Le fils de Gétron

Filius Getronis


 
 

Le Miracle du Fils de Gétron a été représenté 13 juin 2002 par l'ensemble Diabolus in Musica
dans le cadre du Festival de Sully-sur-Loire
au lieu même de sa première mise en œuvre, à l'abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire. 
À cette occasion, il a paru intéressant de proposer le texte et la traduction de ce jeu liturgique qui n'avait pas encore été représenté. 
Le texte original latin figure dans K. Young,  The Drama of the medieval church, Oxford, Clarendon Press, 1933. 
La traduction originale a été effectuée par Antoine Guerber. 
mise en ligne D. H. 


 

"Le Fils de Gétron", Drame Liturgique de St Nicolas (XIIe s.)
Les drames liturgiques sont des petites pièces musicales et théâtrales qui sont nées au Xe s. par un procédé d'amplification de certains passages de l'Evangile, notamment des passages dialogués, qui peu à peu ont été amplifiés, améliorés, développés, théâtralisés. Les drames liturgiques ont connu une grande faveur, ils sont même sortis de la liturgie à la fin du Moyen Âge pour devenir des Mystères, qui se jouaient sur le parvis, puis du théâtre tout court.
Le manuscrit le plus important contenant des drames liturgiques en France est le fameux manuscrit dit de Fleury (XIIe s.), qui fut conservé pendant des siècles dans le scriptorium de l'abbaye de St Benoît /Loire, et qui a joué un rôle majeur dans le développement des drames liturgiques. Ce manuscrit est actuellement conservé à la Bibliothèque Municipale d'Orléans sous le n°201. Sa notation musicale est en "points liés", notation courante dans la France du XIIe siècle, qui constitue la transition entre l'écriture neumatique et la notation carrée. Si le scribe paraît peu soigné, la notation musicale est parfaitement claire et lisible.
L’ensemble Diabolus in Musica se propose de faire revivre l’un de ces drames liturgiques par un spectacle à la fois musical et théâtral centré autour de la personnalité de St Nicolas, puisque plusieurs drames concernent différents épisodes de la vie très mouvementée de ce saint si populaire, devenu l’intercesseur du clergé, dont la vie fut très tôt racontée, lue, admirée, commentée.
Les drames liturgiques étaient conçus pour s’intégrer très précisément dans la liturgie en vigueur dans le monastère. Le drame choisi, « Le fils de Gétron » se chantait à la fin des Secondes Vêpres du jour de la fête de la Saint Nicolas (6 décembre) et le jeu liturgique qui suit cet office chanté au début du spectacle, en devient ainsi l’illustration et l’amplification naturelle, devenant une sorte de feuilleton imagé médiéval, une "biblia pauperum", mettant en scène Saint Nicolas et de nombreux personnages pittoresques, en quête de miracles ou voulant défier la foi du saint : le roi Marmorinus et ses officiers armés, le patriarche Gétron, sa femme Euphrosine et ses consolatrices, leur fils Adeodatus...
 Ainsi replacé dans son contexte liturgique comme cela se passait à St Benoît sur Loire au Moyen Âge, l'office lui reconstituant une sorte d'écrin, le jeu dramatique sera également mis en valeur par des processions et de magnifiques compositions polyphoniques dédiées à Saint Nicolas, lequel a suscité de nombreuses créations musicales au Moyen Âge.
 L’ensemble souhaite ainsi proposer une lecture nouvelle de ces drames, à la fois enthousiaste et sobre, mais cherchant à mettre en valeur l'incroyable richesse artistique de ce Moyen Âge, qui peut se révéler très touchant, émouvant et plein d'enseignements pour l'homme du XXIe s.
 

www.diabolus-in-musica.net
 
 

Ad representandum quomodo Sanctus Nich(o)laus Getron(is) Filium de manu Marmorini, Regis Agarenorum, liberauit, paretur in competenti loco cum Ministris suis armatis Rex Marmorinus in alta sede, quasi in regno sua sedens. Paretur et in alio Ioco Excoranda, Getronis civitas, et in ea Getron, et cum Consolatricibus suis, uxor eius, Eufrosina, et Filius eorum Adeodatus. Sitque ab orientali parte civitatis Excorande ecclesia Sancti Nicholai, in qua puer, rapietur. 

