Jeu de Daniel

Ludus Danielis

Nous reprenons ici le texte et la traduction de Mireille T. Tóth tels qu'ils ont été proposés à l'occasion de l'enregistrement du Ludus Danielis par la Scola Hungarica sous la direction de Janka Szendrei, en 1983, (disque Hungaroton SLPD 12457); le texte latin a été soigneusement collationné sur celui proposé par G. Cohen, p. 205 sq.  G. Cohen ne proposant pas de notice particulière pour ce jeu, il a paru intéressant de reprendre l'intéressante présentation de Benjamin Rajeczky figurant sur la pochette du disque.
 

INTRODUCTION
LE TEXTE
DISCOGRAPHIE


INTRODUCTION

    Le gigantesque programme musical couvrant toute l'année de la liturgie occidentale unifiée du Moyen Âge  fit prospérer par centaines dans les cathédrales et les monastères des écoles dont le rôle n'était pas seulement de former des jeunes destinés à prendre la relève du clergé alors en activité, mais aussi de perpétuer et d'assurer dans l’application chantée de la liturgie l'alternance indispensable des voix d'hommes et d'enfants. La vie très animée de ces écoles, intégrant les événements annuels de la liturgie demandant de longues préparations, ouvrit peu à peu aux jeunes élèves, par une suite de programmes à la fois distrayants et techniquement difficiles, imposant une dure discipline et maintenant dans le même temps l'imagination en activité, de nouveaux domaines littéraires, des textes des Psautiers à l'univers des poètes auteurs des séquences, sans oublier des incursions dans les oeuvres des poètes classiques. Les nombreux recueils de poèmes que l'on a retrouvés dans ces écoles montrent avec quel plaisir leurs élèves jouaient avec le langage poétique.

    Un domaine dramatique s'offrit aussi bientôt au jeu poétique, également grâce au programme liturgique. Des sources qui vont se multipliant peu à peu à partir du Xe siècle montrent comment les événements de l'aube de Pâques passèrent de la narration de la Bible à une forme se prêtant à leur version dialoguée, en faisant prendre part aux participants, non pas à l'événement proposé à l'imagination, mais à son déroulement réel, en orientant l'événement solennel véhiculé par le dialogue d'abord vers l’Introït de la messe, puis vers le Te Deum clôturant les matines, comportant plus de place que le précédent. Des contenus dramatiques similaires furent tirés des thèmes de la Nativité, avec intervention de bergers, de rois mages, d'Hérode, etc. C'est ainsi que l'on fit aussi place aux prophètes de l'Ancien Testament, et même aux chants sibyllins reliant l'Antiquité au monde chrétien et mis au goût du jour.

    Sans un fort ralliement des écoles enseignant en latin (aux XIIe. et XIIIe siècles), le genre dramatique n'aurait certainement pas commencé à se développer aussi puissamment, surtout par le truchement des mystères, qui tendaient de plus en plus vers le langage populaire en rompant avec la liturgie. C'est dans ces jeux en latin que l'on trouve les premiers ajouts en langage profane, et c'est ainsi qu'ils firent place à des chants populaires tels que le Chnst ist erstanden, qui est digne de la séquence Victimae paschaIi. Dans les laudi, on voit s'ouvrir à compter du XIII. siècle tout un univers vocal en italien, et les lamentations mariales chantées dans toute l'Europe en langue nationale annoncèrent le développement ultérieur des grandes passions populaires, de même que les programmes monumentaux des processions de la Fête-Dieu  – que l'on vit se multiplier presque d'un jour à l'autre – ouvraient déjà la voie aux théâtres profanes baroques. Le jeu dramatique auquel notre disque est consacré se distingue des .créations de l'époque par un univers mélodique particulièrement riche. Smoldon va jusqu'à parler à son propos de l'apparition d'un « opéra médiéval ». Cette remarque est d'autant plus justifiée que ce drame tient soigneusement compte de la fonction des différents morceaux au point de vue des genres musicaux: c'est ainsi que des récitatifs dans les formes alternent avec des strophes apparentées aux hymnes à la mélodie plus élevée et avec des morceaux lyriques plus riches en mélismes. Les cortèges et les suites faisant se déplacer beaucoup de monde (les conductus) sont, au gré de la situation dramatique, tantôt renforcés, et retentissants,. tantôt retenus et pleins d'attente ou encore de caractère dansant; mais surtout, ils se démarquent entièrement du coloris dans une certaine mesure grégorien des précédents, et tendent vers l'univers sonore de la musique populaire, consciemment ou non. Le texte suit d'assez près les points essentiels du récit biblique: la tension dramatique est présente dès le début à l'occasion du festin de mille couverts donné par le roi Balthasar, pour lequel il fait mettre sur la table les vases d'or rapportés en butin du Temple de Jérusalem par son père, Nabuchodonosor. Dès que ses invités y ont bu, une main humaine apparaît et trace sur la muraille une inscription que personne ne parvient à déchiffrer. Sur le conseil de la reine, on fait venir Daniel, déporté de Judée, dont la grande renommée a été établie du temps de Nabuchodonosor, et le prophète déchiffre l'inscription et apprend au roi qu'elle annonce la fin de son règne. Balthasar le récompense royalement et lui attribue de hautes fonctions, tandis qu'on remporte solennellement les vases du Temple.

    Le tournant dramatique se trouve déjà dans la Bible, qui dit laconiquement que la nuit même, Balthasar fut mis à mort et que Darius le Mède reçut la royauté.

    La deuxième partie du jeu est consacrée à l'arrivée sur le trône de Darius, à la récompense de Daniel et aux intrigues de grands de la cour jaloux de lui, intrigues à la suite desquelles le souverain se trouve contraint, malgré toute sa bonne volonté, de faire jeter le prophète dans la fosse aux lions. Mais Daniel est sauvé par l'intervention d'un ange  qui transporte à Babylone par les cheveux le prophète Habacuc, porteur du repas qu'il destinait à ses moissonneurs, ce qui permet à Daniel de se nourrir. Le roi fait extraire son conseiller de la fosse aux lions et y fait jeter à sa place les intrigants, avant d'ordonner à tous de révérer et de glorifier le dieu de Daniel. La prophétie concernant l'arrivée du Messie et l'annonce de sa naissance par l'ange conduit au chant initial (introït) de la messe de Noël (au lieu du Te Deum), qui constitue le chœur final.

