Argot

Tout d’abord, il est important de rappeler qu’aucune forme d’argot ne peut rivaliser avec l’impératrice de celle-ci : le verlan franco-français, que le dubitatif écoute de la bouche de Fabrice Lucchini dans Tout peut arriver. Cela n’empêche pas pour autant d’en voir fleurir dans toutes les langues que ce soit pour des raisons pratiques, d’appartenance à un milieu social, ou encore juste pour s’amuser !

On trouve chez les anglophones l’exemple des totes abbreviations ou totesing, procédé consistant à abréger des mots par troncature (le mot totes est lui-même la forme ainsi abrégée du mot totally).

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Ces abréviations se forment en quatre étapes simples et intuitives, à condition d’être soi-même anglophone, ou de parler couramment l’anglais :

  • Repérer et isoler la syllabe accentuée. Pour ginormous par exemple, ce sera gi – NOR – mous.
  • Y associer toutes les consonnes consécutives suivantes : norm.

Il est important de noter qu’il s’agit ici d’oral, non d’écrit. Ainsi, pour le mot comfortable le résultat de cette étape serait comft car le or n’est pas prononcé. De plus, en anglais, le ton est toujours montant sur la fin d’une syllabe, ainsi un mot comme republican restera repub, sans devenir republ.

  • Ajouter ensuite la ou les syllabes précédentes et se débarrasser de tout le reste !
  • Cette dernière étape est facultative : il est possible d’ajouter un suffixe afin de « personnaliser » l’abréviation :–s/z (ginormz), -y/ie (girnomie), -o (girnormo), ou encore la forme plurielle en –s/z (ginormsies).

Vous voilà désormais professionnel des totes abbreviations, mais maintenant que le fonctionnement de celles-ci ne constitue plus une science obscure, se pose la grande question : à quoi cela peut-il bien servir ?

Le procédé est bien plus ancien encore, on en trouve d’ailleurs des exemples dans la chanson S wonderful d’Adele Astaire et Bernard Clifton en 1928. Il est probable que son émergence au début du XXIème siècle soit due à l’apparition des SMS, tweets, et autres messageries instantanées car il permet de raccourcir les mots, ce qui s’avère être utile pour l’usager de ce genre de services. Cependant, son utilité principale, qu’il a en commun avec les autres formes d’argot, est de marquer l’appartenance à un groupe social : dans le cas du totesing, il s’agira d’adolescents et de jeunes adultes, à quelques exceptions près.

De plus, s’il y a bien une chose que l’argot révèle c’est cette volonté qui sommeille en chacun de nous de toujours tordre, distordre, tronquer ou rallonger les mots selon des procédés plus innovateurs les uns que les autres, et tout cela juste pour s’amuser ! Car, si utilité pratique il y a derrière chaque forme d’argot, il faut reconnaître que beaucoup d’entre elles naissent d’une volonté de jouer avec les mots. Prenons un exemple personnel, simple et efficace, pratiqué avec des amis : il s’agit ici d’appliquer le pluriel irrégulier des noms en -al (un bocal / des bocaux par exemple) à des mots qui, au singulier, se terminent par le son –o, si on part sur le principe que le mot original est le pluriel. On parlera ainsi d’un paquebal, avec son pluriel des paquebots, un pizzaiolal et des pizzaiolos (et non des pizzaioli comme le voudraient les disciples de Dante), un lavabal et des lavabos, etc… Ce procédé n’a aucune autre utilité que de jouer avec les mots, et il en existe des dizaines de ce type, car nombreux sont ceux qui avec leurs amis se créent ce genre de lexique.

Aussi, maintenant que vous maîtrisez le totesing, vous êtes invité à ne pas vous y cantonner ! Quel que soit le nombre d’idiomes que vous manipulez, alimentez chacun d’entre eux de votre créativité : riez, jouez, jonglez avec les mots, faites vivre la langue par l’argot !

Florian Huynh-Tan

Source : https ://www.altalang.com/beyond-words/2016/08/04/linguist-reveals-how-we-totes-abbreve/

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