L’interprétation dans les tribunaux : un débat sur l’art et la manière

Les interprètes des tribunaux ont une lourde responsabilité sur les épaules : rendre un discours si exact qu’il ne laisse aucune place ni au doute ni à l’omission. En effet, il s’agit d’un élément qui peut influencer la décision du juge et des autres membres du procès. Il est donc primordial que l’interprète transmette correctement les réponses de la personne qu’il assiste (souvent l’accusé, mais aussi parfois un témoin) et les questions qui lui sont posées.

suite

Pour cela, tous les moyens sont bons, et la plupart des interprètes assermentés utilisent l’ensemble des principaux modes d’interprétations : l’interprétation consécutive, simultanée et la traduction à vue. La majorité s’accorde sur l’emploi de ces trois méthodes, mais un débat perdure dans le domaine du consécutif.

Car l’interprétation consécutive est sujette à débat : quelle longueur de parole doit-on traduire ? Doit-on traduire chaque phrase dès que celle-ci est finie, ou attendre la fin d’un paragraphe ? Ou doit-on seulement traduire les paroles de l’accusé ou du témoin toutes les dix ou quinze minutes ?

La véracité d’une déclaration ne peut souvent être déterminée qu’à l’aide d’indices qui doivent être reliés directement à la traduction de l’interprète. Il peut s’agir de gestes, d’hésitations, de répétitions ou de regards, parmi tant d’autres détails. C’est là où l’interprétation consécutive longue représente un problème : elle éloigne ces détails du rendu final de la traduction. Non seulement il est très difficile pour l’interprète de retenir et de retranscrire toute la subtilité des paroles de l’accusé ou du témoin lorsqu’il traduit un segment d’un quart d’heure, mais il est aussi très difficile pour les juges de relier le langage du corps de la personne s’exprimant à ses paroles, puisqu’elles ne sont comprises que bien plus tard.

Et pourtant, l’utilisation de la consécutive longue se justifie aisément par ses défenseurs. Ceux-ci déclarent qu’il est plus simple et exact de rendre un discours lorsque l’idée générale des paroles est déjà expliquée et lorsqu’il est possible de comprendre où l’accusé ou le témoin veut en venir. Malgré cet avantage, c’est l’interprétation consécutive courte qui tend à s’installer dans les tribunaux américains, car elle est considéré plus proche des déclarations en langue source.

Pourtant, même si l’on exclut la consécutive longue dans les tribunaux, il reste toujours à déterminer quelle longueur de segments sera privilégiée. Car la traduction peut conduire à hacher le discours de l’accusé ou du témoin, ou même à lui faire perdre le fil de ses pensées. Ce sont souvent des situations où ils sont stressés, et ils peuvent aussi être intimidés ou réticents à l’idée de faire une déclaration. Il est donc important de chercher à retrouver au mieux l’avantage de la consécutive longue qui permet de rendre dans la langue cible un discours cohérent et pertinent.

À cette fin, il est donc souvent recommandé d’accorder une méthode flexible. Les témoins ou les accusés ont parfois besoin de quelques minutes pour développer une idée ou décrire une situation. A contrario, leur discours peut être rapporté phrase par phrase à d’autres moments du procès. Il est conseillé aux interprètes assermentés de communiquer avec la personne qu’il assiste avant le procès à ce sujet. Par exemple, il est possible d’établir une règle qui dicte qu’un geste de la main ou qu’un signe de tête annonce à l’interprète qu’une déclaration est complète et qu’il peut la traduire. Cela améliore la fluidité dans les discours, et permet à tous de se concentrer sur le contenu des paroles, et non sur la difficulté de la communication.

Les interprètes assermentés, liés par les responsabilités considérables qu’ils doivent prendre en compte, doivent donc déterminer eux-mêmes et en temps réel la meilleure manière de retranscrire les paroles d’un accusé ou d’un témoin. Une tâche qui requiert des compétences avancées, et qui doit être prise comme telle par les membres des tribunaux !

Gaël Le Lostec

Source : https ://rpstranslations.wordpress.com/2016/11/15/what-is-the-appropriate-consecutive-rendition-from-the-witness-stand/

Laisser un commentaire