Hen  : le pronom suédois qui fait polémique

Depuis le 15 avril 2015, le gouvernement en Suède a reconnu officiellement l’utilisation d‘hen dans la langue suédoise. L’arrivée de ce pronom personnel, désormais populaire, a marqué un changement linguistique drastique qui continue aujourd’hui à susciter des polémiques.

La Suède : pays porte-drapeau de l’égalité

Le paradis de l’égalité pour les femmes et les hommes…

Avec le taux d’emploi féminin le plus important au monde et les deux tiers des diplômes octroyés qui sont décernés aux femmes, la Suède se classe parmi les pays les plus égalitaires pour la population féminine. Il en va de même pour les hommes qui, sur les 480 jours de congé parental autorisés, disposent de 60 jours qui leur sont exclusivement réservés. Résultat des courses : la Suède a été désignée comme le pays le plus sexuellement égalitaire au monde lors du Forum économique mondiale de 2010.

… mais aussi pour les autres !

La Suède ne s’est pas arrêtée là ! Non contents de vivre seulement dans un pays sexuellement égalitaire, une partie des citoyens ont également réclamé que la Suède soit sexuellement neutre. Ainsi, il n’y aurait plus de distinction entre hommes et femmes, et les stéréotypes ainsi que les rôles sexuels traditionnels (ex : la femme au foyer) disparaîtraient. Aujourd’hui, on observe donc, par exemple, une complète restructuration des catalogues de jouets dans lesquels les filles jouent aux petites voitures et les garçons à la dînette. Les défenseurs les plus radicaux de ce mouvement vont même jusqu’à réclamer le droit de nommer leur enfant sans aucune restriction due au sexe (ex : nommer sa fille Thomas et son fils Claire), de fusionner les catégories féminine et masculine pour certains sports (ex : bowling) et de supprimer les rayons vestimentaires pour filles et garçons.

Hen : pur produit d’une culture

Symbole de revendications

Le pronom personnel hen est une création du mouvement féministe suédois. Il est dérivé du pronom finnois hän. Son but était de promouvoir l’égalité des sexes et d’éviter l’utilisation des pronoms han (il) et hon (elle) qui sont inflexibles. Le pronom, toutefois assez peu employé, est repris par le mouvement transgenre vers les années 2000 pour combattre le sexisme dans les pronoms personnels.

Adoption par la population

Hen s’est fait une place dans la langue suédoise et est plus particulièrement populaire chez les jeunes. Il s’est également imposé petit à petit dans les journaux, les affiches, les livres et bien évidemment internet. On le retrouve même dans la sphère judiciaire.

Si cela est bien perçu généralement, l’adoption du pronom dans les écoles fait polémique. Certaines écoles ont appliqué cette réforme et appellent dorénavant les enfants par leur prénom ou en utilisant kompis (copains). Le personnel raconte des histoires de livres adaptés à ce changement comme Kivi och Monsterhund (Kivi et le Monstrochien) dont le héros est désigné par hen et les parents, traditionnellement mammor (maman) et pappor (papa), sont remplacés par mappor et pammor. L’éternel jeu du papa et de la maman, quant à lui, fait place au jeu de la famille où on peut avoir deux papas, deux mamans, deux hen, etc…

Cependant, dans ce souci de suppressions de toutes distinctions sexuelles, certaines écoles vont même jusqu’à interdire les temps libres qui peuvent créer des différences en fonction des activités que choisissent les enfants. L’égalité au détriment de la liberté ?

Reconnu officiellement

Face à sa popularité croissante, la Swedish Academy a ajouté le pronom hen dans le SAOL, le dictionnaire de référence du suédois. Son entrée précise qu’il s’agit d’une « suggestion de pronom neutre remplaçant « il » (han) et « elle » (hon) ». Il peut être employé par quelqu’un qui ne connaît pas son genre (ex : hermaphrodite), ou qui pense qu’il ne s’agit pas d’une information pertinente (CV, carte d’identité) ou qui ne s’identifie dans aucun des deux sexes.

Et ailleurs ?

Des essais plus ou moins bien amorcés

En outre-Atlantique, la langue anglaise refait peau neuve et adopte toute une nouvelle gamme de pronoms avec ze et hir pour désigner des personnes transgenres, mais aussi d’autres néologismes tels que verself, eirself, xemself.

En France, les débuts des pronoms neutres sont beaucoup plus discrets. Notre langue est profondément marquée par la différence sexuelle, et le sexe masculin y est dominant (si on compte un homme au milieu de 10 000 femmes, on utilisera « ils »). Plusieurs néologismes ont toutefois fait leur apparition comme iel, yel, ille, yol ou ol mais aucun ne sort du lot et n’est utilisé couramment. De plus, contrairement à l’adoption de pronoms neutres dans la langue anglaise, l’acceptation d’un pronom neutre en français déclencherait la création de nouveaux accords pour les adjectifs, les participes passés, etc. En somme, ce pronom changerait entièrement la structure grammaticale française.

Et la traduction dans tout ça ?

Un autre problème épineux : la traduction de ce fameux pronom dans la langue française. Tant que l’adoption de pronoms neutres ne se sera pas faite, les traducteurs sont condamnés à choisir entre le marteau et l’enclume. Ils peuvent choisir d’utiliser un nom commun neutre tel que « personne » ou « gens », ce qui serait probablement la solution la plus fidèle. Ils peuvent également opter pour l’emploi du « il/elle » ce qui rallongerait et alourdirait considérablement leur phrase et donnerait naissance aux accords tels que « gentil(le) » ou « gentil.le ». Qui plus est, les Suédois considéreraient probablement cette dernière solution comme discriminatoire : pourquoi le « elle » serait derrière le « il » ?

Justine Aubertot

Source : http ://culturesconnection.com/hen-new-pronoun-sweden/