    En dépit de son intéressant enchaînement d'événements, le drame ne perd pas de vue les règles et l'actualité de la liturgie. Le thème principal de cette pièce prophétique, la naissance du Christ, pénètre tout son déroulement, et c'est pourquoi le chœur qui introduit le drame tout entier ne perd pas de vue les règles et l'actualité de la liturgie. Le thème principal de cette pièce prophétique, la naissance du Christ, pénètre tout son déroulement, et c'est pourquoi le chœur qui introduit le drame tout entier n'a pas pour thème l'arrivée de Balthasar et de sa suite, mais bien le rôle du prophète; de même, le conductus au son duquel Daniel est conduit devant Darius est tout entier consacré à la Nativité; quant à la prédiction finale de Daniel, elle est au point de vue musical nettement supérieure à la scène du déchiffrage de l'insription mystérieuse de la première partie.

    Du fait, précisément, de ses fréquentes allusions au grand empire messianique, le Livre de Daniel fut longtemps considéré par la tradition liturgique comme le dernier maillon des prédictions des prophètes, et son rapport apocalyptique avec le «Fils de l'homme» fit de même considérer son contenu comme se rapportant pour l'essentiel à la Nativité. Le drame qui nous occupe reflète lui aussi cette conception. (Selon les recherches bibliques, le Livre de Daniel aurait été écrit vers 165 av. J.-C., dans le contexte des persécutions religieuses de l'époque des Maccabées, dans le but d'offrir en exemple les épreuves subies par Daniel et ses compagnons, leur miraculeuse délivrance, leur fidélité aux lois ancestrales et les passages fréquents à des ères nouvelles se manifestant dans leurs visions, afin de renforcer l'espoir de la libération et la foi dans la réalisation d'un projet divin se situant au-dessus de l'histoire. En raison de cette distance de quatre siècles, le cadre historique faisant allusion à la chute de l'empire néo-babylonien est quelque peu flou: Balthasar ne portait pas le titre de roi, et il était fils de Nabonide, et non pas de Nabuchodonosor; de même, Darius le Mède n'est pas un personnage historique. L'important résidait dans le témoignage des traditions anciennes, et c'est ainsi qu'on leur fit place à la fin des livres des prophètes dans la Bible grecque et latine, avec le chant des trois jeunes gens et l'histoire de Suzanne. L'histoire du voyage miraculeux de Habacuc à Babylone, dont l'origine est obscure, fut intégrée au Livre de Daniel en tant que morceau final.

    Les premières lignes du texte nous apprennent fièrement que le drame a été composé par les jeunes gens de l'école de Beauvais. Leurs types de vers coulant aisément et d'une variété impressionnante, ainsi que leurs mélodies aux flux tout aussi ample, montrent combien les élèves en question s'efforcèrent de polir le plus possible leur style dans les passages qui leur étaient confiés, de comparer ceux-ci avec les autres et de les enchaîner en évitant les répétitions. Les éléments de mouvement du jeu furent de toute évidence organisés avec un soin similaire, et les expressions se rapportant aux claquements de mains et à la danse laissent deviner de quoi ces jeunes énergies étaient capables.
 Le texte mentionne le fait, mais une foule d'analogies et de représentations qui nous sont parvenues indiquent aussi que ce genre de jeu musical spectaculaire offrait de nombreuses possibilités d'utilisation d'instruments de musique. On ne peut s'attendre à des indications détaillées dans ce sens, ne serait-ce que parce que le choix riche des instruments dont on disposait changeait avec les endroits.

     Dans notre enregistrement, nous sommes partis de la conclusion selon laquelle les conductus du matériau mélodique présentent au point de vue style une physionomie à tel point plus marquée que les autres parties de la musique que leur rythmique caractéristique requiert un. accompagnement instrumental. Ce groupe de morceaux tient dans le tout une place si importante que les autres peuvent fort bien faire l'affaire sans mise en relief, ne serait-ce que pour atteindre à une meilleure compréhension du texte chanté. Nous nous sommes efforcés en assortissant le rythme et la mélodie d'utiliser dans le plus grand éventail de timbres possible les instruments à percussion en usage à l'époque.

    Les documents qui nous sont parvenus indiquent qu'une ville telle que Beauvais jouissait d'une pratique instrumentale profane extrêmement animée. On trouve dès les XIIe et XIIIe. siècles des détails sur les instruments des jongleurs et sur. leurs fiefs, ce qui signifie qu'ils n par   prenaient eux aussi part aux fêtes et aux défilés de la ville. A partir du XIV' siècle, Beauvais fut célèbre pour son école de ménestrels. C'est là que les musiciens professionnels du Nord de la France organisaient leurs réunions annuelles, par groupes d'instruments. Tout ceci est aussi important au point de vue des jeux montés par nos écoliers: ces détails évoquent en effet la toile de fond instrumentale de ville, qui ne dut pas être sans influence sur la pratique musicale de la jeunesse (c'est d'ailleurs ce que laisse soupçonner le style musical des conductus du Jeu de Daniel).

Benjamin Rajeczky

 
LE TEXTE
Ad honorem tui, Christe, 
Danielis ludus iste 
in Belvaco est inventus, 
et invenit hunc juventus.

(Dum venerit Rex Balthasar, PRINCIPES SUI cantabunt ante eum hanc prosam:)

1) Astra tenenti cunctipotenti turba virilis 
Et puerilis contio piaudit.

2) Nam Danielem multa fidelem et subiisse 
atque tulisse firmiter audit.

3) Convocat ad se rex sapientes, grammata 
dextrae quid sibi dicant, enucleantes.

4) Quae quia scribae non potuere solvere regi, 
illico muti conticuere.

5) Sed Danieli scripta legenti mox patuere, 
quae prius illis clausa fuere.

6) Quem quia vidit prevaluisse Balthasar illis, 
fertur in aula praeposuisse.

7) Causa reperta non satis apta destinat illum
ore leonum dilacerandum.

8) Sed, Deus, illos ante malignos in Danielem
tunc voluisti esse benignos.

9) Huic quoque panis, ne sit inanis, 
mittitur a te praepete vate prandia dante.

(Tunc ascendat Rex in sedium, et SATRAPAE ei applaudentes dicant:)

Rex, in aeternum vive!

(Et REX aperiet os suum dicens)

Vos qui paretis meis vocibus, 
afferte vasa meis usibus, 
quae templo pater meus abstulit, 
Judaeam graviter cum perculit.

