ignorons maintenant quel sera notre sort ;

Il pourrait y aller de notre vie ».

 

16

Son compagnon lui répondit

En ces mots : « Mon bien cher seigneur,

Gardez le cœur serein,

Car Dieu, à coup sûr, nous aidera

Et nous reviendrons à la clarté du jour

Par l'effet de son insigne bonté.

Le monde entier est empli de sa grâce,

Au sein de cette montagne comme en pleine campagne.

Dieu nous aidera aussi en ces lieux

A sortir de cette montagne désolée ;

Nous avons bonnes provisions de bouche ;

Nous ne devons pas désespérer de Dieu

Puisque notre barque descend convenablement le courant ».

 

17*

Leur séjour en cette effroyable caverne

Ne leur procurait aucun plaisir.

Ils perçurent un énorme grondement

Comme si les eaux se précipitaient dans une chute.

Quel vacarme au sein de la montagne !

Ils en eurent un frisson d'horreur.

Leurs regards ne pouvaient percer l'obscurité;

Leur fanal était trop faible

Pour qu'ils pussent écarter la course de la barque

De maint énorme rocher.

Ils durent la laisser à sa course,

Incapables qu'ils étaient de l'assister,

Et la barque en reçut plus d'un choc.

 

18*

A tout instant, leurs cris montaient

Vers Dieu, lui demandant le secours

De sa puissance infinie,

Le priant d'intervenir à temps

Car, disaient-ils, notre barque sur chaque bord

Reçoit tant d'énormes coups

Que cela, à la longue, ne pourra durer,

A moins que tu n'accordes ton aide particulière ;

Oh ! Dieu puissant, prends nous sous ta protection,

Accomplis sur nous tes miracles

Et ne nous laisse point périr ici.

Aide-nous à sortir des ténèbres de cette caverne,

Afin que nous revoyions la clarté du jour.

 

19*

Leur joie était mince en ces lieux ;

Ils ignoraient où se terminerait leur route,

Là où les flots les mèneraient,

Si la barque se brisait sous les chocs

Et leur faisait perdre la vie

Dans le courant tumultueux.

Ils ne pouvaient rebrousser chemin ;

C'était là le grand objet de leurs plaintes.

Ils allaient de biais, en une course désordonnée,

Sur le courant tumultueux

Et, dans la nuit, la barque franchit à cette vitesse

Des centaines de lieues à travers la montagne;

Personne n'en a su le nombre.

 

20

Ils traversaient la montagne.

A leur rencontre s'avança une vive lumière ;

La clarté de leur fanal s'effaça tout à fait ;

Une autre lumière leur apparut :

C'était une pierre précieuse,

Nommée l'escarboucle[12].

Le duc Ernst la frappa

De sa bonne épée

Jusqu'à en détacher deux morceaux.

— Il n'en désirait pas plus —

La lumière, ensuite, ne leur fit pas défaut ;

Ils voyaient par la vertu de la pierre,

Tout comme sous l'éclat du soleil.

 

21*

Ils fixèrent la pierre au-dessus d'eux

Et se trouvèrent beaucoup mieux qu'auparavant

De voir avec tant de netteté.

— Leur lumière précédente était beaucoup trop faible

La pierre répandait une lumière éclatante ;

Ils pouvaient voir au loin et près d'eux.

Ils y trouvèrent grand avantage

Et cela leur fut d'un considérable secours.

Ils voyaient sur leur chemin dans la montagne

Se dresser devant eux les gros blocs de pierre

Que la barque aurait heurtés.

Ils l'en détournaient habilement,

Si bien qu'elle ne subissait plus aucun dommage.

 

22*

Les deux glorieux héros déclarèrent alors :

« Je n'ai jamais connu miracle

Semblable à celui-ci, au sein de cette montagne.

Cette lumière nous procure grande commodité

Car je n'ai jamais de mes yeux vu

Séjour plus sauvage qu'ici,

Où Dieu nous a accordé,

Pour ce voyage si pénible,

De ne pas manquer de lumière.

Nous sommes encore dans la détresse :

Nous avons longtemps voyagé ;

Je crains que cette expédition nous amène trop loin

Et que nous demeurions trop peu de temps sur ce parcours.

 

23

La pierre leur fit traverser la montagne,

En une trentaine de jours et de nuits,

La pierre les éclaira toujours aussi bien ;

Le duc Ernst surveillait sa route devant lui

Et cela lui paraissait bien commode ;

Il lui sembla bien, à ce point du voyage,

Voir briller le soleil ;

Il se sentit rasséréné.

Il dit : « Maintenant ma joie est entière

Et Dieu est toujours pure bonté

Puisque nous parvenons à la lumière du jour».

Ils laissèrent derrière eux la montagne ;

Une demeure princière se dressait devant eux.

 

24

Sur ce, ils dirigèrent leur barque vers la rive ;

La contrée leur était inconnue,

Ils ne savaient pas où ils se trouvaient.

Le duc Ernst s'exprima ainsi :

« Je ne ressens tristesse ni joie ;

Quelle attitude prendre maintenant ?

Je croyais qu'il n'y avait église ni ermitage

Dans ces sauvages régions montagneuses

Et voici que se dresse là la demeure d'un prince ;

Cela m'étonne beaucoup.

Quels seigneurs païens cela peut-il bien être?

Il nous faut aller au château ».

« Eh bien ! Faîtes-le, mon cher seigneur!».

 

25

Ils montèrent vers le château

Et en trouvèrent la porte grande ouverte ;

Le château n'était pas gardé.

Le duc Ernst reprit alors :

« Je crois n'avoir jamais vu

Qu'un si fort château

Fût désert si des gens habitaient la contrée.

Que signifie, selon toi, cela ?

Le pays doit être vidé de ses habitants

Puisque le château est ici laissé à l'abandon».

Sans délai, ils pénétrèrent dans la forteresse.

Ils crièrent : « N’y a-t-il point quelque homme d'honneur

Pour nous montrer notre route à travers ce pays ? ».

 

26

Ils n'entendirent personne répondre ;

Alors ils pénétrèrent dans le logis ;

Ils burent et mangèrent.

Trouvant en suffisance de tout

Ce que peut produire un pays.

Ecoutez ce qu'ils osèrent faire :

Ils voulurent passer la nuit en ces lieux

Jusqu'au retour des occupants.

Telle était la décision qu'ils avaient prise.

Ils voulurent inspecter la contrée ;

Sous leurs yeux se déroula un vaste panorama.

Une grande et imposante armée

Se dirigeait au galop vers le château.

 

27

Les aventures nous rapportent

Qu'il s'agissait d'un puissant roi

Des hommes-grues.

Il avait causé au roi de l'Inde

Grande douleur.

Je vais vous le conter fidèlement :

Le roi des hommes-grues

Avait lancé une expédition dans ce pays

Et au roi de l'Inde

Avait pris un gage,

Sa fille, une belle pucelle.

Le duc Ernst voyait bien à cette heure

L'armée marchant vers le château.

 

28

Il dit : « Mon cher compagnon,

Accorde-moi maintenant ton aide

En ces lieux mêmes.

Comment allons-nous défendre ce château

Contre cette troupe effroyable ?

Fermons à clé la porte ».

Le comte dit : « Je ne le conseille pas ;

Nous n'y aurons pas la vie sauve.

Nous allons observer ces cavaliers

Afin de savoir quelles gens ce peut être.

Plaçons-nous dans une encoignure ».

Ainsi firent-ils et regardèrent ;

Nombre d'hommes-grues arrivèrent en ces lieux.

 

29

Ils arrivèrent à grand tapage ;

Ils conduisirent leur roi dans la grande salle.

Ce dernier avait en tête une couronne

Aux belles incrustations d'or

Et sertie de nombreuses pierres précieuses.

Son bliaud resplendissait,

Couvert de perles.

Oh ! qui serait capable d'en payer le prix ?

La demoiselle clamait son chagrin

Et couvrait d'imprécations le roi ;

Elle disait : « Que doit-il m'advenir ?

Vous m'avez méchamment enlevée

Au puissant roi de l'Inde ! ».

 

30

Le roi, ne sachant ce qu’elle disait,

Se contentait de lui lancer de suaves œillades,

Prenait ses mains blanches comme neige

Et les pressait dans les siennes.

Il lui trouvait charmante figure.

LA jeune fille se lamentait sur son cruel exil.

Le roi enlçait la jolie et gente demoiselle

— Il ressentait un violent désir d’amour —

Baisait maintes fois

La jolie et gente jouvencelle

Et la pressait contre lui aussitôt ;

Dans la bouche de la tendre jeune fille

Il enfonçait un bec énorme et effrayant.

 

31

La demoiselle poussait de pitoyables cris :

Elle disait : « Ma joie est brisée maintenant ;

Voici que croît ma douleur

A la pensée de devoir me soumettre

A cet homme grossier ;

J’aimerais mieux être morte !

Pourquoi n’ai-je pu mourir avant

Ces instants lamentables ?

Son énorme bec dans ma bouche

Me fait mal ! »

Le roi ignorait ce qu’elle avait ;

Il croyait que c’était là sa chanson la meilleure

Et qu’on la chantait au pays de la dame.

 

32

L’homme-grue s’adonna avec la demoiselle

A des réjouissances sans fin

Et la traita plus d’une fois de façon déplacée.

Ses compagnons entraînèrent la pucelle dans de folles danses,

Mais ces distractions la laissèrent indifférente ;

Elle refusa également toute nourriture ;

Nulle joie n’habitait son cœur,

Il n’y avait que sanglots et plaintes.

Ce spectacle faisait pitié au prince généreux

Et au comte, le libre chevalier ;

La demoiselle leur faisait peine à voir,

Mais ils ne pouvaient révéler leur présence,

Si nombreuse était l’armée des hommes-grues.

 

33

La nuit obscure couvrait toutes choses.

De la salle, on fit escorte au roi

Jusqu'à un grand lit

Somptueusement préparé.

On y avait auparavant étendu la demoiselle

Et elle y trouvait le temps bien long !

Le roi se coucha près de la gentille demoiselle ;

Alors, furieuse, celle-ci s'écria :

« Hélas ! Où sont donc mes amis

Qui me devaient avoir en leur garde ?

Si rien n'est pour moi tenté cette nuit,

Il me faudra à l'avenir

Etre l'épouse de l'homme-grue ! »

 

34

Le duc Ernst alors attendait dans l'angoisse.

Ecoutez ce qui, avant comme après,

Lui arriva, ainsi qu'à son compagnon.

Il dit : « Compagnon intrépide,

Nous devons porter secours à cette pucelle

Quel qu'en soit le prix ;

Qui ne risque rien, n'a rien

Et le jeu vaut bien la chandelle ! »

Le comte répondit : « Mon cher seigneur,

Il nous faut la rejoindre

Et lui apporter en ce jour notre assistance.

