Les mots intraduisibles

Pourquoi intraduisibles ?

Ce qui définit en premier lieu la traduction, c’est le fait de faire passer une information rédigée dans une langue vers une autre, le plus fidèlement possible. Est-ce toujours possible ? Non. Parfois, les langues regorgent de mots et d’expressions dont le sens souvent précis ne peut pas être strictement retranscrit dans une langue cible. Les traducteurs se retrouvent donc souvent embarrassés par cette situation et doivent utiliser des périphrases (parfois longues et dont le risque est d’alourdir le style du texte traduit !).

Pourquoi des mots sont-ils intraduisibles ? La langue est un outil de communication et est intimement liée à une culture et à une identité propre. Et il arrive parfois que des concepts et des modes de vies soient englobés dans un mot précis, qui peut ne pas avoir d’équivalent dans une autre langue.

Le cas du mot « Iktsuarpok » en est une bonne illustration. Cela désigne dans la culture inuit le sentiment qui pousse à sortir dehors pour aller vérifier si quelqu’un vient vers vous. Là où « Iktsuarpok » devient un concept précis et propre à l’inuit, c’est que ce mot inclut une dimension de frustration due au fait que dans la plupart des cas, personne n’est là à des kilomètres à la ronde et on peut aisément y deviner le sentiment de solitude qui en découle. En effet, il ne faut pas oublier que l’inuit est une langue parlée dans des terres où la densité de peuplement est très basse à cause du climat glacial et inhospitalier.

Autres exemples

Il existe également un grand nombre de mots exprimant les sentiments et qui sont intraduisibles, car leur propre définition est difficile à déterminer précisément et reste sujet à débat. C’est le cas de la fameuse « Saudade » en portugais, la « Sehnsucht » en allemand, et le « Dor » en roumain. Pour synthétiser ces 3 mots, on pourrait tout simplement dire qu’il s’agit d’un ensemble très fort de plusieurs états d’âmes comme un mélange de mélancolie, de tristesse, de regrets, de rêverie, de nostalgie et d’insatisfaction. Là où la question se pose, c’est que personne ne s’accorde réellement sur les degrés de ces états d’âmes, on ne peut donc pas dégager de définition claire de ces mots. Certaines personnes expliqueront en plus que ces sentiments ne se définissent pas, mais se vivent. Le mot « Mamihlapinatapai » en yamanas (langue amérindienne parlée dans la Terre de Feu) détient la palme : il exprime le regard que se lancent deux personnes qui attendent que l’autre fasse le premier pas pour commencer à faire une chose que tous les deux désirent. Ce terme a été inscrit dans le livre Guinness des records comme étant l’un des plus précis du monde. Un vrai cauchemar pour un pauvre traducteur !

Cependant, il n’y a pas que les situations et les sentiments qui sont intraduisibles, il peut également y avoir des mots comme « Tartle », en écossais : il s’agit du moment d’hésitation lorsqu’on présente quelqu’un dont on ne se souvient plus du nom. Enfin, « Culaccino » désigne en italien la marque laissée par un verre mouillé sur une table ou autre.

Bon courage aux traducteurs qui feront face à tous ces mots intraduisibles !

Mehdi Bruno

Source : http ://www.blazaar.com/blog/des-mots-impossibles-a-traduire/