Pour représenter comment Saint Nicolas sauva le fils de Gédron des mains de Marmorinus, roi des Agaréniens : que l'on dispose dans un lieu adéquat, avec ses officiers armés, le roi Marmorinus sur un haut trône, siégeant comme à sa cour. Que l'on dispose dans un autre lieu Excoranda, la cité de Gédron, et dans celle-ci Gédron, safemme Euphrosine avec ses consolatrices, et leur fils Adeodatus. Que l'on place dans la partie orientale de la cité d'Excoranda l'église de Saint Nicolas, dans laquelle l'enfant sera enlevé.

His itaque paratis, ueniant Ministri Marmorini Regis coram eo, et dicant omnes, uel primus ex eis:

      Salue, Princeps, salue, Rex optime !
      Que sit tue uoluntas anime
      servis tuis ne tardes dicere;
      sumus que vis parati facere.

Rex dicet:
5    Ite ergo, ne tardaueritis,
      et quascunque gentes poteritis
      imperio meo subicite;
      resistentes uobis occidite.
Interim Getron et Eufrosina, cum multitudine Clericorum, ad ecclesiam Sancti Nicholai, quasi ad eius sollempnitatem celebrandam, Filium suum secum ducentes, eant. Cumque Ministros Regis armatos illuc uenire uiderint, Filio suo pre timore oblito, ad ciuitatem suam confugiant. Ministri uero Regis, puerum rapientes, coram Rege ueniant, et dicant omnes, uel secundus ex eis:
      Quod iussisti, Rex bene, fecimus;
10  gentes multas uobis subegimus, 
      et de rebus quas adquisiuimus
      hunc  puerum uobis adducimus.

Omnes dicant, uel tercius:
      Puer iste, uultu laudabilis,
      sensu prudens, genere nobilis,
15  bene debet, nostro iudicio, 
      subiacere uestro seruicio,

Et tout ceci étant préparé ainsi, les officiers du roi Marmorinus entrent dans sa cour et disent tous, ou bien le premier d'entre eux :
     Salut, prince, salut, très grand roi! 
     Qu'il en soit selon la volonté de ton âme, 
     ne tarde pas à la dicter à tes serviteurs. 
     Nous sommes prêts à l'accomplir par la force.

Le roi dit :
     Allez donc, ne tardez pas, 
     et soumettez à mon autorité 
     tous les peuples que vous pourrez trouver. 
     Massacrez ceux qui vous résistent !
Pendant ce temps, Gédron et Euphrosine, avec une foule d'écoliers menée par leur fils, vont à l'église de Saint Nicolas comme pour y célébrer une fête. Et lorsqu'ils voient venir les officiers armés du roi, ils s'enfuient vers leur ville. Alors, les officiers du roi, ayant enlevé l'enfant, entrent à la cour du roi et disent tous, ou bien le second d'entre eux :

     Ce que tu as ordonné, bon roi, nous l'avons fait. 
     Nous vous avons soumis beaucoup de peuples, 
     et parmi le butin que nous avons amassé, 
     nous vous apportons cet enfant.

Tous disent, ou bien le troisième :
     Cet enfant au visage aimable, 
     à l'esprit avisé, de noble naisssance, 
     doit bien, à notre avis,
     convenir pour votre service.

Rex:
      Apolloni qui regit omnia
      semper sit laus, uobisque gracia,
      qui fecistis michi tot patrias
20  subiugatas et tributarias. 

Rex Puero:
      Puer bone, nobis edissere
      de qua terra, de quo sis genere,
      cuius ritu gens tue patrie:
      sunt gentiles, sive Christicole?

Puer:
25  Excorande principans populo,
      pater meus, Getron uocabulo,
      Deum colit, cuius sunt maria,
      qui fecit nos et vos et omnia.

Rex:
      Deus meus Apollo; deus est
30  qui me  fecit; verax et bonus est;
      regit terras, regnat in ethere.
      Illi soli debemus credere.

Puer:
      Deus tuus mendax et malus est;
      stultus, cecus, surdus et mutus est;
35  talem deum non debes colere,
      qui non potest seipsum regere.