(SATRAPAE vasa deferentes cantabunt hanc prosam ad laudem regis:)

1) Jubilemus Regi nostro magno ac potenti! 
Resonemus laude digna voca competenti!

2) Resonet jocunda turba solemnibus odis! 
Cytharizent, plaudant manus, mille sonent modis!

3) Pater ejus destruens Judaeorum templa, 
Magna fecit, et hic regnat ejus per exempla.

4) Pater ejus spoliavit regnum Judaeorum; 
Hic exaltat sua festa decore vasorum.

5) Haec sunt vasa regia, quibus spoliatur 
Jerusalem, et regalis Babylon ditatur.

6) Praesentemus Balthasar ista Regi nostro, 
Qui sic suos perornavit purpura et ostro.

7) Iste potens, iste fortis, iste gloriosus, 
Iste probus, curialis, decens et tormosus.

8) Jubilemus Regi tanto vocibus canoris; 
Resonemus omnes una laudibus sonoris;

9) Ridens plaudit Babylon, Jerusalem plorat; 
Haec orbatur, haec triumphans Balthasar adorat.

10) Omnes ergo exultemus tantae potestati, 
Offerentes Regis vasa suae majestati.

C'est pour te rendre gloire, ô Christ,
Que ce Jeu de Daniel
A été écrit à Beauvais
Par les jeunes gens ici présents.

(Les GRANDS de la cour entonnent ce chant lorsque le roi Balthasar fait son entree:)

1) Le choeur des hommes et des entants chante triomphalement Celui qui soutient les étoiles et qui est tout-puissant.

2) Et ils écoutent tous avec la plus profonde attention l'histoire 
De tout ce qu'a fait et souffert le fidèle Daniel.

3) Le Roi fait venir les sages
Afin qu'ils déchiffrent pour lui l'inscription tracée par la Main.

4) Mais étant donné que les sages en sont incapables, 
Ils restent tous muets devant le roi.

5) Cependant, lorsque Daniel lit l'inscription,
Tout ce qui est resté celé aux autres devient sur l'heure clair pour lui.
6) Et lorsque Balthasar voit qu'il dépasse les sages en sagesse, Il le place, dit-on, à leur tête a sa cour.

7) Mais par suite d'une accusation qui n'est point vérifiée comme il se devrait et qui est portée contre lui, il le condamne a être donné en pâture aux lions.
8) Mais toi, Seigneur, tu fais devenir doux et paisibles 
Pour Daniel les lions qui étaient féroces.

9) Et tu lui fais même porter, afin qu'il ne meure pas de faim, Du pain, par un prophète arrivé des nues.

(Le roi s'installe sur le trône, et la COUR le salue par ce cri)
 

Sire, longue vie au Roi!

(Et le ROI, prenant la parole, déclare:)

Vous qui obéissez a chacune de mes paroles,
Apportez afin que j'en use les vases
Que mon père a enlevés au Temple
Lorsqu'il a impitoyablement soumis Judas !

(Chant à la gloire du Roi des PORTEURS DE VASES:)
 

1) Acclamons notre grand et puissant souverain, 
Chantons sa gloire en des hymnes appropriés.

2) Que le choeur joyeux entonne des chanta solennels, 
Que jouent pour lui les cithares, que frappent les mains, et que l'on chante mille mélodies.
3) Son père fit grande chose en jetant à bas les temples des Juifs, Et lui-même règne en suivant l'exemple de son père.

4) Son père dépouilla le royaume des Juifs,
Et lui donne plus d'éclat a ses fêtes en y usant des vases sacrés.

5) Ces vases royaux sont ceux dont a été dépouillée Jérusalem pour venir enrichir la royale Babylone.

6) Portons-les donc a Balthasar, notre souverain. 
Qui a vêtu de pourpre et de velours ses sujets.

7) Tout pouvoir est sien, toute force, toute gloire, 
Toute sagesse, toute bonté, toute beauté!

8) Acclamons bien haut ce grand roi, 
Chantons tous ensemble de belles musiques.

9) Babylone applaudit gaiement, tandis que JérusaIem se lamente.Celle-ci a été privée de ses enfants, tandis que celle-là triomphe et rend hommage a Balthasar.
10) Réjouissons-nous donc tous ensemble de cette grande puissance En apportant a Sa Majesté les vases sacrés.

(Tunc PRINCIPES dicant:)
Ecce sunt ante faciem tuam.

(lnterim apparebit dextra in conspectu regis scribens in pariete: «Mane, Thechel Phares»; quam videns REX stupefactus clamabit:)
 

(Ce à quoi les GRANDS répondent:)
Les voici, les voici placés devant toi!

(Entretemps, on voit apparaître devant le roi une main qui écrit sur la muraille «Mané, Techél, Phares» — Le ROI est saisi d'horreur à sa vue et s'écrie:)

Vocate mathematicos Chaldeos, et ariolos.
Aruspices inquirite, et magos introducite.

(Tunc adducentur MAG I, qui dicent regi:)

Rex, in aetemum vive!
Adsumus ecce tibi.

(Et REX:)
Qui scripturam hanc legerit
Et sensum aperuerit,
Sub ullius potentia
Subdetur Babylonia,
Et insignitus purpura
Torque fruetur aurea.

(ILLI vero nescientes persolvere, dicent regi:)

Nescimus persolvere, nec dare consilium, 
Quae sit superscriptio, nec manus indicium.

(CONDUCTUS REGINAE venientis ad Regem:)
 

Faites venir les Chaldéens, les astrologues et les magiciens!
Faites chercher les auspices, faites amener les mages!
(On amène les MAGES, qui s'adressent en ces termes au Roi:)
Sire, longue vie au Roi!
Nous voici, par-devant toi.

(Et le ROI de leur dire:)
Celui qui, lisant cette inscription,
En déchiffrera le sens,
Prendra part au gouvernement
De Babylone,
Sera revêtu de pourpre,
Et portera au cou un collier d'or!

(Les MAGES ne parviennent pas à déchiffrer l'inscription, et ils disent au roi:)
Nous ne pouvons résoudre l'énigme, non plus que te conseiller, Nous ne savons pas ce qu'est cette inscription, ni ce que signifie cette main.

(CONDUIT de la REINE fàisant son apparition devant le roi:)

1) Cum doctorum et magorum omnis adsit contio, 
Secum volvit, neque solvit, quae sit manus visio.

2) Ecce prudens, stirpe cluens, dives cum potentia; 
In vestitu deaurato conjunx adest regia.

