May Plouzeau, professeur à l’université de Provence

Guillaume de Machaut,

Le livre du Voir Dit, éd. Paul Imbs (1999),

v. 71 à v. 1511 : notes et corrections

(Pour des raisons techniques, les notes qui viennent n’ont pu paraître sur la Toile immédiatement après leur rédaction, en juillet 2001 : l’homme propose, l’Ordinateur dispose ! Bien que depuis lors ma documentation se soit enrichie, notamment grâce à l’amabilité de monsieur Jean-Luc Leclanche, que je remercie vivement, j’ai peu modifié la rédaction de juillet : on voudra donc bien garder à l’esprit que mes notes ont été rédigées sans que je disposasse d’une version numérisée de l’édition par Paul Imbs du Voir Dit. J’adresse ici l’expression de ma gratitude à monsieur Takeshi Matsumura pour sa lecture attentive et à monsieur Denis Hüe, web maistre dont je salue la pugnacité : sans son dur combat contre les machines nous ne verrions pas diffusées nos élucubrations électroniques. May Plouzeau, le 27 août 2001.) (Révisions, 11, 14 septembre, 22 octobre, 2, 15 novembre  2001...)
§0. Utilitaires.
§0.1. Plan du présent document.
§0. Utilitaires.
§0.1. Plan du présent document.
§0.2. Repérage de GuillMachVoirI.
§0.3. Métagrammes et abréviations.
§0.3.1. Métagrammes.
§0.3.1.1.Métagrammes utilisés dans GuillMachVoirI.
§0.3.1.2. Métagrammes propres au présent document.
§0.3.2. Abréviations.
§1.Introduction.
§2. Traduction de GuillMachVoirI.

§3. Etablissement du texte de GuillMachVoirI.
 

§3.0. Méthode et objectif de mon travail.
§3.1. Pratiques éditoriales qui se dénoncent comme non satisfaisantes en dehors même de toute référence au manuscrit.
§3.2. Traitement des manuscrits non explicité et étude linguistique : choix des variantes, ductus des lettres de F, transcription des lettres ramistes. Et aussi ponctuation, mots graphiques, abréviations de F.
§3.2.0. Objet du §3.2.
§3.2.1. Au sujet de silences de l’édition de GuillMachVoirI.
§3.2.2. Ponctuation, mots graphiques, abréviations de F.
§3.2.2.1. Sur la ponctuation du ms F.
§3.2.2.2. Sur les mots graphiques du ms F.
§3.2.2.3. Sur les abréviations du ms F.
§3.3. Etourderies de transcription consistant en écarts tacites par rapport au ms F.
§3.3.0. Métagrammes de GuillMachVoirI.
§3.3.1. Liste des écarts tacites de GuillMachVoirIAgrég par rapport à F.
§0.2. Repérage de GuillMachVoirI.
Dans le présent document, tout extrait de GuillMachVoirI, si court soit-il, est identifié par un nombre immédiatement précédé par la lettre «v», qui signifie «vers», ou par la lettre «p», qui signifie «page». Sont identifiés par le premier système les extraits provenant des pièces en vers numérotés ; sont identifiés par le second système les autres extraits, notamment ceux qui proviennent de la traduction de Paul Imbs (pages impaires de GuillMachVoirI) et/ou ceux qui proviennent des lettres. Pour plus de clarté, les extraits des lettres du texte médiéval sont référencés non seulement par le numéro de page de GuillMachVoirI, mais encore par le numéro de lettre suivi immédiatement du caractère de l’alphabet qui marque la section où ils apparaissent ; par exemple, on lit Treschiers sires lettre 1a p72.

 
§0.3. Métagrammes et abréviations.
§0.3.1. Métagrammes.
§0.3.1.1.Métagrammes utilisés dans GuillMachVoirI.
On lit §3.3.0 ceux qu’il importe de connaître pour comprendre quelles corrections les éditeurs de GuillMachVoirI indiquent avoir apportées au ms de base.