Si Dieu nous aide ici à réussir,

Le roi de l'Inde saura nous en remercier ».

 

35

L'homme-grue lutta avec ardeur

La nuit entière avec la demoiselle.

Il ne parvenait pas à la soumettre

Et, pour la plier à sa volonté,

Comme on le fait sur l'autre rive du Rhin,

Il lui fallait mettre de l'acharnement à la lutte.

Le duc Ernst enfonça la porte,

Faisant sursauter le roi.

Il dégaina sa bonne épée,

Tira le roi de son sommeil

Et lui trancha la tête,

Puis il dit : « En route pour l'Inde,

Demoiselle aimable entre toutes ! »

 

36

Quand le coup mortel fut porté

La demoiselle serra le seigneur

Dans ses bras d'une éclatante blancheur.

Elle dit : « Oh ! mon cher seigneur,

Ma mère est reine ;

Elle est en état de vous témoigner sa reconnaissance :

Mon père est un roi puissant

Et possède abondance de biens.

Si vous me délivrez

— Il est si généreux ! —

Et si vous me ramenez dans mon pays,

Je dirai qu'il vous donne en toute propriété

Le bon pays de l'Inde ».

 

37*

Aussitôt après, ils découvrirent,

Suspendues au mur,

Les clés du château.

Ils en ouvrirent les huis et les grandes portes

Aux nombreux et solides verrous.

Les hommes-grues n'entendirent rien.

Il faut que je vous dise la vérité :

Tout se passa comme le voulaient les héros ;

Les hommes-grues étaient las et repus

Et cela, ils l'ont cruellement expié.

Les deux chevaliers décidèrent en hâte

Comment ils emmèneraient la princesse

Loin de ce château.

 

38

Le duc Ernst s'occupa personnellement

De tous ceux qu'il rencontra sur son chemin

Et leur donna le coup de grâce.

 Qu'il fût petit ou grand,

Nul, à coup sûr, ne bénéficia de la présence de la pucelle ;

Tous y perdirent la vie.

Les deux héros pénétrèrent dans une écurie

Où se trouvaient des destriers.

Le duc Ernst avait le choix ;

Il en prit trois qui lui convenaient.

Sur ces montures tous trois s'enfuirent.

Au matin on trouva, gisant morts,

De nombreux hommes-grues.

 

39*

Ils emportèrent leurs pierres précieuses

Qu'ils avaient amenées avec eux

Et aussi leurs bonnes armes.

Le reste de leurs biens, ils l'abandonnèrent,

Se souciant peu de savoir

En quelles mains ces biens étaient tombés.

Ils n'avaient pas à s'attarder !

De nombreux hommes-grues,
Pendant ce temps, s'étaient levés

Et quittaient le château à la hâte.

Ils avaient perdu la demoiselle

Et leur roi, et maint compagnon ;

L'outrage subi les rendait furieux.

 

40

Ce qui leur est arrivé,

Je vais vous le chanter maintenant ;

Vous savez tous le sort de la pucelle

Et comment les deux héros l'éloignèrent de ces lieux.

Assurément, le duc Ernst et son vassal

N'eurent point à le regretter.

Ils chevauchèrent jour et nuit

Pour arriver au pays de la pucelle.

Ils ne songèrent jamais à se restaurer

Tant qu'ils ne furent pas inconnus de tous.

Il leur fallut couvrir à cheval de longues distances

Et traverser mainte bonne ville.

La demoiselle en était toute réjouie.

 

41*

Qu'ils aient pu ainsi s'échapper,

Les deux glorieux seigneurs,

Il convient de les en louer.

Ils gardèrent avec diligence

La jeune et pure princesse

Et aussi les deux escarboucles.

Leur course fut aussi rapide

Qu'il leur était possible.

Le comte dit : « Noble et puissante demoiselle,

Voudriez-vous nous expliquer

Dans quelles conditions il arriva

Qu'une troupe d'hommes-grues

Vous emmenât ainsi captive ? »

 

42*

Elle fit sans tarder au noble sire cette réponse:

« A la cour de mon père séjournent

Nombre d'hôtes insolites.

Il y avait parmi eux un homme-grue ;

C'est lui qui ourdit le complot me concernant

A cette même époque.

Il fut le premier à porter sur moi la main

Lorsqu'il jugea l'instant convenable.

Il ne m'inspirait, je le dis, nulle crainte

D'être par lui livrée à autrui.

C'est lui qui m'a conduite à l'exil où je fus.

Cela causa sur-le-champ grande tristesse

A mon père et à ma mère.

 

43*

Je vais vous en faire savoir davantage :

Les hommes-grues avaient en secret pénétré dans le pays

Et y avaient appris

Les lieux où j'allais chevaucher pour me distraire.

Notre fantaisie nous avait menées à l'orée d'une forêt.

Eux aussi y étaient venus.

J'entrai seule à cheval sous le bois

Pour un court moment.

L'homme-grue surgit tout aussitôt,

Me ferma la bouche

Afin que je ne puisse crier

Et, sans délai, accoururent

Grand nombre d'hommes-grues.

 

44*

Ils m'enlevèrent en toute hâte,

Passèrent les mers en bateau,

Traversèrent sans bruit

Plus d'une sombre forêt.

Le chagrin brûlait ou glaçait mes membres ;

Je connus grandes tribulations ;

Jour et nuit ils allaient à bride abattue

Sans prendre aucun repos.

A la tête d'une armée, le roi des hommes-grues

Vint à ma rencontre, déployant sa puissance.

Il me fallut demeurer seule au milieu d'eux.

En toute hâte, ils me conduisirent

Là où vous m'avez apporté votre aide,

 

45*

Ce dont je ne puis assez vous remercier.

Mes nobles et glorieux sires,

Je ne veux pas renoncer à apprendre

Quels seigneurs vous pouvez être ».

Le comte dit : « Noble et belle demoiselle,

Volontiers je vous le dirai :

Mon maître se nomme le duc Ernst ;

Il est de haute et noble naissance,

Ainsi que sa mère,

La meilleure des impératrices.

Quant à moi, je suis comte et chevalier libre,

Prêt à le servir

Et à l'assister dans la détresse.

 

46*

Nous avons recherché l'aventure

Et n'en avons point manqué

Jusqu'à notre arrivée ;

Nous sommes passés par les entrailles obscures d'une montagne,

Portés par le courant d'un grand fleuve.

Nous y sommes restés longtemps

Et vous expliquerons mieux

Quel fut notre sort

Lorsque nous vous aurons ramenée dans votre pays,

Ainsi que nous désirons le faire ».

Ils se croyaient au bout de leurs peines ;

Mais auparavant les frappèrent de nouveaux et graves périls.

Ils allaient bientôt en être les victimes.

 

47*

Maintenant écoutez ce qui alors leur arriva :

Un matin, au point du jour,

Dans une contrée immense et sauvage,

Etaient étendus sur le sol trois vigoureux géants[13].

L'un dit : — voyez quelle était son humeur !

«J'aperçois trois êtres humains.

Il faudra qu'ils nous donnent en gage,

Sinon nous ne les laisserons pas poursuivre leur route,

Le pied gauche et la main droite,

Je le dis, en cet instant même ».

Les géants tirèrent leurs épées.

Le duc Ernst, son vassal et leur compagne

Chevauchaient trois rapides chevaux.

 

48*

Nombre de flèches acérées et d'arcs en bon état

Se trouvaient dans un château

D'où ils s'étaient enfuis.

Le noble prince pressa sa monture.

Un géant se mit à sa poursuite,

Désirant engager le combat.

 Le duc Ernst et son vassal

Durent tourner leur cheval contre les monstres ;

Ils attaquèrent les trois géants

Dans le même moment

Et de leurs traits les mirent tous trois à mort.

Dieu les aida en cet instant

A échapper à ce grave danger.

 

49

Ils chevauchèrent par grande froidure

Et, quand ne les porta plus aucun chemin,

Ils traversèrent plus d'une lande sauvage ;

Ils franchirent plus d'une montagne.

C'est alors qu'ils rencontrèrent un nain minuscule ;

Il jura ses grands dieux

Que leur comportement était désobligeant,

Car le passage leur était interdit.

Il dit : « Je ne puis y renoncer :

Vous combattrez avec moi,

Ou bien me livrerez la pucelle.

Mettez pied à terre, serrez les sangles de vos bêtes.

Il faut en découdre ici même ».

 

50

Le duc Ernst répliqua :

« Je n'ai jamais vu personne

Oser se mesurer à moi ».

Il dit : « Je vais vous accorder le combat.

Aujourd'hui, j'ai tué trois géants

En fort peu de temps.

Votre sort ne sera pas différent.

A moins que vous ne me donniez la pucelle,

Je ne peux vous dispenser de combattre ».

Ainsi parla le nain.

Le duc Ernst et son vassal

Livrèrent un assaut vigoureux

Et le nain leur échappa à grand-peine.

 

51

Les héros reprirent leur chevauchée.

Le nain amena sur leur passage

La troupe innombrable des autres nains[14].

En peu de temps ils eurent encombré une vaste forêt

En abattant les arbres

Et barré ainsi la route du prince.

La demoiselle fondit en larmes et dit :

«Ô mon très cher seigneur,

Voici que commencent mes peines ;

Je pense avec effroi aux maux qui nous attendent».

Le duc dit : « Demoiselle, gardez votre calme.

Dieu nous a tirés là-bas de grands périls ;

Il nous apportera, ici aussi, son secours ».

 

52

Ils donnèrent maint rude coup d'épée

Jusqu'à ce que disparaissent les nains sous les buissons

Et qu'on n'en découvre plus aucun.

Le duc dit : « Minuscules créatures,

Si vous prétendiez être nos maîtres

Ce serait, en vérité, pour nous chose nouvelle !

J'en appelle à votre raison, renoncez à votre hostilité.

Si vous vouliez maintenant ici nous échapper,

Nous imaginerions facilement quelque stratagème

Propre à vous faire griller en ces lieux ».

Le duc Ernst et son vassal

Mirent le feu à la grande forêt

Et les nains, en grand nombre, périrent dans les flammes.

 

53*

La forêt n'était que brasier ;

Les seigneurs et la belle demoiselle

Y échappèrent en s'y enfonçant

Et en gravissant un roc élevé donnant sur l'abîme.

La demoiselle poussait des cris déchirants

— Son esprit était troublé —

« C'est ici que nous allons connaître la détresse ;

Nous ne pouvons redescendre ! »

Le comte donna à son maître un conseil

Qui leur fut fort utile :

Ils prirent les rênes des destriers

Et, s'en aidant, se laissèrent descendre.

