La localisation des jeux vidéo : une répartition inégale

Vous, qui êtes passionnés par les jeux vidéo, vous êtes-vous déjà demandé pourquoi certains jeux étaient entièrement traduits en français, tandis que d’autres non ? Même en France, où la majorité de la population est, on ne va pas se mentir, allergique aux langues étrangères, nous pouvons trouver de nombreux jeux non-localisés et laissés entièrement en anglais, et d’autres dont seules la jaquette et la notice sont traduites. Comment expliquer ce phénomène ?

Il existe plusieurs explications au fait que les éditeurs décident, ou non, de faire traduire leurs jeux. En effet, on constate premièrement que les jeux ne sont traduits que dans les langues dont les pays représentent un véritable marché pour les éditeurs. La plupart du temps, on trouve ainsi des jeux en anglais, mais aussi en français, en italien, en allemand et en espagnol. Ces langues sont de ce fait appelées « EFIGS » (pour English, French, Italian, German and Spanish) et sont décrites comme les langues dans lesquelles les logiciels, et notamment les jeux vidéo, sont le plus souvent traduits. Mais il suffit de faire un petit tour sur le net pour se rendre compte que l’offre de jeux vidéo localisés reste très inégale selon les langues, mais aussi selon les pays. Petit tour d’horizon sur Steam et sur Xbox.

Tout d’abord, le moteur de recherche de la plateforme de distribution Steam permet de trier les jeux selon leurs langues. Le 28 septembre 2014, 14 576 titres étaient disponibles au total sur Steam. Cependant, si 90 % d’entre eux étaient disponibles en anglais, seulement 44 % l’étaient en allemand, 42 % en français, 37 % en espagnol et 35 % en italien. On remarque également que les jeux vidéo ne sont pas traduits en fonction du nombre de personnes qui parlent une même langue. Par exemple, seulement 4 % des jeux disponibles étaient localisés en Chinois traditionnel et en Chinois simplifié combinés, alors que le Chinois est la langue la plus parlée au monde. Cela s’explique par le fait que la Chine reste aujourd’hui encore très fermée au marché du jeu vidéo. On comprend ainsi également pourquoi certains jeux sortis en France restent en anglais : de nombreux éditeurs préfèrent ne pas localiser un jeu si celui-ci a peu de chance de devenir un blockbuster. On ne traduit donc pas les jeux vidéo en fonction de la population, mais bien en fonction de la taille du marché potentiel.

Ensuite, lorsque l’on fait un tour sur le marché Xbox, un autre constat s’impose : le nombre de jeux disponibles ne dépend pas seulement de la langue que les joueurs parlent, mais surtout du pays dans lequel ils habitent. Ce sont les États-Unis qui disposent du plus vaste choix de jeux, avec 1 147 titres le 28 septembre 2014. Pourtant, au Royaume-Uni, où l’on parle également anglais, le marché Xbox proposait 76 jeux de moins qu’aux États-Unis. La différence est certes minime, mais elle existe. De plus, si Steam semble favoriser seulement les langues européennes, le marché Xbox se concentre également sur l’Amérique du Nord. Ainsi, les joueurs européens et nord-américains ont plus de choix que tous les autres joueurs du monde. Par exemple, 1 112 titres Xbox étaient disponibles en Espagne, tandis que seulement 365 l’étaient en Argentine, alors que ces deux pays parlent principalement la même langue. Autre constat : pour une raison indéterminée, l’Argentine dispose de deux fois moins de jeux que d’autres pays hispanophones de l’Amérique du Sud, comme le Chili (840 jeux) et la Colombie (861 jeux). Tout comme on a pu le constater sur Steam, la Chine arrive en queue de peloton, avec quelque 25 jeux disponibles. Cependant, 976 jeux étaient disponibles à Hong-Kong le même jour. Là encore, il ne s’agit pas que d’une préférence linguistique. En réalité, on remarque que le marché Xbox d’Hong-Kong est le plus gâté en nombre de jeux dans toute l’Asie. De leur côté, l’Israël, la Turquie et l’Arabie-Saoudite ont accès à 300-400 jeux tandis que dans les Emirats Arabes Unis, plus de 500 titres étaient disponibles.

Cependant, on peut se demander s’il n’existe pas d’autres facteurs que la langue et la taille du marché potentiel pour expliquer une telle inégalité dans la répartition des jeux vidéo localisés à l’échelle mondiale. Il n’est pas improbable que des raisons d’ordre économique ou politique entrent, si on peut le dire, en jeu. Ou alors, est-ce parce que certaines langues sont plus faciles et moins chères à traduire que d’autres ?

 

Flavie LAURENT

Source : http ://www.thelinguafile.com/2014/10/localization-and-video-games-industry.html#.VFilsvmG801