La nuit porte multilinguisme

Rencontre du troisième type entre les songes et les langues

Comment et pourquoi rêve-t-on en langue étrangère ? C’est le sujet sur lequel a décidé de se pencher l’agence de traduction One Hour Translation dans son article : Is it possible to dream in a language we’re not familiar with ?

Dix minutes, une heure, voire plus, le rêve a une durée très variable. Cette pure création du cerveau reste un véritable mystère du point de vue scientifique. Il s’avère donc particulièrement difficile d’expliquer comment une personne peut s’exprimer dans ses rêves dans une langue qu’elle ne maîtrise pas.

Une hypothèse semble cependant se confirmer au fil du temps. Bien évidemment, ces rêves naîtraient tout d’abord d’un désir de s’approprier une langue et par extension, une culture étrangère. Cependant, une explication plus scientifique existe. D’après les experts, il semblerait que notre cerveau enregistre de nombreuses informations et situations qui sont liées à une langue étrangère comme par exemple : les émissions étrangères qui passent à la télévision, nos conversations avec des personnes d’origine étrangère, etc.

En somme, notre environnement multiculturel facilite l’absorption par le cerveau de données linguistiques étrangères qui se retrouvent ensuite stockées dans notre subconscient. Ce processus psychique non accessible au sujet conscient est encore inexpliqué scientifiquement et conduit à des situations assez cocasses ; c’est le cas d’une ancienne patiente dans le coma, qui à son réveil, avait complètement oublié sa langue maternelle et ne parlait plus qu’en allemand.

Ces informations linguistiques sont donc stockées dans notre subconscient mais sous quelle forme se manifestent-elles ? On pense souvent parler dans une langue étrangère mais est-ce vraiment le cas ? D’après certains neurologistes, la langue que l’on parle dans nos rêves serait un mélange de concepts, de souvenirs et d’expériences que l’on collecte au cours de notre vie. Tous ces éléments sont traduits par des sons que l’on interpréterait ensuite comme une langue étrangère.

Il n’y aurait donc rien d’étonnant à ce que dans un contexte lié à une certaine culture où à une langue, on se mette à rêver dans cette dernière.

Cours de langue avec Morphée

Il semblerait que le fameux dicton espagnol « Qui dort beaucoup apprendra peu » ne soit peut-être plus à l’ordre du jour pour le plus grand bonheur des élèves et étudiants.

En effet, dès les années 80, des études menées par le psychologue canadien Joseph De Koninck ont permis d’observer que les rêves étaient étroitement liés à l’apprentissage. On pourrait donc mettre nos rêves à profit, et avec nos huit heures de sommeil en moyenne, ça pourrait même signer la fin des longues journées de bachotage !

D’après certains psychologues, ce serait possible grâce au rêve lucide. Il s’agit d’une période de rêve qui intervient pendant le sommeil paradoxale (cinquième stade du cycle du sommeil) et qui nous permet de contrôler nos rêves de manière tout à fait consciente. Développée par le psychiatre néerlandais Frederik van Eeden, cette théorie très controversée est même parfois soutenue par la science :

  • Une étude menée par Björn Rasch et Thomas Schreiner dans les universités de Zurich et de Fribourg consistait à demander à des sujets d’apprendre des paires de mots en néerlandais et en allemand. Les personnes étaient ensuite réparties en deux groupes : le premier allait s’endormir au son des mots tandis que le second restait éveillé en écoutant les mots. L’expérience a révélé que les sujets qui étaient endormis avaient mieux mémorisé les nouveaux mots.
  • Une autre étude, cette fois-ci menée par la Northwestern University (Illinois, États-Unis), a constaté les mêmes résultats quant au renforcement de la mémoire sur des informations déjà apprises. L’expérience mettait en scène des musiciens qui, après une nuit de sommeil à écouter une mélodie, pouvait jouer cette dernière bien mieux qu’auparavant.
  • On pourrait même aller jusqu’à citer la théorie complètement tarabiscotée de Jan Born de l’université de Tübingen qui a démontré que faire passer un courant électrique dans la tête des gens endormis augmentait leur mémoire de 8 % !

Ces études ont ainsi donné naissance à une méthode d’apprentissage par le sommeil du nom d’hypnopédie. Elle consiste à écouter des enregistrements en boucle, par exemple une liste de vocabulaire, pendant que nous dormons. Au réveil, on connaîtrait alors ses nouveaux mots sur le bout des doigts.

Mais il ne faut pas trop rêver quand même !

En effet, d’après Florence Cardinal de la Fondation Nationale Canadienne pour le Sommeil (Canada’s National Sleep Foundation) : « Ces éléments perturbateurs du sommeil impliquent que le cerveau doit rester alerte afin d’écouter, ce qui vous empêche d’atteindre le sommeil profond qui est essentiel pour l’esprit ». Elle préconise donc de réviser plusieurs fois avant de s’endormir et de laisser ensuite le cerveau faire son travail.

Nous sommes donc encore loin du Meilleur des Mondes d’Aldous Huxley et de son univers futuriste où les enfants reçoivent toute leur éducation en dormant !

 

Justine Aubertot

 

Source : https ://www.onehourtranslation.com/translation/blog/it-possible-dream-language-were-not-familiar

Autre source : http ://blog.babbel.com/fr/quel-lien-y-t-il-rever-apprendre-langue/

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