La demoiselle, alors, retrouva la joie.

 

54*

Ils abandonnèrent les trois chevaux

Et durent poursuivre leur route à pied.

Ils avaient maigre chère.

Le duc Ernst et le comte au grand cœur

Consolèrent la noble demoiselle

En ces paroles pleines de douceur :

« Que Dieu ne veuille pas nous abandonner,

Vous pouvez à coup sûr nous en croire ;

Implorons-le sans relâche

Dans son paradis

Qu'il nous ramène vers des lieux habités

Et nous tire de cette immense et sauvage forêt

Afin que nous n'y connaissions pas l'échec ».

 

55*

Ayant accompli cet exploit,

Ils se hâtèrent de quitter les lieux.

Il ne s'agissait pas d'attendre ;

Ils étaient pressés de fuir,

Redoutant fort d'être poursuivis

Et de connaître de grands tourments.

Ils suivirent plus d'une route inhospitalière,

Ainsi que je vais vous le dire,

Afin de ne plus subir d'autre attaque

Que celle de la troupe des nains.

Ils sortirent de la forêt,

N'ayant entendu ni vu personne

Et débouchèrent bientôt en rase campagne.

 

56

Tous trois sans délai parvinrent

En grande hâte sur une vaste grève ;

Un fleuve magnifique coulait

Sur lequel, voyez-vous, naviguait un pêcheur.

A leurs questions il affirma sur sa foi

Que le fleuve descendait vers l'Inde.

La demoiselle, aussitôt, montra un visage souriant

Et dit : « Mes chers seigneurs,

L'Inde est le pays de mon père ;

Nous n'en sommes plus éloignés,

Car je connais bien ce fleuve ».

Le duc Ernst et le comte

En eurent le cœur rempli de joie.

 

57

Elle dit au pêcheur : «Brave homme,

Si tu veux avoir nos bonnes grâces,

Fais-nous descendre le fleuve ».

Il répondit : « J'ai une barque

Qui me semble trop petite ».

Telle fut sa réponse.

Les deux héros construisirent un radeau

En assemblant des troncs d'arbres longs et pesants ;

Aucun travail, en effet, ne les rebutait jamais

Pour l'honneur de la demoiselle.

Ils y prirent place tous les trois ;

La demoiselle, en riant, disait :

« Nous voilà maintenant libérés des hommes-grues.»

 

58

Ils descendirent le fleuve

Sur d'innombrables lieues.

Ils étaient libres de tout souci,

Pleins de joie et de bonne humeur ;

Ils parvinrent à une bonne ville ;

Alors la belle jeune fille dit :

« Messeigneurs, voyez cette bonne ville ;

Elle appartient à mon père.

Il possède beaucoup mieux encore

Et il me sera donné de vous le montrer ».

Le noble prince répondit sur-le-champ :

« Puisqu'on vous connaît en ces lieux

C'est le cœur en joie que nous débarquerons ».

 

59

Et quand ils touchèrent terre,

On envoya sans délai un messager

Vers le royaume de l'Inde.

Le roi siégeait au milieu de sa cour ;

Nul courrier ne fut aussi bienvenu.

Il dit : « Abandonnez tout chagrin !

Si vous me donnez la récompense du messager,

Je vous annoncerai agréable nouvelle !

Je veux bien mériter la mort

Si je ne prouve ce que je dis :

Votre fille est revenue au pays ».
Le roi dit : « Si cela est vrai,

Tu en tireras grand avantage ».

 

60

« Oui, sire le roi, cela est vrai.

Je vous le dis maintenant devant tous,

Il y a aujourd'hui trois jours

Que j'étais auprès de votre fille ».

Le roi dit : « Quel bonheur pour moi

De ne plus jamais exhaler

Mon chagrin et mon inquiétude ;

Je ne les dirai plus jamais.

Aujourd'hui je suis heureux ; jamais plus je ne souffrirai

Si je dois revoir ma fille.

Toutes mes peines ont disparu

Puisque Dieu m'a accordé son aide

En faisant revenir mon enfant ! »

 

61

Le roi et la reine

Ne pouvaient joie éprouver plus grande

Que maintenant de ce message.

Le roi voulut rencontrer sa fille

Avec une troupe de chevaliers ;

Il voulait, à la tête d'une puissante armée,

Aller quérir sa fille bien-aimée.

 — Je ne pourrai aller plus loin

Si on ne verse du vin au chanteur :

Le chanteur en restera là,

Car il ne peut tirer d'affaire ses personnages

Et, pour qu'ils rentrent au pays,

Il lui faut d'abord à boire !

 

62*

L'expédition ne se fit pas longtemps attendre.

Le roi se mit en route

Avec sa belle épouse.

Il fit route rapide,

Emmenant avec lui, en grand cortège,

Foule d'hommes liges

Et aussi de belles demoiselles,

Etincelant dans leurs atours dorés.

Quand le roi et la reine

Aperçurent leur fille

— Je peux le dire en vérité —

Leurs forces les abandonnèrent tous deux,

Mais la joie emplit leurs cœurs.

 

63

Ecoutez maintenant les paroles du roi

Regardant sa fille :

« Mon chagrin a disparu t »

Il serra la pucelle dans ses bras

Et lui souhaita la bienvenue en nom Dieu,

Puis lui demanda qui étaient les deux hommes.

Elle répondit : « Je vais te le dire sur l'heure.

Ils m'ont accompagnée jusqu'en ces lieux ;

Celui-ci a nom le duc Ernst

Et m'a enlevée là-bas.

— Elle le désigna du doigt —

Je veux que ton royaume et ma personne

Lui appartiennent entièrement ».

 

64

Le roi dit : «Je m'y refuse

Et, quoi qu'il puisse m'arriver,

Je ne te donnerai à personne

Que je ne connaisse personnellement,

Même s'il s'agit d'un homme d'honneur,

Même s'il s'agit d'un gentilhomme ».

Alors la noble et belle demoiselle répondit :

« Il est venu à mon secours ;

Pour cette raison, je veux être sienne.

II m'a conquise là-bas ;

En outre, c'est un homme d'honneur.

Tu m'aurais perdue

Si Dieu et lui-même n'avaient accordé leur aide ».

 

65

Le comte et son maître se mirent en colère

En entendant les paroles du roi.

Ils dirent tous deux : « En vérité,

Nous ne vous laisserons pas votre fille,

Quoi qu'il puisse nous arriver.

Nous le disons publiquement :

A grand-peine nous l'avons de si loin

Ramenée des pays étrangers !

Mon maître doit la recevoir pour femme

Elle n'aura pas non plus à rougir de lui ».

Le roi répondit sans nulle fausseté :

« Recevez ma chère enfant comme épouse

Et rentrons dans notre pays.

 

66

Je veux maintenant vous céder par écrit,

Devant tous ces loyaux seigneurs,

Mon pays et mon peuple.

Mon château et tout ce que je possède,

Je veux qu'ils vous soient soumis,

Devant ces seigneurs présents en ce jour

Et devant les princes qui viendront plus tard,

Et entends qu'ils vous le demeurent.

Quant à ma gracieuse enfant,

Prenez la aussi pour femme

Et soyez, après ma mort,

Le souverain de l'Inde

Et le seigneur et maître de ma fille ».

 

67

Le cortège partit pour l'Inde.

Le roi fit avec diligence proclamer

Qu'on se rassemblât pour tournois et behourds.

Toutes sortes d'instruments à corde

Dispensèrent à profusion des divertissements ;

Ecus et lances volèrent en éclats ;

La fête dura quatorze jours,

Je vous le dis en vérité.

Un grand chagrin avait régné à la cour,

Accompagné de larmes et de plaintes,

Jusqu'au jour où le duc Ernst

Donna au roi et à tout son peuple

Sujet de se réjouir du prince qu'il était.

 

68*

Le bruit des fêtes s'était au loin répandu.

Un homme entendit le mot d'ordre, partit à cheval

Et arriva en ces lieux.

Il venait du pays des hommes-grues

Et était au courant des événements.

Il fut fort bien reçu ;

On lui dit : «Brave homme,

Dis-nous la vérité

Au sujet des événements

Concernant les hommes-grues,

Lorsque leur roi fut occis

Et que la demoiselle fut partie ».

Il répondit : « Je puis bien vous le dire.

 

69

Les hommes-grues s'étaient bien consolés de la mort du roi

Seul les intéressait la pucelle

Et qu'elle leur avait échappé.

Leur humeur s'en aigrit ;

Ils se jetèrent les uns sur les autres,

Se portant de profondes blessures.

Alors, de ces batailles lamentables,

Naquirent angoisse et détresse profonde.

Plus d'un homme-grue perdit la vie

Dans ces instants ;

Ils se rejetaient mutuellement la responsabilité

De ce déshonneur qui les frappait.

Ils finirent par en perdre toute patience.

 

70

On dit à un vassal des hommes-grues

Qu'il aurait dû mieux garder la demoiselle et le roi :

Il s'agissait du chambellan ;

Il s'était réveillé trop tard.

(Ce qui suit n'arriva) ni par hostilité

Ni par calomnie à son endroit.

Ils dirent : « Le roi a été tué ;

Cela est ta faute.

En vérité, tu n'auras point notre indulgence

Et cela te vaudra de connaître les tourments ».

Ainsi le malheur frappa le chambellan :

Comme on avait tué leur roi,

Lui aussi dut périr.

 

71*

Les hommes-grues eurent une querelle d'une grande violence ;

On eût dit que la foudre avait frappé le logis;

Ensuite, ils se précipitèrent dehors à grand fracas,

S'engageant sur diverses routes,

Si bien que les gens vinrent à manquer au château.

Tous étaient saisis de fureur ;

Aucun ne savait à quoi s'en tenir

Sur tous ces événements.

Leur nuirait-on encore

Et leur causerait-on d'autres dommages ?

Le diable était-il lâché dans le pays ?

Ils regagnèrent en hâte le château

Et, sur-le-champ, en fermèrent les portes à clé ».

 

72*

Le roi dit : «Brave homme, merci.

Tu as rendu justice au duc

En nous contant ces aventures

Avec autant de soin.

Que l'on te donne

Un bon vêtement de cour tout neuf.

Le jeune époux et son vassal,

Ainsi que sa royale épouse

Ont accompli ces choses

Dont tu nous as parlé.

Grâce à eux sont morts les hommes-grues.

Eh bien ! demeure présent aux fêtes

Et participe à nos divertissements ».

 

73*

Pendant qu'il tenait ce discours

Les glorieux princes écoutaient ses paroles ;

Ils venaient d'arriver.

Ils considérèrent les deux étrangers

Et leur décernèrent de grandes louanges

Après avoir appris leurs exploits

Et le bruit s'en répandit dans la fête,

A grand fracas.