3) Haec latentem promet vatem, per cujus indicium 
Rex describi suum ibi noverit exilium.

4) Laetis ergo haec virago comitetur plausibus, 
Cordis orisque sonoris personetur vccibus.

(Tunc REGINA veniens adorabit regem dicens:)

1) Lorsque toute l'assemblée des sages et des mages est présente, plongée dans ses pensées, Et ne peut cependant déchiffrer le sens de cette vision de la main,
2) Voilà qu'apparaît, dans sa robe d'or, la royale épouse, 
De glorieuse origine, Si riche en esprit et en puissance.

3) C'est elle qui mentionne le prophète qui vit caché, celui dont l'explication
Vaudra au roi de connaître et de savoir son destin.
4) Que son entrée soit donc accompagnée de cris joyeux, Et que résonnent dans les coeurs et dans les bouches des chants d'allégresse!
(La REINE s'avance alors jusque devant le roi, et le salue en disant:)

Rex, in aeternum vive!
Ut scribentis noscas ingenium,
Rex Balthasar, audi consilium.

(Rex audiens haec, versus Reginam vertet faciem suam, et REGINA dicat:)

Cum Judaeae captivis populis prophetiae doctum oraculis
Danlelem a sua patria captivavit patrts victoria.
Hic sub tuo vivens imperio, ut mandetur, requirit ratio.
Ergo manda, ne sit dilatio, nam docebit, quod celat visio.
 
 
 

(Tunc dicat REX principibus suis:)
Vos Danielem quaerite, et inventum adducite.
 

(Tunc PRINCIPES invento Daniele dicant ei:)

Sire, longue vie au Roi!
Si tu veux connaître le sens de la Main qui écrit,
Ô Balthasar, entends mon conseil!

(Entendant ces mots, le Roi se tourne vers la Reine, et la REINE poursuit:)

Il est quelqu'un qui a été fait captif avec le peuple de Juda et qui s'entend à la prophétie, Daniel a été déporté de son pays à la suite de la victoire de ton père.
Il vit à présent sous le joug de ta puissance, et le bon sens veut qu'on le fasse amener.
Ordonne donc qu'on l'aille chercher sur l'heure, car il t'apprendra ce que cache cette vision.

(Le ROI s'adresse en ces termes aux Grands:)
Faites chercher Daniel, et amenez-le devant moi lorsque vous l'aurez trouvé!

(Ayant trouvé Daniel, les GRANDS lui disent:)

1) Vir propheta Dei Daniel, 
Vien al Roi, Veni, desiderat parler a toi.

2) Pavet et turbatur, Daniel, Vien al Roi
Vellet, quod nos latet, savoir par toi.

3) Te ditabit donis, Daniel, Vien al Roi
Si scripta poterit savoir par toi.

1) Prophète de dieu, ô Daniel, viens devant le roi, Viens, car il désire te parler!

2) Il t'attend dans la crainte et la peur, ô Daniel, viens devant le roi! Il veut connaître par ta bouche ce qui lui reste celé.
3)Il  te comblera de dons, ô Daniel, viens devant le roi! Si tu peux lui apprendre le sens de l'inscription.

(Et DANIEL eis:)
Multum miror, cujus consilio 
me requirat regalis jussio. 
Ibo tamen, et erit cognitum 
per me gratis, quod est absconditum.

(CONDUCTUS DANIELIS veniens ad regem:)

Hic verus Dei famulus, quem laudat omnis populus
Cujus fama prudentiae est nota regis curiae.
Cestui manda li Rois par nos.

DANIEL:
Pauper et exulans envois al Roi par vos.

PRINCIPES:
In juventutis gloria, plenus caelesti gratia
Satis excellit omnibus virtute, vita, moribus.
Cestui manda li Rois par nos.

DANI EL:
Pauper et exulans...

PRINCIPES:
Hic est, cujus auxiho solvetur illa visio,
In qua scribente dextera, mota sunt Regis viscera
Cestui manda li Rois par nos.

DANIEL:
Pauper et exulans...

(Veniens DANIEL ante regem, dicat ei:)

Rex, in aeternum vive! 
(Et REX Danieli:)

1) Tunc Daniel nomine diceris, 
Huc adductus cum Judaeae miseris?

2) Dicunt te habere Dei spiritum 
Et praescire quodlibet absconditum.

3) Si ergo potes scripturam solvere, 
Immensis muneribus ditabere.

(Et DANIEL Regi)

Rex, tua nolo munera;
Gratis solvetur littera.
Est autem haec solutio:
Instat tibi confusio.
Pater tuus prae omnibus
Potens olim potentibus,
Turgens nimis superbia,
Dejectus est a gloria.
Nam cum Deo non ambulans,
Sed sese Deum simulans,
Vasa templo diripuit,
Quae suo usu habuit.
Sed post multas insanias
Tandem perdens divitias,
Forma nudatus hominis,
Pastum gustavit graminis.
Tu quoque ejus filius,
Non ipso minus impius,
Dum patris actus sequeris,
Vasis eisdem uteris;
Quod quia Deo displicet,
Instat tempus quo vindicet,
Nam scripturae indicium
Minatur jam supplicium.
Et Mane, dicit Dominus,
Est tui regni terminus.
Thechel libram significat,
Quae te minorem indicat.
Phares, hoc est divisio,
Regnum transportat alio.

(Ce à quoi DANIEL répond:)
Je serais curieux de savoir sur le conseil de qui
Le roi me fait mander.
J'irai cependant, et il saura de ma bouche, sans que j'aie besoin
d'une récompense, Ce qui lui reste celé.

(CONDUIT de DANIEL devant le roi:)

Voici le serviteur fidèle de Dieu, que glorifient tous les peuples, 
Sa sagesse est fameuse à la cour du roi, 
Et nous le conduisons devant le souverain!

DANIEL
Je suis pauvre et banni — Je vous acoompagne devant le roi.

LES GRANDS
Dans la gloire de sa jeunesse, le coeur plein de céleste bonté,
Il se distingue parmi tous par sa vertu, sa vie et sa morale,
Et nous le conduisons devant le souverain!

DANIEL
Je suis pauvre et banni ...

LES GRANDS
Voici celui grâce à qui sera révélé le sens de la vision
De la Main qui écrit, qui a ébranlé le coeur du Roi,
Et nous le conduisons devant le souverain!

DANIEL
Je suis pauvre et banni...

