Quel doublage pour quel budget  ?

Le doublage : une évidence pas si évidente

Quand il s’agit de faire découvrir une œuvre audiovisuelle en langue étrangère au plus grand nombre, le doublage est préféré au sous-titrage. Pas besoin de lire un texte pouvant nous couper de l’action : tous les personnages anglophones, asiatiques ou autres Russes semblent avoir miraculeusement appris le français pour le plus grand confort du spectateur. Christel Salgues, responsable du doublage chez TF1, parle d’une chute d’audience d’environ 30 % pour les programmes sous-titrés en comparaison avec les œuvres doublées.

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Cependant, si cette hausse de visibilité est alléchante, doubler des films ou des séries est loin d’être une décision évidente à prendre. En effet, le doublage a un prix, et pas des moindres : au lieu d’une simple traduction prenant en compte la longueur des phrases, tout un travail audio est également effectué, faisant alors gonfler les coûts. Tous les doublages ne se valant pas en ce qui concerne l’utilité et les tarifs, il faut alors sélectionner soigneusement celui qui sera utilisé.

Les moins vivants, les moins coûteux

Il semble évident que les doublages les moins onéreux, que ce soit dans le sens financier ou temporel du terme, sont ceux qui nécessitent le moins de travail en matière de voix. L’exemple le plus flagrant est la voix off, comme dans le cas de documentaires par exemple : il s’agit dans ce cas de remplacer la voix originale par la voix du doubleur, avec pour seule contrainte la durée de parole, afin de cadrer avec les scènes visuelles. Vingt minutes de voix off sont enregistrées en une heure de studio.

Le voice-over est une technique répandue dans le domaine journalistique, fréquemment utilisée lors d’interviews étrangères : la voix originale est conservée pendant deux à trois secondes, puis son volume est diminué afin de faire place au doublage. Là encore, pas d’artifice ni d’émotion : la phrase est débitée pour coller au timing de l’interview, mais rien d’autre n’est à prendre en compte. De ce fait, environ un quart d’heure de voice-over peut être enregistré en une heure de travail.

On peut également noter l’apparition récente des voix de synthèse pour les textes courts ne nécessitant pas de voix humaine, tels que des tutoriels ou nos répondeurs téléphoniques. Elles représentent une économie non négligeable, puisqu’il n’y a pas de recours à un doubleur ; les voix sont générées automatiquement par l’ordinateur.

Du doubleur au comédien de doublage

Si les techniques précédentes sont économiques, elles manquent indubitablement d’émotion et de profondeur. Pour remédier à cela, il faut savoir faire la différence entre un doubleur et un comédien de doublage. Ce dernier a pour but de faire « vivre » le doublage, remplaçant la voix originale par une interprétation tout aussi humaine.

On parle dans un premier temps de synchronisation de phrases : le comédien interprète phrase après phrase, s’appliquant à commencer au moment où un personnage parle et à finir au moment même où il s’arrête. Cette méthode laissant beaucoup moins de liberté à l’auteur de la traduction ainsi qu’à la personne donnant sa voix, une heure de travail est nécessaire pour produire dix minutes de synchronisation.

Enfin, le doublage auquel nous sommes confrontés dès que nous regardons un film ou une série américaine se nomme le lip-sync, comprendre par là « synchronisation des lèvres ». Tout est dans le mot : il s’agit de faire correspondre non seulement le texte, l’émotion et le temps de parole, mais également le mouvement des lèvres. Ceci requiert un travail complexe de la part des auteurs, puisqu’il leur faut adapter les sonorités de la traduction aux lèvres des acteurs. Le rendu est évidemment le plus apprécié, puisque cela donne l’impression que les acteurs parlent la langue cible comme s’ils étaient natifs ! Cependant, qui dit travail supplémentaire dit coûts supplémentaires. Seuls les films et séries diffusés par de grands distributeurs auront la chance d’avoir un budget alloué à leur doublage « lip-sync ». Le temps à consacrer est également plus conséquent, représentant une heure de travail en studio pour moins de cinq minutes de résultat final.

Pour faire simple, si notre cher Harry Potter maîtrise aujourd’hui aussi bien l’anglais que le français ou le népalais, il n’en aurait pas été autant si sa popularité n’avait pas été aussi fulgurante… et si son compte à Gringotts n’avait pas été aussi rempli.

Avatar du rédacteur Camille Herriau

Sources :

Sajan (source principale) : https ://www.sajan.com/variations-of-voice-over-dubbings/

Slate : http ://www.slate.fr/story/18195/pourquoi-la-france-double-t-elle-tout-le-monde

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