Netflix et la plateforme Hermès, une bonne nouvelle ?

Dans un communiqué, Netflix nous informe de la création d’un dialogue avec l’AVTE (AudioVisual Translators Europe) afin de pouvoir améliorer les conditions de travail et la rémunération des traducteurs dans le secteur de l’adaptation audiovisuelle. Si l’effort est louable, il est révélateur de plusieurs problématiques sous-jacentes.

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Un métier non protégé

Si des pays, comme l’Allemagne ou le Canada, possèdent un cadre législatif protégeant le titre de traducteur, ce n’est pas la cas pour la France. Ce problème est doublement épineux, car il affecte autant les traducteurs que les clients. En effet, n’importe qui peut s’improviser traducteur !

Si le titre n’est pas protégé, cela veut dire que l’on peut se déclarer traducteur, et ce, en l’absence totale de formation. Le risque principal reste la production de traduction à un niveau non-professionnel. Mais le problème ne s’arrête pas là : en l’absence de régulation, les tarifs imposés par certaines entreprises se trouvent bien au-dessous de l’acceptable.

Il en va de même pour les délais imposés. Le travail de traduction-adaptation se situe à la fin de la chaîne de production de contenu. De ce fait, les délais pâtissent systématiquement du retard engendré par les autres étapes en amont. On en arrive à devoir « expédier » une traduction qui aurait nécessité plus de temps.

Tout ceci reflète un manque de considération pour la traduction. Jugée à la légère, même dans les médias, bien que normée (Norme européenne NF EN 15038 Services de traduction – Exigences requises pour la prestation du service) l’absence de cadre obligatoire fragilise une profession en constante évolution.

Une demande monumentale

Revenons à Netflix.

L’entreprise a fait connaître la mise en place d’un test afin de recruter ses professionnels : le test Hermès. Un premier pas en avant selon l’ATAA (l’Association des traducteurs-adaptateurs de l’audiovisuel) qui reste cependant vigilante sur les conditions. Elle déplore déjà la mise en place éventuelle d’un algorithme de sélection pour assigner les tâches.

Alors pourquoi Netflix ?

Tout simplement parce que la demande est sans précédent. En 2016, le catalogue disponible en France était composé de 387 séries et de 1 541 films, ce qui représentait un quart du catalogue américain. En 2018, l’offre proposée en France s’élève à 2 386 films et 1 025 séries contre respectivement 3 980 et 1 677 en Amérique. En l’espace de deux ans, le contenu disponible a presque doublé, même s’il apparaît à différents niveaux de disponibilité.

Tout ce qui est disponible n’est pas forcément adapté en version française. Sur l’ensemble du catalogue, certaines séries n’existent que en version sous-titrée en français et dans certains cas, uniquement en anglais. Pour autant, la demande de traduction est indéniable et continue, et nécessite donc un réseau de professionnels reconnus afin de pouvoir y répondre.

Nouvelle formule pour Netflix, puisque le lien entre diffuseur et adaptation se ferait sans l’intermédiaire d’une entreprise de prestataires. Le futur nous dira donc si la mise en place d’un tel procédé permet de protéger les conditions de travail des traducteurs ou, au contraire, de les imposer.

 

Clément Lagarde

 

Source : https ://beta.ataa.fr/blog/article/netflix-et-la-plateforme-hermes

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