Rex:
      Noli, puer, talia dicere;
      deum meum noli despicere;
      nam si eum iratum feceris,
40  euadere nequaquam poteris. 

Le roi :
     Qu'Apollon, qui règne sur toutes choses, 
     soit toujours loué, et qu'il vous rende grâces, 
     à vous qui m'avez soumis 
     toutes ces nations et tribus.

Le roi à l'enfant :
     Bon enfant, dis nous 
     de quelle terre, de quelle famille tu viens, 
     quelle religion ton peuple embrasse-t-il. 
     Sont ils des Gentils ou bien des chrétiens ?

L'enfant :
     D'Excoranda, une cité très peuplée. 
     Mon père, appelé Gédron, 
     vénère Dieu, dont les fidèles sont nombreux, 
     Lui qui nous a fait, ainsi que vous, et toutes choses !

Le roi :
      Mon dieu est Apollon. Il est le dieu 
      qui m'a fait. Il est sincère et bon. 
      Il règne sur les terres, il règne dans les cieux. 
      Nous ne devons croire qu'en lui seul.

L'enfant :
      Ton dieu est menteur et mauvais. 
      Il est stupide, aveugle, sourd et muet. 
      Tu ne dois pas croire en un tel dieu, 
      qui ne peut lui-même se gouverner.

Le roi :
      Enfant, ne dis pas de telles choses. 
      Ne méprise pas mon dieu, 
      car si tu provoques sa colère, 
      tu ne pourras jamais en réchapper .

Interea Eufrosina, comperta obliuione Filii, ad ec(c)lesiam Nicholai redit; cumque Filium suum quesitum non inuenerit, lamentabili uoce (dicat):
      Heu! heu! heu! michi misere!
      Quid agam? Quid queam dicere?
      Quo peccato merui perdere
      natum meum, et ultra vivere?

45  Cur me pater infelix genuit? 
      Cur me mater infelix abluit?
      Cur me nutrix lactare debuit?
      Mortem michi quare non prebuit?

Consolatrices exeant et dicant: 
      Quid te iuuat hec desolacio?
50  Noli flere pro tue filio.
      Summi Patris exora Filium,
      quis conferat ei consilium.

Eufrosina, quasi non curans consolacionem earum:
      Fili care, fili carissime,
      fili, mee magna pars anime,
55  nunc es nobis causa tristicie
      quibus eras causa leticie!

Consolatrices:
      Ne desperes de Dei gracia,
      cuius magna misericordia
      istum tibi donauit puerum;
60  tibi reddet aut hunc aut alium.

Eufrosina:
      Anxiatus est in me spiritus.
      Cur moratur meus interitus?
      Cum te, fili, non possum cernere,
      mallem mori quam diu uiuere.

Consolatrices:
65  Luctus, dolor et desperacio
      tibi nocent, nec prosunt filio;
      sed pro eo de tuis opibus
      da clericis atque pauperibus.

      Nicholai roga clemenciam,
70  ut exoret misericordiam
      summi Patris pro tuo filio;
      nec falletur tua peticio.

Eufrosina:
      Nicholae, pater sanctissime,
      Nicholae, Deo carissime,
75  si vis ut te colam diucius,
      fac ut meus redeat filius.

      Qui salvasti multos in pelago,
      et tres viros a mortis uinculo,
      preces mei precantis audias,
80  et ex illo me certam facias.

      Non comedam carnem diucius
      necque uino fruar ulterius,
      nullo modo letabor amplius,
      donec meus redibit filius.

Getron:
85  Cara soror, lugere desine;
      tue tibi nil prosunt lacrime;
      sed oretur pro nostro filio
      summi Patris propiciacio.

      In crastino erit festivitas
90  Nicholai, quem Christianitas
      tota debet deuote colere,
      venerari et benedicere.

      Audi ergo mea consilia:
      adeamus eius sollempnia;
95  conlaudemus eius magnalia;
      deprecemur eius suffragia.

      Dei forsan est inspiracio
      que me monet pro nostro filio;
      est oranda cum Dei gracia
100Nicholai magna clemencia. 
 

