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Enfances Arthuriennes
deuxieme colloque arthurien de Rennes

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Resumes
 

Enfances Arthuriennes
deuxieme colloque arthurien de Rennes

Programme


Jeudi 6 mars matin

9 heures : Ouverture du colloque

9h 30 à 11h : Aux origines du mythe arthurien

Jacques Chocheyras (Grenoble III) : « Les enfances de la légende arthurienne: les premières localisations de la cour d'Arthur au pays de Galles »

Antoinette Saly (Strasbourg)  : « Conceptions et naissances royales: Arthur et les mythes »

Sarah Bellec-Hassan (Paris IV)  : « Le roi Arthur dans le Roman de Brut de Wace »

11h à 11h 30 : pause

11h 30 à 12h 30 : Représentations de l'enfance: norretures arthuriennes

Mattia Cavagna (Paris IV, Bologne)  : « Le motif de la chasse merveilleuse dans l'enfance de Lancelot du Lac (Lancelot en prose) »

Silvere Menegaldo (Paris IV) : « La place de la musique dans les enfances arthuriennes »

Jeudi apres-midi

14h à 15h 30 : L'enfance des héros: perspectives mythologiques

Philippe Walter (Grenoble) : « L’enfance de Gauvain: un horoscope mythique »

Jean-Marie Pastré (Rouen)  : « Enfances tristaniennes et préfigurations héroïques au Moyen Âge »

Gilles Susong (Domfront)  : « Les mères obscures des héros arthuriens (Conte du Graal, Guillaume d'Angleterre, Lanzelet, Parzifal) »

15h 30 à 16h : pause

16h à 17 h : Enfances tardives

Elisabeth Gaucher (Brest)  : « Le Chevalier au Papegau: “Enfances” ou déclin de la littérature arthurienne ? »

Christine Ferlampin-Acher (Rennes 2)  : « Les enfants terribles de Perceforest ».
 
 

Vendredi 7 mars matin

9h à 9h30 : Mise au point concernant la section arthurienne

9h30 à 11h : Inventer des enfances et des préhistoires: Merlin

Hélène Bouget (Rennes 2) : « L'apprentissage de Gauvain dans la Suite du Roman de Merlin »

Richard Traschler (Paris IV, Institut Universitaire de France) : « Quand Gauvainet rencontre Sagremor: observations sur la Suite-Vulgate du Merlin »

Nathalie Koble (ENS Ulm) : « Merlin et les enfances du livre: continuation à rebours d'une genèse romanesque »

11h à 11h30 : pause

11h30 à 12h30 : Inventer des enfances et des préhistoires (suite)

Adeline Richard (Aix-en-Provence) « “Nus ne le veoit qu’il ne se merveillast de li” : les Enfances Tristan dans le Tristan en prose »

Géraldine Veysseyre (Paris IV)  : « De Brut à Pir: la généalogie des rois de Bretagne, embryon du récit pré-arthuriendu Perceforest »

vendredi 7 mars apres midi

14h à 15h : Représentations de l'enfance : parentés

Carine Bouillot : « Existe-t-il une isotopie de l'enfance chez Chrétien de Troyes? »

Chantal Souchon : « Perte et “partissure” dans les enfances arthuriennes »

15h à 17h 30 : Adoptions

Hélène Tétrel (Brest)  : « La saga des Bretons: naissance et exploitation du mythe arthurien dans les compilations “pseudo-historiques” de Scandinavie »

Danielle Buschinger (Amiens)  : « Les Enfances de Lanzelet dans le roman d'Ulrich von Zatzikhoven »

16h à 16h 30 : pause

Patricia Michon (Paris)  : « Les premières années de Tristan au royaume de Leonois dans les versions romanes de la légende arthurienne »

Robert Baudry : « L'enchanteur désenchanté ou le Merlin de Michel Rio »

17h 30 : Clôture du colloque.
 
