La VF est-elle notre ennemie ?

Parmi les nombreuses pétitions que l’on peut trouver sur le site change.org, il y a celle de Delphine Tabaries-Poncet, professeur d’anglais au lycée Jean Moulin à Béziers. Cette pétition-ci s’adresse au gouvernement, et son objectif est de rassembler 35 000 signatures pour que tous les films étrangers soient diffusés dans leur version originale sous-titrée en français.

Les principaux arguments que cette enseignante expose sont les suivants :

  • La VF empêche le public de profiter de l’intégralité de la performance artistique des acteurs.
  • Elle pose des problèmes de fidélité à l’œuvre originale.
  • Elle représente un obstacle à l’apprentissage de l’anglais.

Avec déjà plus de 31 000 signatures recueillies, cette pétition montre l’intérêt grandissant du public français pour la VO. Cependant, il existe une part d’irréductibles défenseurs de la VF. Nous allons donc plonger au cœur de cette problématique, en essayant de dégager une réponse satisfaisante à la question de savoir si la VF nous nuit réellement.

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La VO : une question de respect ?

Richard Darbois, Benoît Allemane ou encore Françoise Cadol, ces noms parleront sûrement à ceux qui s’intéressent de près à l’audiovisuel français, car ils font partie de la myriade de doubleurs œuvrant pour une plus grande accessibilité du cinéma étranger. Mais il est vrai que la pratique du doublage peut paraître gênante vis-à-vis du respect de la performance des acteurs d’origine. Le fait que d’autres acteurs, aussi talentueux soient-ils, interprètent leurs dialogues nous empêche de profiter de l’intégralité d’une performance pour laquelle certains ont été nominés ou récompensés. Comme le souligne Delphine Tabaries-Poncet dans sa pétition, nous trouverions absurde que la même pratique soit en vigueur dans le domaine de la musique.

Au cinéma comme dans les séries, le choix de traduction de certains termes spécifiques à l’univers du récit peut nuire à sa richesse. Dans Star Wars, le choix du terme « hommes des sables » pour traduire « Tusken Raiders » ne traduit pas l’existence de la culture Tusken, faisant d’eux de simples silhouettes peuplant le désert de Tatooine. Quant aux premières traductions des noms d’objets et de techniques de l’univers de Dragon Ball appauvrissaient grandement l’univers de la série. Le studio de localisation manquant alors de spécialistes nippons, ses traducteurs ont choisi la facilité, accolant l’adjectif « magique » à tous les termes qu’ils ne savaient pas traduire (ce qui a donné les savoureux « nuage magique », « bâton magique », « haricot magique » et autre « rayon magique »).

La VF peut également freiner notre immersion dans l’univers du film en dehors de toute problématique terminologique. Le langage n’est pas seulement vecteur de sens, mais il traduit également une vérité culturelle bien plus large au travers de ses variantes phonétiques et lexicales. Malgré l’excellent travail effectué par l’équipe de localisation française sur le film Inglorious Bastards, il est impossible de retranscrire avec fidélité le fossé qui sépare les soldats américains et britanniques sans profiter de leurs différences de prononciation.

Pour transposer le problème d’un point de vue francophone, imaginez l’absurdité d’un film de Michel Audiard doublé en anglais, alors que l’emploi de l’argot français participe grandement au charme de ses productions.

La VF : un obstacle à l’apprentissage des langues ?

Selon les rapports du PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves), les élèves français sont à la traîne en ce qui concerne l’apprentissage des langues. De nombreux facteurs ont été avancés pour expliquer la différence de niveau en anglais entre la France et les autres pays européens. Il est vrai que nous sommes quelque peu conservateurs et que notre système scolaire comporte bien des lacunes, mais il semblerait que le principal problème réside dans le manque d’exposition aux langues étrangères que nous subissons en France. Dans cette optique, le cinéma et la télévision auraient un rôle important à jouer dans la construction de nos compétences linguistiques.

Sans être le seul facteur explicatif, il est intéressant de mettre en parallèle ces deux facteurs (l’exposition aux versions originales et le niveau de langue). Je vous laisse donc méditer sur ces deux cartes :

Quels arguments restent-ils aux défenseurs de la VF ?

Répétons-le : qu’il s’agisse du doublage destiné au cinéma, aux dessins animés ou aux jeux vidéo, nous avons d’excellents doubleurs en France. Bien sûr, tous les doublages ne se valent pas. Mais nombre de ces voix font partie de notre patrimoine culturel et nous évoquent d’heureux souvenirs cinématographiques. Ne plus produire de VF, c’est mettre une partie de ces talents au chômage.

Sous-titrer en français n’est peut-être pas non plus la meilleure solution. En plus d’obstruer une partie de l’écran (ce qui nuit déjà à l’intégralité de l’œuvre originale), les sous-titres captent l’attention du spectateur qui ne peut alors pas profiter de l’intégralité de la performance du comédien, de chacun de ses regards, de chacune de ses mimiques.