Pendant ce temps, Euphrosine, ayant appris le rapt de son  fils, se rend à l'église de Saint Nicolas, et puisqu'elle n'y trouve pas son fils, dit d'une voix plaintive :
     Hélas! Hélas! Hélas! Malheur à moi! 
     Que faire ? Que dire ? 
     Pour quel péché mérité-je de 
     perdre mon enfant, et continuer à vivre ? 

     Pourquoi mon père, malheureux, m'a t'il engendré ?
     Pourquoi ma mère, malheureuse, m'a t'elle baignée? 
     Pourquoi ma nourrice a t'elle dû m'allaiter ? 
     Pourquoi la mort ne m'est elle pas permise ?

Les consolatrices sortent (d'Excoranda) et disent :
     Comment t'aider dans ce désespoir ? 
     Ne pleure pas pour ton fils. 
     Du Père céleste vient le Fils,
     qui lui prodiguera un conseil.

Euphrosine, comme si elle n'avait cure de leur réconfort :
     Cher fils, très cher fils, 
     fils, le meilleur de mon âme,
     désormais tu es pour nous cause de tristesse, 
     alors que tu nous étais cause de joie !

Les consolatrices :
     Ne désespère pas de la grâce de Dieu, 
     dont la grande miséricorde 
     t'a donné cet enfant. 
     Il te rendra ou celui-ci ou bien un autre.

Euphrosine :
     L'angoisse est dans mon esprit. 
     Pourquoi mon anéantissement est-il retardé ? 
     Sans toi, mon fils, je ne peux voir. 
     Je préfère mourir plutôt que vivre.

Les consolatrices :
     La souffrance, la douleur, et le désespoir 
     t'assaillent, et ils n'aident pas ton fils. 
     Mais pour lui, donne de tes biens 
     aux écoliers et aux pauvres. 

     Implore la clémence de Nicolas, 
     qu'il puisse invoquer la miséricorde 
     du Père céleste pour ton fils. 
     Et ta requête ne pourra ainsi échouer .

Euphrosine :
     Nicolas, père très saint, 
     Nicolas, toi qui es chéri de Dieu, 
     si tu veux que je te vénère plus longtemps, 
     fais en sorte que mon fils revienne! 

     Toi qui as sauvé beaucoup de gens en pleine mer,
     ainsi que trois hommes d'un péril mortel, 
     écoute les vœux de mes prières, 
     et assure moi que tu vas faire un tel miracle. 

     Désormais je ne puis plus manger de viande, 
     ni boire de vin; 
     d'aucune façon je ne puis plus me réjouir,
     tant que mon fils ne revient pas.

Gédron :
     Chère sœur, ne te lamente pas. 
     Tes larmes ne te seront d'aucun secours. 
     Mais prions pour la bienveillance du Père céleste 
     en faveur de notre fils. 

     Demain se déroule. la fête de Nicolas, 
     que toute la chrétienté 
     doit honorer, 
     vénérer et bénir avec dévotion. 

     Donc, écoute mon conseil :
     allons à cette fête. 
     Louons sa grandeur. 
     Implorons son secours. 

      L'inspiration divine, peut-être,
      m'avertira de quelquechose à propos de notre fils. 
      La grande clémence de Nicolas, 
      avec la grâce de Dieu, doit être priée.

Tunc resurgant; ad ecclesiam Sancti Nicolai eant, in quam cum introierint, tendat manus suas ad celum Eufrosina, et dicat:
      Summe (Pater),  regum Rex omnium,
      Rex unicorum remoriencium,
      nostrum nobis fac redi filium,
      vite nostre solum solacium!

105Audi preces ad te clamancium,
      qui in mundum misisti filium,
      qui nos ciues celorum faceret
      et inferni claustris eriperet!

      Deus Pater, cuius potencia
110bona bonis ministrat omnia, 
      peccatricem me noli spernere,
      sed me meum natum fac cernere!

      Nicholae, quem sanctum dicimus,
      si sunt vera que de te credimus,
115tua nobis et nostro filio 
      erga Deum prosit oracio!
His dictis, exeat ab ecclesia, et eat in domum suam, et paret mensam, et super mensam panem et uinum, unde Clerici et Pauperes reficiantur.