Chevaliers et varlets

Proclamèrent à l'envi louanges et gloire des héros

D'avoir accompli de telles prouesses.

Le vieux roi était tout aise

De ces grandes marques d'honneur et de considération.

 

74*

Alors les héros en révélèrent davantage

Et contèrent leurs aventures

Dans les ténèbres de la montagne,

Rapportant comment un fleuve les y avait conduits.

Ils parlèrent également de l'escarboucle

Et des nains minuscules ;

Ils dirent le sévère combat qu'ils leur avaient livré

Avant de trouver un moyen de défense

Pour éloigner des monstres la demoiselle

Et pour sauver leur vie devant les troupes de ceux-ci.

Les princes dirent : « Noble roi,

Il n'est actuellement sur terre aucun homme

Qui convienne mieux à votre fille ».

 

75*

J'arrêterai là ces propos.

Ils faisaient résonner leurs violes

Et se livraient au divertissement.

On voyait resplendir l'escarboucle

Et nombre de jolies et pures demoiselles

A la bouche vermeille ;

Des étoffes colorées et des soieries

Et — je dois vous le dire — l'or

De précieux bijoux

Leur faisaient à toutes riche parure ;

Près d'elles se tenaient des guerriers fiers et beaux,

Si bien que jamais on n'avait connu

Joie plus grande au royaume de l'Inde.

 

76

Quand les fêtes eurent pris fin,

Le duc Ernst ne cessa de dire

Son intention de prendre congé.

Le roi s'exprima ainsi : « Noble seigneur,

Si vous vouliez maintenant prendre congé,

Il nous faudrait éprouver éternelle honte.

Vous ne partirez donc point d'ici ;

Vous devez prolonger votre séjour.

Vous connaîtrez grands et nombreux divertissements ;

Vous passerez d'agréables moments

Et aurez l'existence d'un prince.

Or, argent et armures de bonne qualité

Je vous donnerai en abondance ».

 

77

Alors le duc Ernst demeura ;

Il passa un long séjour,

Jusqu'à la dixième année.

Aucun prince n'eut meilleure vie

Que lui, au temps qu'il passa en Inde.

Je le dis publiquement,

En de lointaines randonnées il allait aux tournois

Pour courir table ronde,

Chassait souvent cerfs et bêtes sauvages

Au faucon et aux chiens

Et, lorsqu'on était à table,

Le duc Ernst et son épouse

Jouaient aux échecs avec passion.

 

78*

Le duc Ernst prenait si grand plaisir à ce pays

Que la joie emplissait son cœur ;

C'est ce qu'on entendait dire de lui.

La vieille reine lui faisait présent

De mets et de vins

Et aussi d'armures bien forgées.

C'étaient là cadeaux dignes d'un chevalier

Que lui avaient valus les batailles livrées.

Le duc Ernst et son vassal

Ont tant été à la peine !

Quant au roi, il leur donnait de grands biens.

L'attachement de la fille du roi, la dame très pure,

Avait libéré les deux héros de tout souci.

 

79*

Le roi donna riche récompense

D'or et d'argent, en parts égales,

Au duc et au compagnon

Qui s'était avec lui exilé.

On leur avait cherché de multiples querelles ;

En garde la mémoire qui le désire,

Mais par là vous comprendrez bien

Les aventures qu'ils ont connues.

Dans cette ville de l'Inde

On leur fit bel accueil.

Le duc Ernst et son vassal

S'attirèrent tous deux de grandes marques d'honneur

Venant du roi de l'Inde.

 

80

Un soir, il s'étendit sur sa couche

Auprès de sa glorieuse épouse.

Son bannissement lui revint alors en mémoire.

L'heure de minuit approchait

Et le duc était couché et livré à ses pensées.

Il se rappela fort bien

Quelle vie pleine de grandes détresses

Lui avait value la colère de l'empereur.

Il voulut lui exprimer son loyal salut

En paroles très conciliantes.

Alors il décida

De faire parvenir à l'empereur

Les deux précieuses escarboucles.

 

81*

Il apaisa alors l'ire de son beau-père.

Ce noble souverain de si haute naissance

Leva le bannissement

Dont il l'avait autrefois frappé,

Lui, le duc Ernst, et aussi son vassal,

Tous deux issus de race chevaleresque.

Le comte avait assisté le duc de ses loyales actions :

Soir et matin,

Il avait servi le noble et libre prince,

Bien souvent au prix de graves dangers,

Avant qu'ils n'arrivent en grand honneur

Dans la ville de l'Inde

Et que le roi ne les comble de présents.

 

82

A sa mère, le duc écrivit aussi d'agréables nouvelles,

Disant quel sort favorable il avait eu

Si loin, en pays étranger.

Sa mère se réjouit fort d'apprendre

Qu'il était devenu puissant seigneur.

L'empereur déclara aussitôt :

« Puisqu'il a accompli un geste aussi amical

Et a accédé à de grands honneurs,

Je lève son bannissement

Pour faire la paix avec lui ;

Mais voici qui ne peut s'effacer :

Aussi longtemps que je vivrai,

Je refuserai de le voir devant moi.

 

83

Je veux, en outre, lui faire cette faveur,

Tout comme s'il était mon propre fils,

Pour le remercier de son présent

Et à cause de sa grande vaillance ;

Pour qu'après moi il entoure d'honneurs

La noble impératrice

Et ne lui cause non plus aucun chagrin,

Aussi longtemps qu'elle vivra,

Je lui céderai après ma mort

La dignité impériale ».

On rédigea un rescrit ;

L'empereur en confirma alors les termes

Et y suspendit son sceau.

 

84*

La mère du duc l'informa en retour

Qu'il était seigneur de Brunswick

Et lui en donna la garantie.

Elle pria par lettre le roi de l'Inde

De bien comprendre ce message.

Le roi dit : « Je l'accueille avec faveur,

Puisque Dieu lui-même l'a ainsi permis

Et que je découvre la vérité ;

Cela, en toute honnêteté, me réjouit fort,

Pour lui et pour ma fille,

Qu'il soit ainsi le descendant

D'un duc de si libre naissance !

Nul ne saurait m'être plus agréable ».

 

85*

On rendit ensuite de grands honneurs

Au duc et au noble compagnon

Qui s'était avec lui expatrié

Pour le meilleur et pour le pire,

Il y a longtemps,

Ainsi que vous l'avez appris.

On lui donna là-bas la meilleure des provinces

Qui rapidement apporta son serment

Au noble prince

De haute et grande race;

Avec des forces importantes et le concours de seschevaliers

Il demeura longtemps leur suzerain ;

Par la suite, il fut investi d'une grande puissance.

 

86

Au loin, dans son pays, l'empereur mourut.

Le duc Ernst ne tarda pas à recueillir

Avec autorité la dignité impériale.

Il partit aussitôt pour l'étranger

Car il préférait les pays allemands

Au séjour en terre païenne.

Ses peuples lui gardèrent obéissance

Comme s'il s'était trouvé parmi eux.

Il prit justement soin de sa mère

Qui eut à la fois puissance et honneurs

Il devint un empereur redouté et magnifique

De sorte que chevaliers et varlets.

Durent se soumettre à son pouvoir.

 

87

Ecoutez encore ce que je vais ajouter :

Je vous ferai savoir en bref

Quelles aventures il connut encore :

Le beau-père du duc, lui aussi, mourut dans son pays.

Ernst chevaucha jour et nuit

Pour aller recueillir sa couronne ;

Il devint souverain

Du royaume de l'Inde.

En grands honneurs il porta cette couronne ;

Ses qualités diverses firent

Que, dans le pays,

Les pauvres, tout comme les riches,

Se réjouirent de son règne.

 

88

Le duc Ernst n'oublia pas celui

Qui l'avait assisté de sa loyauté

Soir et matin.

Il lui donna la suzeraineté

De tout le royaume de l'Inde.

Le comte vécut, libre de tout souci

Et devint un grand et puissant roi.

Il avait bien mérité

Que ce voyage à lui aussi profitât.

Comme il avait supporté maintes tribulations,

Le noble empereur se souvint

Qu'il l'avait secondé

En homme d'honneur dans les périls.

 

89

Je ne puis plus loin poursuivre le récit

Des exploits de sa grande bravoure

Au cours de sa vie

Et dire combien de fois plus d'un fier vassal

Recueillit auprès du duc Ernst des présents.

Il s'efforçait d'exercer sa vaillance.

Qu'on dise la générosité, la haute race

Et la puissance

De ce noble et illustre prince

Jusqu'à la fin de sa vie,

Cela ne nous fera aucun déplaisir.

— Versez du vin et donnez-moi à boire ! —

Qu'un autre chante qui s'y entende mieux que moi.

 

1

Es fuor ein herr was erentreich

Geheissen kayser Friderreich

Als wir noch hören sagen

Doch nyemant waiß zuo diser frist

Wo er doch ye hin kommen ist

Man hört in weite klagen

Beide ritter vnd auch knecht

Land leüt vnd auch burgere

Kein recht mocht on in werden schlecht

Wo es im land nun were

Welcher wider recht het gethan

Zuo hulden mocht er kommen nicht

Ein schwäre buoß muost er bestan.

 

2

Er nam das aller schönest weib

So ye gewan eins fürsten leib

Vnd ymmer möcht gewinnen

Sy het ein sun vnd das ist war

Der was alt vierundzwaintzig iar

Der wolt mit seinen synnen

Dem kayser Friderich han vergeben

Den kayser thet man warnen

Der kayser stalt im nach dem leben

Fürwar er muosts erarnen

Hertzog ernst was der sun genannt

Der kayser het im thon den tod

Het in die mutter nit versannt.

 

                        3

Die mutter het den sun so hold

Sy gab im silber vnd auch gold

Roß harnasch vnd auch leüte

Sy thet im mengen süssen segen

Sy sprach der lieb got sol dein pflegen

Ymmer vnd auch all zeite

Von freüden bin ich worden ploß

Wie sol mir nun geschehen

Mein iamer der ist worden groß

Sol ich dich nymmer sehen

Zuhandt wurden ir augen rot

Ein zäher dem andern nit entwaich

Recht sam der sun leg vor ir tod.

 

                        4

Sy kust in lieblich an den mund

Sy sprach nun spar dich got gesund

Da mit fuor er sein strasse

Sein gesind was michel vnd groß

 Ach got wie hart in das vertros

Ye doch vand er ein masse

Er sprach verzer ich nun mein guot

Wo nim ich anders mere

Dennoch so bin ich vnbehuot

Vnd fürcht mich also sere

Seim gesind gab er vrlaub gar

Also schied sich der sun von ir

Sy sprach wöl got das er wol far.