 

Enfances Arthuriennes
2deuxieme colloque arthurien de Rennes
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Robert Baudry (Sallèles d’Aude ; Lubumbashi)
« L’enchanteur désenchanté 
ou le Merlin de Michel Rio »

Il s’agira essentiellement d’examiner comment les thèmes traditionnels de la légende de Merlin (sa naissance diabolique, le procès de sa mère, la protection de Blaise, ses diverses initiations, la création de la Table ronde, etc...) tels qu’ils étaient primitivement conçus dans les premiers textes gallois, chez Nennius, Geoffroy de Monmouth, Robert de Boron et le Lancelot Graal, évoluent chez les Modernes et notamment comment la version du Merlin (1989) de Michel Rio aboutit à une rationalisation généralisée des motifs légendaires.
 
 


Emmanuèle Baumgartner (Paris III)
« L’Evangile de Nicodème et l’invention du Graal »

Deux traits essentiels me semblent marquer l’histoire du Graal dans la littérature médiévale : l’élaboration à partir du texte de Chrétien d’un récit d’enfances, d’un discours des origines de l’objet Graal, et corrélée, sa christianisation, seul moyen à cette date d’acclimater en littérature – je dirai volontiers de rationaliser cet étrange objet surgi de l’imaginaire celtique. Le texte fondateur de cette christianisation / rationalisation du motif est bien connu. Il s’agit de l’Estoire du Graal de Robert de Boron. L’objet de cette intervention est d’étudier comment Robert de Boron s’inspire, pour procéder à cette mutation brusque, de l’Evangile de Nicodème (des versions françaises en vers) et quelles sont les conséquences de ce choix pour l’ensemble des textes qui s’articulent à partir du XIIIe siècle autour du Graal et de son parcours dans le monde arthurien. 
 
 

Sarah Bellec-Hassan (Paris IV)
« Le roi Arthur dans le Roman de Brut de Wace »

Avant d’être le sujet du cycle romanesque qui porte son nom, le roi Arthur fut un personnage historique, mais, progressivement, les écrivains dégagèrent le héros de la réalité pour le faire entrer dans la légende. De Nennius à La Mort du roi Arthur et au-delà, le personnage se transforme. Ainsi, entre la chronique et le roman, entre Geoffroy de Monmouth et Chrétien de Troyes, Wace introduit le roi Arthur dans la littérature française. La lecture du Roman de Brut permet d’appréhender la figure littéraire au début de son évolution (non pas à sa naissance, mais dans son enfance). Selon les caractéristiques du personnage présentes dans cette œuvre, Wace se révélera alors un simple translateur de l’histoire ou un initiateur de la légende.
 
 

Hélène Bouget
« L’apprentissage de Gauvain dans la Suite du roman de Merlin »

La Suite du Roman de Merlin présente l’originalité de raconter la jeunesse et l’apprentissage d’un héros récurrent des romans arthuriens : Gauvain. Cet apprentissage adopte la forme d’une quête qui confère au personnage des traits nouveaux, radicalement différents des caractéristiques du héros chez Chrétien de Troyes par exemple. L’auteur de La Suite du Roman de Merlin transforme le personnage de manière négative et, dès l’enfance, le place sur la voie de l’échec, annonçant l’atmosphère tragique de la Quête du Graal et de la chute du royaume d’Arthur. En même temps que se dessine le destin de Gauvain et, par extension, celui de la chevalerie, l’auteur accomplit deux autres projets : composer le roman des origines et raconter l’enfance du livre dans lequel nous est rapporté l’ensemble du cycle arthurien, afin de mettre en place une préhistoire des aventures des chevaliers de la Table Ronde.
 

Corine Bouillot 
« Existe-t-il une isotopie de l’enfance chez Chrétien de Troyes? »

Il s’agira d’étudier dans les romans de Chrétien de Troyes les représentations de l’enfance afin de dégager la place que tenaient les enfants – et notamment les héros et leurs descendants – chez cet auteur. On se penchera surtout sur le vocabulaire et notamment les emplois du mot « enfant », dont le champ d’application est vaste en ancien français. Qu’est-ce qu’un « enfant » pour Chrétien? Le fil directeur sera de montrer qu’en dépit des préjugés, les enfants sont bien présents chez le romancier, en tant que héros futurs ou représentants ou continuateurs d’un lignage célèbre.
 

