L’avenir post-Brexit de l’anglais et sa traduction

Une entrée fracassante, une sortie silencieuse ?

Depuis 1973, date d’entrée du Royaume-Uni dans l’Union européenne, l’anglais s’est officieusement imposé comme la langue principale en Europe. Qu’il en soit ainsi par son accessibilité ou sa présence majeure dans de nombreuses parties du globe, l’anglais outrepasse le français et l’allemand quand il s’agit de communiquer entre États membres. Le Brexit secoue donc non seulement l’aspect politique de l’UE, mais également son organisation en matière de communication.

Cependant, toutes les langues officielles de l’Union sont techniquement considérées comme égales : chacune d’entre elles doit passer par un processus de validation strict, comme l’ont fait les 28 membres avec jusqu’à présent 24 langues différentes.

Si l’anglais est encore à l’heure actuelle la langue la plus utilisée au sein de l’Union européenne, une majorité indéniable de documents officiels sont traduits dans l’intégralité des 24 langues officielles. Chaque État membre pourrait même utiliser une seule de ces 24 langues et exiger une réponse dans ce même langage. C’est pourquoi environ deux millions de pages sont traduites uniquement pour la Commission européenne chaque année ; l’UE emploie elle-même plus de 5 000 traducteurs et interprètes.

Il est également à noter qu’un pays ne peut pas soumettre plus d’une langue officielle : s’il en possède deux, il devra trancher et faire de l’une d’entre elles une langue secondaire. Cette règle concise est particulièrement cocasse pour l’anglais dans le cas présent. En effet, si la langue est indiscutablement la plus utilisée en Europe, un seul et unique pays la considère comme sa langue officielle : le Royaume-Uni. Même l’Irlande, pourtant utilisatrice majeure de l’anglais, n’en a fait sa langue principale, lui préférant symboliquement le gaélique. Qu’adviendra-t-il alors de l’anglais, sans Anglais pour le parler ?

Une disparition loin d’être évidente

Mais alors, si toutes les langues sont réellement sur un pied d’égalité, où se situe le problème concernant une disparition pure et simple de l’anglais ? Tout réside dans son statut officieux – mais mondialement reconnu – de langue la plus parlée du globe, lui conférant des raisons rationnelles et indéniables concernant sa présence dans l’Union européenne pour encore de longues années.

En effet, il paraît impossible de remplacer à court terme ce qui représente 80 % de documents internes de l’Union européenne, entièrement et exclusivement rédigés en anglais par souci de rapidité. Bien qu’il s’agisse d’une majorité de documents de moindre importance, si l’anglais devient une langue « morte » pour l’UE, ils s’en retrouveraient techniquement « illisibles » dans le futur.

C’est également sans compter les nombreuses formations et mises à niveaux que devront suivre les bureaucrates – et leurs équipes de traducteurs et interprètes – afin d’atteindre la même qualité de discours en français ou allemand qu’en anglais. Quant à ceux dont les deux premières sont déjà les langues principales, ils devront alors forcément traduire dans des langues moins répandues telles que le danois ou le letton…

Que faire alors de cette langue anglaise, actuellement aussi encombrante qu’irremplaçable ? La présidente de la commission des affaires constitutionnelles du Parlement européen, Mme Danuta Hübner, a un avis tranché sur la question : « Si nous (l’Union européenne, N.D.A.) n’avons pas le Royaume-Uni, nous n’avons pas l’anglais ». Le raisonnement semble logique, mais la mise en pratique n’en est pas plus simple, comme nous avons pu le constater. Tim Worstell, contributeur au magazine Forbes, se moque même de cette apparente volonté de césure, disant attendre avec impatience « le moment où tous les membres irlandais du Parlement européen se verront obligés de parler en gaélique ».

En conclusion, si le français, l’allemand et bien d’autres langues européennes se verront gagner en importance, il ne fait nul doute que l’anglais restera ancré dans l’UE pendant encore de longues années avant de lui dire farewell. Cependant, quelle que soit la nature de la transition à venir pour l’anglais et sa traduction, nous pouvons être sûrs qu’elle sera diamétralement opposée au choc du Brexit : effectuée calmement, et avec prudence.

Avatar du rédacteur Camille Herriau

Source : http ://blog.vengaglobal.com/english-without-the-english-what-the-brexit-means-for-translation

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