Traduire ou ne pas traduire les noms propres ?

Que ce soit pour traduire une œuvre littéraire ou pour localiser un jeu vidéo, la question de la traduction des noms propres se pose. Traduire les noms de personnages, par exemple, n’est pas si simple.

Les noms propres sont une création de leur auteur. Les noms qu’ils choisissent ont souvent une signification qui est reflétée par l’emploi qu’ils font de la langue. Parfois, ce sont des jeux de mots ou encore des termes inventés à partir de termes existants. Et quand vient l’heure de la traduction de l’œuvre, le traducteur doit rendre le sens de ce nouveau terme ou de ce jeu de mot tout en conservant l’originalité du terme dans la langue cible.

Il y a des cas où le traducteur peut conserver le terme dans la langue cible. Dans d’autres cas, il n’a pas le choix, car garder le même nom dans la langue cible renvoie à un terme à connotation négative.

Le cas d’Harry Potter

Dans la célèbre série d’œuvres littéraires de J.K. Rowling, Harry Potter, « Poufsouffle », une des quatre maisons de sorciers, a presque été traduit littéralement. Le terme anglais « Hufflepuff » fait référence à l’expression utilisée dans le conte des Trois petits cochons, lorsque le loup souffle sur la maison pour les faire sortir. Pour rendre cette idée du niveau d’effort que demande cette maison de Poudlard, le traducteur Jean-François Ménard a opté pour « Poufsouffle ». Ce terme rappelle le fait d’être à bout de souffle lorsqu’on travaille dur et le fait de faire beaucoup d’efforts.

Le sens de certains noms donne également des renseignements sur les caractères des personnages. Maugrey Fol Œil, Mad-Eye Moody en anglais, est une traduction qui, tout en étant proche du sens anglais, laisse transparaître la personnalité du personnage avec le terme Maugrey, qui a pour origine le verbe « maugréer » en français.

Mais il y a aussi des cas où le traducteur n’a pas à traduire le nom propre : soit parce qu’il s’avère que la traduction d’un nom propre est trop complexe, voire impossible, soit parce que ça n’est pas nécessaire.

Hagrid par exemple, renvoie l’idée d’une personne torturée par des idées noires. Il n’existe pas d’équivalent aussi proche du sens anglais en français. Pour le Professeur McGonagall, le prénom de Minerva, renvoie à la déesse de la sagesse, mais aussi de la guerre chez les Romains. Appelée Minerve en français, traduire le nom du Professeur McGonagall n’était pas vraiment nécessaire puisque le nom reste assez transparent.

                Le cas des Pokémon

Dans l’univers du jeu vidéo, les noms des premiers Pokémon ont été traduits par Julien Bardakoff. Si, initialement, il était prévu de laisser tous les noms en japonais, le jeune étudiant qu’était Julien à l’époque a signalé que certains noms poseraient problème en français. Ainsi, pour éviter de conserver le « caguer » de Hitokage, il a fallu adapter la traduction et ce Pokémon est devenu Salamèche en français. Ce nom faisait partie d’une logique pour traduire les deux évolutions de ce Pokémon. Le suivant est devenu Reptincel et le dernier Dracofeu. Pour ce trio, il s’appuie sur la forme du Pokémon : le premier ressemble à une salamandre, le suivant devient reptile pour que le dernier se transforme en dragon. Il ajoute l’idée de la flamme, car ces Pokémon sont de type feu, qui à ses débuts part d’une mèche, puis d’une étincelle pour être finalement un feu.

Au final, presque tous les noms de Pokémon ont été traduit, seul quelques-uns sont restés identiques dans toutes les langues, comme Pikachu.

 

Pauline Triger

Source : http ://culturesconnection.com/fr/traduction-harry-potter/