 
§0.3.2. Abréviations.
BnF = Bibliothèque nationale de France ; — CSP = cas sujet pluriel ; — CSS = cas sujet singulier ; — DEAF = Baldinger (Kurt), puis Möhren (Frankwalt), dir., Dictionnaire étymologique de l’ancien français ; éditeurs successifs ou simultanés : Québec (Université Laval), Paris (Klincksieck), Tübingen (Max Niemeyer) 1974- ; — dir. = directeur(s) ; — DMF = Martin (Robert), dir., Dictionnaire du Moyen Français (DMF) 1350-1500. En cours de publication ; — éd. = éditeur ; — F = ms BnF fr. 22545 ; — fr. = français ; — GuillMachVoirI = Guillaume de Machaut, Le livre du Voir Dit (Le Dit véridique). Édition critique et traduction par Paul Imbs. Introduction, coordination et révision : Jacqueline Cerquiglini-Toulet. Index des noms propres et glossaire : Noël Musso. Ouvrage publié avec le concours du Centre National du Livre ; sans lieu (Librairie Générale Française) 1999 (© 1999 ; pas d’achevé d’imprimer ; le livre a paru en septembre 1999) ; [831] pages (Le livre de Poche 4557, Lettres gothiques) ; — GuillMachVoirIAgrég = passage de GuillMachVoirI s’étendant du v71 au v1511 ; — HenrySermonesInCantica = Henry (Albert), Les Sermones in Cantica de saint Bernard et la région Gedinne /./ ; dans Académie Royale de Belgique, Bulletin de la Classe des Lettres et des Sciences Morales et Politiques, 6e série, tome VI (7-12 1995) [paru en janvier 1997], 373-388 ; — MélSuard = Plaist vos oïr bone cançon vallant ? Mélanges offerts à François Suard. Études recueillies par Dominique Boutet, Marie-Madeleine Castellani, Françoise Ferrand et Aimé Petit ; Villeneuve d’Ascq (Université Charles-de-Gaulle) 1999 ; 2 vol. comportant 1052 pages (le deuxième vol. commence p. [555]) (UL3, Travaux et recherches) ; — MontaigneEssaisT livre I = Tournon (André), éd., Essais de Michel de Montaigne. Livre I ; s. l. (Imprimerie Nationale) © janvier 1998, achevé d’imprimer octobre 1997 ; 667 pages ; — ms = manuscrit ; — mss = manuscrits ; — p : collé devant un chiffre = page ; avec cette disposition et cette signification, cette lettre ne se trouve que devant des nombres se rapportant à des pages de GuillMachVoirI ; — PlouzeauPercAppr = Plouzeau (May), Avec Perceval, roman de Chrétien de Troyes (copie du BnF fr. 794) : approches du vieux français ; Aix-en-Provence (Université de Provence, Centre de télé-enseignement, Lettres) sans date [mars 2001] ; un volume de 325 pages + 4 cassettes sonores ; — RLiR = Revue de Linguistique Romane ; — v : collé devant un chiffre = vers ; avec cette disposition et cette signification, cette lettre ne se trouve que devant des nombres se rapportant à des vers de GuillMachVoirI.

 
 

§1.Introduction.

        Aux agrégations externes de grammaire et de lettres modernes de 2002, l’épreuve écrite dévolue à l’«étude grammaticale d’un texte français antérieur à 1500» (selon les termes du rapport sur l’agrégation externe de lettres modernes de 2000) portera sur un passage allant du v71 (p44) au v1511 (p176) du Voir Dit de Guillaume de Machaut dans l’édition de Paul Imbs, dont nous abrégeons le titre en GuillMachVoirI à la suite du DEAF, où tel est son sigle, comme a bien voulu me l’écrire monsieur Frankwalt Möhren, que je remercie. On trouve §0.3.2 à l’entrée GuillMachVoirI une notice bibliographique assez détaillée.
        L’édition, très bien réalisée (nous le répéterons), est fondée sur le ms BnF fr. 22545 (sigle : F). Comme il arrive souvent dans la collection où elle paraît (sans que toutefois la chose soit obligatoire, témoins les remarquables Poésies complètes de François Villon qu’y a procurées Claude Thiry en 1991), le texte médiéval est accompagné d’une traduction.
        Dans le présent document, je ne m’intéresserai sauf exception qu’à la partie du texte sélectionnée pour les agrégations de 2002, dont les bornes sont rappelées au début du §1. J’appelle cette partie GuillMachVoirIAgrég. Après avoir mentionné quelques endroits où la traduction n’est pas adéquate (§2), je passerai à l’établissement du texte (§3).
§2. Traduction de GuillMachVoirI.


