Dracula : traduction d’un mythe sang limites

Il n’est pas difficile d’imaginer qu’une œuvre aussi ancienne et renommée que Dracula, écrite par Bram Stoker ait été au fil des ans, traduite dans de nombreuses langues. Qui ne connait pas les grandes lignes de ce conte d’horreur devenu de nos jours un effet de mode dans la littérature moderne, au cinéma et même à la télévision ? On peut pourtant se demander d’où vient cet intérêt tout particulier pour le Roi des Carpates et pourquoi son lien avec les langues est si fort.

Depuis sa publication en 1897, le récit de cette bonne vieille chauve-souris a été traduit dans pas moins de 29 langues depuis l’anglais qui est la langue d’origine de son écrivain. Eh oui ! Bien que Dracula vienne des Carpates, il porte bien la marque londonienne de B. Stoker. Mais le personnage fantastique retrouve une authenticité des pays de l’Est… dès sa première traduction ! En effet, en 1898 est publié pour la première fois Drakula : Angol Regény – Harker Jonathan Naplója, traduction du British Dracula qui devient alors hongrois. Il faut bien avouer que l’on apporte plus de respect à un vampire effrayant des montagnes de l’Est qu’à un ado brillant des plus américains (appelons-le Edward), bien moins charismatique.

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Encore une fois, et sans trop se mettre en danger, il est possible d’affirmer que la traduction première de Dracula apporte une valeur ajoutée au personnage, voire au concept de « vampire » qui après avoir traversé des générations se retrouve sur nos écrans. Mais l’altération, ou l’amélioration de l’œuvre grâce à la traduction de celle-ci ne s’arrête pas là : en 1901, une nouvelle version inspirée du personnage de Dracula voit le jour (et sans soleil, s’il vous plait) en Islande.

Traduire, c’est trahir un peu. La traduction littéraire ne déroge pas à cette règle, mais le traducteur islandais contemporain Valdimar Ásmundsson choisit son camp sans scrupule : lors de sa traduction vers une langue scandinave, il prit la liberté de changer quelque peu l’histoire du vampire, donnant un ton plus mystique, plus sombre et plus sensuel à l’œuvre nouvelle. Serait-ce de là que nous vient cette image presque provocatrice du désir charnel à l’évocation des vampires ? Si l’on considère que de nos jours, certains perçoivent ces créatures comme les antithèses des humains, cette attraction pour l’interdit est justifiée, et il est à présent démontré que la traduction de l’œuvre originelle a joué un rôle dans ce concept d’opposition de créations divines et sataniques. Impossible, me direz-vous, mais pas pour les traducteurs.

Le texte original remodelé, retravaillé et adapté aux différentes langues emporta le récit au-delà des Balkans, voyageant jusqu’en Asie où en 1956 fut publiée une version japonaise de Dracula. Encore une fois, le traducteur abandonna quelques conventions et s’éloigna de l’aspect épistolaire de la version originale pour en faire un récit plus oral, comme une légende à partager au coin du feu. Et ce fut un franc succès : le Japon s’ouvrit grâce à cette traduction, ou que dis-je… à cette transcréation à la littérature paranormale, précurseurs des mangas ?

Pour nos amis français, Dracula n’est à présent qu’une légende, et beaucoup oublient qu’avant de devenir l’emblème des séries telles que True Blood ou Vampire Diaries, les suceurs de sang découlaient de la littérature. Heureusement, certains artistes tentent de conserver l’authenticité des Carpates de Dracula. Même les comptines pour enfants s’en inspirent dans cette chanson nommée Le baiser du Vampire. Pour les enfants ? Cela reste à prouver, car malgré sa mélodie puérile, cette œuvre musicale révèle un sous-texte peu adapté aux plus jeunes. Ce n’est donc plus un souci de traduction du langage, mais après tout, s’adapter à son public est également un défi du traducteur. Voilà qui nous laisse sang-dessus-dessous.

Gildas Mergny

Source : http ://www.k-international.com/blog/dracula-in-translation/

Avantages et inconvénients de la retraduction

Nous savons que la traduction est une étape primordiale en vue de l’exportation d’une œuvre cinématographique ou littéraire. Toutefois, cette étape n’est pas toujours définitive puisque certaines œuvres peuvent être retraduites dans le cadre d’une réédition ou d’un nouveau doublage. Découvrons ce qu’apporte la retraduction et quelles sont ses limites.

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La retraduction : une vision moderne de l’œuvre originale

Pour commencer, lancer un projet de retraduction permet de proposer une nouvelle version de l’œuvre originale sans reproduire les erreurs repérées dans la traduction précédente. Il peut s’agir de fautes d’orthographe, de contresens, d’erreurs de style, d’erreurs de doublage ou d’erreurs liées au sous-titrage. Évidemment, la retraduction elle-même peut contenir des erreurs, d’où l’intérêt de recommencer ce processus régulièrement.

Ensuite, la mise en place d’une retraduction s’avère nécessaire lorsque la traduction précédente va à l’encontre de la volonté de l’auteur. Le cas du roman Minuit, publié en 1936 par Julien Green, illustre cette nécessité : sous le troisième Reich, la traduction allemande de cette œuvre donnait intentionnellement une image morbide et nihiliste des Français, sans tenir compte de la version originale en français.

En outre, effectuer une retraduction permet d’adapter le vocabulaire d’une œuvre aux évolutions de la langue vers laquelle elle doit être transposée. Prenons l’exemple des noms de métiers : dans le cas d’une œuvre en français à traduire vers l’anglais, on pourra utiliser le terme « fire fighter » plutôt que celui de « fireman » pour désigner un pompier. De même, pour une traduction du français vers l’espagnol on préfèrera le terme « auxiliar de vuelo » à celui de « azafata » pour désigner une hôtesse de l’air.

Comme nous venons de le voir, la retraduction nous permet d’apprécier l’œuvre originale sous un regard nouveau. Toutefois, ce procédé fait l’objet de nombreuses critiques pour les raisons suivantes.

La retraduction : une pratique discutable

Premièrement, entreprendre la retraduction d’un film ou d’un livre peut s’avérer moins passionnant pour des traducteurs que de traduire pour la première fois une œuvre vers une langue cible. Par exemple, s’ils ont préalablement consulté la traduction existante, ils risquent de trop s’attacher à celle-ci et découvriront peut-être moins de nouveaux termes durant la phase de recherche terminologique.

Deuxièmement, on peut reprocher à la retraduction de vouloir à tout prix moderniser des œuvres anciennes en oubliant le fait que celles-ci ont été conçues dans des contextes politiques et sociaux différents des nôtres. Il y a un risque que les jeunes générations aient du mal à situer correctement des œuvres anciennes dans leur cadre spatio-temporel à cause de leur retraduction. Par ailleurs, ces retraductions d’œuvres anciennes pourraient priver les jeunes lecteurs ou spectateurs d’opportunités leur permettant d’enrichir leur vocabulaire et leur culture générale.

Pour conclure, la retraduction est une procédure cherchant à corriger les défauts d’une traduction existante, mais elle doit rester fidèle à l’œuvre originale pour ne pas perdre de son intérêt.

Stéphane Bagassien – Catalan

Sources : https ://enlalunadebabel.com/2016/07/04/envejecen-los-libros-y-las-peliculas/

http ://translationjournal.net/journal/33censorship.htm