Les traducteurs doivent-ils avoir peur des nouvelles technologies ?

Les traducteurs se battent depuis de nombreuses années pour faire reconnaître leur statut. Celui-ci n’a jamais vraiment bénéficié de visibilité sociale et de la reconnaissance qu’il méritait, même à l’époque où les traductions se faisaient à l’aide d’une feuille de papier, d’un stylo et de dictionnaires. Qu’en est-il des nouvelles technologies qu’utilisent les traducteurs ? Et bien, la situation n’a fait qu’empirer avec le temps, en effet, ces technologies ont créé un déséquilibre criant où une minorité arrive en tirer parti et où une majorité ne fait que s’appauvrir.

Des tarifs de plus en plus bas

Le cas de tarifs déplorables se fait ressentir dans la traduction littéraire, un cas où le traducteur devrait être considéré comme un auteur à part entière, avec des traducteurs se faisant payer une misère afin de gagner un peu de visibilité dans ce secteur. Même si depuis 40 ans de grandes avancées se sont concrétisées pour les traducteurs, le problème de tarifs bon marché pratiqués par certaines agences de traduction ne cesse d’entacher la profession. Le revers de la médaille est aussi que certains traducteurs se persuadent que leur traduction ne mérite pas une rémunération à la hauteur de leur travail et acceptent d’être sous-payés.

La mondialisation au service des agences

L’une des grandes lignes de la mondialisation est que les grandes multinationales s’en servent dans le but de trouver une main d’œuvre moins chère dans des pays étrangers, afin de faire plus de profits. Ce schéma se reproduit malheureusement très fréquemment dans le milieu de la traduction. Ainsi, un traducteur chilien au service d’une agence irlandaise peut être rémunéré plus faiblement qu’un traducteur irlandais alors que les deux ont fournis des traductions de même qualité. On ne peut pas reprocher aux agences de fournir du travail et de jouer l’intermédiaire avec le client, mais on peut leur reprocher, dans certains cas, de vouloir prendre un trop gros pourcentage sur les traductions, ce qui désavantage les traducteurs.

La conséquence de cette « main d’œuvre » moins chère est la mise en danger d’une valeur défendue par les traducteurs qui expliquent sans cesse qu’un travail de qualité ne peut être accompli en un temps record. Cependant, on observe qu’un grand nombre de sites web d’agences proposent à leurs clients des traductions moins chères et livrées plus rapidement.

Les nouvelles technologies au service des agences

Les mémoires de traductions (TM) et les logiciels de TAO sont des outils qui permettent de gagner énormément de temps, mais malheureusement ils ont aussi contribué à la baisse des tarifs. Les mots sont alors « pesés » par les agences comme des cacahuètes. Si un traducteur utilise une TM pour plusieurs projets d’un même client on lui demandera sûrement d’appliquer une réduction pour ses prochains travaux, mais cela ne devrait-il pas être imposé par le traducteur lui-même ? Ces outils qui devraient être en théorie au service du traducteur sont en fait des éléments supplémentaires responsables de l’appauvrissement des traducteurs.

La dernière technologie en date à faire trembler de peur les traducteurs est la traduction automatique. Même si elle ne reste pas fiable, ces dernières années elle s’est considérablement améliorée et de plus en plus de traducteurs se sont vus confier des travaux de post-édition. Cette nouvelle pratique met-elle en danger la profession ? On est en droit de se le demander. En effet, plus la traduction automatique s’améliorera moins on aura besoin de traducteurs humains.

En conclusion, le statut de traducteur a connu de grandes avancées mais de nombreux sujets laissent perplexes au sein de la profession. Il est vrai qu’il est difficile de les aborder mais toute profession reconnue devrait bénéficier de l’équilibre dont elle mérite. Les associations de traducteurs luttent sans cesse pour obtenir la reconnaissance de ces droits et l’on espère que leur combat portera ses fruits.

Kévin Goorochurn

Source : https ://www.iapti.org/articles/art33-the-obvious-not-so-obvious-and-subtle-reasons-why-machine-pseudo-translation-and-other-issues-hurt-translators-a-profession-increasingly-cornered.html