Quel avenir pour l’industrie linguistique ?

Le monde de la traduction a bien évolué depuis quelques années, notamment avec les nouvelles technologies. Aujourd’hui, il est clair que les traducteurs et les traductrices ne pourraient plus se passer de leur ordinateur ni d’Internet, car tout ou presque se passe sur ordinateur, ce qui était loin d’être le cas il y a 20 ans. Ces avancées technologiques ont bien profité au secteur de la traduction, pourtant cette évolution reste trop lente comparée à l’explosion de la demande. Si les entreprises de traduction et de localisation se sont relativement bien adaptées au contexte actuel, on constate toujours une demande croissante en traduction et en localisation, une demande qu’il n’est pas toujours facile de satisfaire au vu du nombre de traducteurs en exercice.

On parle d’adaptation de la part des entreprises, et c’est bien le cas puisque certaines préfèrent désormais se concentrer sur la traduction de textes courts, mais nombreux. Cela va contre la tendance classique consistant à mettre la priorité sur les projets de longue haleine, qui assurent un niveau de travail plutôt constant et une source de revenu non négligeable. Ce choix des textes courts n’est pas étranger au développement des réseaux sociaux, des sites web et de l’Internet en général. De fait, les gens communiquent de plus en plus entre eux, qu’il s’agisse de relations professionnelles ou privées, ils ont donc besoin de se comprendre lorsqu’ils ne parlent pas la même langue. Une étude menée récemment indique que la majorité des personnes préfèrent lire un site dans leur langue plutôt que dans une autre, même s’ils sont à l’aise dans cette autre langue. Il est effectivement plus confortable de lire dans sa langue que dans une langue étrangère, cela demande moins d’effort et permet d’éviter les problèmes de compréhension que l’on peut rencontrer. Pourtant, la plupart des sites ne sont disponibles que dans une langue ou deux, et ne s’adaptent donc pas aux besoins de nombreuses personnes.

Voilà pourquoi l’arrivée sur le marché des outils de traduction automatique statistique a été perçue de façon positive par les entreprises. En effet, la traduction automatique permet d’avoir un résultat compréhensible en peu de temps, or ce gain de temps permet aussi un gain d’argent pour les entreprises qui ont des besoins en traduction. Cependant, cela a été plutôt mal perçu par la communauté des traducteurs, qui ont eu peur de perdre leur emploi, ou en tout cas d’avoir moins de travail et d’être payé moins. Car la traduction automatique a été considérée comme une forme de concurrence dans le monde de la traduction. Même si la qualité a priori n’est pas forcément au rendez-vous par rapport à une traduction 100 % humaine, c’est surtout la rapidité offerte qui constitue un avantage non négligeable.

Heureusement pour les traducteurs, la traduction automatique n’est pas assez évoluée pour être parfaite, et la qualité finale demeure inférieure à la qualité produite par les traducteurs humains. Voilà pourquoi le travail des traducteurs s’en trouve modifié : on se dirige de plus en plus vers la post-édition. Cela permet de faire faire le plus gros de la traduction par une machine, et de faire corriger et relire le texte par quelqu’un. C’est ainsi que la combinaison des ressources de traduction matérielle et humaine donne des résultats étonnamment bons. Il n’est donc plus question que qui que ce soit perde sa place, il suffit de s’adapter aux nouvelles technologies et à ce qu’elles permettent.

Par ailleurs, l’apparition de ces nouveaux outils de traduction automatique donne l’occasion de revenir sur la notion de qualité en traduction, ce qu’elle représente vraiment, et les critères qui permettent de dire si une traduction est de qualité ou non. En effet, définir ce qu’est la qualité en traduction est loin d’être évident : s’agit-il de syntaxe ? De tournures de phrase ? D’orthographe ? De respect du document source et du sens ? Les gestionnaires de projet entre eux ne sont pas d’accord sur ce qu’est la qualité, ni sur les critères permettant de l’assurer. Si cette notion est difficile à cerner, elle est souvent axée sur les attentes du client. Ainsi, il est possible d’adapter la qualité selon la demande du client, et faire attention à certains points plutôt qu’à d’autres. De plus, les institutions européennes tentent de créer une norme de qualité, la norme ISO 17100. Toutefois, cette norme est encore en train d’être travaillée, et n’a pas encore vu le jour à l’heure actuelle.

Les nombreuses innovations en matière de technologie et de recherches linguistiques constituent des aides précieuses pour les traducteurs. Ceux-ci sont à même d’assurer une plus grande qualité plus rapidement, notamment grâce aux outils de TAO, de reconnaissance vocale, etc. Ces outils sont de plus en plus évolués, ils fonctionnent en ligne ou hors ligne et sont même connectés entre eux. Pourtant, l’évolution des outils ne devrait peut-être pas être prioritaire sur l’évolution des méthodes de travail. Mais cela ne veut pas dire qu’il ne faut plus se servir de ces outils, au contraire : ce sont des ressources matérielles indispensables aujourd’hui qui facilitent la traduction et la localisation. Il faut cependant garder en tête que ce sont les outils qui doivent être adaptés aux traducteurs, et non l’inverse. Quoi qu’il arrive, l’aspect humain de la traduction reste un point essentiel, aujourd’hui et pour les années à venir. Il n’y a donc pas d’inquiétude à avoir : les besoins en traduction sont constants, de même que le développement des outils d’aide à la traduction.

Tom Olivier

Source : http ://www.multilingualblog.com/how-does-the-future-look/