L’apparition d’un sous-titre peut également gâcher un effet de surprise. Par exemple, lorsqu’un sous-titre est interrompu par « … », on sait que le personnage n’aura pas le temps de finir sa phrase et qu’un autre personnage ou qu’un événement extérieur va l’interrompre. Si cette situation se produit dans un épisode de Game of Thrones, ça ne présage rien de bon…

En plus de s’avérer fatigante cognitivement, la lecture des sous-titres n’apporte rien au spectateur lambda sur le plan linguistique. S’il n’y a pas été habitué, le cerveau ne fait pas de lien entre ce qu’il lit et ce qu’il entend. Le spectateur finira alors par lire les sous-titres sans vraiment écouter.

Pour finir, nous pouvons considérer que la version originale sous-titrée en français (ou la VOSTFR) exclue une partie du public français, à savoir les analphabètes, les jeunes enfants et les dyslexiques.

La VF est-elle notre ennemie ? Répondre à cette question est plus difficile qu’il n’y paraît. Il en va de la sensibilité artistique et culturelle de chacun.

Devrait-on imposer la VOSTFR au public français ? Probablement. Mais l’effet désiré sur le niveau en langues étrangères ne se fera pas du jour au lendemain, et cette décision risquerait bien de faire chuter le chiffre d’affaires de l’audiovisuel en France, marché qui se verrait alors dominé par les programmes anglophones. Cette situation risque de ne pas plaire au CSA, qui impose déjà des quotas de musique française à la radio. Le problème de fond ne réside-t-il pas justement dans cette éternelle peur de l’invasion (culturelle) ?

Rédigé par Maxime Cicurel

Sources :

https ://www.altalang.com/beyond-words/dubbing-fails-popular-hollywood-films-surprising-hit/

https ://www.change.org/p/films- %C3 %A9trangers-en-vost-non-au-doublage ?recruiter=598666112&utm_source=share_petition&utm_campaign=share_page&utm_medium=whatsapp&utm_content=nafta_whatsapp_sharetext_en_4 :control

https ://en.wikipedia.org/wiki/Dubbing_ %28filmmaking %29#/media/File :Dubbing_films_in_Europe.png

https ://www.ef.fr/epi/

La traduction pour les « nuls »

Vous êtes-vous déjà retrouvés confrontés à un ami ou à une personne que vous connaissez à peine qui vous soutient que pour traduire, il suffit d’être bilingue ? Ou bien que notre métier ne valait plus rien avec la montée des traducteurs automatiques en ligne ? Il est parfois assez difficile de venir à bout de ces idées reçues qui, en plus de défaire l’image des traducteurs, véhiculent un message peu encourageant.

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Les années de formation nous permettant d’obtenir le titre de traducteur ne seraient-elles que du vent ? Certes, il faut de base avoir une passion pour les langues et être doué dans l’apprentissage de celles-ci, mais non, la traduction n’est pas accessible à tous ceux qui parlent plusieurs langues, ni aux algorithmes du web. C’est un exercice nécessitant une réflexion subtile axée sur la synonymie inter-langues. Une personne possédant une double nationalité ne sera pas forcément capable de préférer un synonyme à l’autre, n’ayant pas grande idée de l’infime différence séparant les deux mots pourtant similaires, mais qui apportent un sens différent en fonction du contexte. Il en va de même pour les logiciels de traduction automatique. Il est bien sûr évident que connaître deux cultures ou avoir accès à toutes les traductions sur internet permet dans de nombreux cas d’avoir une idée plus juste de l’idiomaticité de la traduction. Par exemple, l’expression idiomatique (excusez-moi par avance pour mon langage) « ça pue la mort » correspond en espagnol à « huele a tigre », ce qui est tout de même différent. Mais les traducteurs auront toujours le dernier mot quant au juste choix à effectuer dans un cas complexe et contextuel. Sorry, mais il est nécessaire de développer son œil critique et de véritablement connaître la traduction pour penser traduire correctement.

Le processus et les procédés de traduction

Il arrive souvent que l’on cherche à faire comprendre aux autres ce qu’est la traduction, et ce n’est pas une mince affaire. Nous avons nous-mêmes dû effectuer plusieurs années de formation afin d’en comprendre les rouages, et l’idée que nous nous en faisions à nos débuts n’est, pour la plupart, plus du tout la même. Alors quand nos parents nous demandent de raconter de quoi il s’agit, on a souvent du mal à se faire comprendre. Beaucoup d’étapes dans un projet de traduction paraissent logiques, mais ne le sont pourtant pas pour les autres. La recherche terminologique par exemple, lorsqu’il s’agit d’un texte spécialisé, est essentielle. Que vous connaissiez la traduction des termes ou non, il faut passer par là, et trouver des sources fiables pour justifier vos concordants. Et ça, ce n’est pas quelque chose qu’il est facile d’admettre. La gestion de projets est également quelque chose dont personne n’est au courant avant d’être aux portes du monde professionnel de la traduction, alors demander à ses amis d’en comprendre les tenants et les aboutissants n’est pas une étape facile. Quoi qu’il en soit, ne vous découragez pas, et s’il vous faut prendre le temps de détailler chaque étape dans le processus d’un projet de traduction, ainsi que les différents procédés de traduction, faites-le.