 

5*

Denn einer was im wol erkant

Der het erfaren menigs land

Vnd was ein graf genante

Auch frembde sprach was im wol kund

Er kund sy reden durch sein mund

Vnd was im wol erkante

Er het erfaren nach vnd weit

In menges fürsten lande

Das hald in wol zuo aller zeit

So es im kam zuo hande

Also in mengem fürstenthuom

Darin er oft erlanget het

Von mengem fürsten grossen ruom.

 

6

Den selben er bey im behielt

Dann er kein treü an im verhielt

In aller seiner schwäre

Er sprach nun bist du weis genuog

Vnd darzuo edel vnd auch kluog

Milt vnd auch muotes gere

Deines leibes bist du wol ein degen

Das red ich sicherleychen

Des lebens hab ich mich verwegen

Wir wöllen fürbaß streychen

Da wir beyd seien vnbekant

Die Thonaw fuoren sy zetal

Durch Vngern hin in Kriechen land.

 

7*

Der graf sprach edler fürst wo hin

Stat eüres hertzen begir vnd sin

Da hin wil ich gern streichen

Wann aller liebster herre mein

Alwegen wil ich bey euch sein

Von euch wil ich nit weichen

In allem das euch her an gat

Red ich gar vnuerborgen

Mein leib her bey euch bestat

Den abent vnd den morgen

Was ir gepietent alle zeit

Das vnser beyder nutz mag sein

Vnd vnser sel darumb nit leit.

 

8*

Er sprach vil liebster diener mein

Ich thuo dir meiner hilffe schein

Wo es dir nun gefelte

Du pist von adel hoch geporn

Darumb hab ich dich aus erkorn

Vnd gentzlich auserwelte

Aus aller meiner riterschafft

Des laß du mich geniessen

Wann selber muost du han die krafft

Das ich nit wil beschliessen

Vor dir all mein heimlichkeit

Wes du begerest alle zeit

In deinem dienst bin ich bereit.

 

9*

Dar zuo muost du selber her sein

Der graf sprach edler fürste mein

Es schat doch eüren eren

Do sprach der fürst diemuotiglich
O edler graf so bit ich dich

Wilt du mich recht verhören

Merck eben wie ich das vermein

Hab darin kein verdriessen

Wir wöllen gentzlich bruoder sein

Redt er mit worten süsse

Was got von vns beyden haben wil

Der graf sprach so sitzen wir auf

In gotes namen varen wir hin.

 

10

Die Thonaw fuoren sy zuo tal

Der meil so vil one zal

Zuo einer stad was guote

Bey einem perg der was so groß

Vnd da die Thonaw durch hin schoß

Gar we was in zuo muote

Hertzog ernst fragens began

Ob er dardurch möcht kommen

Des antwurt im ein alter man

Ich hab doch nie vernommen

Das kein mensch sey kumen hinein

Niemant waiß wo das wasser hin kumpt

Ir mügt lieber her aussen sein.

 

11

Hertzog ernst bedachte sich

Wie in der kayser zornigklich

Gethan het in die achte

Begreifft er mich so leid ich not

Vil lieber kies ich hie den tod

Gar recht er sich bedachte

O du lieber geselle mein

Laß dich seyn nit betrüben

Laß es alhie gewaget sein

Den sack wol an die rüben

Wir haben guotes also vil

Seid ich mit euch aus kommen bin

So halt ich mit euch alle spil.

 

12

Hertzog ernst vnd auch sein man

Die zwen herren gar lobesan

Sy warent frembde geste

Sy heten beyde heldes muot

Sy kaufften ein schiff das was guot

Das liessen sy do veste

Mit eisen vnd mit stahel hart

Als sis wolten geniessen

Sy westen nit irs endes vart
Das mocht sy wol verdriessen

Vnd wo das wasser gieng hinein

Sy speisten sich wol auff ein jar

Beide mit kost vnd auch mit wein.

 

13

An ainem morgen truogens an

Was man zuo notturfft solte han

An speis vnd auch an rate

Dar zuo den aller besten wein

So er doch in dem landmocht sein

Dar zuo ir sarewate

Ir glenn vnd auch ir scharpfe schwert

Behielten sy mit sinnen

Sy verkaufften bayd ir guote pfert

Vnd eilten bald von hinnen

Vnd zugen in den perg hinein

Ir keiner kam her wider auß

Der singer der wolt drincken wein.

 

14

Sy schluogen auff ir liecht so hell

Das schiff gieng aus der massen schnell

Auch was der perg so enge

Hertzog ernst do aber sprach

Es dunket mich kein guot gemach

Ob wir alhie die lenge

Sollen in disem perge sein

Des müg wir nit geniessen

Er sprach lieber geselle mein

Laß dich seyn nit verdriessen

Wir mügen nun nit abelan

Wir dürften vns nit han geschamt

Het wir gefolgt dem alten man.

 

15*

Der vns das widerraten hat

Nu wiß wir nit wie es vns gat

Das wasser sy da zucket

Es stieß sy in die vinster hin ein

Do hettens nimmer tages schein

Ir liecht das wart gedrucket

Der nebel vnd der dicke dunst

Daruon ir liecht wart kleine

Recht sams gewesen wär ein prunst

Da sahen sy dareine

Do sprach der fürst so lobesam

Nu wiß wir nit wie es vns gat

Es möcht vns an das leben gan.


                        16

Im antwurt der geselle sein

Er sprach vil lieber herre mein

Nun hebt ein guot gemüte

Wan got vns wol gehelffen mag

Vnd das wir kommen an den tag

Durch sein vil werde guote

Seiner gnad ist alle welte vol

Im perg vnd im gefilde

Der selb vns auch hie helffen sol
Auß disem perg so wilde

An speiß haben wir guoten rat

An got sol wir verzagen nit

Seid vns das schiff zuo tal wol gat.

 

17*

In disem grausamlichen hol

Gefiel in das wesen nit wol

Sy horten grosses prausen

Als offt das wasser thet ein val

Wie laut es in dem perg erhal

Darab begund in grausen

Sy mochten hinauß sehen nicht

Ir liecht das was zuo klaine

Das sy das schiff hetten gericht

Von menigem grossen steine

Sy muosten es selb Lassen gan

Sy mochten im gehelffen nicht

Daruon das schiff vil stöß gewan.

 

18*

Sy ritfften beyd fruo vnd spät

Zuo got das er in hilffe thät

Mit seiner macht so grosse

Vnd thät es an der rechten zeyt

Seyd vnser schiff zuo beyder seyt

Nimbt mengen grossen stosse

Es mag die leng geweren nicht

Du helffest dan vns besunder

O reicher got hab vns in pflicht

Wirck mit vns dein wunder

Vnd 1aß vns hie verderben nicht

Hilff vns aus disem finstern hol

Das wir an schawen tages liecht.

 

19*

Sy heten da der freüd nit vil

Sy westen nit irs endes zil

Wohin sy wurden fliessen

Ob sich das schiff zuo stucken stieß

Vnd sy in wilden wagen ließ

Ir leben da verliessen

Sy mochten wider keren nicht

Das war ir grosse klage

Sy fuoren krum vnd vnuerricht

Wol auff dem wilden wage

Vnd die nacht lieff es also drat

Menig hundert meil durch den perg

Der zal kein mensch nit wissen hat.

 

20

Sy fuoren durch den perg hin ein

Gen in gieng ein liechter schein

Ir liecht das wart gar dunckel

Ein ander liecht in da erschein

Vnd das was gar ein edler stein

Gehaissen der karfunckel

Hertzog ernst der schlug dar an

Mit seinem guoten schwerte

Biß das er der stein zwen gewan

Nit mer er da begerte

An liecht in fürbas nit geprast

Sy gsachen von des staines kraft

Recht sam es wer der sunen glast.

 

21*

Den stain legten sy do enpor

Sy hettens pesser vil dan vor

Da sy als wol gesahen

Ir vorigs liecht was vil zuo klain

Einn liechten schein gab do der stein

Sy gsachen weit vnd nahen

Sy heten sein guoten gewin

Vnd kam in wol zuo steüre

Sy sachen in dem perge hin

Fürbas die grossen kneüre

Daran das schif gestossen het

Das leitten sy mit fuog daruon

Das es keinen schaden mer thet.

 

22*

Do sprachen die zwen lobesam

Kein solichs wunder ich nie vernam

Als hie in disem berge

Das liecht pringt vns guoten gemach

Vnd ich mit augen nie gesach

Kein wilder herberge

Darinn vns got begabet hat

Auff diser reis so schwäre

Das vns an keinem liecht abgat

Noch steen wir in sere

Wir habens lang getriben an

Ich fürcht der reis werd vns zuo vil

Vnd zuo weng zeit auf diser pan.

 

23

Der stein sy durch den perge pracht

Wol auff dreissig tag vnd nacht

Der stain in als wol leüchte

Hertzog ernst da für sich sach

Es daucht in gar ein et gemach

Gar recht in da gedeüchte

Wie das er sech der sunnen glantz

Do wart im wol zuo müte

Er sprach nun ist mein freüd so gantz

Vnd got ist ye der güte

Seid das wir kumen an den tag

Zuoruck liessen sy den perg

Eins fürsten haus da vor in lag.

 

24

Darnach da schifftens an das lant

Die gegent was in vnbekant

Sy westen nit wo sy waren

Ja hertzog ernst der sprach also

Ich bin nit traurig vnd nit fro

Wie sol ich nun geparen

Ich maint das weder kirch noch klaus

Wer in dem perg so wilde

Nun stat alhie eins fürsten haus

Das nimpt mich gros vnpilde

Was haiden hern mag das gesein

Wir sollen zu der purg da gan

So thuond es lieber here mein.

 

25

Sy giengen zuo der purg hinan

Die porten fundens offen stan

Die purg was vnbehuote

Hertzog ernst do aber sprach

Ich main das ich solchs nie gesach

Das ye kein purg so guote

Lär stund es wären leüt darbey

Was wiltu das ditz maine

Das land mag leüt wol wesen frey

Stat die purg hie so aine

Sy giengen in die burg zuo hand

Sy ruofften ist ein biderman

Der weiß vns fürbaß in die land.

 

26

Sy horten das nyemant nichts sprach

Do giengen sy in die gemach

Sy truncken onde assen

Sy funden alles des genuog

Vnd das ein land doch ye getruog

Hört weß sy sich vermassen

Sy wolten bleyben über nacht

Biß das die leüt dar kämen

Also heten sy sich bedacht

Wolten das land vernemen

Sy sahen weyt vor in die land

Ein her was michel vnd groß

Das kam zn der purg dar gerant.