Qu'ils se lèvent et aillent à l'église de Saint Nicolas et quand ils sont entrés, qu'Euphrosine lève ses mains vers le ciel et dise :
      Maître céleste, roi de toutes choses, 
      roi unique et espoir contre la mort, 
      fais en sorte que notre fils nous soit rendu, 
      la seule joie de notre vie! 

      Ecoute les prières de clémence qui te sont adressées, 
      à toi qui a envoyé ton fils dans le monde, 
      qui pourrait nous bâtir une cité céleste, 
      et briser les portes de l'enfer! 

      Dieu le Père, dont la bienveillante puissance 
      apporte toutes choses aux bons, 
      ne me rejette pas, moi, pécheresse, 
      mais fais en sorte que je voie mon fils! 

      Nicolas, que nous proclamons saint, 
      si ce que nous croyons à ton sujet est vrai, 
      que ta prière pour nous et notre fils 
      monte vers Dieu !
Ceci étant dit, elle sort de l'église, va chez elle et dresse une table, dispose dessus du pain et du vin afin de restaurer les écoliers et les pauvres. 

Quibus uocatis et comedere incipientibus, dicat Marmorinus Ministris suis:
      Dico uobis, mei carissimi,
      quod ante hanc diem non habui
      famem tantam quantam nunc habeo;
120famem istam ferre non valeo.

      Uos igitur quo uesci debeam
      preparate, ne mortem sabeam.
      Quid tardatis? ite uelocius;
      quod manducem parate cicius.

Ministri euntes afferant cibos et dicant Regi:
125Ad preceptum tuum paravimus
      cibos tuos, et huc adtulimus;
      nunc, si velis, poteris propere
      qua gravaris famem extinguere.
His dictis, afferatur aqua, et lauet manus suas Rex, et incipiens comedere, dicat:
      Esurivi et modo sicio;
130uinum michi dari precipio; 
      quod afferat michi quam cicius
      (seruus) meus Getronis filius.
 

Puer itaque, hoc audiens, suspiret grauiter et secum dicat:
      Heu! heu! heu! michi misera! 
      Uite mee finem desidero;
135uiuus enim quamdiu fuero, 
      liberari nequaquam potero.

Rex Puero:
      Pro qua causa suspiras taliter?
      Suspirare te uidi fortiter.
      Quid est pro quo sic suspiraueris?
140Quid te nocet, aut unde quereris?

Puer:
      Recordatus mee miserie, 
      mei patris et mee patrie,
      suspirate cepi et gemere,
      et intra me talia dicere:

145Annus unus expletur (h)odie 
      postquam seruus factus miserie,
      potestati subiectus regie,
      fines huius intraui patrie.

Rex:
      Heu! miselle, quid ita cogitas?
150Quid te iuuat cordis anxietas? 
      Nemo potest te | michi tollere
      quamdiu te non uelim perdere.

Ceux-ci ayant été appelés et commençant à manger, Marmorinus dit à ses officiers :
      Je vous dis, mes très chers, 
      que jusqu'à ce jour je n'avais 
      jamais eu une telle faim! 
      Je ne puis supporter cette faim. 

      Vous, donc, préparez ce qui doit me nourrir, 
      avant que je ne meure de faim! 
      Qu'attendez-vous ? Dépéchez-vous ! 
      Préparez immédiatement ce que je vais manger !

Les officiers vont, apportent la nourriture, et disent au roi :
      Selon ta demande, nous avons préparé ton repas, 
      et nous te l'avons apporté ici. 
      Maintenant, si tu le désires, tu peux te débarrasser 
      de cette faim terrible.
Ceci étant dit, que l'on apporte de l'eau, que le roi se lave les mains et que, commençant à manger, il dise :
      J'ai faim et soif. 
      Je réclame que l'on me serve du 
      vin et qu'il me soit apporté rapidement 
      par mon serviteur, le fils de Gédron.

Et ainsi l'enfant, entendant cela, soupire avec gravité et se dit en lui-même :
      Hélas! Hélas! Hélas! Malheur à moi! 
      Je désire la fin de ma vie! 
      Combien de temps en effet vais-je rester vivant ? 
      Je ne pourrai en aucune manière être libéré !