        Je précise que je n’ai pas collationné la traduction avec le texte. La petite liste qui suit procède de hasards.

        jointe v109° correspond-il bien à «aimable» p47 (cf. PlouzeauPercAppr § 79) ? ; — dont miex la prise v138 n’est pas traduit ; — la traduction «pendant presque une semaine» p61 ne reflète pas la ponctuation de assez (prés d’une semaine !) v323 ; — cilz desirs v962 peut-il être traduit par «Désir» sans plus ? ; — accepterait-on dans une copie d’étudiant que Mais je m’en reving a l’ostel v1134 soit traduit «Cependant je m’en revins à mon hôtel» p131, j’en doute (cf. PlouzeauPercAppr § 126 à §128a) ? ; — non «Tandis que j’étais là» p137 mais «Tandis que j’en étais là», comme le signale Pierre-Yves Badel dans Romania 118 (2000), 582.
§3. Etablissement du texte de GuillMachVoirI.
§3.0. Méthode et objectif de mon travail.
        J’ai collationné le texte médiéval de GuillMachVoirIAgrég avec une reproduction photographique du ms F vendue par la BnF ; la BnF n’a pas fait suite à ma demande d’une reproduction sur microforme, mais la reproduction sur papier qu’elle m’a commnuniquée est lisible. Je donne un relevé des pratiques éditoriales de GuillMachVoirIAgrég qui m’ont arrêtée comme peu claires, contradictoires ou insuffisamment fidèles à F. Car il va de soi que l’«étude grammaticale» proposée aux concours ne saurait porter sur des formes qui ne seraient pas fiables, faute de quoi la réflexion fait place à la récitation, comme il se produit parfois. Tâchons d’être médiévistes sans être moyenâgeux.
        Je me résouds à produire ce relevé bien que je ne dispose pas encore de la numérisation de GuillMachVoirIAgrég que préparent des collègues attentionnés (je ne pratique plus l’«héroïsme» philologique dont parle Albert Henry p. 377 de HenrySermonesInCantica, qui me conduirait à aller consulter sur son lieu d’archivage la numérisation qui a dûment été réalisée pour le DMF lors de la publication de GuillMachVoirI) ; or, pour qui n’a pas un ordinateur en lieu de cervelle, seul l’accès à un texte numérisé, c’est-à-dire l’accès facile à l’ensemble des occurrences du texte, permettrait de résoudre ceux des points qui exigent des relevés exhaustifs (par exemple, touchant la façon de développer certaines formes du ms F). Il m’a semblé qu’il était utile de faire connaître rapidement les passages douteux de GuillMachVoirIAgrég, en particulier pour les enseignants qui se chargent de concocter les sujets de concours, toujours si pressés.


        Je tiens à dire que ce relevé est relativement peu fourni et que la plupart des pratiques que je vais épingler sont imputables à de simples étourderies ou aux limites de la collection : nous sommes en présence d’une édition soignée, et mes courtes listes n’enlèvent rien aux mérites du volume et singulièrement à l’éclat de l’introduction rédigée par Jacqueline Cerquiglini-Toulet, extraordinaire d’intelligence, d’élégance, de savoir et de clarté.
        Je m’attacherai d’abord (§3.1) à des pratiques éditoriales qui se dénoncent comme non satisfaisantes en dehors même de toute référence au manuscrit (ce qui ne m’empêchera pas à l’occasion de dire ce que porte le ms F). Dans un deuxième temps (§3.2), je relèverai des traits éditoriaux qui, sans être fautifs, peuvent être considérés comme occultant la véritable pratique du copiste de F. Enfin (§3.3), je donnerai une liste en principe complète des endroits où le texte de GuillMachVoirIAgrég s’écarte du ms F sans le dire, et je fournirai pour ces endroits la leçon de F. Ce n’est que rarement que je commenterai mon relevé : les gens avertis en verront d’emblée les implications pour une «étude» de langue. Certaines de mes listes ne sont sans doute pas exhaustives, en particulier celles du §3.2, qui concerne moins des fautes que des façons d’interpréter le ms : j’ai en effet procédé à des relevés manuels (!), et les cas de figure énumérés §3.2 ne m’ont pas forcément paru d’emblée dignes d’intérêt au cours de ma lecture : j’ai probablement omis bien des occurrences qui les illustrent.