Danielle Buschinger (Amiens)
« Les enfances Lanzelet »

De la comparaison entre le Lanzelet d’Ülrich von Zatzikhoven, le Lanzelet en prose et le Lanzilet strophique d’Ülrich Fuetrer, comparaison limitée au seul épisode particulièrement spectaculaire des « Enfances du héros », je peux tirer les conclusions suivantes, qui pourraient être corroborées par d’autres passages : 1 Entre le Lanzilet et les autres témoins plus tardifs du roman de Lancelot il n’y a, à part une ou deux exceptions, aucun point commun. Surtout, bien que le héros soit communément appelé « chevalier » comme Parzival chez Wolfram, il n’est pas adoubé. Au reste, il y a plusieurs concordances entre l’œuvre d’Ülrich von Zatzikhoven et celle de Wolfram von Eschenbach, qui permettraient de supposer qu’Ülrich connaissait Wolfram (d’autres points le confirment, notamment certaines particularités stylistiques). Il semble aussi qu’Ülrich Fuetrer connaissait l’œuvre de son prédécesseur, auquel il aurait emprunté un détail pour sa version strophique du Lanzilet : dans les deux versions, au reste, le nom du personnage est le même que dans l’œuvre d’Ülrich von Zatzikhoven.

2. Dans les deux œuvres d’Ülrich Fuetrer, le « saint ordre de chevalerie », qui joue un grand rôle dans le Lancelot propre et le Prosa-Lancelot, est dépourvu des traits éthiques et sociaux importants et perd par là des facteurs importants de sa légitimation sociale. De même, les chevaliers de sa source sont dépouillés de tous les attributs idéologiques et extérieurs du chevalier. L'idéal humain et social de la société féodale devient fragile. voire problématique, puisque manifestement il ne suscita pas chez le poète l'intérêt qui aurait été utile pour comprendre les lignes directrices idéologiques contenues dans sa source. Bref, il est indéniable que dans ses intentions Ülrich Fuetrer témoigne d'une nouvelle morale, de nouvelles convictions idéologiques, de nouvelles normes esthétiques. qui sont celles de son siècle, le XVe siècle, celles de la fin du Moyen Âge.
 


Jacques Chocheyras (Grenoble III)
« Les enfances de la légende arthurienne : 
les premières localisations de la cour d’Arthur au pays de Galles »

C’est au pays de Galles, et non en Cornouailles comme l’indique le texte actuel de Culhwc ac Olwen, qu’est localisée, pour la première fois, la cour d’Arthur : Kelli wic ou Celli wig , représente sans doute la forteresse romaine de Gelligaer, « le fort de la forêt », au nord de Cardiff. Plus connu, le camp de légion de Caerleon apparaît chez Geoffroy de Monmouth, mais aussi chez Giraud de Cambrie, comme haut-lieu de la monarchie arthurienne. Ainsi, les ruines des anciennes garnisons romaines du pays de Galles ont joué un rôle important dans la formation de la légende d’un Arthur roi de Bretagne.
 

Mattia Cavagna (Paris IV)
« Le motif de la chasse merveilleuse dans l’enfance de Lancelot du Lac (Lancelot en prose).
Un rituel de passage à rebours »

Le motif de la chasse merveilleuse est l’un des thèmes caractéristiques de la tradition bretonne : le cerf (ou la biche) remplit une fonction de guide, entraînant le héros dans une dimension parallèle, dans un au-delà folklorique. La chasse du jeune Lancelot du Lac doit être lue également comme un rituel de passage, mais dans une perspective complètement renversée par rapport aux versions traditionnelles. Dès son enfance, Lancelot se trouve -on le sait- dans le domaine féerique de la dame du Lac : les moments de la chasse coïncident pour lui avec les étapes fondamentales de sa maturité et de son retour au monde réel. Dans sa dix-huitième année, Lancelot tue et capture un cerf merveilleux au milieu de la forêt. Le fait que l’animal soit tué renverse complètement la perspective surnaturelle de la chasse : il s’agit en quelque sorte d’un désenchantement, d’une libération. C’est en fait à cette occasion que Lancelot quitte le monde féerique pour se rendre à la cour du roi Arthur.