 

27

Die abenteüer die sagt vns das

Wie das ein reicher künig was

Der schnebeleten leüte

Der het dem künig von Indian

Ein grosses hertzenlaid gethan

Ich euch wil recht bedeüten

Er was gezogen in das land

Dem künig von Indione

Er het im genommen ein pfand

Das was sein tochter schone

Der künig schnebeleter leüt

Hertzog ernst sach das her wol

Gen der purg ziehen zuo der zeit.

 

28

Er sprach lieber geselle mein

Nun thuo mir deiner hilffe schein

Allhie an disem orte

Wie wöll wir dise purg bewaren

Vor diser grausamlichen scharen

Beschliessen wir die porte

Der graff der sprach das rat ich nit

Wir mügent nit genesen

Wir wöllen schawen disen rit

Was volcks es muge wesen

Wir wöllen in ein winckel stan

Das theten sy vnd sahen

Da kament vil schnebeleter man.

 

29

Sy kamen dar mit reichem schal

Sy fuorten den künig auff den sal

Vnd der truog auff ein krone

Die was mit gold wol beschlagen

Vil edler stein mocht sy tragen

Sein gwand das leücht gar schone

Es was mit perlen wol vmbleit

O wer möcht es vergelten

Die iunckfraw iren kumer seit

Sy gund den künig schelten

Sy sprach wie sol es mir ergan

Ir habt mich bößlich gestolen

Dem reichen künig von indian.

 

30

Der künig west nit was sy sprach

Wann er sy lieblich anesach

Er nam ir schneweiß hende

Er truckt sy in die hende sein

Sy gab im minnigklichen schein

Sy klagt ir groß ellende

Er vmbfieng die iunckfraw fein

Der mynn in seer geluste

Die selbe hübsche iunckfraw fein

Gar dick er sy do kuste

Er truckt sy zuo im an der stund

Einn schnabel groß vnd vngeheüer

Stieß er der zarten in den mund.

 

31

Die iunckfraw jämerlichen schrey

Sy sprach nun ist mein freüd entzwey

Erst meret sich mein layden

Das ich dem vngefuogen man

Soll hie wesen vnderthan

Lieber wär ich verscheyden

Weß mocht ich nit ersterben ee

Der iämerlichenstunde

Mir thuot sein grosser schnabel wee

Wol in dem meinem munde

Der künig west nit was ir was

Er meint es wär ir pests gesang

In irem land sungen sy das.

 

32

Der schnebeler trib freüden vil

Mit der iunckfrawen one zil

Darzuo menge vnweise

Sy sprungen mit der magt so ser

Der schimpff was ir gar vnmär

Sy mocht auch nit der speyse

Ir was kein freüd do not zuo muot

Dann weinen vnd schreyen

Das erbarmet den fürsten guot

Vnd auch den grafen freyen

In was vmb die iunckfraw layd

Doch dorfften sy sich nit melden

Der schnebler her was also preit.

 

33

Die nacht was vinster über al

Man fuort den künig von dem sal

Hin an ein beth was weyte

Das was so kostlichen bereyt

Die iunckfraw het man vor dran gleit

Ir was gar lang die zeite

Er legt sich zuo der iunckfraw fein

Do schray die vngemuote

O wo sind nun die freünde mein

Die mich sond han in huote

Vnd wirt es heind nit vnderstan

So muß ich den schnebeleten man

Fürbaß zu einem manne han.

 

34

Hertzog ernst sich do versach

Hört was im vor vnd nach geschach

Ja im vnd seinem geselle

Er sprach geselle vnuerzagt

Wir sollen helffen diser magt

Es kost recht was es wölle

Es muoß allhie gewaget sein

Die wurst wol an den pachen

Der graff sprach lieber herre mein

Wir sollen vns zuo ir machen

Vnd sollen ir heüt bey bestan
Hilfft got das vns hie gelingt

Vns danckt der künig von indian.

 

35

Der schnebeler man gar ser vacht

Mit der iunckfrawen die langen nacht

Er kund sy nit bezwingen

Vnd das sy thät nach seinem muot

Als man yenthalb des reines thuot

Er gund ser mit ir ringen

Hertzog ernst stieß auff die thür

Den künig er do erschreckte

Er zoch sein guotes schwert herfür

Den künig er do weckte

Er schluog im ab das haubte sein

Er sprach wol auff gen indian

Du außerwelte iunckfraw fein.

 

36

Vnd do der schlag also ergieng

Die iunckfraw den herren vmbfieng

Mit weissen armen plancke

Sy sprach o lieber herre mein

Mein muoter ist ein künigein

Sy mag euch gar wol dancken

Mein vater ist ein künig reich

Vnd hat so vil des guotes

Vnd ist das ir erlösent mich

Er ist so miltes muotes

Bringt ir mich wider heim zuo land

Ich sprich er geit euch zuo eigen

Ja india das guote land.

 

37*

Darnach do sahen sy zuo hant

Die schlüssel hangen an der want

Die zuo der burg gehorten

Sy sperten auff thür vnd thor

Meng starcker rigel was daruor

Die schnebeler nicht horten

Die warhait ich euch sagen sol

Es gieng als sy nun wolten

Die schnebeler waren muod vnd vol

Deß hand sy ser entgolten

Sy hetten bayd ein kürtzen sin

Wie sy die schönen künigin

Brechten von der purg dahin.

 

38

Hertzog ernst do an sich nam

Vnd was im vnderwegen kam

Die letz kund er in geben

Es ware doch klein oder groß

Der praut es sicher nit genoß

Es galt yedem sein leben

Sy giengent beyd in einen stal

Do stuonden roß darinne

Hertzog ernst het do die wal

Er nam drey nach seinem synne

Darauff ritens al drey hindan

Des morgens fand man ligen tod

Vil mengen schnebeleten man.

 

39*

Ir kleynat namen sy mit in

Die sy prachten mit in da hin

Vnd auch ir guote were

Das ander blib dahinden stan

Wer sich des hat genommen an

Des achten sy nit sere

Sy heten do zuo beiten nicht

Menig schnebeleter manne

Die stunden auff in der geschicht

Vnd eilten do von danne

Die iunckfraw heten sy verloren

Den künig vnd menig schnebeler

Die schmachat thet in allen zoren.

 

40

Wie es in doch ergangen ist

Das sing ich yetz zuo diser frist

Euch allen von der mayde

Wie sy die zwen prachten von dan

Ya hertzog ernst vnd auch sein man

Das kam in nit zuo leyde

Sy riten beid tag vnd nacht

Biß sy kament zuo lande

Ir keines essens nie gedacht

Biß das man ir nit kande

Sy muosten reyten weit vnd preit

Darzuo durch menge guote stat

Des was die iunckfraw gar gemeit.

 

41*

Do sy kamen also von dan

Die herren beyd gar lobesan

Des sind sy wol zuo preysen

Mit in die iunck künigin rein

Vnd auch die zwen karfunckel stein

Die behielten sy mit fleisse

Sy eilten also schnelligklich

Was sy mochten eriagen

Der graff sprach edle iunckfraw reich

Ob ir vns wölte sagen

Wie was die sach vmb euch gethan

Das sy euch also gefangen fuort

So menger schnebeleter man.

 

42*

Sy sprach zuo dem herren behend

An meines vatters hoffe send

Gar vil seltzamer leüte

Ein schnebleter was under in

Durch den ich hie verraten bin

Wol zuo der selben zeyte

Der legt zuo erst sein hand an mich

Vnd do es im ward eben

Auff in het ich kein sorg sprich ich

Das er mich solt hin geben

Er pracht mich in das ellend mein

Das selb pracht groß trauren zuo hand

Dem vater vnd der muotter mein.

 

43*

Noch mer thuo ich euch bekant

Sy kament heimlich in das land

Vnd hetten da vernommen

Wo ich oft rait kurtzweilen hin

Für einen wald stand vnser sin

Do warent sy dar kommen

Ich reit allein wol in den wald

So gar in kurtzer stunde

Der schnebelet man kam also bald

Vnd hielt mir zuo meinen munde

Das ich kain geschray mochte han

Vnd all zuo hand kament gerant

Vil meniger schnebeleter man.

 

44*

Sy fuorten mich gar pald mit in

Vber ein wasser schifftens hin

Sy zugent on geprächte

Durch mengen grossen vinstern wald

Vor layde was mir haiß vnd kalt

Ich kam in groß anfechte

Tag vnd nacht ritten sy ser

On alles nider legen

Der schnebler künig kam mit eim her

Gar krefftigklich entgegen

Ich muost allein vnder in stan

Sy fuorten mich gar bald dahin

Da ir mir habent hilff gethan.

 

45*

Des ich euch nit verdancken kann

Ir werden herren lobesan

Ich mag sein nit enperen

Was herren ir nun mögt gesein

Der graff sprach edle iunckfraw fein

Das sag ich euch so geren

Hertzog ernst heist der herre mein

Ist von adel hoch geporen

Vnd so ist es die muotter sein

Ein keiserin auserkoren

Auch so pin ich ein graff so frey

Vnd der im wol gedienen kan

Vnd in den nöten wonen bey.

 

46*

Wir haben abenteür begert

Der seind wir worden wol gewert

Biß wir daher seind kommen

Wir fuoren durch einn vinstern perg

Auff einem grossen wasser werck

Dar in lang zeit wir namen

Das weil wir euch thuon pas bekant

Wie es vns sei ergangen

Wenn wir euch heim bringen zuo lant

Darnach ist vns belangen

Sy meinten ir sorg het ein end

Erst kamentz mer in grosse not

Das gieng in kurtzlich in die hend.

 

 47*

Nun hörent was in do geschach

Des morgens do der tag her brach

Auff einem weiten gewilde

Da lagen starcker rysen drei

Der ein sprach nun luogt wie im sey

Ich sich drey menschen pilde

Die muossen geben vns ein pfand

Wir lassentz sunst nit reiten

Den linken fuoß die rechten hand

Ja wol zuo disen zeiten

Aus zugen sy die iren schwert

Hertzog ernst vnd auch sein man

Sy ritten gar drey schnelle pfert.

 

48*

Vil scharpfer pfeil vnd guot geschoß

Warent da bey in einem schloß

Daruon sy lieffen here

Dem edlen fürsten was so gach

Ein ryß der lief im hinden nach

Zuo streiten was sein gere

Hertzog ernst vnd auch sein man

Die muosten zuo in reiten

Sy griffen die drey risen an

Wol zuo den selben zeiten

Sy schossentz alle drey zuo tod

Got halff in zuo der selben stund

Das sy kament auß grosser not.

 

49

Sy ritent in der kelt genuog

Vnd do sy nye kein straß hin truog

Vber menige wilde hayde

Sy riten über menigen perg

Do begegnet in ein kleiner zwerg

Er schwür bey seinem eyde

Sy hetten vnfreüntlich gethan

Das sy nit dorsten reyten

Er sprach ich mag es nit gelan

Ir muost mit mir do streiten

Oder gebt mir das megetlein

Stet ab vnd gürt eür rose baß

Es muoß alhie gefochten sein.