Les compétences des traducteurs

La plupart des gens n’imaginent pas la multitude de compétences que doivent détenir les traducteurs de nos jours. Même les clients des agences de traduction n’ont qu’une infime représentation du métier, et n’imaginent pas forcément que nous fournir les documents à traduire sous plusieurs formats peut nous faciliter amplement la tâche. À l’époque des nouvelles technologies, un traducteur se doit de maîtriser un grand nombre de logiciels et de techniques informatiques, pour la traduction assistée par ordinateur, le sous-titrage, le doublage, l’internationalisation de contenu, le traitement de l’image, la mise en page, le codage web, et bien d’autres encore. Les traducteurs deviennent de vrais couteaux suisses et sont donc très polyvalents. Pour quelqu’un de l’extérieur, nous nous contentons juste de comprendre des mots dans une langue et d’en trouver la correspondance dans une autre, mais pour être traducteur, je dirais qu’il faut être bon en tout : en compréhension, en communication, en grammaire, en orthographe, en dactylographie, en organisation, il faut être cultivé, perfectionniste, avoir de l’inspiration, de l’initiative, de la patience, et j’en passe.

Comment expliquer aux personnes ne sachant rien de notre métier ce qu’est la traduction ?

Pour bien se faire comprendre, je pense qu’il est nécessaire de tout reprendre depuis le début, en énonçant dans l’ordre les différentes étapes d’un projet de traduction et les différentes manières de traduire, ainsi que les compétences nécessaires, tout en donnant des exemples spécifiques pour illustrer la diversité du métier. Par exemple, un projet de sous-titrage sera très différent de l’interprétation ou de la traduction spécialisée, tant ces trois types de traduction font appel à des techniques et des ressources différentes. Le plus important reste à montrer que la traduction, ce n’est pas juste « prendre un texte et le traduire », et qu’il faut réaliser bon nombre de tâches pré et post traduction.

 

Zohra Lepeigneul

 

Source : https ://translatorthoughts.com/2017/09/translation-explained-to-an-8-year-old-child/ ?fbclid=IwAR02T8LxhnbdAdmyoqqVh2JfBlWHTxs2btbqzMZpv5BCCaXNdqpjOgp1f80

Dites non à la traduction automatique

La traduction automatique est en constante amélioration. Il y a 12 ans, lors de son lancement, Google Traduction offrait un service rudimentaire. Aujourd’hui, à l’instar de ses concurrents comme DeepL ou Reverso, il est plus fiable et plus intelligent.

Les services de traduction automatique bénéficient de l’amélioration des moyens technologiques. L’intelligence artificielle promet de nous offrir un jour des traductions entièrement automatisées et gratuites, dans n’importe quelle langue.

Cependant, ces services ne rivalisent pas encore avec l’expertise d’un traducteur professionnel. En effet, ils représentent un risque pour votre entreprise sur trois aspects  : la qualité, la confidentialité et plus étonnamment, le coût.

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Évitez les pièges

Il va sans dire qu’utiliser Google Traduction est plus simple qu’avoir affaire à un traducteur. Cependant, ne surestimez pas la qualité de la traduction automatique. Bien qu’elle soit efficace pour des textes simples, dans un milieu plus spécialisé, elle a souvent plus de mal.

Une étude de décembre 2014 dans le domaine médical l’a démontré. En effet, des chercheurs ont soumis à Google Traduction dix phrases dans 26 langues, puis ont évalué la justesse de ses traductions. Ces phrases étaient par exemple  : « Votre mari peut donner ses organes. » ou « Votre mari a eu un arrêt cardiaque. » Il n’a été correct que 57,7  % du temps. Dans un milieu aussi sensible, ces erreurs peuvent être fatales.

Protégez vos données

Connaissez-vous ce dicton populaire sur le web  ?

« Si c’est gratuit, vous êtes le produit. »

Si vous avez répondu « non », sachez qu’il est le crédo d’entreprises comme Google ou Facebook. Les conditions d’utilisation du moteur de recherche spécifient que « lorsque vous […] envoyez ou recevez des contenus à travers nos Services, vous accordez à Google […] une licence, dans le monde entier, d’utilisation, d’hébergement, de stockage, de reproduction, de modification ». Ces entreprises se servent des données que leurs utilisateurs leur fournissent, à des fins publicitaires notamment.