§3.1. Pratiques éditoriales qui se dénoncent comme non satisfaisantes en dehors même de toute référence au manuscrit.
        La liste du §3.1 suit le fil du texte.
griëment v145 (2 syllabes) est à éditer griement ; — m’aves lettre 1b p72 est à éditer m’avés; — briément lettre 2a p78 est à éditer briement ; — mon dieu souverain v565 et Mon dieu terrien v1690 s’opposent à mon Dieu terrien v5066 ; — mettre une ponctuation forte (un point plutôt qu’un point d’exclamation, malgré la traduction) après traire v576° ; — aussi(s) v852 corrige (explicitement, comme on le voit) «aussis» du ms F ; cette intéressante forme munie de s adverbial n’a pas à être rectifiée ; elle est d’ailleurs conservée lettre 5a p138 ; — Amender, quant Dieus le vuet v867 est faux (-1) ; or il reproduit bien le ms F, et aucune variante n’est donnée: notre collègue de l’université de Tokyo, monsieur Takeshi Matsumura, a bien voulu me signaler que l’édition diplomatique du ms A (BnF fr. 1584) de Daniel Leech-Wilkinson (à quoi je n’ai pas encore accès) porte en cet endroit «Amender. Quant dieux ne le wet», qui fournit un texte excellent ; — la variante Je v946 n’a pas de sens ; — pourquoi, dans la lettre 7, éditer veoir ou veisse p160, mais veü p162 ? ; — il me paraît contradictoire d’éditer savrai (futur) lettre 6b p162, après aurai (futur) v915° et auroie (conditionnel) lettre 5f p140 ; — supprimer la virgule devant n’autrui lettre 9b p172 (le ms F n’a d’ailleurs aucune ponctuation à cet endroit).
        L’on voit que certains des traits relevés en ce §3.1 consistent en contradictions internes. Or, il est impossible en cas de contradiction de proposer une correction qui serait la bonne solution, parce que nombre de principes qui ont guidé la toilette du texte ne sont pas explicités. Certaines des pratiques éditoriales qui ne sont pas explicitées dans GuillMachVoirI sont commentées §3.2.
 