 

50

Hertzog ernst ward aber yehen

Der leüt hab ich nye gesehen

Die mit mir torsten streiten

Er sprach ich gib euch kampffs genuog

Drey risen ich erst heüt erschluog

So gar in kurtzen zeyten

Es mag euch anders nit ergan

Oder gebt mir die maget

Ich mag euch streitens nit erlan

Also das zwerglin saget

Hertzog ernst vnd auch sein man

Die theten gar einn grossen streit

Der zwerg gar kaum von in entran.

 

51

Sy riten fürbaß aber dar

Das zwerglin pracht ein grosse schar

Der andern zwerg on massen

Sy hetten einen grossen walt

Gar schier verhawen vnd verfalt

Vnd dem fürsten die strassen

Die iunckfraw wainet vnd sprach

O aller liebster herre

Erst hebt sich vnser vngemach

Ich fürcht hart vnser sere

Er sprach iunckfraw gehabt euch wol

Gott halff vns dort auß grosser not

Vnd der vns auch hie helffen sol.

 

52

Sy theten menigen herten streich

Biß etlichs vnder ein busch weich

Vnd das man sein nit funde

Er sprach ir kleinen leütlein

Vnd welt ir vnser maister sein

Das wär sam wir nit kunde

Durch vernunfft wendent eüer vngunst

Wolt ir vns nun hie engen

Villeicht erdenck wir auch ein kunst

Das wir euch hie besengen

Ja hertzog ernst vnd auch sein man

Die zündten an den grossen wald

Vil manig zwerg darinn verpran.

 

53*

Der walt was lauter feürin gar

Die herren mit der iunckfraw clar

Die kamen dauon hin ein

Auff einen felßen hoch vnd tieff

Die iunckfraw iämerlichen rieff

Betrübt warent ir synne

Allhie so muossen wir leiden not

Hinab müg wir nit kommen

Der graf gab dem herren einn rat

Das pracht in guoten frummen

Von roß namentz die riemen do

Vnd liessent sich daran zuo tal

Do ward die iunckfraw wider fro.

 

54*

Die drei roß liessen sy stan

Da hin zuo fuossen muostentz gan

Sy hetten lützel speyse

Hertzog ernst vnd der graff so et

Trösten die iunckfraw hoch gemuot

Mit suossen worten leyse

Wann got der wil vns nit verlan

Das glaubt vns sicherleiche

Den last vns altzeit ruoffen an

In seinem höchsten reiche

Das er vns zu den leüten pring

Auß disem wilden wald so groß

Das vns darinn nit misseling.

 

55*

Do sy volendten dise that

Gar pald sy eylten von der stat

Es was keinß beytentz mere

Zuo grossem fliehen was in Bach

Sy forchten ser man eylet in nach

Vnd kemen in groß schwere

Sy giengen menige wilde stroß

Als ich euch wil bedeüten

Das sy do legten keinen ploß

Als von des zwerges leüten

Do kerten sy sich auß dem wald

Sy nyemant horten noch sahen

Auff ein gefild sy kament pald.

 

56

Sy kament alle drey zuo hand

Gar drat auff einen breiten sand

Do floß ein wasser schone

Darauff sich doch ein vischer fuor.

Sie fragten in wie theüer er schwuor

Es gieng gen indione

Die iunckfraw lachet do zuo hand

Sy sprach ir lieben herren

Indian ist meins vatters land

Dem sein wir nun nit verren

Dann dises wasser kenn ich nun wol

Hertzog ernst vnd auch der graff

Die wurden aller freüden vol.

 

57

Sy sprach zuom vischer guoter man

Wiltu guoten muot von vns han

Für vns das wasser nider

Er sprach ich hab ein schiffelein

Das duncket mich zuo klaine sein

Also sprach er hinwider

Sy machtend beyde sam ein floß

Mit grossen baumen schwere

Wann sy kein werck doch nye verdroß

Der iunckfrawen zuo ere

Darauff sy sassen alle drey

Die iunckfraw lachet vnd sprach

Nun seyen wir der schnebeler frey.

 

58

Das wasser fuoren sy zuo tal

Der meil vil gar one zal

Sy warent sorgen one

Sy hetten freüd vnd guoten muot

Kamen zuo ainer stat was guot

Do sprach die wol gethone

Ir herren secht die guoten stat

Die ist meins vatters eygen

Vnd auch vil pessers er noch hat

Die wil ich euch noch zaigen

Do sprach der edel fürst zuo hand

Seyd das ir hie bekennet sind

So schiff wir frölich an das land.

 

59

Vnd do sy ruckten an das land

Zuo hand ward do ein bot gesand

Dahin gen indione

Vnd do der künig mit hauß saß

Das nye kein pot so wilkum was

Er sprach seind leides one

Vnd gebent mir das botenbrot

Ich sag euch liebe mere

Verdienet wil ich hon den tod

Ob ich es nit bewere

Zuo land ist eüer tochter kommen

Der künig sprach vnd ist es war

Es sol dir pringen grossen frummen.

 

60

Ja herr der künig es ist war

Ich sag es euch nun offenbar

Es ist heüt der drit tage

Das ich bey eüer tochter was

Der künig sprach nun wol mir das

Ich nymmermer well klagen

Mein leid vnd auch mein vngemach

Das wil ich nymmer iehen

Des wol mir heüt vnd nymmer ach

Sol ich mein tochter sehen

So ist vergangen all mein pein

Seyd das mir got geholffen hat

Das kummen ist die tochter mein.

 

61

Der künig vnd die künigein

Die mochten fröer nit gesein

Dann nun diser botschaffte

Der künig sein tochter began

Mit mengem ritterlichem man

Er wolt mit heres kraffte

Holen die liebsten tochter sein

Ich mags nit lenger treiben

Ob man dem singer nit geyt wein

So wil erß lan beleiben

Wann er in nit gehelffen kan

Vnd das sy kommen wider heim

Er wil vorhin zü trincken han.

 

62*

Die reiß ward nit lang gespart

Der künig huob sich auff die fart

Mit seiner frawen schone

Er zoch gar schnelligklichen dar

Er nam mit im ein grosse schar

Gar menigen dienstmanne

Darzuo menig iunckfraw fein

In gold gunden sy prehen

Do der künig vnd die künigein

Jr tochter gunden sehen

Die warheit ich mag sprechen wol

Sy wurden beide an krefften schwach

Jedoch wurden sy freüden vol.

 

63

Nun hörent wie der künig sprach

Do er sein tochter ane sach

Zergangen sind mein schwere

Er vmbfieng das megetlein

Vnd hieß sy got wilkommen sein

Vnd fragt wer die zwen were

Sy sprach das sag ich dir zuo hand

Sy seind her mit mir kommen

Hertzog ernst ist ers genand

Er hat mich dort genommen

Sy do zaigen auff in began

Dein land vnd auch mein eigen leib

Sol er gentzlich für eygen han.

 

64

Der künig sprach das thuo ich nicht

Vnd was mir hait darumb geschicht

Ich gib dich keinem manne

Den ich selbs nit erkennet han

Vnd ob er sey ein biderman

Er sey auch edel danne

Do sprach die edel iunckfraw fein

Zuo hilff ist er mir kommen

Darumb so wil ich wesen sein

Er hat mich dort gewunnen

Darzuo ist er ein biderman

Du muostest mich sunst hon verloren

Het got vnd er nit hilff gethon.

 

65

Der graff vnd sein herr zornig ward

Do sy die red hetten gehort

Sy sprachen bayd fürware

Der tochter lassen wir euch nicht

Vnd was vns hait darumb geschicht

Das red wir offenbare

Mit sorgen prachten wir sy her dan

So verr auß frembdem lande

Zuo weib mein herr der sol sy han

Sy hat auch sein kain schande

Der künig sprach vnbetrogen

Habt euch mein liebes kind zuo weib

Vnd lat vns heim zuo lande zogen.

 

66

Nun wil ich euch verbriefen mer

Vor disen herren vngefer

Mein land vnd auch mein leüte

Mein burg vnd alles das ich han

Wil ich euch machen vnderthan

Vor disen herren heüte

Vnd vor den fürsten die do seind

Vnd das es euch beleybe

Vnd auch mein minnigkliches kind

Habt euch zuo einem weibe

Vnd soit nach meinem tode sein

Gewaltig über indian

Ein herr über die tochter mein.

 

67

Sy zugen hin gen indian

Der künig ließ beruoffen schon

Thurnieren vnd stechen

Vnd do was grosser kurtzweil vil

Von menger hande saiten spil

Die schilt vnd sper zerprechen

Die hochzeit wert viertzehen tag

Fürwar thuo ich euch sagen

Zuo hof da was ein grosse klag

Mit waynen vnd mit klagen

Biß hertzog ernst schuof also

Das der künig vnd als sein volck

Des fürsten wurden also fro.

 

68*

Die hochzeit was erschollen preit

Ein man das los erfuor vnd reit

Der kam auch dar gegangen

Er zoch her auß der schnebler land

Dem was wol vmb die sach bekannt

Er ward gar schon empfangen

Sy sprachen du vil guoter man

Sag vns die rechten mere

Wie was die sach also gethan

Wol vmb die schnebelere

Do in der künig ward erschlagen

Vnd do die iunckfraw was da hin

Er sprach das kan ich euch wol sagen.

 

69

Sy hetten den künig wol verklagt

In was nur alles vmb die magt

Das in die was verschwunden

Daruon ward bitter ir gedanck

Ye einer an den andern spranck

Sy schluogen tieffe wunden

Do hub sich angst vnd grosse not

Von iämerlichem streiten

Do belaib menger schnebeler tod

Wol zuo den selben zeiten

Einer gab dem andern die schuld

Do in das laster was geschehen

Des kament sy in vngedult.

 

70

Es was gerett an einen man

Der solt ir baß gehuotet han

Das was der kamerere

Der selbig het verschlaffen das

[…] mb keinen has

Noch vmb keiner bösen mere

Sy sprachen der künig ist erschlagen

Das kumbt von deinen schulden

Fürwar es wirt dir nit vertragen

Des muost du kummer dulden

Do kam der kamrer auch in not

Das in der künig was erschlagen

Des muost er auch kiesen den tod.

 

71*

Sy hetten gar ein grossen strauß

Recht sam das weter sching inß hauß

Sy eylten auß mit schalle

Auff menig straße da hin dan

Das in des volcks im hauß zuo ran

Vnd wurden grymmig alle

Sy westen all nit wie im was

In allen disen dingen

Vnd ob man sy wurd letzen baß

Vnd mer zuo schaden pringen

Vnd ob der teüfel wär im land

Sy eylten wider heim zuo hauß

Vnd verschlossen die purg zuo hand.