(Arrivé devant le roi, DANIEL s'adresse à lui par ces mots:)

Sire, longue vie au Roi! 
(Le ROI répond à Daniel:) 

1) Est-ce bien toi que l'on appelle Daniel
Et qui a été amené en ce pays avec les misérables de Juda?

2) A ce qu'on dit, tu as en toi l'esprit de Dieu, 
Et sais par avance toute chose celée.

3) Si donc tu es capable de déchiffrer cette inscription, 
Je te comblerai de trésors inestimables.

(Sur quoi DANIEL dit au roi:)

Sire, je ne veux point de trésors,
Et cette inscription sera déchiffrée pour rien.
Voici la solution de l'énigme:
La détresse t'attend.
Ton père, autrefois,
Fut plus puissant que les plus puissants,
Mais par son outrecuidance infinie,
Il a été chassé des régions de la gloire.
Car au lieu de rendre grâce à Dieu,
C'est sa personne même qu'il a divinisée.
Il s'est emparé des vases sacrés du Temple
Et s'en est servi pour son propre usage.
Et après bien des actes déments,
Il a perdu toutes ses richesses
Et, perdant tout caractère humain,
S'est mis à brouter l'herbe comme les bêtes.
Et toi, son fils,
Tu n'es pas moins sacrilège que lui:
Tu suis l'exemple de ton père
Et bois et manges dans les mêmes vases.
Et comme ces actions déplaisent à Dieu,
L'heure est venue de t'en châtier.
Car cette inscription
T'annonce ta punition:
Le Seigneur a dit: Mané,
Ce qui signifie la fin de ton règne.
Techel signifie la balance
Dans laquelle tu as été trouvé trop léger.
Phares voici la division : 
ton royaume ira à un autre.

(Et REX:)
Qui sic solvit latentia, ometur veste regia.

(Sedente Daniele luxta Regem, induto omamentis regalibus, exclamabit REX ad principem militie:)

ToIle vasa, princeps militiae, 
Ne sint mihi causa miseriae.

(CONDUCTUS REGINE:)

1) Solvitur in libro Salomonis 
Digna laus et congrua matronis.

2) Pretium est ejus, si quam fortis, 
Procul et de finibus remotis.

3) Fidens est in ea cor mariti 
Spoliis divitibus potiti.

4) Mulier haec illi comparetur, 
Cujus rex subsidium meretur.

5) Ejus nam facundia verborum 
Arguit prudentiam doctorum.

6) Nos quibus occasio ludendi 
Hac die conceditur solemni,

7) Demus huic praeconia devoti, 
Veniant et concinent remoti.

(CONDUCTUS referentium vasa ante Danielem:)

1) Regis vasa referentes, 
Quem Judaeae tremunt gentes, 
Danieli applaudentes
R) Gaudeamus! Laudes sibi debitas Referamus!

2) Regis cladem praenotavit, 
Cum scripturam reseravit, 
Testes reos comprobavit, 
Et Susannam liberavit,
R) Gaudeamus...

3) Babylon hunc exulavit, 
Cum Judaeos captivavit, 
Balthasar quem honoravit,
R) Gaudeamus...

4) Est propheta sanctus Dei,
Hunc honorant et Chaldaei
Et gentiles et Judaei.
Ergo jubilantes ei 
R) Gaudeamus...

(Statim apparebit Darius rex cum principibus suis, venientque ante cum CYTHARISTAE et PRINCIPES SUI psallentes hec:)

Ecce Rex Darius venit cum principibus, nobilis nobilibus.

Ejus et curia resonat laetitia, adsunt et tripudia.

Hic est mirandus, cunctis venerandus.
illi imperia sunt tributaria.
Regem honorant omnes et adorant.
Illum Babylonia metuit et patria.
Cum armato agmine ruens et cum turbine
Sternit cohortes, confregit et fortes.
Ilium honestas colit et nobilitas.
Hic est Babylonius nobilîs Rex Darius.
Illi cum tripudio gaudeat haec contio,
Laudet et cum gaudio ejus facta fortia
Tam admirabilia.
Simul omnes gratulemur;
Resonent et tympana;
Citharistae tangant cordas;
Musicorum organa
Resonent ad ejus praeconia.

(Le ROI)
Que celui qui déchiffre ainsi le sens des choses celées soit revêtu de pourpre royale!
(Daniel s'asseoit à la droite du roi, vêtu de pourpre. Quant au ROI, il s'adresse en ces termes au chef de ses armées:)

Remporte, chef de mes guerriers, ces vases, 
Afin qu'ils ne soient pas cause de ma perte!

(CONDUIT accompagnant le DEPART DE LA REINE:)

1) On peut lire dans le Livre de Salomon 
Les louanges bien méritées de notre souveraine:

2) La valeur de cette maîtresse femme
Est connue aussi bien tout près d'ici que dans les régions les
plus éloignées du monde.
3) Le coeur de son époux peut lui faire confiance,
Malgré sa richesse en biens de ce monde.

4) Car cette femme qui est venue en aide au roi 
Lui ressemble en toute chose.

5) Car le prix de ses paroles 
Ternit l'éclat de l'esprit des sages.

6) Et nous, qui avons en ce jour de fête 
L'occasion de présenter ce jeu,

7) Devons lui rendre hommage et gloire.
Que viennent et se joignent aussi à notre chant ceux qui sont
loin!
(CONDUIT du CORTEGE remportant les vases sacrés:)

1) En remportant les vases du Roi 
Que le peuple de Juda craint et révère, 
Chantons à présent la gloire de Daniel!
R) Réjouissons-nous, chantons ses louanges!

2)I1 a prédit la fin du règne du roi,
En déchiffrant l'inscription.
C'est lui qui a couvert de honte les faux témoins
Et arraché Suzanne à son sort!
R) Réjouissons-nous...

3) Babylone l'a entraîné hors de son pays 
Lorsque les Juifs ont été faits captifs, 
Mais Balthasar lui a rendu hommage.
R) Réjouissons-nous...

4) Il est le saint prophète de Dieu,
Et il n'est jusqu'aux Chaldéens qui ne le révèrent, 
Les païens aussi bien que les Juifs, 
Et c'est pourquoi nous chantons sa gloire.
R) Réjouissons-nous...