§3.2. Traitement des manuscrits non explicité et étude linguistique : choix des variantes, ductus des lettres de F, transcription des lettres ramistes. Et aussi ponctuation, mots graphiques, abréviations de F.
§3.2.0. Objet du §3.2.
        En ce §3.2 nous allons montrer en quoi les silences de l’édition concernant toilette du texte et/ou particularités de la copie empêchent de conduire une «étude grammaticale» sur certaines unités linguistiques de GuillMachVoirIAgrég.
§3.2.1. Au sujet de silences de l’édition de GuillMachVoirI.
        Rappellons que la collection des Lettres gothiques peine à satisfaire à la fois les attentes du «grand» public et les exigences des linguistes. On note ainsi que la couverture s’orne d’une attrayante miniature du ms F, mais que pas une seule image du texte de F (ni des autres mss) n’est reproduite. Les principes de la collecte des variantes ne sont pas donnés ; or, bien qu’elles soient très souvent purement graphiques, les variantes fournies ne sont néanmoins pas exhaustives «loin de là», écrit Gilles Roques dans RLiR 64 (2000), 269. De F, il n’est pas précisé le nombre de mains qui auraient participé à sa confection (c’est par convention que je dis passim «le copiste», comme si j’avais lu dans GuillMachVoirI qu’il était unique), et sauf erreur, pas un mot n’est dévolu à la difficulté qu’il y a parfois à distinguer entre «sf» et «ff» ou entre «n» et «u» (notons simplement entre beaucoup d’autres que dans ce qui est transcrit desfont v881° et desfais v883°, le ms F me semble bien porter «ff» et non sf, que en de en monde lettre 4b p124, lettre 4i p126, correspond à «e» suivi de deux jambages dans F), ni aux problèmes que pose la transcription des «lettres ramistes» (nous avons mentionné §3.1 la question de savrai vs aurai et auroie, toutes formes à justifier). De cela, je ne dirai rien.
§3.2.2. Ponctuation, mots graphiques, abréviations de F.
        On ne trouve rien non plus sur la ponctuation de F, ni sur les groupements des caractères de F (espaces ou non entre les mots), ni sur les abréviations qu’il présente. Je consacrerai à chacun de ces trois points un très court développement qui incite à la vigilance ou invite à approfondir le sujet, car il est bien des cas où une véritable étude de langue doit impérativement examiner les pratiques du copiste.
§3.2.2.1. Sur la ponctuation du ms F.
        On peut illustrer le silence de l’édition de GuillMachVoirI concernant le traitement de la ponctuation du ms par l’exemple suivant : le saut de ligne qui précède le v71 correspond dans F à la présence d’une lettrine en tête de ce vers, mais la lettrine qui inaugure le v103 ne se traduit par aucune disposition typographique particulière dans GuillMachVoirI.
        Voici par ailleurs un cas de convergence entre ponctuation du copiste et morphologie de l’adjectif. Tout le monde aura noté que les marques de flexion casuelle sont nombreuses dans le texte. Si nous lisons Tristes, pensis et plain d’anoi v639 nous notons l’absence de s final dans plain, et nous pouvons lier cette absence au fait que l’adjectif est en tête d’un syntagme où il perd de son autonomie : plain d’anoi ; si nous nous reportons au ms F, nous sommes confortés dans cette analyse, puisque le scribe fractionne le vers au moyen de points : «Tristes. pensis. et plain danoi».
        De façon générale, autant savoir que le ms F est intensément ponctué, en particulier dans la correspondance, où le découpage logique est moteur du discours amoureux (comparer les observations de Charles Brucker dans Verbum 13 (1990), 21-26, sur le rôle des marqueurs logiques dans les poèmes de Machaut) : barres obliques, points et majuscules scandent de façon remarquable les phrases qu’applatit l’édition. Espérons que les médiévistes ont trouvé pour commenter ces faits l’équivalent des magistrales réflexions d’André Tournon sur Montaigne, par exemple dans les pages intitulées Editer les Essais de Montaigne (MontaigneEssaisT livre I, 9-26). Et souhaitons qu’un comédien de haute volée (comme Mesguish les lettres de Sade) interprète cette prose dans le texte, épouse le rythme du codex même, et lui rende la respiration proprement lyrique qui anime ce qui est tout autre chose qu’un ressassement épistolaire.
§3.2.2.2. Sur les mots graphiques du ms F.