Christine Ferlampin-Acher (Rennes II)
« Les enfants terribles de Perceforest »

Dans Perceforest, certains héros ont une enfance plus turbulente que d’autres. En particulier, Passelion, le vigoureux rejeton d’Estonné et Priande, donne beaucoup de fil à retordre à la fée Morgane chargée de l’élever. Après avoir étudié les représentations de l’enfance, de la nature à la merveille, je verrai comment les enfances de Passelion, Benuic et Ourseau sont des reprises des enfances de Perceval et Lancelot, et comment cet intérêt porté à l’enfance héroïque sert la passion généalogique de cet ambitieux roman qui se veut préhistoire arthurienne. L’enfance de Passelion, Benuic et Ourseau est alors à la fois une facilité narrative et un élément essentiel dans la translatio qui fonde le roman.

Elisabeth Gaucher (Brest)
« Le Chevalier au Papegau : « Enfances » ou déclin de la littérature arthurienne ? »

Il s’agira de proposer une lecture métaphorique de ce roman qui, à la fin du xive siècle, reflète la situation de la chevalerie courtoise, d’une aristocratie prisonnière de ses rêves littéraires. Les aventures qui constituent les « Enfances » du roi Arthur, loin d’être une maturation, évoquent plutôt le déclin d’un système voué à la répétition, au ressassement des grandeurs passées. On s’attachera tout particulièrement à l’épisode de la licorne nourricière, dont le symbolisme féminin sera confronté à celui du « papegau », chantre des prouesses chevaleresques.


Nathalie Koble, (ENS Ulm)
« Merlin ou les enfances du livre »

Dans le premier cycle du Graal, Merlin, double inversé du Christ, est l'architecte de l'univers arthurien, le créateur incarné dans sa propre fiction. Cette figure toute puissante et omnisciente sert d’intermédiaire entre l'histoire et sa mise en récit, et constitue, comme on le sait, une réflexion implicite sur l'origine de la fiction arthurienne, et sur l'ambition esthétique nouvelle des premières mises en prose. Dans les romans arthuriens de la maturité, le récit se débarrasse néanmoins de la figure tutélaire du prophète au profit d'une multitude de points de vue, qui empêchent toute lecture univoque et esquivent la question du grand livre prophétique. Il faut alors attendre la fin du grand siècle romanesque pour voir le récit arthurien retourner en enfance.

À l'origine de la plus importante errance romanesque, Perceval rencontre dans les Prophéties de Merlin un ermite, qui a connu l’enfant-prophète à l’époque du livre de Blaise. Ce vieillard, rescapé d'un autre temps, a été témoin des prodiges de Merlin et détient en secret un livre autographe du prophète. Entrelacé sur plusieurs chapitres, diffusé par quantités de manuscrits comme une histoire dotée d'une cohérence qui lui est propre, ce « repentir » tardif est bien plus qu'une simple amplification épisodique, au sein de la production arthurienne. Au cours de ces entretiens, la relation qui lie le quêteur du Graal, revenu de son innocence, et le détenteur du livre des enfances, engage le récit dans une voie inédite : ce retour en enfance, aux origines du roman en prose, est conçu comme une ouverture et met en lumière l'importante fonction du brouillage référentiel, au cœur de l'invention arthurienne.
 


Silvère Menegaldo (Paris IV)
« La place de la musique dans l’éducation chevaleresque, 
d’après quelques romans arthuriens »

Il s’agira d’étudier la place de la musique dans l’éducation chevaleresque, à partir d’un corpus de textes arthuriens ou partiellement arthuriens. On pourra distinguer quatre modalités différentes : -1) la musique comme science, partie des arts libéraux (Floriant et Florete) ;

-2) le chant comme capacité innée, forme spontanée d’expression (Lancelot en prose, Sone de Nansay).

Ces deux modalités sont les plus fréquentes, et ne correspondent pas vraiment à une pratique musicale, au contraire des deux cas particuliers suivants :

-3) celui de Tristan, o la musique est à la fois apprise et pratiquée ;

-4) celui de Silence, qui littéralement apprend « sur le tas » la musique, en compagnie de deux ménestrels.

Constatant finalement que la mention d’un véritable apprentissage devant mener à une pratique reste exceptionnelle, on pourra essayer d’en tirer quelques conclusions, soit sur la place effective de la musique dans l’éducation chevaleresque (forme de talent social, lien avec la mythologie du guerrier), soit sur une certaine défiance du roman arthurien vis-à-vis de la musique (voir à ce sujet l’article de Mme Baumgartner, « La musique pervertit les mœurs », paru dans les Mélanges offerts à M. Ph. Ménard).
 