Cela peut parfois tourner à la catastrophe  : en 2017, des documents internes de l’entreprise norvégienne Equinor se sont retrouvés disponibles publiquement sur Google. Des employés de l’entreprise avaient utilisé le site Translate.com pour traduire des documents sensibles, dorénavant disponibles à la vue de tous.

Économisez de l’argent

Mal traduire coûte cher. Effectivement, dans le secteur légal, le non-respect d’une clause de confidentialité peut entraîner des amendes importantes. Mal traduire veut parfois dire également qu’une gamme entière de produits doit être rappelée, puis produite à nouveau. Cela peut porter un coup à votre entreprise immédiatement, du point de vue financier, mais également à plus long terme, du point de vue marketing.

Bref, pour le bien de votre entreprise, dites non à la traduction automatique.

Dorian Baret

 

Source  : https ://www.capitatranslationinterpreting.com/3-reasons-avoid-free-online-translation/

Traduire uniquement vers sa langue maternelle  : règle imposée ou libre choix ?

Les langues représentent l’élément fondamental de l’activité d’un traducteur et chacun en utilise plusieurs dans son travail. À ce propos, la Société Française des Traducteurs (SFT) affirme que tous les traducteurs doivent traduire vers leur langue maternelle et non l’inverse. Et pourquoi ?

Crédit : allo-traducteur.fr

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Les avantages

Étant donné que chaque langue est intrinsèquement liée à la culture de son pays, il est naturel pour un natif d’adapter plus aisément un concept d’une langue étrangère vers sa langue maternelle. Il en connaît toutes les subtilités culturelles et les nuances stylistiques, ce qui lui permet de transmettre plus justement le message de départ.

De plus, il peut piocher instantanément dans la richesse du vocabulaire, des expressions et des formulations, car elles lui appartiennent dès sa naissance.

C’est la raison pour laquelle les agences de traduction recommandent toujours aux personnes ayant besoin d’une traduction de s’adresser aux traducteurs qui travaillent vers leur langue natale. À ce sujet, la Société Française des traducteurs est également intransigeante :

« Un traducteur qui déroge à cette règle de base a toutes les chances de négliger d’autres critères essentiels à la qualité de la traduction. Si vous voulez donner une image internationale, l’approximation est interdite. Sachez que dans de nombreuses cultures, les gens n’apprécient guère que l’on déforme leur langue. Faites appel à un traducteur dont la langue maternelle correspond à la langue d’arrivée désirée. »

Maîtriser sa langue natale est-il suffisant pour un traducteur ?

La réponse est certainement négative. La traduction n’implique pas seulement la transposition d’un texte d’une langue à l’autre. Plusieurs facteurs entrent en jeu dans ce processus, notamment la compréhension du texte source.

En effet, travailler vers sa langue natale ne garantit pas l’absence d’erreurs dues à l’interprétation approximative du document original. Il est indispensable que le traducteur soit compétent dans toutes ses langues de travail ; si son niveau en langues étrangères est peu élevé, il ne sera pas capable de véhiculer fidèlement le message de départ.

Et dans la réalité, que se passe-t-il ?

Lorsqu’un traducteur débute sur le marché professionnel, il est temps pour lui de choisir ses langues de travail. En général, la majorité des traducteurs choisit de travailler vers sa langue maternelle ; pourtant, d’autres élargissent le nombre de leurs langues de travail. Malgré l’opinion de la SFT et de certaines agences de traduction, cette décision ne suit aucune règle précise : elle dépend de la volonté et de la cohérence professionnelle de chaque traducteur.

Francesca Laganella

Source : http ://eurologos-milano.com/perche-si-dovrebbe-tradurre-solo-verso-la-propria-lingua-madre/

Accent et prononciation, quelles différences ?

La prononciation représente la manière dont les sons sont vocalisés dans une langue. Par exemple, la prononciation du phonème « th » anglais est à mi-chemin entre le [t] et le [z]. Le [x] russe ressemblera à la « jota » espagnole, au [g] du néerlandais ou au [c’h] du breton, et le [Ъ] du russe est un mélange assez guttural de [u] et de [i]. Les sons nasals tels que « an », « in » et « on » sont spécifiques au français et sont, au même titre que le signe dur [Ъ] de la langue russe, assez difficiles à reproduire pour les étrangers. Chaque langue a une façon bien à elle de prononcer les consonnes et les voyelles, ainsi que les groupes de lettres formant des sons particuliers. La prononciation est donc un phénomène propre à chaque langue.