En ce qui concerne la coupe des mots, il serait bon de savoir par exemple que Nonpourquant v87 est écrit en deux mots dans F, de même que souventefois v197, v585 ; que depuis que lettre 3b p94, v856, lettre 5a p138 est chaque fois en trois mots dans F (on éditerait donc respectivement non pourquant, souvente fois et de puis que si l’on voulait suivre le sentiment linguistique du copiste) ; — qu’inversement ce qui est édité ja mais (peut-être d’après des passages comme ja mauvais bien ne fera v884) v544, v1330, lettre 6c p152, lettre 6e p154, v1500 est écrit en un mot dans F, de même que ce qui est édité jamais v983 (il y a donc contradiction dans la façon d’éditer ; soulignons que jamais est bien perçu comme un seul mot par le «scripteur» médiéval de GuillMachVoirIAgrég, qui ne décompose pas en éléments) ; — que tres-, toujours traité comme première syllabe de mot dans GuillMachVoirIAgrég sauf v1490 (cf. tresdoulz v103 etc.), est en effet le plus souvent soudé dans F (comme au v103), mais est parfois détaché, comme dans ce qui est édité tresdoucement v195° ou tressubtive v254°, et que la présentation détachée dans F n’est pas seulement réservée par le copiste aux unités qui, comme tresdoucement ou tressubtive, excèdent deux syllabes, mais aussi par exemple dans «Tres chiers» lettre 1a p72 ; — que Hé ! las ! v613, v622, v654, v896 est bien écrit en deux mots dans F, mais que Hé ! las ! v686 est écrit en un seul mot dans F, ce qui montrerait que le groupe est déjà soudé dans la conscience linguistique ; — que prinstemps v1107 et cecy v1167 sont chacun en deux mots dans F ; — enfin, que tous dis v1181 vs tousdis v1312, v1365, v1371 reflètent chaque fois les mots graphiques du ms.
        Il est hors de doute que GuillMachVoirIAgrég se prêterait à une étude instructive de la «séquenciation graphique» de F, pour reprendre la terminologie du bel article de Nelly Andrieux-Reix, Le manuscrit 150 de Valenciennes, f° 141 v° : premières images des mots graphiques médiévaux (dans Lez Valencienes 25 (1999), 9-23).
§3.2.2.3. Sur les abréviations du ms F.
            Il n’est pas inutile de rappeler que le ms F comporte des abréviations (cf. §0.3.1.2), que l’édition les développe sans en signaler l’existence (ce qui est banal), que toute forme développée dans une édition est par définition autre chose que ce que porte son ms de base, qu’il peut être dangereux de commenter une forme développée en croyant être en présence d’une forme de ms (voir entre autres l’article de May Plouzeau, À propos de La Mort Artu de Jean Frappier, paru dans Travaux de Linguistique et de Philologie 32 (1994), 207-221) et qu’au plan linguistique, l’étude de la répartition par un copiste entre formes abrégées et formes développées peut être très intéressante, comme le montre entre autres l’article d’André Eskénazi, ‘Variantes graphiques’ dans Guillaume de Dole, paru dans RLiR 60 (1996), 147-183.
            Voici donc quelques remarques liées à l’existence d’abréviations dans le ms F. N’oublions pas que dans le présent document, à l’intérieur des transcriptions du ms F, données en caractères gras entre guillemets, les italiques graissées tiennent la place d’abréviations du ms F, qui sont ainsi développées (cf. §0.3.1.2).
            Nostres Sires vous doint lettre 1e p72 est «Nostresires vous doin ms F, lequel donc ici ne comporte pas en clair de «s» à la fin du possessif ni à la fin de ce qui est transcrit Sires, mot dont F ne porte ici en clair que la première lettre (mais on lit «sires» développé par exemple v103°) ; la merci Nostre Signeur lettre 2a p78 transcrit «la merci Nostresigneur» ms F ; a Nostre Seigneur lettre 9h p172 transcrit «a nostreseigneur» ms F. Ce qui est imprimé Nostres Sires, Nostre Signeur (encore lettre 3b p94, lettre 5c p138, lettre 5h p140) et Nostre Seigneur à ces endroits transcrit exactement la même séquence du ms F : Seigneur n’est pas je crois une bonne façon de développer si l’on s’appuie sur les formes en clair (mais je ne dispose pas de texte numérisé au moment où j’écris ces lignes) : notons qu’on lit «signeur» en clair lettre 3i p96, lettre 7j p164 ; — etc. avant v989, avant v1002, avant v1013, avant v1035, avant v1048, avant v1061, avant v1094, avant le début de la lettre 4, avant v1261 correspond à «et cetera» ms F (noter que ce qui est imprimé et cetera lettre 26f p436 développe «et cetera» ms F) ; — on ne commentera pas aveuglément la forme moult passim sans savoir que si le mot est le plus souvent écrit en clair dans le ms F (et parfois «monlt», me semble-t-il), il est aussi à l’occasion abrégé en «ml’t», par exemple v1132, lettre 5h p140 ; — ce qui est imprimé mmtranscrit signe de nasalité + «m» par exemple dans aimme v453 ou diligemment v522 ; ce qui est transcrit comme correspond à plusieurs graphies du ms F : «comme» en toutes lettres, par ex. v724 ; «comme», avec signe de nasalité sur «o» suivi de «m» par exemple v71 ; «comm, avec seulement les lettres «c», «o», «e» écrites et surmontées d’un signe qui les unit, par exemple lettre 3a p92, lettre 3d p94 etc. (voir infra en ce §3.2.2.3) ; immédiatement devant voyelle, je n’ai jamais rencontré en clair la séquence «com» avec un seul «m» dans la partie du ms F correspondant à GuillMachVoirIAgrég, dans quelque mot que ce soit ; dans ces conditions, il n’y a pas lieu je crois de jamais éditer come ; de toute façon, il est contradictoire de transcrire le même groupement de caractères du ms F (à savoir «c», «o», «e» surmontés d’un signe qui les unit) tantôt comme lettre 3a p92, lettre 5a p138, lettre 6d p152 deux fois, lettre 7g p162, lettre 8d p170, et tantôt come lettre 3d p94, lettre 3h p96, lettre 4i p126, lettre 4j p126, lettre 4l p128, lettre 5b p138, lettre 5c p138, lettre 7g p162 ; — je souligne que ce qui dans GuillMachVoirIAgrég est presque partout  transcrit vous, pronom personnel, est écrit tantôt «vous», par exemple dans «vous doin lettre 1e p72, tantôt «vous» ; contrairement à ce qu’on peut trouver chez d’autres copistes, il n’y a pas de répartition dans le ms F entre la forme abrégée et la forme développée qui soit à lier à la fonction grammaticale ou à la position clitique ou non du pronom dans la phrase ; quand il est écrit en toutes lettres dans la partie du ms F correspondant à GuillMachVoirIAgrég, le pronom personnel de la cinquième personne se termine toujours par «ous» : pour cette partie du texte, l’opposition qui se manifeste dans le ms F se réalise entre «vous» et «vous» d’un côté, pronom personnel, et de l’autre côté «vos» possessif (dont le «s» final peut à l’occasion être suscrit, par exemple dans ce qui est édité quar vos douces escriptures lettre 6b p150) ; se vos et ellez lettre 6b p150, qui correspond à «se vous et ellez» de F doit être transcrit se vous et ellez.
§3.3. Etourderies de transcription consistant en écarts tacites par rapport au ms F.
§3.3.0. Métagrammes de GuillMachVoirI.
        Il convient tout d’abord de nous remémorer comment dans GuillMachVoirI sont signalés les écarts de l’éditions par rapport à F. Selon ce que nous lisons p30, ces écarts se manifestent dans le corps du texte soit par l’italicisation de tout un passage, du v6665 au v6694 (absent de F), qui, donc n’intéressent pas GuillMachVoirIAgrég ; soit par la présence de crochets droits, qui encadrent des éléments absents du ms F, lesquels ont été ajoutés par les éditeurs ; soit par la présence de parenthèses, qui encadrent des éléments présents dans F, mais qui sont à supprimer ; soit par la présence d’italiques : «/./ les lettres en italique dans un mot indiquent des lettres empruntées à un autre manuscrit. On trouve alors la leçon du manuscrit de base dans l’apparat critique» (GuillMachVoirI p30) ; il est logique de croire que dans un mot, les caractères en italique ont été substitués à des caractères déjà présents dans F (mais cela n’est pas dit explicitement p30). L’apparat fait en outre un usage des commodes conventions de type «+1» ou «-1» pour signaler les vers trop longs ou trop courts, le chiffre indiquant le nombre de syllables impliquées. Ce qui veut dire qu’en principe toutes les corrections introduites par les éditeurs sont signalées dans l’édition et qu’une séquence qui s’écarte du ms de base sans être marquée par un de ces procédés provient d’une étourderie des éditeurs, et ne doit pas être commentée dans une «étude grammaticale» comme si elle reflétait exactement ce ms. (En fait, certaines séquences procèdent de corrections que seule la consultation de l'apparat permet de reconnaître, par exemple ce v795.)  Par ailleurs, il est à espérer que les «responsables» des sujets des épreuves écrites de certaines agrégations de 2002 respecteront les métagrammes de l’édition (crochets droits, parenthèses et italiques) s’il s’en trouve, en en rappelant la signification, et qu’ils n’imiteront pas la désinvolture qui a caractérisé le texte de la Vie de saint Louis proposé à l’épreuve écrite de l’agrégation de lettres modernes de 1998, qui n’a pas tenu compte de l’admirable soin de Jacques Monfrin (voir May Plouzeau dans MélSuard, 739).
§3.3.1. Liste des écarts tacites de GuillMachVoirIAgrég par rapport à F.
        Le relevé du §3.3.1 est fait par ordre d’apparition dans le texte. Noter à propos de qu’on lettre 6c p152 un développement sur l’emploi du tréma dans l’édition, et à propos de qui onques lettre 6e p152 un développement sur «onques» et «vnques» dans le ms F.
