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La traduction est la pierre angulaire de la communication entre civilisations, de la compréhension de l’autre et du partage culturel. Pour ces raisons, il faut s’armer de prudence et de minutie lorsque l’on entame un travail de traduction. Par exemple, de l’interprète peut dépendre la paix lors d’incidents diplomatiques, et l’auteur ne peut que se fier aveuglément à son traducteur pour retranscrire l’essence de son œuvre et de sa pensée dans des langues que lui-même ne maîtrise pas. Pire encore, si les travaux menés avec brio sont susceptibles de laisser le traducteur dans l’anonymat le plus total, ses échecs inscriront son nom dans l’histoire. Illustrons ce postulat de quelques exemples historiques.

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Quand Jérôme de Stridon, plus connu sous le nom de Saint Jérôme, se voit confier à la fin du IVe siècle la tâche de proposer une traduction de la Bible en latin par le pape Damase 1er, il choisit de s’appuyer directement sur les textes hébraïques, par volonté de remonter aux origines de l’œuvre, tout en synthétisant les traductions latines déjà existantes à son époque. Le résultat s’impose en tant que référence et la Vulgate ainsi produite fait office de texte authentique au sein du monde chrétien, et ce jusqu’à ce que se tienne le Concile Vatican II (1962 – 1965).

Cependant lorsque William Tyndale, presque 1200 ans plus tard, s’attaque à un travail similaire (de l’hébreu vers l’anglais) cela lui vaut d’être taxé d’hérétique, emprisonné, puis enfin exécuté par strangulation. Son travail étant devenu par la suite la toile de fond de la Bible du roi Jacques, force est de constater que le malheureux dût son infortune plus à l’époque obscure dans laquelle il vécut qu’à une idéologie personnelle potentiellement déversée dans sa traduction.

De nos jours, l’interprétariat constitue une branche majeure de la traduction et est un élément indispensable lors de sommets et autres événements diplomatiques par exemple. Nombreux sont ceux qui gagnent leur vie de cette manière et mènent des existences tout à fait paisibles, sans qu’à un quelconque moment ne soit remise en question leur éthique.

Remontons presque cinq siècles plus tôt : une jeune fille nahua est offerte en esclavage aux conquistadors par les Mayas en 1519. Les Espagnols la baptisent Marina, et sa connaissance des diverses langues parlées par les peuples amérindiens l’amènera à exercer la fonction d’interprète officielle d’Hernan Cortés pendant plus d’une décennie. La Malinche, telle qu’on la nomme aujourd’hui, est aujourd’hui perçue par les descendants des civilisations précolombiennes comme le symbole de la trahison, ce qui révèle toute la difficulté de servir de messager entre deux parties aux relations conflictuelles.

Après avoir lu ces quelques lignes vous vous dites probablement que ces exemples n’illustrent en rien l’idée présentée dans l’introduction… Et vous avez raison ! Tyndale dût son infortune à l’obscurantisme qui sévissait à son époque et non à ses maladresses en matière de traduction (bien au contraire). Quant à La Malinche, son seul statut suffit à ternir sa réputation (et peut-être un peu le fait qu’elle donna à Cortés un fils, il faut l’avouer). Le but de la démarche est de montrer que peu importe l’application, l’implication et la minutie du traducteur dans son travail, il restera toujours des paramètres hors de son influence. Or, et Marc-Aurèle l’expliquerait bien mieux qu’un simple rédacteur, il est inutile de lutter contre ce qui ne dépend pas de nous. Aussi je vous invite, chers confrères, à ne valser qu’avec vos mots et vos mots seuls, sans vous soucier de l’agitation qui règne autour.

Florian Huynh-Tan

Source : https ://www.altalang.com/beyond-words/2016/05/12/6-major-moments-translation-interpretation-history/

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