(Soudain, le roi Darius fait son apparition, accompagné de ses Grands, précédé de JOUEURS DE CITHARE. Le cortège des GRANDS chante:)

Voici qu'arrive le roi Darius avec ses Grands, noble entre les nobles,
Et que toute sa cour chante joyeusement, le célébrant aussi par
des danses.
Car il est merveilleux et commande le respect de tous.
Tous les royaumes plient devant lui,
Tous révèrent le roi et lui rendent hommage.
Babylone tremble devant lui, comme se terre natale.
Terrible, il arrive avec ses troupes, tumultueusement,
Et triomphe de ses ennemis, brisant leur force.
Les nobles et les ordres lui rendent hommage:
Voici qu'arrive Darlus, noble roi de Babylone!
Que tous ceux qui sont présents l'honorent par leurs danses,
Et chantent avec joie la gloire
De ses hauts faits extraordinaires.
Réjouissons-nous donc tous ensemble,
Que rculent les tambours,
Que vibrent les cordes des cithares,
Et que tous les musiciens
Fassent chanter sa gloire à leurs instruments!

(Antequam perveniat Rex ad solium suum, duo praecurrentes expellent Balthasar, quasi interficientes eum. Tunc sedente Dario Rege in majestate, sua CURIA exclamabit:)

Rex, in aeternum vive!

(Tunc Duo flexis genibus secreto dicent regi, ut faciat accersiri Danielem, et REX jubeat eum adduci:)

1) Audite, principes regalis curiae, 
Qui leges regitis totius patriae.

2) Est quidam sapiens in Babylonia, 
Secreta reserans Deorum gratia.

3) Ejus consilîum regi complacuit, 
Nam prius Balthassar scriptum aperuit.

4) Ite velociter, ne sit dilatio; 
Nos uti volumus ejus consilio.

5) Fiat, si venerit, consiliarius 
Regis et fuerit in regno tertius.

(LEGATI, invento Daniele, dicent haec ex parte eius:)

.
1) Ex regali venit imperio, 
Serve Dei, nostra legatio.

2) Tua Regi laudatur probitas, 
Te commendat mira calliditas.

3) Per te solum cum nobis patuit 
Signum dextrae, quod omnes latuit

4) Te Rex vocat ad suam curiam, 
Ut agnoscat tuam prudentiam.

5) Eris, supra ut dicit Darius, 
Principalis consiliarius.

6) Ergo veni, jam omnis curie 
Praeparatur ad tua gaudie.

(Et DANIEL)

G'en vois ai Roi.

(CONDUCTUS DANIEL:)

Congaudentes celebremus natalis solemnia;
Jam de morte nos redemit Dei sapientia.

Homo natus est in carne, qui creavit omnia, Nasciturum quem praedixit prophetae facundia.

Danielis jam cessavit unctionis copia:
Cessat regni Judaeorum contumax potentia.

In hoc natalicio, Daniel, cum gaudio 
Te laudat haec contio.

Tu Susannam liberasti de mortali crimine, 
Cum te Deus inspiravit sue sancto flamme.

Testes falsos comprobasti reos accusamine; 
Bel draconem peremisti coram plebis agmine.
 

Et te Deus observavit leonum voragine. 
Ergo sit laus Dei Verbe genito de Virgine.
(Et DANIEL Regi:)

Rex, in aetemum vive

(Cui REX:)

(Avant que le roi ne parvienne au trône, deux gardes se jettent sur Balthasar et le laissent pour mort. Lorsque le roi Darius s'asseoit sur le trône, toute la COUR l'acclame:)
 

Sire, longue vie au Roi!

(Deux hommes demandent alors au roi d'appeler Daniel, et le ROI le fait mander:)

1) Oyez, vous tous, grands de la cour du roi, 
Qui veillez à l'intégrité des lois du pays tout entier!

2) I1 est à Babylone un certain sage
Qui sait, par la grâce des dieux, révéler les secrets.

3) Son conseil a plu au souverain, 
Car il a su déchiffrer l'inscription pour Balthasar.

4) Pour cela, allez sans retard le quérir, 
Car nous voulons nous aussi prendre ses conseils.

5) Et s'il vient, qu'il soit le conseiller du roi, 
Et devienne le troisième homme du royaume!

(Les ENVOYÉS, ayant trouvé Daniel, lui disent au nom du roi:)

1) Notre ambassade, ô homme de Dieu, 
Est mandée par ordre du roi.

2) Ta valeur est venue aux oreilles du roi, 
Et tu lui as recommandé par ta merveilleuse intelligence.

3) C'est par ta seule entremise que le sens de l'inscription de la Main nous a été dévoilé,Qui était resté jusque là celé à tous. 

4) Le souverain te fait donc mander à la cour,
Afin de pouvoir connaître ta sagesse. 

5) Sois donc, comme le veut Darius,
Le premier de ses conseillers.

6) Lors, suis-nous, car toute la cour t'attend 
Pour te saluer dans la joie.

(Et DANIEL de leur répondre:)

Je vous suivrai donc auprès du roi.

(CONDUIT du CORTÈGE accompagnant Daniel:)

Fêtons en nous réjouissant ensemble le jour de Noèl, Car la sagesse de Dieu nous a arrachés à la mort!

Sous les dehors d'un fils d'homme est né celui qui a créé toute chose, Et dont la venue a été annoncée par le prophète.

Comme l'annonça Daniel, le royaume ancien est parvenu à sa fin, Et l'empire des Juifs, qui a si souvent relevé la tète, n'est plus.

En ce jour de la Nativité, C'est ta gloire, Daniel, 
Que chante cette assemblée:

C'est toi qui as arraché Suzanne à la mort qui l'attendait, Inspiré d'une flamme sacrée par le Seigneur.

Tu as couvert d'opprobre les faux témoins, qui se sont inculpés eux-même par leurs accusations; Et tu as détruit Bel, le dragon-idole, sous les yeux du peuple réuni.

Dieu t'a gardé de la gueule des lions. 
Rendons donc grâce au Verbe de Dieu, né de la Vierge!
(Et DANIEL dit au roi:)

Sire, longue vie au roi!

(Et le ROI, s'adressant à Daniel:)


Quia novi te callidum,
Totius regni providum,
Te, Daniel, constituo,
Et summum locum tribuo.
(Et DANIEL Regi:) 
Rex, mihi si credideris, 
Per me nil mali feceris.

