Sous-titrage versus doublage

Dans les années 60, le cinéma étranger a connu une grande popularité auprès d’une certaine population britannique. Les films en noir et blanc sous-titrés d’Alain Renais, Roberto Rossellini, Francois Truffaut, Jean-Luc Godard, Chris Marker ou Claude Lelouche en font par exemple partie.

C’était alors l’époque pré-digitale, avec des sous-titres blancs sur noir, incrustés (physiquement) dans les pellicules 35 mm. Le premier film sous-titré fut “The Jazzman”, un américain. Mais le sous-titrage est resté une activité européenne du fait des nombreuses langues qui s’y rencontrent.

Le sous-titrage fait appel à trois niveaux de compréhension : regarder l’action, entendre le son (souvent) inintelligible des voix, et lire les sous-titres.

Mais cet effort permet d’entendre les voix originales et ainsi de rester dans le zeitgeist du film, dans son esprit, son espace-temps. La voix de l’acteur et ses mots originels sont très importants.

Guerre culturelle…

Dans les années 80 et 90, le doublage s’est fait une place à la télévision française. Mais est-il vraiment convaincant de voir des Américains parler français à New-York ? La synchronisation avec le mouvement des lèvres des acteurs était souvent peu réussie : les sonorités de l’anglais américain et du français sont pour le moins différentes. On devinait facilement derrière ces dialogues adaptés l’influence de l’Académie Française, soucieuse de préserver la langue de Molière des assauts de celle de Shakespeare. Une guerre culturelle qui a toujours cours, mais où l’anglais a gagné bien des batailles.

Cependant, encore aujourd’hui, les Américains ne sont pas en reste en termes de démonstrations de nationalisme culturel. Dans Les Recettes du Bonheur (“The 100 Foot Journey” en version originale), sorti en 2014, Helen Mirren s’est vue contrainte par Disney de parler anglais avec un simple accent français, alors que le film se déroule dans un village français et qu’elle parle couramment la langue. Pourquoi refuser cet élan d’authenticité ? Tout simplement parce que les producteurs n’ont pas voulu imposer un sous-titrage à leurs spectateurs américains, cette pratique ne leur étant pas familière. Difficile, donc, pour le grand public comme pour les producteurs d’accepter l’invasion étrangère.

… Ou stratégie commerciale ?

Aujourd’hui, il est néanmoins possible pour les téléspectateurs d’avoir le choix sur la plupart des chaînes. Un sous-titrage plus ou moins agréable à l’œil (jugez vous-mêmes) est disponible, adapté ou non aux malentendants. Pour les séries américaines grand public qui passent le vendredi soir sur M6 ou sur TF1, on peut parier sans trop s’avancer que très peu de spectateurs activent les sous-titres. Ce qui explique peut-être le manque d’efforts actuel en termes de lisibilité, voire de synchronisation. La série télé que l’on ne suit que d’un œil (et d’une oreille), comme loisir oisif à la fin d’une dure journée de travail, nous donne rarement l’envie d’être visionnée en VOST. Comme expliqué précédemment, le sous-titrage nécessite trois niveaux de compréhension, et il se trouve que beaucoup de Français n’ont pas toujours envie de devoir lire en même temps qu’ils dégustent leurs chips au guacamole.

La question du jour est donc la suivante : voulons-nous un cinéma et une offre télévisuelle qui s’adaptent à la demande du Français moyen (une demande tout à fait compréhensible) avec un doublage plus ou moins convaincant ? Ou préférons-nous qu’ils s’attachent à préserver l’authenticité et l’esprit original des productions avec un sous-titrage de qualité ? Le choix actuel fait par les sociétés de production est clairement le premier : adapter l’offre à la demande. Et il est tout à fait raisonnable. Mais encourager les spectateurs à faire leur propre choix entre le doublage et une VOST de qualité ne paraît pas déraisonnable non plus…

Léa Ramanankatsoina

Source : https ://www.todaytranslations.com/news/subtitles-subtexts