Localisation et mondialisation : World, Sweet World

Contrairement à l’idée que semble s’en faire un certain chef d’État américain, le monde est un espace ouvert. Chaque jour, d’innombrables interactions se font entre d’innombrables pays, pourtant loin d’être limitrophes, homophones et certainement pas monoculturels. C’est pour cette raison que, en matière de mondialisation (ou globalisation, pour ceux préférant l’anglicisme fréquemment employé), la localisation prend souvent le pas sur la traduction.

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Localisation : piqûre de rappel

Rappelons tout d’abord ce qui rend la localisation si subtilement différente de la traduction : lorsqu’une traduction s’arrête au fait de retranscrire le « sens » d’un texte dans une langue cible, la localisation s’attache quant à elle au « ressenti ». Un exemple parmi tant d’autres serait les habitudes alimentaires. Imaginons un guide d’utilisation pour un appareil électronique quelconque vous demandant d’attendre un instant, le temps pour vous d’aller chercher de quoi grignoter. Si l’appareil est japonais, la notice fera certainement mention de « mochis », petits gâteaux nippons à base de pâte de riz. Une traduction (au sens le plus strict du terme) laisserait ce mot tel qu’il est, poussant peut-être même jusqu’à inclure une description telle que je l’ai faite au-dessus. Cependant, si cette notice était lue en France ou aux États-Unis, même si le « sens » est là, le « ressenti » n’y est pas : les mochis n’ont aucune signification pour ces pays. En revanche, si l’on venait à parler d’aller respectivement chercher un croissant ou un donut, on obtiendrait le sourire amusé qui était attendu dans le document de base.

En bref, la localisation ne se contente pas de faire passer un document d’une langue à l’autre : elle immerge également le texte dans la culture et les mœurs du pays ciblé.

Penser « local » pour penser « mondial »

Mais alors, en quoi la localisation fait-elle partie intégrante de la mondialisation ? Tout simplement parce que pour vendre un produit au plus grand nombre, il faut s’intéresser aux clients (ici, aux pays) à convertir, comprendre ce qui les intéresse, et déjouer les pièges culturels.

Évidemment, certains sont inratables et doivent être contournés sans l’ombre d’un doute. C’est le cas du scénario (et des visuels) de la série vidéoludique Wolfenstein qui a dû être entièrement repensé lors de son passage en Allemagne. En effet, le jeu a pour ennemis des hordes de zombies… nazis. Inutile d’épiloguer sur la mauvaise perception qu’il aurait reçu dans le pays de Goethe. Les traducteurs ont alors dû créer une organisation toute entière propre à la version allemande afin de, pour ainsi dire, cacher les nazis sous le tapis.

C’est cependant loin d’être aussi simple que cela partout ailleurs dans le monde. Par exemple, si le blanc est un symbole de pureté dans la quasi-totalité des pays du globe, ce n’est pas le cas au Japon où il est couramment associé à la mort. Des jeux de mots en français canadien ne seraient peut-être pas perçus du tout (ou pire, mal interprétés) en français métropolitain.

Pour résumer, un texte qui sera attentivement localisé et non pas simplement traduit se remarquera aisément, et sera toujours apprécié à sa juste valeur.

Gare à la surlocalisation

Attention toutefois à ne pas en faire trop. La localisation est une bonne chose, mais comme pour toute bonne chose, en abuser ne donne pas forcément de meilleurs résultats.

Tout d’abord, vous pourriez faire perdre à un passage le sens que voulait lui donner l’auteur. Si vous veniez à changer le nom d’un rituel indien sacré en le réduisant en une simple « prière », nul doute que vous vous attireriez les foudres du dieu en question, ainsi que celles du client par la même occasion.

Cependant, vous pourriez aussi simplement gâcher une occasion de faire découvrir une autre culture lorsque l’élément n’était pas majeur du tout. Un exemple amusant de ce genre de surlocalisation me semble être le dessin animé Pokémon. Dans une scène devenue connue pour cette raison, les protagonistes s’apprêtent à déjeuner et l’un d’eux leur prépare des onigiri, boulettes de riz fourrées venant du Japon. Il faut croire que le riz n’était pas du goût du distributeur américain de la série, puisque les onigiri ont été changés en « donuts fourrés à la confiture »… sans même changer le visuel. Maintenant, au lieu que les enfants soient curieux de découvrir d’autres saveurs, les voilà juste confus à l’idée de faire des donuts avec du riz.

Il faut donc savoir juger correctement là où la localisation doit être appliquée, et comment elle doit l’être.

La localisation est donc une part essentielle de la mondialisation, et ses ficelles doivent être maîtrisées par tout traducteur désireux de ne pas commettre d’impair de l’autre côté de la Terre. Il ne me reste donc plus qu’à vous souhaiter de goûter des onigiri, de préférence non-fourrés à la confiture. Ittadakimasu !

Avatar du rédacteur Camille Herriau

Source :https ://www.sajan.com/difference-between-translation-and-localization/

 

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