(Tunc rex faciet eum sedere juxta se, et ALII CONSILIARI Danieli invidentes, quia gratior erit Regi, aliis in consilium ductis, ut Danielem interficiant, dicent Regi:)
 

23.
Rex, in aeternum vive!

Decreverunt in tua curia
Principandi quibus est gloria,
Ut ad tui rigorem nominis
Omni spreto vigore numinis,
Per triginta dierum spatium
Adoreris, ut Deus omnium:
O Rex!
Si quis ausu tam temerario
Renuerit tuo consillo,
Ut praeter te colatur deitas,
Judicii sit talis firmitas:
In leonum tradatur foveam;
Sic dicatur per totam regiam,
O Rex

(Et REX dicat:) 
Ergo mando et remando, 
Ne sit spretum hoc decretum. 
O Hez!

(Daniel hoc audiens ibit in domum suam, et adorabit Deum suum; quem EMULI videntes accurrent et dicent Regi:)

Numquid, Dari, observari statuisti omnibus,
Qui orare vel rogare quicquam a numinibus,
Ni te Deum, illum reum daremus leonibus;
Hec edictum sic indictum fuit a principibus.

(Et REX nesciens, quare hec dicerent, respondet:)

Vere jussi me omnibus
Adorari a gentibus.

(Tunc ILLI adducentes Danielem, dicent Regi:)

Hunc Judaeum suum Deum Danielem vidimus Adorantem et precantem, tuis spretis legibus.

(REX volens liberare Danielem, dicet:) 
Nunquam vobis concedatur, 
Quod vir sanctus sic perdatur.

(SATRAPAE hec audientes ostendent ei legem, dicentes:)

Lex Parthorum et Medorum jubet in annalibus 
Ut qui sprevit, quae decrevit Rex, detur leonibus.

(REX hec audiens velit, nolit, dicet:) 
Si sprevit legem, quam statueram, 
Det poenas ipse, quas decreveram. 

(Tunc satrapae rapient Danielem, et ILLE respiciens regem, dicit:)


Etant donné que je te sais sage,
O Daniel,
Je te mets à la tête de tout le royaume
Et te donne la première place.
(Et DANIEL de répondre au roi:)
Sire, si tu suis mes conseils,
Il n'arrivera aucun malheur sous ton règne.

(Le roi le fait alors asseoir à sa droite. Mais D'AUTRES CONSEILLERS se sentent mordus par la jalousie, car Daniel a trouvé plus de grâce qu'aux aux yeux du roi; ils décident avec d'autres Grands de tuer Daniel, et ils disent au roi:)

23
Sire, longue vie au Roi!

Ceux qui, à ta cour, ont la glorieuse tâche
De pourvoir à ces fonctions, ont décidé,
Etant donné l'éclat de ton nom,
Que tous devraient, dans les trente jours,
Renoncer à prier tout autre dieu que toi
Et te rendre hommage,
O Roi!
Et Si quelqu'un, saisi d'une hardiesse sans nom,
Venait à enfreindre ta décision
Et à prier un autre dieu que toi,
Que son sort soit, sans recours,
D'être jeté dans la fosse aux lions!
Que l'annonce en soit faite dans tout le royaume,
O Roi!

(Et le ROI de leur répondre:)
Tel est mon désir, telle est ma volonté, 
Que personne n'ose enfreindre cette loi! 
Qu'il en soit ainsi!

(Entendant ces mots, Daniel se retire dans sa demeure et se met à prier Dieu. Ce que voyant, les ENVIEUX se précipitent devant te roi et lui disent:)

N'as-tu point ordonné, ô Darius, que tous obéissent,
Et que quiconque prierait un autre dieu
Que toi serait accusé et jeté dans la fosse aux lions?!
Telle était la loi édictée et proclamée dans tout le royaume par tes Grands.
(Le ROI, ne sachant pourquoi ils lui posent cette question, répond par ces mots:)
Il est vrai que j'ai ordonné à tous,
Au peuple tout entier, de m'adresser ses prières.

(Les ENVIEUX traînent alors Daniel devant le roi et lui disent:)
Nous avons vu ce Juif, Daniel, prier son dieu 
Et lui adresser ses supplications, en ignorant ta loi!

(Le Roi s'efforce de sauver Daniel, en disant:) 
Je ne vous ai pas permis
De malmener ainsi ce saint homme!

(Ce qu'entendant, les GRANDS montrent au Roi la Loi et lui disent:)

La Loi des Parthes et des Mèdes ordonne dans les almanachs, Que soit jeté aux lions quiconque enfreint ce que le roi a édicté!
(À ces mots, le ROI déclare, bien malgré lui:)
S'il a enfreint la loi que j'ai édictée, 
Qu'il subisse le sort que j'ai ordonné!

(Les Grands se saisissent de Daniel, mais LUI, jetant un regard en arrière sur le Roi, dit au souverain:)

Heu, heu, heu!
Quo casu Sortis venit haec damnatio mortis?
Heu, heu, heu!
Scelus infandum!
Cur me dabit ad lacerandum
Haec fera turba feris?
Sic me, Rex, perdere quaeris?
Heu!
Qua morte mori me cogis?
Parce furori.
(Et REX non potens eum liberare, dicet ei:)
Las, las, hélas!
Par quel caprice du sort suis-je conduit à la mort?
Las, las, hélas!
Indicible ignominie!
Pourquoi cette foule sauvage me conduit-elle à la fosse aux lions?
Tu veux donc me perdre ainsi, ô Roi?
Las!
À quelle mort me promets-tu?
Apaise ta colère!
(Dans l'incapacité de le sauver, le ROI dit à Daniel:)

Deus, quem colis tam fideliter, 
Te liberabit mirabiliter.

(Tunc projicient Danielem in lacum. Statimque angelus tenens gladium comminabitur leonibus, ne tangant eum, et DANIEL intrans lacum dicet:)


Le Dieu que tu adores avec tant de fidélité
Te délivrera par quelque miracle.

(Daniel est jeté par les Envieux dans la fosse aux lions. Mais voilà qu'apparaît soudain un ange qui, le glaive à la main, empêche les lions de s'approcher de Daniel. Quant à DANIEL, il crie du fond de la fosse:


Hujus rei non sum reus;
Miserere mei Deus; eleyson.
Mitte, Deus, huc patronum,
Qui refrenet vim leonum; eleyson.

(Interea ALI US ANGELUS admonebit Abacuc prophetam, ut deferat prandium, quod portabat messoribus suis, Daniell in lacum leonum, dicens:)


Je ne suis pas coupable de ce dont on m'accuse,
Aie pitié de moi, Seigneur, eléison!
Envoie-moi ta protection, mon Dieu,
Afin qu'il prive les lions de leur puissance, eléison!