Patricia Michon
« Les premières années de Tristan au royaume de Leonois
dans les versions romanes de la légende tristanienne »

En comparant, dans les différentes versions de la légende tristanienne en langue française, ibérique et italienne, certains détails concernant les parents de Tristan, et surtout les tentatives d’empoisonnement subies par le petit prince de la part de sa belle-mère, nous pouvons retrouver la trace d’un intermédiaire disparu entre le Tristan en prose française et ses descendants ibéro-italiens. En outre, même si Tristan n’accomplit pas de réelles prouesses, son comportement, en ces circonstances tragiques, est digne d’un véritable chevalier. Cette période des « Enfances Tristan » nous semble donc importante dans les domaines narratifs, psychologiques et dans celui de la transmission littéraire.


Jean-Marie Pastré (Rouen)
« Enfances tristaniennes et préfiguration héroïque au Moyen Age »

Il s’agit de montrer en quoi le récit des enfances annonce la carrière héroïque de Tristan, à la fois héros guerrier et héros culturel (variante du héros civilisateur). L’enfance (à peine évoquée) de Marc et l’enfance d’Arthur rapprochent et distinguent ces divers héros mythiques. La cohérence de l’imaginaire se manifeste en effet aussi dans le cadre des annonces de la carrière héroïque, avec leurs tropismes et leurs topiques : enfances cachées, amours cachées, identité cachée, dissimulation et reconnaissance, terre ravie, terre reconquise, etc...


Adeline Richard (Aix-en-Provence)
Les « Enfances Tristan » dans le Tristan en prose

Notre texte constitue un curieux récit d’enfance. Le héros n’a de l’enfant que l’âge et le nom, il ne se construit pas au cours du texte, même si ce dernier est bâti en correspondance avec plusieurs intertextes comme les Tristan en vers et surtout le Lancelot en prose qui contiennent des enfances plus codifiées. On n’est donc pas vraiment dans un récit d’éducation, contrairement à ce que le sujet aurait pu faire croire : chez Tristan tout est inné et rien n’est perfectible puisque toutes ses qualités sont déjà portées au plus haut degré. Il contient déjà en lui le héros qu’il sera, formé, achevé et ce jusque dans la destinée qui l’attend : il est l’héritier d’une longue dynastie d’ancêtres dont le comportement n’a pas toujours été exemplaire et qui lui ont légué la marque du malheur dont toute sa vie sera empreinte. En outre, bien des éléments du texte préfigurent avec précision son avenir de meilleur chevalier du monde, en concurrence avec Lancelot, mais de chevalier profondément terrien, et surtout d’amant condamné par son amour pour une femme interdite. La conception très pessimiste de l’amour que le Tristan en prose met en scène se manifeste déjà ici, et l’on peut dire que les enfances du héros sont les enfances du roman. Elles sont le lieu où la poétique s’élabore et définit ses règles du jeu au travers d’un héros qui n’est pas encore poète mais qui est source d’inspiration poétique et qui métaphorise et catalyse le désir créateur. Il existe une étroite corrélation entre l’œuvre et son personnage éponyme qui devient son représentant dans le texte. Le nom et l’identité du héros donnent déjà des clefs importantes pour la lecture de l’œuvre et son projet, de même qu’ils reflètent le processus créateur qui a donné lieu à cette somme arthurienne que veut être le Tristan en prose.

Les « enfances Tristan » sont à la fois le début de la chaîne et une image de sa fin, une mise en abyme du cercle parfait que forme la vie du personnage titre, inclus lui-même dans le cercle ou le cycle qui relate l’histoire du royaume de Logres. La perfection de la forme poétique témoigne de la volonté de perfection inhérente à tout projet de somme historique et littéraire. La perfection de Tristan ne réside pas dans l’élévation spirituelle, comme dans le cas de Galaad ou même de Lancelot, mais dans sa capacité poétique innée à produire le beau dans sa forme la plus pure.
 