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Lorsque l’on évoque le fait d’avoir un accent français en parlant anglais, on considère en fait que la prononciation de l’anglais est calquée sur celle du français.  La plupart du temps, lorsqu’on parle une langue qui n’est pas notre langue maternelle, notre origine devient évidente et les natifs n’ont alors aucune difficulté à savoir que, par exemple, lorsque quelqu’un demande dans un pays anglophone : « Wèrre arre ze toïlèts plize ? », il s’agit d’un Français. L’accent définit l’intonation propre à notre langue maternelle que l’on aurait calquée sur une langue étrangère, il associe donc les traits articulatoires et la prononciation de plusieurs langues.

À mon sens, il est donc très difficile de déterminer la frontière entre les concepts de prononciation et d’accent. On aurait tendance à mélanger facilement les deux, alors qu’il faudrait simplement considérer l’accent comme s’inscrivant dans la continuité de la prononciation d’une langue. D’un côté, il peut y avoir au sein d’une même communauté linguistique plusieurs accents. En France par exemple, les locuteurs vivant dans certaines régions auront tendance à prononcer différemment les mots terminant par le son « in » ou contenant le son « ai », ou même à rajouter le son « an » à la fin des phrases, ce qui peut donner de jolis « Bonjour-anh » ; d’où la notion d’accent régional. D’un autre côté, on parle d’accent étranger lorsqu’un non-natif parle une autre langue et prononce donc, à sa manière ou à la manière de sa langue maternelle la langue visée.

La question de la différenciation des deux concepts de prononciation et d’accent reste ouverte et sujette à de nombreux débats. Le dictionnaire Larousse défend la prononciation comme étant un phénomène articulatoire pour prononcer les sons, spécifique à une langue mais également à chaque personne ; et l’accent est défini comme l’ensemble des traits articulatoires, c’est-à-dire la prononciation et l’intonation propres à une communauté linguistique, qui trahit une origine nationale, régionale ou même sociale. L’accent serait donc plus représentatif de l’intonation donnée au langage que de la prononciation elle-même.

Did you get any of that ?

Zohra Lepeigneul

Source  : https ://www.mondelangues.fr/difference-accent-prononciation

Google Traduction : la mauvaise idée des gens pressés

De nos jours, les méthodes de traduction ne cessent d’évoluer. C’est notamment le cas des systèmes de traduction automatique, dont le plus connu est bien évidemment Google Traduction (GT). On peut d’ailleurs comprendre, à première vue, l’attrait que peut représenter un traducteur automatique comme celui mis en place par Google en 2006. Cependant, derrière l’innovation constante que connait Google Traduction, il reste des défauts inéluctables qu’une machine ne saurait corriger. Voici donc un petit tour d’horizon des raisons pour lesquelles une entreprise (et même tout simplement une personne) ne devrait pas faire usage de Google Traduction à la place d’un professionnel de la traduction.

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Une description alléchante…

Bien. Imaginez un instant que vous dirigez une petite entreprise. Vous commencez à connaître un certain essor et vous réalisez qu’il pourrait être bon de faire traduire votre site web et vos produits, peut-être même vos contrats et quelques autres documents officiels. Toutefois, vous êtes malgré tout un peu inquiet ; est-ce vraiment une bonne idée d’investir dans les services d’un traducteur professionnel si vous ne parvenez pas à atteindre le marché étranger ?

C’est alors qu’une idée vous traverse l’esprit : et si vous utilisiez Google Traduction ? Le service est gratuit et vous l’utilisez déjà ponctuellement pour chercher un mot de vocabulaire par-ci par-là.

Sur le papier, l’idée peut sembler intéressante. En effet, la technologie des traducteurs automatiques est en constante évolution et se révèle de plus en plus performante. Elle s’appuie sur des corpus de textes pour être aussi précise que possible et Google Traduction propose une option pour permettre à ses utilisateurs d’améliorer le contenu proposé. Enfin, il est clair que le nombre de paires de langues disponible est imbattable ; jamais un traducteur professionnel ne pourra vous en proposer autant puisqu’il traduit toujours vers sa langue maternelle. Mais n’y aurait-il pas une bonne raison à cela ?

 

Mais un résultat en-deçà des espérances

Traduire un texte, ce n’est pas seulement traduire des mots ou des groupes de mots. Ce que l’on traduit dans un texte, c’est le fond, le sens, et non la forme, or pour cela il faut une personne. Un traducteur automatique ne pourra jamais faire preuve de la sensibilité d’un être humain, trouver ce petit détail qui fait toute la différence. Vous l’avez peut-être remarqué ? Google Traduction traduit toujours le « you » anglais par « vous », jamais par « tu » alors que les deux sens sont corrects, tout dépend du cadre. C’est d’ailleurs bien là que se trouve le nœud du problème : Google Traduction fait fi du contexte.

