Difficultés et joies du traducteur littéraire

Certains textes sont plus complexes à traduire que d’autres. Certains auteurs sont plus compliqués à transposer que d’autres.

Compliqués ou savoureux  ?

Si pour le lecteur, le style de l’auteur fait partie intégrante du plaisir et de la richesse de lecture, c’est aussi vrai pour le traducteur.

suite

Dans un récent entretien accordé à l’ATLF (Association Littéraire des Traducteurs de France), Nathalie Bru décrit sa méthode de travail et son amour pour l’écrivain qui l’a conduite à la traduction littéraire  : Paul Beatty.

« Jubiler dans d’atroces souffrances »

Nathalie Bru explique en effet qu’elle a découvert l’auteur au cours de ses études et que, sous le charme du texte, elle a décidé de surmonter ses difficultés pour en faire son sujet de mémoire puis le proposer à des maisons d’édition, estimant que l’auteur méritait d’être connu en France.

Elle souligne l’importance de s’éloigner du texte pour mieux le traduire, la nécessité de s’approprier le texte pour en conserver l’esprit et le sens plutôt que la forme. La fidélité passe par une fine connaissance du français afin de trouver une manière d’écrire qui gardera l’essence de la source au lieu de vouloir à tout prix coller au texte. Nathalie Bru précise  : « Je me laisse porter par le texte tel que je l’entends, tel qu’il résonne en moi et j’essaie de transposer cette musique dans une musicalité française qui me semble correspondre en me laissant autant que possible porter par ma plume. Bien sûr, il y a de nombreux réglages à faire ensuite. […] Avec ce type d’écriture, être fidèle au texte implique un degré de trahison supérieur à ce qui est nécessaire pour la traduction de textes disons plus “classiques”. » Le traducteur est alors lui-même poussé à la création de formes innovantes, à la recherche d’autres sources d’inspiration  : collègues, amis et enfants sont mis à contribution pour trouver une nouvelle fraîcheur et tester des idées.

Ce point de vue n’est pas sans rappeler la méthode d’André Markowicz qui, dans sa nouvelle traduction des livres de Dostoïevski, s’était attaché à rendre la véhémence des propos de l’auteur, la musicalité et la théâtralité des œuvres, au lieu de produire une traduction en beau français, déstabilisant à l’époque les puristes.

Nathalie Bru évoque également les questions que soulève un texte riche en références culturelles. Ce type de texte nécessite que le traducteur s’interroge non seulement en amont, pour lui-même s’assurer d’appréhender et de bien retranscrire ces références, mais également lors de la traduction  : le lecteur va-t-il les saisir  ? L’écrivain a-t-il prévu que celui-ci les comprenne  ? Est-ce fondamental à la compréhension du texte  ? Faut-il fournir des explications  ? Sous quelles formes  ? Comment résister à la tentation de fournir au lectorat toutes les informations que le traducteur a pris plaisir à glaner au cours des recherches et qui prouvent, si besoin était, le talent de l’auteur  ?

Pour reprendre les mots de Nathalie Bru, toute traduction littéraire n’est-elle pas finalement « un travail à la fois jubilatoire, exténuant, enrichissant (intellectuellement faute de l’être financièrement) et… terriblement frustrant »  ?

Alexane Bébin

Source  : http ://www.atlf.org/jubiler-dans-datroces-souffrances-nathalie-bru-paul-beatty/

Laisser un commentaire