Antoinette Saly (Strasbourg)
« Conceptions et naissances royales : Arthur et les mythes »

La conception du roi Arthur racontée dans l’Historia Regum Britanniæ, dans le Brut, le Merlin, le Perlesvaus ou chez Malory, non sans quelques menues variantes, présente un motif spécifique : la métamorphose du géniteur en époux de la future mère. Le rapprochement a été fait depuis longtemps avec l’histoire d’Amphitryon ; or la question est beaucoup plus complexe puisque le mythe se retrouve à l’identique dans l’ancienne Irlande et dans l’Égypte pharaonique. Ne nous trouvons-nous pas devant l’évhémérisation d’un très ancien mythe royal – de quelle origine ? – destiné primitivement à assurer la divinité du roi en préservant la vertu de sa mère ?


Chantal Souchon 
« Perte et « partissure » dans les enfances arthuriennes »

Histoire des histoires, les enfances arthuriennes font évoluer le devenir héroïque entre folie chevaleresque du père, ratio impuissante de la mère, le personnage héroïque devenant ce qu’il est dans le toujours-déjà-là d’une perte d’ores et déjà détournée. La mort symbolique signe dès lors la particularité des enfances, dans l’élaboration narrative, mais aussi dans la genèse individuelle et le système de la parenté.


Gilles Susong (Domfront)
« Les « mères obscures » des héros arthuriens »

Quatre figures maternelles des romans de la première génération seront rapprochées : la « Veuve dame » (Conte du Graal), Gratienne (Guillaume d’Angleterre) la « Dame du Lac » (Lanzelet), Herzeloyde (Parzifal). On soulignera d’importants traits communs : l’absence ou l’abaissement de la figure paternelle ; la relation symbiotique, fusionnelle, avec le fils ; la nécessité, pour celui-ci, de rompre, même très brutalement, cette relation d’« emprise » (comme l’a qualifiée J.-G. Gouttebroze) pour s’engager sur sa trajectoire propre.

La Mère – et d’abord la Veuve Dame – pourra alors apparaître comme, le plus souvent, obstacle à la quête, spirituelle ou chevaleresque. Perceval, dans ce cas, n’est plus celui qui échoue à cause de son matricide, mais celui qui réussit à la condition de ce matricide...

Hélène Tétrel (Brest)
« La saga des Bretons : naissance et exploitation du mythe arthurien 
dans les compilations « pseudo-historiques » de Scandinavie »

La Saga des Bretons (« Breta Sögur » ou « Histoires des Bretons ») est l’adaptation norroise de l’Historia Regum Britanniae. Elle existe en deux versions : la première est courte et fait partie d’une compilation appelée « Hauksbók », qui comprend entre autres des ouvrages à caractère historique, scientifique, théologique, etc. La seconde est plus longue, mais conservée dans un manuscrit beaucoup moins étendu, lacunaire, qui conserve aussi l’adaptation fragmentaire d’un récit du Graal (manuscrit AM 573 4to). Dans ses deux versions, la saga des Bretons est précédée d’une saga des Troyens avec laquelle elle forme un ensemble souvent désigné par le terme de « sagas pseudo-historiques ». (Un troisième texte s’y rattache encore, la « saga d’Alexandre »). L’introduction de l’Histoire des Rois Bretons en Scandinavie répond visiblement à une intention précise : les clercs de Scandinavie médiévale ont ici prolongé l’activité politique et historiographique de leurs homologues anglo-normands. Néanmoins, dans une sphère culturelle et littéraire où la matière de Bretagne était traduite et appréciée, il est intéressant d’étudier ce qui sous-tend l’apparition (pour ne pas dire l’implantation forcée) de l’histoire royale bretonne – et en particulier celle d’Arthur – dans le domaine de l’histoire nordique. De ce point de vue, la comparaison entre la version de Hauksbók, plus « encyclopédique », et celle plus « courtoise » du manuscrit AM 573 4to devrait apporter d’intéressants éclairages.
 