Un texte est complètement dépendant de son contexte, et tenter de traduire un texte indépendamment de son cadre c’est comme essayer de cuisiner sans connaître le goût des aliments utilisés : vous aurez peut-être de la chance, cela ne sera peut-être pas mauvais, mais cela ne sera jamais aussi bon que vous l’espériez. Les concepteurs de Google Traduction le savent d’ailleurs bien, c’est pourquoi le système s’appuie sur des corpus pour pallier le problème. Cependant, les contextes de deux textes différents ne sont jamais égaux, c’est pourquoi on peut aisément faire la différence entre une traduction professionnelle et une traduction automatique.

Par ailleurs, lorsque vous rentrez un texte sur Google Traduction, l’application l’enregistre automatiquement pour pouvoir le traduire, ce qui représente un gros problème pour les documents confidentiels qui ne doivent surtout pas être rendus public.

Enfin, dites-vous bien qu’une mauvaise traduction met en danger la crédibilité de votre entreprise puisqu’elle lui donnera une image aux antipodes de la rigueur professionnelle attendue, ce qui est contreproductif.

Toutes ces notions sont, certes, vraies pour Google Traduction, mais les autres traducteurs automatiques (Reverso, DeepL, Linguee, etc.) n’y échappent pas non plus. Même si ces applications deviennent de plus en plus précises, elles restent encore loin des performances des traducteurs professionnels.

Margaux LECLERC

Source : https ://www.gala-global.org/blog/6-reasons-avoid-using-google-translate

Dracula : traduction d’un mythe sang limites

Il n’est pas difficile d’imaginer qu’une œuvre aussi ancienne et renommée que Dracula, écrite par Bram Stoker ait été au fil des ans, traduite dans de nombreuses langues. Qui ne connait pas les grandes lignes de ce conte d’horreur devenu de nos jours un effet de mode dans la littérature moderne, au cinéma et même à la télévision ? On peut pourtant se demander d’où vient cet intérêt tout particulier pour le Roi des Carpates et pourquoi son lien avec les langues est si fort.

Depuis sa publication en 1897, le récit de cette bonne vieille chauve-souris a été traduit dans pas moins de 29 langues depuis l’anglais qui est la langue d’origine de son écrivain. Eh oui ! Bien que Dracula vienne des Carpates, il porte bien la marque londonienne de B. Stoker. Mais le personnage fantastique retrouve une authenticité des pays de l’Est… dès sa première traduction ! En effet, en 1898 est publié pour la première fois Drakula : Angol Regény – Harker Jonathan Naplója, traduction du British Dracula qui devient alors hongrois. Il faut bien avouer que l’on apporte plus de respect à un vampire effrayant des montagnes de l’Est qu’à un ado brillant des plus américains (appelons-le Edward), bien moins charismatique.

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Encore une fois, et sans trop se mettre en danger, il est possible d’affirmer que la traduction première de Dracula apporte une valeur ajoutée au personnage, voire au concept de « vampire » qui après avoir traversé des générations se retrouve sur nos écrans. Mais l’altération, ou l’amélioration de l’œuvre grâce à la traduction de celle-ci ne s’arrête pas là : en 1901, une nouvelle version inspirée du personnage de Dracula voit le jour (et sans soleil, s’il vous plait) en Islande.

Traduire, c’est trahir un peu. La traduction littéraire ne déroge pas à cette règle, mais le traducteur islandais contemporain Valdimar Ásmundsson choisit son camp sans scrupule : lors de sa traduction vers une langue scandinave, il prit la liberté de changer quelque peu l’histoire du vampire, donnant un ton plus mystique, plus sombre et plus sensuel à l’œuvre nouvelle. Serait-ce de là que nous vient cette image presque provocatrice du désir charnel à l’évocation des vampires ? Si l’on considère que de nos jours, certains perçoivent ces créatures comme les antithèses des humains, cette attraction pour l’interdit est justifiée, et il est à présent démontré que la traduction de l’œuvre originelle a joué un rôle dans ce concept d’opposition de créations divines et sataniques. Impossible, me direz-vous, mais pas pour les traducteurs.

Le texte original remodelé, retravaillé et adapté aux différentes langues emporta le récit au-delà des Balkans, voyageant jusqu’en Asie où en 1956 fut publiée une version japonaise de Dracula. Encore une fois, le traducteur abandonna quelques conventions et s’éloigna de l’aspect épistolaire de la version originale pour en faire un récit plus oral, comme une légende à partager au coin du feu. Et ce fut un franc succès : le Japon s’ouvrit grâce à cette traduction, ou que dis-je… à cette transcréation à la littérature paranormale, précurseurs des mangas ?