        oltre v115 : «oultre» ms F (rectifier en conséquence la présentation de la varia lectio) ; — apert v141° : «appert» ms F;  — appert v142° : «apert» ms F ; — l’eslongnay v194 (à la rime) : «meslongnay» ms F (fautif, et corrigé tacitement) ; — pais v375 : «paix» ms F (comme v380 et v385 du même rondeau, correctement transcrits) ; — le fol. 140a du ms F commence avec le v479 ; — vos cuers lettre 1e p72 : «vos cuer» ms F (qui porte donc à un seul endroit une marque de CSS) ; — grant deduit lettre 2a p78 : «grant deduis» ms F ; — assourdis lettre 2a p78 : «assourdiz» ms F ; — Cent mille fois v578 : «Cent milles fois» ms F (comme cent milles v449, correctement transcrit) ; — au niveau du v727 noter que le ms F porte «Lamant», qui a été corrigé tacitement en La dame dans GuillMachVoirI ; — fait v882° (CSP impeccable) : «fais» ms F, où le copiste n’a donc pas écrit de CSP ; — etc. avant v1081 manque dans le ms F (il a donc été introduit tacitement dans GuillMachVoirI) ; — Jhesuscrist lettre 4b p124 : «ihesucrist» ms F ; — me contraingnent fort lettre 4b p124 : «mi contraingnent fort» ms F ; — poli[s] v1108° correspond en fait à «polis» ms F, qui n’omet donc pas le s marquant le CSS (rectifier aussi la varia lectio) ; — le .IIII. jour lettre 5a p138 : le ms F ne porte pas seulement «IIII», mais ce chiffre romain surmonté de «e» ; — laquellelettre 5c p138 : «la quele» ms F ; — a (indicatif présent 3) v1263 : «ha» ms F ; — qui onques fut lettre 6b p150 : «qui vnques fut» ms F ; — es doulz biens lettre 6c p150 : «en doulz biens» ms F ; — veysse onques lettre 6c p152 : «veysse vnque ms F ; — qu’on porroit espuissier lettre 6c p152 : «que on porroit espuissier» ms F ; le vers Nés qu’on porroit espuissier la grant mer appartient à un poème inclus dans la lettre 6 ; il faut certes scander qu’on, mais comme le copiste n’a pas marqué l’élision, il faudrait éditer que on ; en effet, dans le reste des pièces en vers de GuillMachVoirIAgrég, l’éditeur a recours au système suivant (il y a bien système — sauf erreur de ma part, puisque l’introduction de GuillMachVoirI ne parle pas de cette cuisine éditoriale) : si un e final de monosyllabe doit être élidé mais qu’il n’ait pas été omis par le copiste, ce e est imprimé, mais sans tréma ; si un e final de monosyllabe ne doit pas être élidé, il est imprimé avec un tréma ; exemples d’octosyllabes : Et pour ce a vous se recommande v155, Et dit que a son gré pas ne vit v206, De loin së aimment et desirent v257 ; — leu lettre 6d p152 : «lieu» ms F  ; — qui onques fu lettre 6e p152 : «que vnques fu» ms F ; on attend en effet qui, non que; mais cette séquence du ms F est intéressante, parce que, selon moi, le copiste de GuillMachVoirIAgrég n’écrit pas au hasard ce que nous éditons unques et onques: ce qui doit être transcrit unques est toujours écrit par lui avec pour début «v», et ne suit jamais une voyelle élidée graphiquement ; opposer par exemple qui unques v1174, v1207 («qui vnques» ms F) à c’onques v640, v1144, C’onques v1146, N’onques v858, Qu’onques v878, v932, v989, v1021, qu’onques v1169, où dans tous les cas en effet le copiste a élidé «e» et a choisi la forme de l’adverbe commençant par «o» ; mais on trouve aussi «onques» dans d’autres cotextes, cf. par ex. «vi onques» ms F lettre 6b p160 ;— onques lettre 6e p154, lettre 6f p154, et v1352 : «vnques» ms F ; — profondement v1379 : «parfondement» ms F (cf. parfondement v1461, qui transcrit bien le ms F, ici écrit tout en clair) ; — veisse onques lettre 7b p160 : «veisse vnques» ms F ; — n’avoient onques veu lettre 7b p160 : «nauoient vnques veu» ms F ; — nulles des autres lettre 7f p162 : «nulles autres» ms F ; — enuieroit lettre 7g p162 : «anuieroit» ms F ; — povoie v1404° : «porroie» ms F (de toute façon, povoie serait bizarre à côté de par exemple poés ou poez, formes d’indicatif présent 5 qui se lisent lettre 8c p168 ; la syntaxe et le sens du passage changent beaucoup avec la leçon de F) ; — peulent  v1411 : «puelent» ms F ; — sceüsse v1427 : «peusse» ms F (et dans ces conditions, on comprend la varia lectio) ; — m’ert v1433 : «mest» ms F (donc ne pas inclure ert v1433 au nombre des imparfaits archaïques) ; — di v1447 : «di que» (+1) ms F ; — onques lettre 8a p168, lettre 8b p168, lettre 8c p170 (deux fois) : «vnques» ms F chaque fois ; — ne sai et ne veuil lettre 8c p170: «ne sai ne ne veuil» ms F ; — ne veuillezlettre 8c p170 : «ne veuilliez» ms F (cf. veuilliezlettre 9c p172, qui respecte le ms F) ; — onques lettre 9b p172 : «vnques» ms F; et  vos porrés lettre 9c p172 : « vous porres» ms F.