Le roi à l'enfant :
      Pour quelle raison soupires-tu ainsi ? 
      Je te vois soupirer lourdement. 
      Qu'est ce donc qui t'a fait ainsi soupirer ? 
      Qu'est ce donc qui te fait souffrir, ou que cherches-tu ?

L'enfant :
      Pensant à mon malheur, 
      à mes parents et à ma patrie, 
      je ne peux que soupirer et gémir, 
      et me parler ainsi à moi-même : 

      aujourd'hui, une année s'est écoulée 
      depuis que j'ai été fait serviteur misérable, 
      placé sous le pouvoir d'un roi. 
      J'ai été retenu dans ce pays étranger.

Le roi :
      Hélas! Misérable, à quoi penses-tu donc ainsi ? 
      A quoi te sert l'angoisse de ton creur ?
      Personne ne peut t'éloigner de moi, 
      aussi longtemps que je ne souhaite pas te perdre.

Interea ueniat aliquis in similitudine Nicholai; Puerum, ciphum cum recentario tenentem, ap(p)rehendat, ap(p)rehensumque ante fores componat, et quasi non compertus, recedat. Tunc uero unus de Ciuibus ad Puerum dicat: 
      Puer, quis es, et quo uis pergere?
      Cuius tibi dedit largicio
155cyp(h)um istum cum recentario? 

puer:
      Huc uenio, non ibo longius;
      sum Getronis unicus filius
      Nicholao sit laus et gloria,
      cuius hic me reduxit gracia.

Quo audito, currat Ciuis ille ad Getronem et dicat:
160Gaude, Getron, nec fleas amplius;
      extra fores stat tuus filius.
      Nicholai laudat magnalia,
      cuius eum reduxit gracia.

Cumque huiusmodi nuncium audierit Eufrosina, ad Filium suum currat; quem sepius deosculatum amplexetur et dicat:
      Dec nostro sit laus et gloria,
165cuius magna misericordia,
      luctus nostros uertens in gaudium,
      nostrum nobis reduxit filium!

      Si(n)tque patri nostro perpetue
      Nicholao lau(des et gracie,
170cuius erga Deum oracio
      nos adiuuit in hoc negocio.

Chorus omnis:
      Copiose karitatis, < Nicholae pontifex,
      Qui cum Deo gloriaris in cœli palatio,
      Condescende, supplicamus, ad te suspirantibus,
175Ut exutos gravi carne pertrahas ad superos.>
Hic finit..

Pendant ce temps, quelqu'un ayant l'apparence de Nicolas arrive. Il saisit l'enfant tenant une coupe de vin nouveau et, l'ayant saisi, il l'emmène devant les portes (d'Excoranda) et, comme s'il ne voulait pas être reconnu, se retire. C'est alors qu'un des citoyens dit à l'enfant :
      Enfant, qui es-tu, et chez qui veux-tu aller ? 
      Qui donc, avec largesse, t'a donné 
      cette coupe de vin nouveau ?

L'enfant :
      J'arrive ici et je n'irai pas plus loin. 
      Je suis le fils unique de Gédron. 
      Que l'on chante louange et gloire à Nicolas, 
      par la grâce duquel je suis de retour !

Ayant entendu cela, ce citoyen court vers Gédron et dit :
      Réjouis-toi, Gédron, ne pleure pas d'avantage! 
      Devant les portes (d'Excoranda) se tient ton fils. 
      Que la grandeur de Nicolas, 
      par la grâce duquel il est de retour, soit louée !

Et comme Euphrosine a entendu le messager de la même façon, elle court vers son fils qu'elle étreint et couvre de baisers, et dit :
      Louange et gloire à notre Dieu, 
      dont la grande miséricorde, 
      changeant notre douleur en joie,
      nous a rendu notre fils! 
      Que les louanges et les actions de grâces s'élèvent à jamais
      dans notre patrie pour Nicolas, 
      dont la prière envers Dieu 
      nous a aidé dans cette affaire !

Le chœur entier :
Toi qui partages avec Dieu la gloire anda le palais céleste, 
Ô pontife Nicoals, riche en bonté, 
Accorde-nious, nous t'en supplions en soupirant vers toi, 
Quez délivrés du poids de la chair nous parvenions aux biens célestes