Pour nos amis français, Dracula n’est à présent qu’une légende, et beaucoup oublient qu’avant de devenir l’emblème des séries telles que True Blood ou Vampire Diaries, les suceurs de sang découlaient de la littérature. Heureusement, certains artistes tentent de conserver l’authenticité des Carpates de Dracula. Même les comptines pour enfants s’en inspirent dans cette chanson nommée Le baiser du Vampire. Pour les enfants ? Cela reste à prouver, car malgré sa mélodie puérile, cette œuvre musicale révèle un sous-texte peu adapté aux plus jeunes. Ce n’est donc plus un souci de traduction du langage, mais après tout, s’adapter à son public est également un défi du traducteur. Voilà qui nous laisse sang-dessus-dessous.

Gildas Mergny

Source : http ://www.k-international.com/blog/dracula-in-translation/

L’audiodescription ou le travail des traducteurs d’image

L’audiodescription, bien que moins connue que le sous-titrage ou le doublage et peu mise en avant, compte parmi les divers types de traduction audiovisuelle et n’en est assurément pas moins importante. L’audiodescription est un procédé rendant accessible aux personnes malvoyantes ou non-voyantes des films, des émissions, des pièces ou bien encore des expositions. Il est aujourd’hui de plus en plus possible de bénéficier de ce procédé à la télévision, mais aussi dans des cinémas ou des théâtres qui programment certaines séances ou pièces en audiodescription. Alors, de quoi s’agit-il concrètement ?

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L’audiodescription consiste à décrire, grâce à une voix off, certains passages ou détails d’un programme audiovisuel afin de faciliter la compréhension des personnes déficientes visuelles qui ne peuvent pas le visionner correctement. Le script est rédigé par un auteur après analyse du film puis est enregistré. Une analyse de l’œuvre au préalable par l’auteur est nécessaire afin de bien cerner ses enjeux et de définir les intentions du réalisateur. Cette analyse permet aussi de choisir les éléments à ne pas omettre et ceux qui sont superflus, et de déterminer les moments où l’audiodescription pourra être placée. Enfin, le script doit être rédigé de façon à s’inscrire dans des moments dépourvus de dialogues ou de musiques et effets sonores trop importants, afin, bien évidemment, de ne pas gêner leur écoute et leur compréhension.

L’audiodescription se révèle donc être un exercice complexe qui contient son lot de défis et de difficultés. Il existe en effet une importante contrainte de temps et il s’agit donc d’être assez concis afin de ne pas empiéter sur les dialogues tout en étant le plus précis et le plus informatif possible. On peut facilement imaginer la difficulté d’écrire l’audiodescription d’un film rapide dans lequel les actions ou les changements de plans, par exemple, s’enchainent.

Pour créer une audiodescription de qualité, il faut donc faire face à divers enjeux. Bien-sûr, il est nécessaire que le texte soit clair et facile d’écoute. Il est aussi important de faire des choix car on ne peut pas tout décrire et il faut donc aller au plus important sans toutefois perdre certaines informations capitales. Il s’agit également de décrire de façon neutre et objective les informations données à l’écran. En effet, l’auteur ne peut pas laisser entrevoir ses propres impressions, être critique ou transmettre des impressions personnelles, et ce, afin de laisser le spectateur se faire un avis.

Toutefois, il semble important pour un auteur de coller au style du film dans son audiodescription, c’est-à-dire de s’adapter notamment au type de film ou à l’atmosphère créée. On peut donc en déduire que l’enregistrement est un véritable travail de comédien puisqu’il faut trouver un bon équilibre entre une interprétation trop froide ou au contraire, trop expressive. La difficulté est donc de rester fidèle à l’œuvre sans la dénaturer.

Les auteurs d’audiodescription sont parfois appelés « traducteurs d’image », a priori avec raison, puisque c’est bien d’un travail de traduction dont il s’agit : les auteurs ne décrivent pas seulement l’image, ils la traduisent en un texte audio afin de recréer mentalement les images dans l’esprit des spectateurs malvoyants ou non-voyants et de les plonger dans l’œuvre comme le reste des spectateurs.

Camille Le Corre
Révisé par Perrine Bourdeau et Virginie Le Diagon

Source : http ://www.btistudios.com/latest/2013/12/05/audio-description-the-inside-story/

Êtes-vous sourcier ou cibliste ?

Dans tout domaine, les avis divergent, les points de vue s’affrontent et les portraits sont dépeints de façon bien différente. C’est d’ailleurs cette diversité de pensées qui permet aux cultures d’être aussi riches et passionnantes. Et cette bataille concerne également la traduction qui ne fait pas toujours l’unanimité car à l’heure de transposer un concept d’une langue à l’autre vient une question primordiale que tout bon traducteur doit se poser avant de poser sa plume sur le papier : suis-je un cibliste ou un sourcier ?

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Mais que cela veut-il bien dire… ? La réponse réside dans une vieille querelle qui a pris racine au siècle dernier. Traditionnellement, la traduction se doit de suivre et de se construire selon les briques qui ont permis de façonner le texte source afin de refaire ressortir le sens quasi-exact de tous les concepts communiqués dans la source. Mais par-delà des absolus de cette barrière à l’interprétation au sens large, traducteurs et autres linguistes commencèrent au XXe siècle à privilégier une approche plus personnelle et peut-être plus compréhensive de la traduction en laissant derrière eux leur baguette de sourcier pour trouver d’autres eaux où pouvait voguer leur imagination débordante.