(Entretemps, un AUTRE ANGE s'en va dire au prophète Habacuc qu'il porte le repas qu'il destine à ses moissonneurs à Daniel, dans la fosse aux lions:)


Abacuc, tu senex pie,
Ad lacum Babyloniae
Danieli fer prandium;
Mandat tibi Rex omnium.

(Cui ABACUC:)

Novit Dei cognitio,
Quod Babylonem nescio,
Neque locus est cognitus,
Quo Daniel est positus.

(Tunc angelus, apprehendens eum capillo capitis sui, ducet ad lacum, et ABACUC Danieli offerens prandium, dicet:)


Habacuc, vieillard pieux,
Porte ce repas 
À Daniel, à Babylone, Dans la fosse aux lions.
Tel est l'ordre que te tait dire le Roi de toutes choses.

(Ce à quoi HABACUC répond:)

La clairvoyance infinie du Seigneur
N'ignore pas que je ne connais pas Babylone,
Et que je ne sais pas davantage où est la fosse aux lions
Dans laquelle Daniel a été jeté.
(Alors, l'ange l'attrape par les cheveux et le transporte ainsi dans la fosse aux lions, où HABACUC donne le repas à Daniel en lui disant:)

Surge, frater, ut cibum capias;
Tuas Deus vidit angustias;
Deus misit, da Dec gratias,
Qui te fecit.

(Et DANIEL, cibum aecipiens, dicit:)

Recordatus es mei, Domine; 
Accipiam in tuo nomme, Alleluia!

(His transactis, angelus reducet Abacuc in locum suum. Tunc REX, descendens de solio suo, veniet ad lacum, dicens lacrimabiliter:)

Lève-toi, frère, et prends ce repas,
Car le Seigneur a vu tes souffrances.
C'est Dieu qui t'envoie ceci, rends grâces au Seigneur,
Ton Créateur!

(DANIEL prend le repas et dit:)

Tu t'es souvenu de moi, Seigneur, 
Et je prends ceci en ton nom. Alléluia!

(Après cela, l'ange retransporte Habacuc là où il l'a trouvé. Le ROI, alors, descendant de son trône, se rend à la fosse aux lions et dit plaintivement:)

.
Te ne putas, Daniel, salvabit, ut eripiaris
A nece proposita, quem tu colis et veneraris?

(Et DANIEL Regi:)


Crois-tu donc, Daniel, que celui que tu sers et révères
Peut te libérer et te sauver de la mort qui t'attend?

(Et DANIEL de répondre au roi:)


Rex, in aeternum vive!
Angelicum solita misit pietate patronum,
Que Deus ad tempus compescuit ora leonum.

(Tunc REX gaudens exclamabit:)


Sire, longue vie au Roi!
Il m'a envoyé, avec sa générosité habituelle, un ange pour me protéger, Et celui-ci, par la grâce de Dieu, a fermé la gueule des lions pour un temps.
(Tout heureux, le ROI s'écrie:)
Danielem educite,
Et emulos immittite.

(CHORUS
Danielem educite, 
Et emulos immittite.)

(Cum expoliati fuerint et venerint ante lacum, exclamabunt EMULI:)
 

Faites sortir Daniel de la fosse, 
Et jetez-y les envieux qu'il a faits!

(LE CHŒUR
Faites sortir Daniel de la fosse, 
Et jetez-y les envieux qu'il a faits!)

(Et lorsque les ENVIEUX se voient arracher leurs vêtements et conduits au bord de la fosse, ils s'écrient:)

Merito haec patimur, quia peccavimus in sanctum Dei, 
Injuste egimus, iniquitatem fecimus.
(illi projecti in lacum statim consumentur a leonibus, et REX videns hec dicet:)
Il est juste que nous subissions ce châtiment, car nous avons péché contre le saint homme de Dieu, 
Nous avons agi en impies, et avons fait le mal!
(Lorsqu'on les jette dans la fosse, les lions se jettent sur eux et les dévorent aussitôt, Ce que voyant, le ROI déclare:)
Deum Danielis, qui regnat in saeculis, 
Adorari jubo a cunctis populis.

(CHORUS
Deum Danielis, qui regnat in saeculis, Adorari jubeo a cunctis populis.)

(DANIEL in pristinum gradum receptus, prophetabit:)

J'ordonne qu'à partir de ce jour,
Tous les habitants de la terre révèrent le Dieu tout-puissant de Daniel!
(LE CHŒUR
J'ordonne qu'à partir de ce jour,
Tous les habitants de la terre révèrent le Dieu tout-puissant de Daniel!)
(Et DANIEL, réintégrant ses hautes fonctions, prédit:)
Ecce venit sanctus ille,
Sanctorum sanctissimus,
Quem Rex iste jubet coli
Potens et fortissimus.
Cessat phana, cesset regnum,
Cessabit et unctio;
Instat regni Judaeorum
Finis et oppressio.

(Tunc ANGELUS improviso exclamabit:)

Voilà que viendra le Saint, 
le Saint d'entre les saints,
Dont le roi a ordonné révérence, 
Le Tout-puissant!
Ce sera la fin des sanctuaires, la fin de l'empire,
La fin du royaume ancien,
La fin de l'empire des Juifs
Et de l'oppression est proche!

(Un ANGE apparaît alors soudain, et s'écrie:)

Nuntium vobis fero de supernis:
Natus est Christus, Dominator orbis,
In Bethlem Judae, sic enim propheta dixerant ante.
Je vous apporte un message du haut des cieux:
Le Christ, seigneur de l'univers, est né,
À Bethléem, en Judée, comme l'a prédit le prophète!
CHORUS
Puer natus est nobis, et filius datus est nobis,
Cuius imperium super humerum ejus
Et vocabitur nomen ejus magni consilii Angelus.
LE CHŒUR
Le Ciel nous a donné un enfant, un Fils,
Et toute la puissance pèse sur ses épaules,
Et il aura pour nom l'Ange de la Grande Décision!

 
 
 
DISCOGRAPHIE

N.B. Il a été fait divers enregistrements du Jeu de Daniel. Outre celui de la Schola Hungarica déjà mentionné, on peut signaler

Le jeu de Daniel, The clerkes of Oxenford, dir David Wulstan, Calliope (cal 1848), 1975.
Ludus Danielis Harp Consort Andrew Lawrence-King  ; Play of Daniel ; 1998 CD
Daniel and the lions, Ludus Danielis, Frederick Renz Ensemble For Early Music  ; 1989 CD
Tous ces enregistrements semblent aujourd'hui introuvables.