Richard Traschler (Paris IV, Institut de France)
« Quand Gauvainet rencontre Sagramoret :
observations sur la Suite-Vulgate du Merlin »

La Suite-Vulgate du Merlin, tard venue dans le cycle du Lancelot-Graal, passe à juste titre pour un texte fondateur : c’est là que l’univers littéraire du Lancelot a ses racines, c’est là que le lecteur prend connaissance des événements que les autres parties du cycle supposaient, mais n’avaient jamais racontés. En effet, un nombre important de personnages arthuriens se voit dans la Suite doté d’une jeunesse jusqu’alors ignorée, au premier rang desquels figurent Gauvain et ses frères. Non seulement les neveux d’Arthur jouent un rôle actif dans les événements guerriers relatés dans la Suite, mais ils se révèlent pour la première fois au public tels qu’il les connaît : courageux et efficace pour Gauvain, loyal et droit pour Gaheriet, agressif et légèrement pervers pour Agravain. Toutefois, plus intéressante que l’étude de ces personnages, pour lesquels l’auteur de la Suite disposait d’une marge d’invention finalement assez réduite, s’avère l’analyse des autres beaus bacheliers : Dodinel le Sauvage, Sagremor, Keu d’Estraus et les deux Yvain, par exemple. S’ils occupent, en tant qu’alliés d’Arthur, la même fonction que les frères de Gauvain, leur histoire personnelle est bien plus riche que celle des neveux d’Arthur, écrite d’avance. Ainsi, Dodinel le Sauvage est un solitaire, Sagremor vient de Constantinople, mais via la Hongrie etc. Autant de mini-biographies que l’auteur de la Suite a pu assez librement inventer, composant ainsi une Table Ronde à sa guise.
 

Géraldine Veysseyre (Paris IV)
« De Brut à Pir : la généalogie des rois de Bretagne, 
embryon du récit pré-arthurien du Perceforest »

Le Roman de Perceforest, conçu comme un « prologue rétrospectif » du cycle de la Vulgate, s’ouvre sur une traduction très fidèle de l’Historia regum Britanniae de Geoffroy de Monmouth. Cette première section joue manifestement le rôle de caution d’authenticité pour l’ensemble du roman. Mais ce n’est pas son seul enjeu, sans quoi l’auteur eét cité Geoffroy de Monmouth. En tout, cette traduction, trop développée pour faire figure de simple indice d’historicité, est fort remaniée dans la version longue du Perceforest copiée par David Aubert, qui montre ainsi qu’il ne la considère pas comme quantité négligeable. C’est que cette traduction est le germe qui donne naissance au récit. Par sa structure généalogique et chronologique, elle sert de fondement aux développements exubérants de l’histoire pré-arthurienne ; les personnages qu’elle met en scène, souvent embryonnaires, préfigurent les héros ultérieurs du roman ; enfin, remontant aux origines lointaines de la chevalerie arthurienne, ce récit initial la présente comme une chrysalide destinée à s’épanouir tout au long du roman pour parvenir au tableau idéalisé de la Queste del saint Graal.
 
 

Philippe Walter (Grenoble III) 
« L’enfance de Gauvain: un horoscope mythique »

Entre toutes les figures du monde arthurien, Gauvain garde le souvenir d’une mythologie archaïque. L’histoire du neveu d’Arthur laisse entrevoir l’incrustation de quelques motifs mythiques très anciens. Par exemple, la mention de sa force physique proportionnelle à celle du soleil laisse penser que Gauvain est un héros « solaire ». Même J. Frappier assez réservé d’ordinaire en matière de mythologie parle du « privilège mythique de Gauvain ». Il est possible d’établir que le motif renvoie en réalité aux circonstances de la conception et de la naissance du personnage. En effet, les quelques textes relatifs à l’enfance de Gauvain présentent l’axe mythique du personnage. Ils permettent de mieux lire la trajectoire héroïque du neveu d’Arthur. Ils donnent l’horoscope mythique de Gauvain. Ce scénario présente d’étonnantes ressemblances avec d’autres schémas d’enfances héroïques analysées par Otto Rank : le Karna du Mahabharata, le roi Darab du Livre des Rois de Firdousi, Cyrus et bien d’autres. Se posent alors quelques questions de fond: cette enfance est-elle une invention tardive de la tradition arthurienne, fabriquée pour ainsi dire sur mesure à partir d’autres traditions ? Ou bien témoigne-t-elle d’une expression originale, proprement celte, d’un mythe commun à plusieurs peuples indo-européens ? Tout incite à penser que c’est la seconde proposition qu’il faut retenir. Il existe encore dans les textes arthuriens médiévaux, sous la patine littéraire, une cohérence indubitable dans l’association signifiante de certains motifs mythiques d’origine archaïque.

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