En s’éloignant du texte source, ces révolutionnaires, appelés « ciblistes » prirent une liberté presque prohibée dans le monde de la traduction et embrassèrent complètement le fameux dicton « traduire, c’est trahir un peu ».

Loin de l’idée de vouloir trahir les originaux, les ciblistes remodèlent le sens dans leur esprit pour parvenir à rendre émotion, compréhension et satisfaction. Mais peu furent ravis de la tournure que prenait le navire linguistique. Ainsi, celui-ci fut interrompu dans sa folle course par de nombreux experts du domaine afin de le ramener à bon port.

Pour un « sourcier », chaque texte source est un original qui ne peut être altéré. Les mots choisis par l’auteur n’ont pas été sélectionnés au hasard. S’accorder trop de loisirs reviendrait à détruire le travail acharné de l’esprit derrière le texte. Inquiété par une telle trahison, l’argument clé pour ces puristes était qu’une traduction ne peut permettre l’« équivalence dynamique » au détriment du sens premier. Existe-t-il vraiment un juste milieu ? Doit-on rendre transparent un texte pour qu’il ne paraisse pas avoir été traduit ? Ou est-il crucial de laisser des indices de l’authenticité de l’auteur ? Qui peut le dire ?

De nos jours, bien qu’il soit rare d’entendre les termes « cibliste » ou « sourcier », il n’en demeure pas moins qu’en chaque traducteur réside une flamme. Qu’elle puisse brûler pour l’imagination ou briller pour la rigueur, cela reste un choix personnel. Mais peut-être peut-on percevoir un vainqueur sortant de cette bataille lorsqu’arrive la transcréation ?

Gildas Mergny
Révisé par Élodie Clomenil et Virginie Le Diagon

Humour un jour, humour toujours

Lorsqu’on évoque les difficultés qu’on peut rencontrer en traduction, on a tendance à penser tout de suite aux textes juridiques ou économiques très techniques ou encore à la poésie. En effet, traduire les vers de Victor Hugo ou ceux de Baudelaire dans la langue de Shakespeare is not a piece of cake  ! Mais ce n’est pas ce dont nous parlerons aujourd’hui. Je vous propose plutôt d’observer une minute de silence en hommage au travail des traducteurs qui doivent traduire un message humoristique.

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Grâce aux plateformes de streaming toujours plus nombreuses, les séries américaines s’exportent de plus en plus à l’étranger. Mais certaines traductions de sitcoms comme The Big Bang Theory ou Two Broke Girls donnent parfois du fil à retordre aux sous-titreurs. En effet, la traduisibilité ou l’intraduisibilité de l’humour a donné lieu à de nombreuses études et à de nombreux débats. Certains auteurs comme Zabalbeascoa ont même été jusqu’à créer une classification des différents types de blagues afin d’aider les traducteurs audiovisuels à sortir de leur calvaire.

Si l’humour est universel, sa traduction est un peu plus compliquée car ce premier repose souvent sur des références culturelles ou des jeux de mots. Le traducteur doit alors réussir à adapter ces références afin qu’elles soient compréhensibles dans la culture d’arrivée mais cela peut vite devenir un casse-tête étant donné qu’il doit également veiller à respecter les restrictions techniques liées au sous-titrage.

Quelques exemples seront peut-être plus parlants :

  • J’imagine que vous n’avez pas oublié l’épisode de Game of Thrones qui nous révèle
    l’origine du nom d’Hodor. Certes, ce passage est tout sauf humoristique mais il illustre bien le challenge que peut représenter la traduction de jeux de mots car, si cette révélation fonctionne très bien en anglais, il est assez difficile de l’adapter dans d’autres langues. La société de doublage Dubbing Brothers a choisi de la traduire par « Pas au-dehors » – « Au-dehors » – « Hodor » en français et elle est devenue « Obstruye el corredor » en espagnol.
  • Saviez-vous que les réalisateurs du film Intouchables avaient préparé un guide d’adaptation des dialogues et des blagues à destination du public étranger lors du Festival de Cannes ? La blague « Pas de bras, pas de chocolat ! » fut ainsi traduite en anglais par « No handy, no candy ! » ou par « No feet, no sweets ! », la rime étant ainsi conservée.

Et enfin, il arrive parfois que ce soit la traduction elle-même qui fasse rire les spectateurs, en témoigne le Tumblr « les sous-titres de la honte » ou le personnage de John Snow qui devient Jean Neige au Québec.

Déborah Rivallain
Révisé par Élodie Clomenil