 

72*

Er sprach hab danck du guoter man

Du hast im also recht gethan

Das du vns also eben

Nun von den sachen hast geseyt

Gar ein guotes neües hoffkleyt

Das selb sol man dir geben

Der preütigam vnd auch sein man

Vnd sein künigkliche maget

Die habent dise ding gethan

Daruon du hast gesaget

Von in seind sy dernider gelegen

Nun beleib du hie auff der hochzeit

Vnd hilff vns der kurtzweil pflegen.

 

73*

Do er die red nun het gethan

Horten die fürsten lobesan

Die warent erst dar kommen

Die zwen theten sy fast ansehen

Vnd gunden in groß lob veriehen

Do sy die that vernommen

Vnd das erhal auff der hochzeit

Also mot grossem prechten

Lob vnd eer ward vil geseyt

Von rittern vnd von knechten

Das siß hetten geschickt also

Des freüet sich der alt künig

Der grossen eer vnd wirde do.

 

74*

Do sagten sy doch baß die mär

Vnd wie es in ergangen wär

In einem vinstern perge

Wie sy ein wasser trng hin ein

Vnd auch von dem karfunckelstein

Vnd von den kleinen zwerge

Vnd wie sy striten vast mit in

Ee das sy sich erwerten

Vnd sy die iunckfraw prachten hin

Vnd auch vor in ernerten

Sy sprachen edler künig fein

Kein man lebt yetz auff erden nit

Deß eüer tochter baß müg gesein.

 

75*

Von diser red ich lassen wil

Sy schallierten auff seytenspil

Vnd kürtzten in ir stunde

Do leüchtet der karfunckelstein

Auch menig iunckfraw hübsch vnd rein

Mit irem roten munde

Sy warent all gezieret wol

Mit purpur vnd mit seyde

Vnd gold als ich euch sagen sol

Von kostlichem geschmeyde

Darbey menger stoltzer degen schon

Das man kaum grösser freüde

Nye gewunnen het in indion.

 

76

Do nun die hochzeyt gar ergie

Hertzog ernst doch nit entlie

Er wölt ein vrlaub nemmen

Der künig sprach ir werder man

Nun wölt ir yetzund vrlaub han

Muost wir vns ymmer schemmen

Ir kumbt also von hinnen nicht

Ir muossent lenger beleiben

Vil grosser kurtzweil euch geschicht

Ir soit eüer weil vertreiben

Vnd soit haben eins fürsten leben

Gold silber vnd auch guot gewand

Deß wil ich euch den vollen geben.

 

77

Der hertzog ernst do belib

Der langen zeit er vil vertrib

Biß auff die zehen iare

Es was keinem fürsten nye baß

Dann weil er zuo india was

Das red ich offenbare

Er reyt im land turnieren weyt

Zuo stechen tafelfßrunde

Die hirß vnd wild zuo meniger zeyt

Mit habbich vnd mit hunde

Vnd wenn man nun zuo tische saß

Hertzog ernst vnd sein fraw

Zn spilen gach in dem pret was.

 

78*

Dem hertzog gefiel das land so wol

Daruon sein hertz ward freüden vol

Das hört man von im sagen

Im schanckt die alte künigein

Auch beyde speiß vnd auch den wein

Vnd gewand gar wol beschlagen

Das was so ritterlich gethan

Darumb het er gestriten

Hertzog ernst vnd auch sein man

Habent so vil erliten

Der künig gab in grosses guot

Von lieb seiner tochter vil rein

Truogent die zwen einn freyen muot.

 

79*

Er gab in gar einn reichen solt

Beyde groß silber vnd auch gold

Im vnd seinem geselle

Der mit im was kummen auß

Sy liten beyd vil mengen strauß

Es merck nun wer do welle

Darbey so mügt ir wol verstan

Wie es in ist ergangen

In diser stat zuo indian

Wurden sy schon empfangen

Der hertzog ernst vnd auch sein man

Groß eer erwurben sy beyde

Von dem künig auß indian.

 

80

Eins nachtes er sich niderleyt

Wol zuo der hoch gelobten meyt

Do gedacht er an die achte

Es gieng wol hin gen der mitternacht

Hertzog ernst lag vnd betracht

Gar recht er sich bedachte

Wie er gem kayser zornigleich

So lebt in grosser schwere

Er wolt in gruossen tugentleich

Mit guoten worten sere

Do ward er mit im selber ein

Das er dem kayser schicken thet

Die zwen edeln karfunckelstein.

 

81*

Do versünet er des vatters zorn

Der edel fürst so hoch geporn

Er thet in auß der achte

Darein er in vor het gethan

Ja hertzog ernst vnd auch sein man

Beyd von ritters geschlächte

Der graff wonet im in treüen bey

Den abent vnd den morgen

Dient er dem edlen fürsten frey

Gar offt mit grossen sorgen

Ee dann sy kament in die stat

Gen indian mit grosser eer

Do sy der künig begabet hat.

 

82

Er schreib der muoter liebe mer

Wie wol es im ergangen wer

So verr in frembdem lande

Die muoter was der mär so fro

Das er ein herr was worden do

Der kayser sprach zuo hande

Seyd ers so freüntlich hat verpracht

Zn hoher er ist worden

So thuo ich in auß meiner acht

Gen im auff frides orden

Vnd das mag dock nit abegan

Die weil ich das leben mag han

So wil ich in nit sehen an.

 

83

Noch wil ich im die liebe thun

Recht sam er wär mein eigen sun

Vmb willen seiner gabe

Vnd vmb die grossen manheit sein

Das er die edlen keiserein

Nach mir in eren habe

Vnd das er ir thuo auch kein not

Die weil sy mag geleben

So wil ich im nach meinem tod

Das kayserthuomb auff geben

Ein brieff ward do geschriben schon

Der kayser in bestättet do

Vnd henckt sein insigel daran.

 

84*

Die motter schrib herwider mer

Wie er ein herr von braunsweick wer

Das thet sy wol beweren

Sy schrib dem künig von indian

Er solt die potschafft recht verstan

Er sprach das hör ich geren

Seyd das es got hat selb gefuogt

Vnd ich die warheyt vinde

Daran mich redlich wol benuogt

Gen im vnd meinem kinde

Das er ist kommen also her

Von einem hertzog also frey

Das mir keiner nit lieber wer.

 

85*

Darnach thet man im große eer

Im vnd seinem gesellen her

Der mit im was auß kommen

Ja auff verlust vnd auff gewin

Ein lange zeit die was dahin

Das habt ir wol vernummen

Man gab im da das peste land

Bald het es im geschworen

Dem edlen fürsten zuo hand

Von adel hochgeborn

Mit grossem gewalt vnd ritterschafft

Die hielt er also lange zeit

Darnach kam er in grosse krafft.

 

86

Der kayser hie heraussen starb

Bald hertzog ernst auch erwarb

Das kayserthumb mit kraffte

Er zoch herauß also zuo hand

Wann jm gefiel baß teütsche land

Dann in der haydenschaffte

Sy warent im gehorsam gar

Recht sam er bey in were

Der muotter nam er eben war

Sy het gewalt vnd ere

Er ward ein forchtsam keyser fein

Das beyde ritter vnd knecht

Im muosten vnderthänig sein.

 

87

Ir sollent mich noch mer verstan

Ich wil euch kürtzlich wissen lan

Wie es im mer ergienge

Sein schweher auch dort tode lag

Hertzog ernst rit nacht vnd tag

Die kron er auch empfienge

Das künigreich von indian

Des ward er gar gewaltig

Mit eren truog er wol ein kron

Mit tugent manigfaltig

Er schuoff es in dem land also

Das beyde arm vnd auch reiche

Seins gewaltes wurden fro.

 

88

Hertzog ernst des nit vergaß

Der bey im in trewen gestanden was

Den abent vnd den morgen

Dem macht er do gar vnderthon

Das gantz künigreich von indian

Er lebt on alle sorgen

Er ward ein mchtig künig groß

Das het er wol verschulte

Das er der reise auch genoß

Wann er offt kummer dulte

Gedacht der edel kayser an

Das er bey im gestanden was

In nöten als ein biderman.

 

89

Ich kan es nit lenger treiben hie

Was grosser manheit er begie

Hernach bey seinem leben

Wie das dick menger stoltzer man

Bey hertzog ernst guot gewan

Nach manheyt begund er streben

Wie milt vnd auch von edelm stam

Vnd tugenthaff er were

So lang biß er ein ende nam

Der edel fürst so here

Wöllen wir lassen sunder haß

Schenckt ein vnd gebt mir zuo trincken

Sing ein ander der es künd baß.

 



[1] Caroline Cazanave, D’Esclarmonde à Croissant. Huon de Bordeaux, l’épique médiéval et l’esprit de suite, Presses universitaires de Franche-Comté, 2007.

[2] C. Lecouteux, « A propos d’un épisode de Herzog Ernst : la rencontre des hommes-grues », Etudes Germaniques 33 (1978), p. 1-15 ; du même : « Die Kranichschnäbler der Herzog Ernst-Dichtung », Euphorion 75 (1981), p. 100-102.

[3] C. Lecouteux, « Die Sage vom Magnetberg », Fabula 25 (1984), p. 35-65.

[4] C. Lecouteux, « Herzog Ernst, les monstres dits Sciapodes et le problème des sources », Etudes Germaniques 34 (1979), p. 1-21.

[5] C. Lecouteux, « Les Panotéens : sources, diffusions, emploi », Etudes Germaniques 35 (1980), p. 253-266.

[6] Cf. Jean Carles.- La Chanson du Duc Ernst (XVe siècle), étude sur l'origine et l'utilisation d'une matière légendaire ancienne dans le genre tardif du Lied, Paris, PUF, 1964 (Public. de la Faculté des Lettres de l'Univ. de Clermont, 2e série, fascicule 19).

[7] Cf. C. Lecouteux, « Herzog Ernst V. 2164ff. », Zeitschift f. deutsches Altertum 108 (1979), p. 306-322.

[8] « Herzog Ernst », in : Enzyklopädie des Märchens, éd. par K. Ranke et alii, Berlin/New York, 1990, t. VI, col. 939-942.

[9] Cf. J. Carles, op. cit. supra, p. 71-76.

[10] Elle s’appelle Adelhaid et est la seconde femme de l’empereur qui se remarie après la mort d’Ottogeba.

[11] Son nom est Wetzel et se trouve dans les autres rédactions.

[12] Cette pierre se retrouve sur la couronne impériale et s’appelle Orphanus (Waise).

[13] Dans B, ce sont des Arismaspes.

[14] Dans B, il s’agit de pygmées en guerre avec les grues. Ernst leur vient en aide.